La France d'après commence aujourd'hui.

C'était la joie. Elle est toujours très forte, très grave, quand on gagne une élection. Nicolas Sarkozy avait été défait, hier soir. Sarkofrance va changer. La Sarkofrance allait disparaître. La droite pouvait renaître, mais il fallait licencier Nicolas Sarkozy ce soir

Il faudra se souvenir de cette période. Une période où un homme sans conviction sauf celles qui servaient sa propre survie politique, a gouverné la France. Nicolas Sarkozy a détruit son camp de l'intérieur. Il a mis 10 ans à gagner contre son camp, 5 ans pour abîmer la France. Nicolas Sarkozy n'est plus, il faudra qu'il ne soit plus, qu'il disparaisse.

Les dernières heures
Il avait eu ce fol espoir, celui de sa réélection, même au fil du rasoir. Mais Nicolas Sarkozy avait perdu.

Pendant le weekend, malgré la suspension de la campagne, ses supporteurs les tenaces propageaient des appels à la mobilisation: « Appel à la mobilisation générale! » pouvait-on lire sur Facebook, « dernier sondage RG: Sarko 49,8. Le 2ème tour se jouera à moins de 300.000 voix. » Et qu'importe si les RG avaient été démantelés en 2008 par Nicolas Sarkozy, pour les fondre dans la nouvelle DCRI.

Samedi, les derniers sondages officieux des instituts BVA, IFOP, IPSOS et HARRIS donnaient François Hollande encore vainqueur, entre 52 et 53% des suffrages, mais un taux d'abstention très variable, entre 16 et 30%. Dès vendredi soir, des milliers de SMS appelant à voter Sarkozy le 6 mai (et Hollande le 7 - sic!) étaient envoyés par des partisans de l'ancien Monarque.

Dimanche, comme une dernière provocation, le décret sur l'augmentation de la TVA était publié au Journal Officiel. Il était temps de voter.

Le malentendu
Il fut d'abord le mauvais gars, au mauvais endroit, au pire des moments. La crise nous a protégé de lui, de ses absurdités idéologiques.

Il s'est pris pour François Mitterrand. C'était son secret. Il croyait qu'il pourrait Changer la Vie. Il avait appelé cela la Rupture. Une Rupture qu'il voulait avec son propre camp, les chiraquiens. C'était débord une revanche de la défaite de 1995. Quand il était ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy saborda la présidence Chirac.

Comme Mitterrand en 1981, Nicolas Sarkozy avait voulu appliquer quelques-unes de ses mesures les plus identitaires dès les premiers mois de son mandat. Nous eûmes les peines planchers, le renforcement du bouclier fiscal à 50%, l'exonération des droits de succession pour les riches, la rétention de sureté, le (faux) service minimum.

Comme Mitterrand qui avait réussi à assimiler le PCF que d'aucuns, en 1981, voyaient encore comme une menace démocratique, Nicolas Sarkozy voulait assimiler le Front National. Il ne comprenait pas que le PCF avait peu à voir avec le FN. Les communistes étaient compatibles avec la République.

En ce 6 mai, la gauche et le centre risquaient de se trouver seuls devant le Front National rebaptisé Rassemblement Bleu Marine. 

Le discours d'adieu
Vers 20H20, il est quand même arrivé sur l'estrade de la salle de la Mutualité, à Paris. Il avait les traits tirés. Il s'était cru plus grand que son quinquennat: « Il y a quelque chose de beaucoup plus grand que nous, c'est la France ». Il avait toujours ce talent, Nicolas Sarkozy, pour prêcher le contraire de ses pratiques: « Mon engagement dans la vie de mon pays sera désormais différent. Mais le temps ne distendra jamais les liens tissés entre nous ».

C'était sa tournée d'adieu, il était triste de devoir raccrocher. Peut-être espérait-il revenir plus tard. « Jamais je ne pourrai vous rendre tout ce que vous m'avez donné. Vous m'avez tellement donné ». Ou encore: « Soyons dignes, soyons patriotes, soyons Français ! Je vous aime ! »

Il expliqua qu'il ne mènerait pas la campagne des législatives. C'était dommage. Nous aurions pu continuer quelques semaines. C'était heureux, les responsables de l'UMP passaient déjà à autre chose. On se disputait le parti et le leadership.

