27 janvier 2018

560ème semaine politique: la dernière génuflexion de Macron.

 

 

 

Le temps d'un journée, Jupiter transforme le Château de Versailles en Disneyland pour patrons de multinationales défiscalisées, dernier épisode de cette mise en scène élyséenne. Mais ce n'est pas tout, ni le plus écœurant.


Sons et lumières
A Versailles,  Emmanuel Macron reçoit 140 dirigeants de multinationales pour une visite et des rencontres privées au Château, sans journalistes ni caméras ni images, sauf quelques selfies de ces vainqueurs de la mondialisation tweetés sur les réseaux sociaux.


Au menu, une maigre promesse, 2 ou 3 milliards peut-être, et sur 5 ans, et, peut-être, 2000 emplois. Le même jour, la simple annonce par Carrefour, désormais présidé par une ancien jeune du cabinet Fillon à l'aube des années 2000, de 2400 suppressions de postes pour cause d'optimisation et de modernisation annule l'effet bisounours de la rencontre jupitérienne à Versailles.
"Sur la route de Davos, nous avons profité du fait que les leaders économiques venaient en Europe pour faire un stop à Paris, inviter 100 PDG des plus grands groupes mondiaux et construire avec eux 100 projets pour la France". Emmanuel Macron, 22 janvier 2018.
Bruno-Roger, très petit, abonde, indécent: "Il faut attirer les premiers de cordée, c’est ça qui compte, le retour de la France dans l’économie mondiale".

Les premiers de cordée rigolent. Les annonces concrètes sont modestes.
 
Construire 100 projets pour la France ? Mesurez donc le ridicule de cette kermesse locale. La France compte 5 millions d'inscrits à Pôle Emploi. Ces entreprises évacuent quelques dizaines de milliards d'euros d'impôts publics grâce à leur efficacité et à une complicité d'Etat. Mais Jupiter s'agenouille, "attractivité" oblige. Il braille en anglais ses compliments, il se tait sur l'essentiel, il envoie les flics et les gaz contre des migrants éberlués.

"France is back", "Choose France", Macron et ses communicants multiplient les "stickers" anglophones qui nous collent à la peau, ces slogans qui transforment la France en une halte-garderie pour épargne défiscalisée. Fallait-il donc traduire en anglais les slogans du Front national pour paraître "moderne" ?

Aucun mot sur la délinquance fiscale ou, à défaut, l'évasion fiscale légalisée (Tiens, l'Union européenne retire discrètement 8 des 17 Etats de sa liste noire des paradis fiscaux dont... les Îles Caïmans... silence élyséen...).

Jupiter préfère le selfie, le tutoiement, le discours en anglais ou la coupe de champagne devant les photographes aux questions gênantes sur la fraude des Google, Facebook et autres Lehman Brothers.

Le patron de Lavazza était content. On est content pour lui.

Macron applaudit quand Google promet de former 100 000 personnes par an, gracieusement, à l'informatique. Aucune pudeur, aucune prudence. On dirait Monsanto qui promet ses semences brevetées à des agriculteurs paupérisés.

La démarche est ringarde comme un sommet du G7, inutile comme un séminaire gouvernemental télévisé pour épater la gallerie, ennuyeuse comme un conseil européen. C'est un spectacle pour journalistes ( pourtant de moins en moins béats), pour faire croire, à coup de rafales de tweets sur les réseaux sociaux, que le gouvernement agit.

Il y a pourtant bien des causes qui méritent des sommets, bien des gens qui méritent une tribune et un accès si privilégié aux ministres et sous-ministres de cet aréopage: l’environnement (mais cela choquerait les "investisseurs"), la paupérisation du travail (tiens, le fameux accord européen sur le travail détaché n'est toujours pas signé, neuf mois après les déclarations triomphaliste de Jupiter), le mal-logement, la pauvreté, ou même l'accueil des migrants (mais Macron perdrait de la cote dans les sondages auprès des sympathisants de la droite furibarde). Mais Macron veut du "feel-good".

A Paris, autre spectacle. Des député(e)s LREM organisent leur "grand rendez-vous de l'économie productive". Encore une fois, fausse modernité oblige, on l'affuble d'un slogan anglo-saxon ("make our economy great again") pour illustrer sur les réseaux sociaux cette matinée avec des représentants des institutions financières et bancaires... exclusivement françaises. L'objectif de l'opération est de faire croire qu'on va trouver des solution pour "mobiliser l’épargne et les acteurs financiers".

Ce lundi matin, on parle épargne productive. La jeune députée Amélie de Monchalin, ex-cadre bancaire, fait face à ses anciens patrons et collègues pour les convaincre d'orienter l'épargne libérée grâce aux gigantesques cadeaux fiscaux de la loi de Finances 2018 vers les entreprises et en particulier les PME. Car il n'y avait aucune contrepartie à la suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax pour les revenus financiers, absolument aucune. Rien n'incite à cette "réorientation productive"du capital, pourtant seul et unique argument servi par le Président des riches pour justifier pareil cadeau. Il y avait donc urgence à faire un show: "En termes clairs, l'épargne des Français doit financer plus largement et durablement la croissance de nos entreprises." répète Amélie de Montchalin. Son numéro est bien rôdé, elle mérite un César de meilleur espoir féminin. On la croirait presque.

En termes clairs, ce matin-là, la députée LREM fait pourtant choux blanc: aucune promesse, ni annonce, ni plan d'action. Les intervenants bancaires la renvoient dans ses filets. Son "ton martial", ses attaques contre les produits d'épargne improductive (comme les 1 700 milliards d'euros placés en assurance-vie), ses incantations à la bonne volonté des banques et des riches contribuables de transformer leurs économies faramineuses dans le financement de l'économie ("Le monde de la finance n'est ni sans nom, ni sans visage, il n'est pas notre ennemi") ne servent qu'à amuser une assistance goguenarde.

