2 septembre 2017

539ème semaine politique: Macron, président des riches et des patrons

 

Où il est question d'une loi travail où la concertation fut une arnaque, d'une loi qui légalise le contrat de travail le plus précaire que la Vème République ait connu, et de quelques éditocrates qui avaient quand même à applaudir.


En début de semaine, un journaliste, fan de football et devenu éditorialiste, a été embauché pour devenir ... porte-parole de l'Elysée. Porte-parole, rien que ça ? Bruno Roger-Petit supprime ses comptes sociaux quand il est nommé, tout un symbole de cette Macronista. Pense-t-il nous envoyer la bonne parole présidentielle par fac-similé ? Cette simple décision, personnelle sans doute, illustre le début d'une présidence hautaine et tétanisée.

Mercredi, le magazine Le Point publie la première "grande" interview de Jupiter depuis mai. Jupiter fait des bourdes, nombreuses, parfois insultantes. Ainsi récuse-t-il "la politique victimaire" après avoir supprimé le Secrétariat général d'aide aux victimes. "J'ai envie de lui mettre la tête dans notre galère pour lui apprendre le respect des victimes d'attentats" lui répond le responsable d'une association de victimes d'attentats. Jupiter a aussi la formule creuse mais nécessaire pour habiller une politique de classe: "Je crois en la reconstruction d’un héroïsme politique, d’une vraie ambition, pour atteindre y compris ce qui est décrit comme impossible." Macron, héros ... du Medef ? Sur le fond, cet exercice de communication révèle une chose: Jupiter ne change pas, et ne regrette rien. Quand il évoque la suppression prochaine des emplois aidés, qui couteront 44 000 emplois aux handicapés, Jupiter reste hautain et sans regret en les qualifiant de "subventions déguisées vers les collectivités locales ou le secteur associatif", une "perversion de la politique de l'emploi".
Résumé de l’interview (de Macron) dans « Le Point », afin de vous faire économiser 4,50 euros (presque un mois de baisse d’APL) : « Allez vous faire cuire le cul, c’est moi qui ai raison. » Les Jours. 


Une perversion ?

Mercredi en Conseil des ministres, Edouard Philippe propose une "réforme de la fiscalité." Quel sens du timing ! Le CICE sera transformé en allègement direct de charges sociales (merci Macron !); l'impôt sur les sociétés sera abaissé à 25%; et, bien sûr, l'ISF sera allégé de 3 milliards: "cette mesure vise à attirer les investisseurs pour développer les entreprises françaises, ainsi qu’enrayer la fuite des talents. L’immobilier comme outil de travail restera exonéré de toute imposition."

Pire encore, Philippe annonce surtout cette flat-tax pour les revenus du capital qui le faisait bafouiller quand Jean-Jacques Bourdin l'interrogeait la semaine précédente sur RMC. Dès le 1er janvier 2018, tous les revenus du capital ne seront plus imposés qu'à 30%. Joli cadeau pour les plus fortunés qui annule l'une des mesures progressistes du quinquennat Hollande ! Comprenez la mesure, les revenus du capital étaient auparavant taxés comme les revenus du travail.

Merci patron, merci Macron.

Jeudi, le suspense est insoutenable. Edouard Philippe et sa ministre ex-DRH de Danone attendent les journaux télévisés de 13 heures pour dévoiler les 36 mesures de leur réforme du code du travail. Ils ont choisi la clôture de l'université d'été du MEDEF pour annoncer leur joli cadeau, "la réforme de toutes les réformes", celle qui nous projettera dans un avenir radieux "à l'allemande". La coïncidence des dates est désastreuse. Sur Twitter, ils utilisent le hashag #DialogueSocial. On ne sait pas quelle agence publicitaire leur a conseillé pareille bêtise. C'est même indécent quand on se rappelle comment cette loi a été préparée. On s'interroge sur l'identité de ces quelques conseillers de l'ombre qui ont rédigé le texte de la loi puisque, rappelons-le, ce texte n'a pas été amendé ni négocié avec quiconque et surtout pas les organisations syndicales.

La novlangue fait des ravages. 