Et la suite ?
Nicolas Sarkozy avait perdu, mais rien n'était gagné.

Il faudra défendre François Hollande, l'empêcher de dériver, l'obliger à écouter. Il a promis d'être normal. Le candidat socialiste a été sous-estimé par tout le monde. Par son camp, par ses adversaires. La présidence normale doit s'incarner, et être soutenue. La Vème République est un sale régime qu'il faudra bien un jour démocratiser.

Il faudra aussi rester vigilant. Il faudra soutenir François Bayrou et son énième tentative centriste. Il faudra voter Front de Gauche, parce que la gauche doit être populaire. Il faudra aider celles et ceux qui à droite, auront à coeur de reconstruire une droite républicaine qui a le coeur républicain suffisamment arrimé pour éviter les excès xénophobes de ces derniers jours.

La gauche, comme la droite ou le centre, n'a aucun complexe avec l'exigence de sécurité et de laïcité. Nicolas Sarkozy a dû plonger à l'extrême droite, c'était triste et indigne.

Nicolas Sarkozy n'était pas seul. Nous avons déjà repéré Jean-François Copé et Laurent Wauquiez, deux politiciens de la pire espèce. Le premier a la vertu de croire à ce qu'il dit. Le second a le défaut de dire ce qu'il faudrait croire.

Le blog Sarkofrance entame une saison 2, dans une forme que son auteur n'appréhende pas encore.

Ami sarkozyste, c'est la dernière fois que je te salue.

Une autre saison démarre. Quelques sbires de Sarkofrance pensent prendre le relais.

Mais nous serons là.


Présidentielle: #radiolondres et l'attente

L'attente d'un résultat est toujours trop longue quand on accorde à ce dernier une très forte importance.

Depuis 5 ans, depuis des mois, depuis des semaines, nous sommes nombreux à attendre le résultat de ce soir.

#RadioLondres 
C'est à nouveau le fanion de la Twittosphère pour indiquer aux uns et aux autres les dernières estimations ou sondages de ce scrutin sur le réseau Twitter. Et contourner ainsi l'interdiction légale de publication sondagière et de propagande politique en vigueur depuis vendredi dernier à minuit.

Encore une fois, Twitter joue son rôle d'immense agora, de bistrot national où nous serions tous accoudés au comptoir à commenter et informer une actualité en développement. Hier, Sylvain Rolland, pour laTribune.fr, livrait quelques comptes à suivre ce jour (dont celui de votre serviteur) pour cette journée historique. Côté blogueurs et amateurs, il citait @marcvasseur, @DDesgouilles, @nicolasvoisin, @ArnaudMouillard, @Jules_Praxis, @JesuisCethomme, @bravepatrie, @SebDeFR, @drobert, @fabricepelosi, @koztoujours, @matthieucreux, @Tristan_Maupoil, @abbegrosjean. Je vous pourrais vous compléter de quelques autres consoeurs et confrères que l'ami @jegoun relaye systématiquement via @JegounBlogs

Et les médias?
Il a quitté hier soir son QG sous la pluie, nous raconte Frédéric Gerschel, pour le Parisien. La salle de la Mutualité a été réservée pour l'intervention de Nicolas Sarkozy, ce soir, pour commenter les résultats. D'ici là, les chaînes d'information nous font patienter avec des images de François Hollande puis Nicolas Sarkozy votant dans leur bureau respectif.

Il y a 5 ans, jour pour jour, Rue89 naissait quelque part vers 18h. Le site d'information nous propose aujourd'hui d'énumérer simplement, poliment, joliment, nos souvenirs du quinquennat écoulé, à la manière du « je me souviens » de Georges Perec.

Marianne2 préfère nous rappeler que la crise financière est encore là.

Le NouvelObs préférait se réjouir, mal et vite, de l'échec des campagnes Web. L'hebdomadaire dirigé par Laurent Joffrin s'imaginait que le Web allait remplacer la Télé (sic!): n'a-t-il pas simplement remplacé certains éditocrates ?

