28 octobre 2017

547ème semaine politique: le cancer de l'assistanat des riches

Où l'on découvre que les assistés ne sont pas ceux que l'on croit, que la République en Marche ressemble chaque jour davantage à la Sarkofrance qu'il fallu licencier en 2012.



L'assisté
La campagne pour l'élection du président des Républicains prend un autre tour. Trois candidats, dont deux inconnu(e)s sans grande chance, ont recueilli les parrainages nécessaires. Laurent Wauquiez est le favori.

Cela fait longtemps qu'il a déplafonné la démagogie.
"Il y a beaucoup de gens qui seraient prêts à se faire couper les deux bras pour moi." Laurent Wauquiez, cité par Society.
L'ancien énarque, porté en politique par un ancien mentor qui lui confia les rênes d'une circonscription facile, se croit l'incarnation de la France qui souffre, trime et se tait, une "France qui se lève tôt" comme dirait un ancien monarque désormais destitué. Cette propension à tenter de faire peuple de la part d'une micro-caste d'en haut pour mieux délégitimer, dézinguer, détruire les rares protections des plus fragiles est fascinante.

En 2010, alors jeune ministre de Sarko, Wauquiez profitait de ses déplacements ministériels pour solliciter de généreux donateurs à l'étranger pour financer son micro-parti. Trafic d'influence ?  

Laurent Wauquiez en meeting cette semaine attaque donc les "chômeurs fainéants". Ce même Laurent Wauquiez qui "bobo-ise" à Paris dans quelque beaux quartiers tout en ayant abusivement profité d'un avantageux système de cotisation retraite pendant 13 ans pour lequel il n'a travaillé que deux mois, sonne la charge contre les pauvres et les précaires. Wauquiez a "vu ces situations qui nous révoltent, où un demandeur d’emploi pousse la porte de Pôle emploi pour trouver un emploi et on lui répond: ‘vous avez deux ans d’assistance chômage, ne vous pressez pas. Profitez un peu de la vie’". Il les a vu. Aucun journaliste n'était là pour lui demander où précisément, dans quelle agence de Pôle Emploi, à quelle époque.

"Parce que cela, c’est la réalité." Laurent Wauquiez
Laurent Wauquiez a-t-il gagné ? Il a le travail facile. Les sondages lui donneraient raison - 71% des sondés seraient contre "l'assistanat" (à quand un sondage sur la "glande", la "paresse", ou la "bêtise"? Combien sont-ils parmi ces Français du clavier sondagier à être contre la paresse ?). A y regarder de plus près, les sondés sont plus habituellement plus tolérants et compréhensifs à l'égard des plus pauvres. Les résultats de ces dernières décennies sont même particulièrement massifs, comme l'a rappelé l'Observatoire des inégalités. Mais il fallait buzzer cette semaine sur les propos de l'apprenti marquis de l'Auvergne. Alors on commande puis publie des sondages sur l'assistanat.

Wauquiez est aidé par le sommet de l'Etat. Quelques jours auparavant, le porte-parole du gouvernement et désigné président de LREM Christophe Castaner n'a pas dit autre chose sur les ondes radiophoniques: ""La liberté, c'est pas de se dire que finalement je vais bénéficier des allocations chômage pour partir deux ans en vacances". Laurent Wauquiez a gagné. Même (et surtout) ce gouvernement "ni de gauche ni de droite" reprend et propage cette antienne de la droite furibarde.




L'assistanat des plus riches
En début de semaine, Macron désigne le président de LREM. ce sera Christophe Castaner. Les sbires font mine de prétendre qu'il y aura un vote des militants. On sourit. Il n'y a qu'un seul candidat. Castaner est le meilleur symbole de la Macronista. Ex-socialiste, il soutient avec autant d'énergie aujourd'hui ce qu'il détestait hier. Il est l'incarnation idéale de ce quinquennat.

Le jeune monarque part en Guyane. En mars dernier, alors candidat, il l'avait pris pour une île. Gageons qu'il a réalisé son erreur sur place. Son déplacement est précédé d'une autre boulette du protocole élyséen, une note de conseils sanitaires précisant toutes sortes de bêtises. Sur place, le voyage ressemble à ceux d'un ancien monarque, une dizaine d'années plus tôt. Malgré les forces de sécurité, il y a des heurts, de la rancœur. 