On nous rassure, on nous assure qu'Emmanuel Macron ne fait qu'appliquer le programme sur lequel il a été élu. Passons sur l'arnaque politique: l'élection de Macron fut un rempart contre l'ignoble front national, jamais un blanc-seing pour son programme. Sa dégringolade sondagière inédite témoigne d'ailleurs de la faiblesse de son socle de convaincus. L'arnaque est ailleurs: pourquoi donc le gouvernement a-t-il caché son projet de loi Travail jusqu'au 31 août ? Pourquoi la ministre du Travail a-t-elle porté plainte contre des personnels de son propre ministre quand des fuites sur le projet ont été publiées par le Parisien, au début de l'été ? Pourquoi ?

On nous assure, on nous rassure, il y a eu une "étroite concertation". En juillet, par une majorité composée de bleusailles, le gouvernement s'octroie les pleins pouvoirs grâce au vote d'une loi d'habilitation par ordonnance qui empêchera tout débat parlementaire une fois la loi connue. Les nouveaux élus macronistes sont rapidement renvoyés en vacances. En parallèle, puis tout l'été, l'équipe macroniste rencontre les syndicats un à un sans jamais donner l'intégralité de son texte ni se confronter à l'ensemble des organisations. Diviser pour mieux conquérir, la démarche est habile, l'enfumage total. 

Depuis quand écarter la représentation nationale de tout débat sur la législation du travail est-il démocratique ?

Cette loi contient quelques avancées. On ne soupçonne pas Macron d'être débile, il fallait bien un os à ronger. Sa loi prévoit ainsi que les salaires et frais de déplacement des salariés de TPE/PME impliqués dans des accords de branches soient désormais pris en charge par un fond. Ou qu'un code du travail numérique sera bientôt mis en ligne. Il y a aussi quelques évidences - récuser un licenciement pour vice de forme quand le fond n'est pas contestable n'est souhaitable pour personne. L'augmentation de 25% des indemnités légales de licenciement est aussi bienvenue. Il y a aussi les inévitables gadgets (la "mobilisation d’un réseau de grandes écoles et universités volontaires pour former chaque année des militants syndicaux", la création d’un "observatoire de la négociation" en entreprise; ). Le texte propose même de renforcer "les possibilités d’évolution vers l’inspection du travail (par concours) pour les élus du personnel et les délégués syndicaux", ne riez pas. Ne pleurez pas non plus.

Ce que disent vraiment les syndicats

Rapidement, médias dominants, commentateurs et éditocrates complaisants pointent combien le front syndical est apathique et divisé. Preuve que l'opposition à cette loi serait faible, ni FO ni la CFDT ne se rallient à la proposition de manifestation du 12 septembre de la CGT; et ni le PS ni la CGT ne se rallient à celle du 23 septembre proposée par la France insoumise. S'attarder sur la participation ou non-participation à une manifestation est facile et paresseux.

Revenons plutôt sur ce que les seules parties prenantes à cette "concertation" ont à dire sur la loi travail, à savoir les syndicats. C'est plus instructif sur ce que contient vraiment la loi que les disputes sur la participation à un cortège.

Les organisations patronales se félicitent. La seule inquiétude que Pierre Gattaz exprime est qu'il faut rester vigilants jusqu'à la rédaction des décrets d'application qui pourraient gâcher ce joli cadeau par des modalités pratiques défavorables.  Il regrette aussi que le gouvernement n'ait pas supprimé le recours aux syndicats dans les entreprises de 50 à 300 salariés. Damned ! Quel gauchiste ce Macron !A l'université d'été du Medef, les sourires sont là. Quelque 12 ministres du gouvernement Macron sont venus

Force Ouvrière a surpris son monde. Depuis le début, et sans doute grâce au recrutement par Macron comme conseiller de l'un des proches de Jean-Claude Mailly, le troisième syndicat national est conciliant. A la publication du texte des ordonnances, Mailly fait deux commentaires essentiels: primo, "nous avons bloqué plein de choses, ça aurait pu être la bérézina", histoire de justifier son attitude depuis l'été. Mais plus grave, il dénonce que les primes d'ancienneté et l'existence d'un treizième mois soient désormais du ressort de l'entreprise, où le rapport de négociation est plus défavorable aux salariés qu'au niveau des branches sectorielles. Et il s'inquiète des conditions de négociations dans les entreprises de moins de 20 salariés puisque le gouvernement laisse le chef d'entreprise libre.