Le blog du Figaro consacré à la présidentielle n'est plus actualisé depuis jeudi.
 
Pourquoi s'agiter ?
Je fais campagne depuis 5 ans et je ne suis plus impatient. Il arrive un moment où vous vous dites que vous avez fait ce qu'il fallait, que vous auriez peut-être pu faire mieux. Que c'est de toutes façons trop tard. Qu'il faut prendre le recul que la législation nous impose avec ce carême politique d'une trentaine d'heures.

De part et d'autres, nous avons écrit et commenté, nous avons révélé ou analysé. Nous avons tenté d'éviter l'invective, nous avons parfois mal résisté au stress.

L'accélération, l'agitation, la précipitation sont des maux dont nous souffrons tous. En privé ou en public, dans les entreprises ou en politique, on exige de nous une rapidité de réaction ou d'action qui conduit souvent à l'agitation et nuit à la réflexion.

Patientons.

La campagne est terminée. Et nous ?



Et soudain, ce fut calme, incroyablement calme.

François Hollande était à Tulle. Nicolas Sarkozy quelque part à Paris. 

Nous étions contraints au silence. La campagne officielle est terminée depuis vendredi soir. Nous sommes suspendus. Il le fallait.

Nous pouvions refaire le match, ces mois écoulés, ces dernières années ou les quelques semaines intenses de bataille politique que nous venions de vivre.

Nous pouvions nous interroger sur ce qu'il faudrait améliorer, sur ce qui a manqué, sur ce qui nous a énervé. Le Web a-t-il été utile, déterminant ou anecdotique ? A-t-il participé à l'excitation, à la tension, aux dérapages en tous genres ? A-t-il aidé à dynamiser ou dynamiter ce scrutin ?

Pour celles et ceux qui suivent, comme lectrices/lecteurs ou blogueuses/blogueurs, l'actualité politique générale ou particulière depuis 5 ans sur un rythme quotidien, cette interruption forcée est un moment curieux et rare.

Le 6 mai, à 20 heures et quelques secondes, une autre page s'ouvrira pour le blog Sarkofrance. Je ne sais pas encore laquelle. Je n'ose écrire qu'il faut raccrocher les gants, pour rester dans une métaphore sportive chère à certains commentateurs. Quelque soit le résultat, il y aura toujours à faire.

Pour ce tour, ce dernier du scrutin, il faut déjà voter, peu importe votre vote.


261ème semaine de Sarkofrance: alors, c'est la fin. Ou pas?

Il nous avait promis de « l'exploser » en plein vol et en plein débat. Bien sûr, c'était une confidence en off à quelque journaliste du Figaro. Mais ce fut l'inverse. Son agressivité ne porta pas. Cette semaine, la dernière de sa présidence active, se termina sur François Bayrou rejoignant le référendum anti-Sarkozy.

Désarçonné, le Monarque faisait mine d'attendre, encore fois, une vague, cette fois-ci qualifiée d'immense.

Voici la dernière chronique de la dernière semaine du dernier quinquennat de Nicolas Sarkozy.

J-7: Sarko et les officines
A Dimanche+ sur CANAL+, le Monarque zigzagua une fois de plus, une fois de trop. Il sentait qu'il était aller trop loin contre l'Immigré. Non pas qu'il avait renoncé à convaincre un maximum des électeurs frontistes du premier tour. Mais son propre camp avait fini par être gêné. Et François Bayrou ne s'était pas encore prononcé.

Il se félicita donc de la France accueillante, mais ne put s'empêcher de raviver le cliché d'une immigration profiteuse de notre Sécurité sociale: « Je ne peux pas accepter – dans la situation économique, fiscale, sociale de la France – une immigration qui ne serait motivée que par le seul attrait de prestations sociales parmi les plus généreuses d’Europe. Qu’y a-t-il d’antirépublicain à cela ? » Qui y avait-il de républicain à ne jamais parler des bénéfices, notamment économiques, de l'immigration ?

Ensuite, il fila à Toulouse. Son meeting fut retransmis en direct dans 6 autres villes de France, dans des salles parfois à moitié vides.