Macron refuse de rencontrer le collectif Pou Lagwiyann dékolé, lequel avait pourtant mobilisé un millier de manifestants paisibles qui ne demandaient qu'une chose, voir également le président pour s'entendre dire de sa bouche que les promesses d'avril dernier seraient tenues malgré le changement de gouvernement.

Mais Macron ignore. Et il enfonce, inutilement. Au micro du Quotidien de TMC, il balance. "Je ne reçois que des élus". Sur Twitter, il balance encore: "Je ne suis pas venu à Maripasoula faire des promesses de père Noël."

Que le nouveau monde ressemble à l'ancien...

La com' élyséenne surprend son monde quand le jeune monarque déboule à l'improviste, mais filmé, dans deux des quartiers chauds en périphérie de Cayenne. Selfies, parlotes et sourires. Jupiter a la chemise "immaculée" quand il fait sa blague sur l'odeur de cannabis qu'il renifle à pleins nez. cela fait moderne, courageux et proche des gens.

Source
En métropole, ses députés godillots votent avec gourmandise l'un des plus incroyables cadeaux fiscaux pour les plus riches de ces deux dernières décennies, la "flat tax" sur les revenus financiers: plus-values de spéculation ou de stock-option, dividende, et intérêts d'épargne seront moins taxés que les revenus du travail.

La vie est belle en Macronista.

L'Observatoire des inégalités calcule: "un ménage qui touche 400 000 euros de revenus financiers annuels va bénéficier d’un cadeau fiscal de 96 000 euros sous forme de baisse de son impôt sur le revenu avec le vote du 'prélèvement forfaitaire unique'". On appelle cela de l'assistanat pour riches, rien d'autre. Macron a fait annuler l'une des rares mesures sociales de Hollande, que les revenus du capital soient taxés comme les revenus du travail. Avec son "prélèvement forfaitaire unique", le principe est simple: plus tu es riche, et donc imposable, moins tu paieras d'impôts. Ce cadeau devrait coûter 4 milliards d'euros au budget de l'Etat. Et s'ajoute la suppression de l'ISF qui représente déjà un cadeau de plus de 4 milliards d'euros (sans contrepartie), et non de 3 milliards comme le gouvernement l'a expliqué.

La vie est belle en Macronista.

En métropole, les députés godillots LREM votent aussi la suppression de la généralisation du tiers payant. Et aussi la réduction de dix points du taux d'imposition patronal des actions gratuites délivrées par les grandes entreprises.

Communistes, insoumis et socialistes ont exprimé leur écœurement.
 
Pendant que Jupiter fanfaronnait à Cayenne,  le président de la Commission des Finances du Sénat communiquait l'ampleur de ces cadeaux fiscaux aux plus riches: les 100 plus grandes fortunes de France économiseront en moyenne 1,5 million d’euros grâce à la suppression de l'ISF et cette nouvelle "flat tax".

Merci Macron, merci patron.


Catalogne, l'échec européen
Les indépendantistes catalans s'affichent européens, pacifistes, démocrates. Après deux semaines de vaines tentatives de dialogue avec l'Etat central, la Catalogne a déclaré son indépendance ce 27 octobre 2017. Aussitôt, vers 20 heures, le premier ministre espagnol Rajoy intervient à la télévision. Il annonce la destitution de l’exécutif catalan et la convocation d'élections locales anticipées en Catalogne pour le 21 décembre.

La France insoumise, le PS, et le PCF appelaient tous à une médiation européenne. L'Union européenne est là pour cela: incarner la paix et le dialogue (ne riez pas). Elle n'a rien fait. Bien au contraire. Un à un, Les autres pays européens, dont la France au premier chef, ont une réaction déraisonnable et indigne. Au lieu de proposer leur médiation, ils ont affiché leur soutien inconditionnel à Rajoy.

Interrogé sur le sujet lors de son déplacement en Guyane, Jupiter a simplement déclaré: "J'ai un interlocuteur en Espagne, c'est le Premier ministre Rajoy (...) Il y a un Etat de droit en Espagne, avec des règles constitutionnelles. Il veut les faire respecter et il a mon plein soutien."

L'Europe meurt avec des gens comme  lui.


Ami macroniste, où es-tu ?








1 commentaire:

  1. Wauquiez surfe sur le vide, comme Macron surfait sur le dégoût de Hollande. Il pourrait finir dans 4 ans par imposer ses idées. A suivre ... J'ai apprécié votre précédent billet. Bonne fin de semaine à vous.
    http://lygies.canalblog.com

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