La CFDT, qui avait pourtant soutenu la loi El-Khomri, fustige avec une violence verbale qui a surpris cette loi Travail. Pour se rassurer, les macronistes expliquent qu'il s'agit d'une querelle de positionnement syndical. Encore une fois, attardons nous sur le fond plutôt que sur ces conjectures: Laurent Berger s'est déclaré déçu. Il dénonce une "occasion manquée", et des "dispositions négatives pour les salariés" comme la rupture conventionnelle collective, ou, à l'instar de FO, les pouvoirs accrus des employeurs aux détriments des branches. Il fustige aussi que le gouvernement ait dégagé les syndicats des petites entreprises, une gageure pour un gouvernement qui se réclame du dialogue social.

A la CFE-CGC, ce n'est guère mieux: "le champagne a dû couler à flots à l’université du Medef", commente Gilles Lecuelle, le négociateur du syndicat des cadres CFE-CGC, "ils ont pu faire passer tout ce qu’ils n’avaient pu obtenir ces dernières années".


La CGT fustige "la fin du contrat de travail". Et c'est sans doute effectivement  la mesure phare de cette loi travail, la mesure la plus honteuse: cette loi travail créé le contrat de travail le plus précaire, après l'intérim, que la France ait connu depuis 1936, le "contrat de projet": un contrat sans durée fixe, sans prime de précarité, et révocable à tout moment. C'est l'une des mesures les plus graves pour les salariés, les plus libérales et rétrogrades de cette loi.

Mais il y a pire.

La loi prévoit un barème pour les licenciements jugés abusifs par les prud'hommes (sic!), elle plafonne à un an les délais de recours des salariés. Elle supprime des contraintes administratives en matière de déclaration de pénibilité; elle fusionne les trois instances de représentation des salariés au périmètre du Comité d'Entreprise, le plus vaste, "ce qui revient à supprimer les instances de proximité (DP et CHSCT)", explique ATTAC. "Le Medef sera donc vigilant à ce que la fusion des instances existantes conduise bien à une optimisation des coûts liés au dialogue social et à plus de simplicité." confirme le MEDEF.

Au final, cette loi travail est un retour à un ancien temps où les salariés étaient moins protégés. Qu'on l'assume ou pas, c'est un retour en arrière. La novlangue macroniste n'y change rien. Cette loi "transforme" le présent en passé. Nous revenons proche d'une époque pré-Front populaire. C'est factuellement un retour en arrière. Que d'autres lois, y compris la loi El-Khomri, aient déjà franchi ce pas n'y change rien. On comprend aisément pourquoi le gouvernement et ses soutiens n'assument pas.

Les autres réformes de classe

On s'inquiète, aussi, des effets de la nouvelle réforme des rythmes scolaires sur le travail des femmes. Jean-Michel Blanquer, ex-conseiller sarkozyste devenu ministre de l'Education Nationale, a rétabli la semaine à 4 jours, instauré par le sinistre duo Darcos/Sarkozy il y a bientôt 10 ans. "Un tiers des emplois occupés par les femmes le sont à temps partiel, notamment pour dégager le mercredi' rappelle Le Monde, un quotidien que l'on ne suspectera pas d'anti-macronisme primaire. Blanquer a aussi rétabli les classes bilangues, réservées pour quelques élites.

Bruno Le Maire promet vendredi de dévoiler le nom des entreprises que Macron compte privatiser.

Et Edouard Philippe, qui inaugure une foire commerciale en province, se fait huer.

Emmanuel Macron entame cette rentrée "aux abois", paraît-il. On l'espère. Sa présidence se poursuit comme un sarkozysme souriant, une politique de classe qui a pris le pays par hold-up grâce à l'épouvantail frontiste.

Mesure après mesure, Jupiter démontre ce qu'il est.




1 commentaire:

  1. Lundi 4 septembre 2017 :

    Emmanuel Macron n'a plus que 30 % d'opinions favorables dans les sondages.

    La popularité de Macron dégringole encore en septembre.

    Dans notre baromètre mensuel YouGov, le couple exécutif voit son image se dégrader une nouvelle fois à la rentrée après un été compliqué.

    Le mois d'août fut morose, la rentrée n'est guère plus réjouissante. La cote de popularité du couple exécutif poursuit sa chute vertigineuse.

    Selon notre baromètre mensuel réalisé par YouGov pour Le HuffPost et CNews, Emmanuel Macron voit son image se dégrader pour le deuxième mois consécutif dans l'opinion. Sa cote de confiance perd 6 points en septembre pour atteindre 30% d'opinions favorables, après en avoir perdu 7 au mois d'août.

    http://www.huffingtonpost.fr/2017/09/03/exclusif-la-popularite-de-macron-degringole-encore-en-septembre_a_23194143/

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