A Toulouse, il fit peur avec la Grèce, l'Espagne, le drapeau rouge, et l'immigré. 
Encore.

Nicolas Sarkozy s'était aussi énervé contre la récente révélation de Mediapart, qualifiant le site d'« officine au service de la Gauche ».. Mediapart avait commis l'infâme sacrilège de publier un courrier de l'ancien patron des secrets libyens, daté de 2006, adressé à un autre dignitaire libyen, et confirmant le don de 50 millions d'euros à la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007. L'auteur, incarcéré au Royaume Uni, et le destinataire, protégé d'Interpol par les autorités françaises, nièrent avoir écrit/reçu ce courrier. Sarkozy dénonça l'« infamie » et, le lendemain, porta plainte contre Mediapart.

Durant le weekend, Dominique Strauss-Kahn avait été surpris rue Saint-Denis, à l'anniversaire de Julien Dray. Et quelques extraits d'un ouvrage sur DSK avaient été publiés par The Guardian. L'occasion fut trop belle pour le clan sarkozyste. Avec un sens de l'opportunité et du contrefeu médiatique parfait, le Figaro publia quasiment de larges extraits du PV d'audition de DSK devant les magistrats dans l'affaire du Carlton de Lille. Une audition vieille de 5 semaines. Nous nous interrogions: Le Figaro est-il une officine de Nicolas Sarkozy ? Mieux, la DCRI de Bernard Squarcini demanderait-elle les fadettes de la journaliste du Figaro pour identifier l'origine de cette violation du secret de l'instruction ?

La riposte sarkozyste passait aussi par Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte-parole du Monarque Celle qui écrivait tout son désaccord à l'encontre du FN il y a 6 mois abusait désormais de tous les excès de langage et amalgames pour fustiger François Hollande, sans trouver rien à redire à la course vers l'extrême droite de son mentor. 

J-6: Sarko élève le débat
« Chaque fois que je m'adresse aux Français, je veux élever le débat.» Nicolas Sarkozy avait toujours de curieuses et schizophrènes formules, comme ce lundi 30 avril, en Avignon. Les observateurs notèrent que Sarkozy semblait cramé, grippé, épuisé. Il faisait trop chaud.

Mais Sarkozy continua dans la surenchère de dernière ligne (d'extrême) droite: « moi, je n'accepterai jamais l'euthanasie ». Sur la dépénalisation du cannabis, « je laisse à Monsieur Hollande et ses amis ces idées-là ».

A Avignon, il fit peur avec la Grèce, l'Espagne, le drapeau rouge, et l'immigré.

Encore.

J-5: Sarkozy chez les Riches 
Pour le 1er mai, Nicolas Sarkozy fit le meeting qu'il souhaitait. Ou presque. C'en était drôle. D'abord le lieu, place du Trocadéro, au coeur du riche XVIème arrondissement. Célébrer « le vrai travail » chez les Rentiers, quelle curieuse idée ! Ensuite la foule. Sarkozy, sur l'estrade, annonça 200.000, soit près du double de son meeting de la Concorde, dans un espace cinq fois plus petit. Au mieux, ses supporteurs étaient 30.000, ce qui était déjà bien. Pourquoi toujours en rajouter ? Il y avait Jean-Christophe Lagarde, Nadine Morano, Alain Juppé et François Fillon. Mais Jean-Louis Borloo, un temps promis sur l'estrade, boudait encore. N'assumait-il plus ? Il restait caché. Il pensait aux législatives.

Deux heures avant, Marine Le Pen avait promis de voter blanc au second tour. Contre Sarkozy. Elle lui disputait le leadership de la droite. Sarkozy avait si bien légitimé la plupart de ses thèses, qu'il ne lui restait plus qu'à dénoncer l'hypocrisie du clan Sarkozy. Soit Sarkozy assumait sa démarche jusqu'au bout, et donc appelait à voter FN en cas de duel FN/PS au second tour des législatives, soit il fallait l'achever.