En termes clairs, la main invisible du marché lui fait ce matin-là un doigt d'honneur.

L'indécence et le ridicule ne s'arrêtent pas là.

A l'Assemblée, l'hémicycle est quasiment déserté par les député(e)s LREM, une nouvelle fois massivement absentéistes, pour la célébration du 55ème anniversaire du traité franco-allemand dit de l'Elysée. Jean-Luc Mélenchon exprime sa colère. Richard Ferrand, chef du groupe LERM bredouille une excuse symptomatique de la novlangue macroniste: "L’hémicycle n’était pas vide, il était insuffisamment peuplé !"

Génuflexion
Jupiter file à Davos, station suisse pour richissimes, où 3000 dirigeants se retrouvent pour converser sur l'avenir d'un monde qu'ils voient de haut. L'oligarchie est là, toute entière, ne manquent que ses valets. Et les chefs d’État, de Macron au clown de Washington défilent un à un pour un exercice de génuflexion que d'aucuns devraient trouver humiliant pour les nations qu'ils représentent.

Deux exemples, simples et si éclairants.

D'abord, Trump. Le clown de la Maison Blanche déboule vendredi, pour un discours court et fade. Tout juste ses dernières attaques contre la presse si "méchante" provoque quelques sifflets et huées de la part des journalistes. Comme Macron et quelques autres, Trump mouille la chemise, et prêt à l'allégeance. Il s'agenouille; "venez, venez s'il vous plait". Mais il n'est pas le seul. Tous les dirigeants politiques sont là pour cela, s'agenouiller.

Capituler.

C'est la règle.

Second exemple, notre président-sourire, Macron. Le voici qui prononce un discours, une première partie en anglais, puis sa "traduction" en français. Gros malaise, les deux ne correspondent pas, absolument pas. Elles sont presque opposés. En français dans le texte, Macron parle "solidarité",  "croissance équitable", "évasion fiscale", "crise du capitalisme", "devoir de partager" et "environnement"; il exhorte même ses collègues chefs d'Etat à "arrêter de détricoter le droit social" (ne riez pas!). En anglais, Jupiter évoque au contraire la nécessaire "baisse du coût du travail et du capital", le besoin de "flexibilité" et de "garantir la stabilité pour les entrepreneurs et les investisseurs". Il ose même insister: il faut "changer de business model pour se réadapter à l'environnement". Docteur Jekyll et Mister Hyde ? Non, Macron n'est que la double face d'une simple hypocrisie. S'il se croit sincère, il est assurément bipolaire.

Jeudi à Saint-Genès-Champanelle dans le Puy-de-Dôme, Macron livre ses vœux au monde agricole. Séquence "terroir". Attention, Jupiter est dans le pré. Face à des agriculteurs pas toujours bios, Macron brasse du vent, enfonce les portes ouvertes (il veut des "des paysans qui peuvent vivre du prix payé d’ores et déjà aujourd’hui"); il excelle dans cette langue de bois qui désormais est sa marque de fabrique. Un exemple, le plan Loup, puisque nombre d'agriculteurs veulent éradiquer ce qui reste de ce canidés dans nos contrées, Macron promet deux mesures "concrètes": "anticiper "les moyens de précautions pour protéger les troupeaux" et assumer "un modèle d’agro-pastoralisme". Euh... Qui a compris ? Autre exemple, les circuits courts. Macron "encourage les acteurs à continuer", mais tous seuls.

Il avait une promesse, ou plutôt une confirmation: sa prochaine loi va "renverser la construction du prix en partant des coûts de production", "relever le seuil de revente à perte", voire "encadrer les promotions." Fichtre ! Où est passé le libéralisme béat ? Jupiter deviendrait-il dirigiste ? Non, il adapte son discours à ses interlocuteurs, à Davos comme à Saint-Genès-Champanelle. Sur son site, le député François Ruffin publie le projet de loi, avant même sa présentation en Conseil des ministres; ça couine dans les couloirs de l'Assemblée. Mais le mal est fait. La comm' gouvernementale torpillée. Et le projet apparaît au final bien maigrichon.

Le soir même, à Clermont-Ferrand, Jupiter serre des mains, il sert son image dans les rues de la ville. Il improvise une visite à une heure du matin chez un nouveau coiffeur du coin (si, si). Il déambule, pour faire des selfies, encore des selfies. Cela fait proche du peuple.

Jupiter est un troll.



Ami(e) macroniste, qui es-tu ? 


3 commentaires:

  1. Votre expression "kermesse locale" qualifie bien les réjouissances qui se sont déroulées au château de Versailles et qui s'inscrivent dans le répertoire de la politique spectacle animée par le locataire de l'Elysée.

    Fr 2 - 17 déc 2017 - interview de Macron par Delahousse :

    "Le leadership international et européen, je le tiens de mon peuple"...

    Les invités avaient bien compris.

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  2. Juan,

    Vous devriez lire cet article du vieux Jean Daniel (et les autres partisans de l’opposition systématique et manichéenne aussi, d’ailleurs…)

    https://www.nouvelobs.com/edito/20180130.OBS1453/la-fascination-de-l-extreme.html

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    1. Et parallèlement on peut aussi lire la presse étrangère. Notamment à propos de la prestation de Macron à Davos. Égal à lui-même.

      "Macron est venu, il a vu – il a déçu”, titre le journal allemand Die Welt ce 25 janvier".

      L'article de l'Obs auquel vous renvoyez suggère un état des lieux de sortie plutôt délavé et Jean-Daniel y est nostalgique

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