Contre le « faux travail » et les « vrais assistés », il eut ses habituelles caricatures. Comme celle sur la prétendue injustice «que les aides soient trop souvent réservées à ceux qui n’ont pas travaillé et que ceux qui ont travaillé soient moins aidés.» Il défendit sa TVA sociale, « une TVA pour freiner les délocalisations, pour protéger l’emploi français.» C'était faux, car la baisse de charges sociales bénéficiera marginalement aux secteurs exposés à la concurrence étrangère (notamment l'industrie). Et la hausse de TVA en octobre prochain - +1,6 point - restera trop dure pour le plus grand nombre (après celle de 1,5 point pour la TVA réduite, les déremboursements médicaux, la hausse des taxes sur les mutuelles, etc), et trop faible pour changer quoique ce soit pour le coût du travail.

Il tenta aussi de propager un nouveau concept,« un nouveau modèle français». Il était trop tard, à 5 jours du second tour, de s'inventer des gadgets électoraux.

Au Trocadéro, il fit peur avec la Grèce, l'Espagne, le drapeau rouge, les médias et l'immigré.

Encore.

J-4: Caliméro au Grand Débat
C'était le Grand Débat, le Grand oral. Nicolas Sarkozy attaqua dès ma première minute. François Hollande répliqua dès la dernière minute. Au final, la presse conclut au match nul ou à la victoire du candidat socialiste. Ce qui voulait dire que la victoire avait été sacrément franche. Nicolas Sarkozy avait surpris jusqu'à son camp. Il semblait usé, incapable de sortir du terrain de son adversaire. Il voulut passer pour une victime, énumérant toutes les méchancetés et énormités prononcés contre lui depuis 5 ans. Dans le même paragraphe, il se félicitait d'avoir réussi à rassembler la France. La preuve, aucune violence, aucune émeute. C'était faux, on se souvenait de la bataille de Grenoble.

Il voulait qu'on oublie son bilan, les atteintes aux personnes qui augmentent, l'éducation en berne, le bouclier fiscal, la précarité en hausse, la désindustrialisation, le chômage qui explose, les déficits aggravés avant la crise, etc. Etc. Etc. Fallait-il répéter, une à une, toutes les promesses non tenues ?

Il répéta des pans entiers de ses discours de meetings. Mais ce qui passait devant des supporteurs survoltés fut démonté pièce par pièce par François Hollande. Sarkozy avait commis une immense erreur d'appréciation sur son adversaire. Il avait fini par croire aux mensonges qu'il proférait lui-même.

En fait, nous réalisâmes que pour la première fois depuis 5 ans moins deux jours, Nicolas Sarkozy était face à un contradicteur, contraint de répondre sur son bilan et ses propos. Souvent, il usa de termes violents, tels « mensonge » ou « calomnie ». Souvent, il fut à court d'arguments quand Hollande démontait ses outrances.

J-3: Sarko sent la « vague immense »
Nous étions jeudi. Nicolas Sarkozy semblait apaisé. Ses proches lui avaient dit qu'il avait été génial, immense, fantastique. Ses proches, ce sont son premier problème. Son dernier grand meeting était pour Toulon, en fin d'après-midi. Durant la journée, il confiait sa satisfaction après le débat d'hier. Il était plus calme, il ne regrettait pas la violence, la tension (« une campagne, c'est dur »).

Il ne fallait pas chercher bien loin, pourtant, pour comprendre combien le trouble était manifeste au sein de l'équipe de campagne. Les éléments de langage étaient mal rodés et confus. Nadine Morano expliqua que 3 débats d'une heure (tiens, d'une heure seulement ?) auraient mieux qu'un débat de trois heures. Guillaume Peltier qualifia Hollande d'agressif. Benjamin Lancard l'avait au contraire trouvé pas assez punchy.

Sarkozy voulait se rassurer, et promettait à ses soutiens et son public, « la plus grande surprise de la Vème République » pour dimanche soir. A Toulon, il éructait encore sur une estrade: «Deux jours de mensonges, et des années pour régler la facture, voilà le projet socialiste » ! Il reprit ses accusations habituelles, contre les « tribus » étrangères, contre la presse, contre la « gôche ». Ses discours étaient si agressifs, qu'une vingtaine de supporteurs se crurent autoriser à cracher et crier sur deux journalistes de BFM-TV présents dans l'enceinte du meeting. Le lendemain sur Europe 1, Sarkozy les excusa: « il faut les comprendre ».

La vraie (et seule) nouveauté de cette campagne était celle-là: après le chômeur, le pauvre, l'immigré, le banquier, le trader, Sarkozy s'était trouvé un nouveau bouc-émissaire: le journaliste.

Mais le soir, ce fut le coup dur. François Bayrou annonçait qu'il voterait François Hollande. Le centriste avait franchi le Rubicon. Et non pas par adhésion au programme du candidat socialiste. Mais par rejet de la dérive extrémiste de Nicolas Sarkozy. L'appel au référendum anti-Sarkozy était complet.

Le Monarque avait su rassembler une large coalition arc-en-ciel, mais contre lui. Il fallait le virer, et que notre espace démocratique reprenne son cours normal.

J-2: Sarko ensablé ?
Vendredi matin, sa rage était sourde. Contre Bayrou, étrillé de critiques venant du clan Sarkozy depuis la veille au soir, l'attaque fut directe et sans inspiration: « Bayrou manque de cohérence ». Sarkozy se voulait encore combattif. « Vous verrez dimanche soir, vous verrez une grande surprise ». Il se prenait encore pour la France: « le peuple de France ne s’est jamais senti comme ces dernières semaines, injurié, acculé, manipulé ». Il s'en prit encore aux journalistes, au « monde médiatico-politique » évidemment de gauche, un « monde égocentrique qui se regarde le nombril ». Il se croyait encore candidat du peuple.

Bizarrement, il avait encore un meeting, mais dans une petite salle municipale, aux Sables-d'Olonnes, devant 2.000 militants à peine. « Je sais bien qu'aujourd'hui, le classicisme en politique, c'est de faire peur. Ce n'est pas mon intention. » Et le voici qui enchaînait sur ... l'Espagne. Il se répétait, c'était normal. Il enrageait contre des ennemis imaginaires: « je déteste l'égalitarisme !», mais qui était pour ? «Je pense que la chasse aux Riches est une absurdité ! », mais qui pensait le contraire ?

En coulisses, la cellule Riposte de l'UMP propageait ses dernières boules puantes contre Hollande. Leur campagne s'enfonçait un peu plus dans les égouts. Le candidat socialiste était qualifié de « Malhonnête, mou, parachuté, mauvais gestionnaire, mal entouré » sur un faux site de campagne. Un autre communiqué de presse dénonçait la « tricherie », la « manipulation », ou la « paresse » du rival socialiste.

Ils pouvaient être énervés, à l'UMP. Mediapart avait ouvert son site au public.

J-1: Sarko au repos.
Les dés sont-ils jetés ? Samedi, la campagne est terminée. Chaque camp surveillait l'autre.
Nicolas se reposait avec Carla. Il ferait du vélo, au Chateau de la Lanterne, à Versailles. Ou il regarderait un classique de Dreyer, puisqu'il adore cela. Il était confiant, il ne pouvait pas croire à sa défaite.

Ami sarkozyste, je sais où tu es.

Quitte ton mentor et rejoins-nous.

Il est encore temps. La République mérite mieux

 

Bayrou conclut le référendum anti-Sarkozy

C'était un coup dur, et symbolique.

Nicolas Sarkozy était à Toulon pour son dernier meeting de campagne et dénoncer les « tribus » et le droit de vote des immigrés. François Bayrou était à Paris, à la même heure, pour dénoncer cette « course vers l'extrême droite » et la chute des valeurs.

Il ne s'agissait plus de gauche ou de droite, du Parti socialiste ou d'ailleurs.

Il s'agissait de virer Nicolas Sarkozy.

Pour tous et pour chacun.

Après, nous pourrions reprendre une activité normale. 

Bayrou avait choisi.
Le leader centriste expliqua pourquoi il fallait voter contre Nicolas Sarkozy. Contre Sarkozy, son appel était républicain, sincère, personnellement risqué. Il ne donna aucune consigne générale à ses 3 millions d'électeurs du premier tour. Mais il énonça un réquisitoire sans appel sur les outrances extrémistes et hors sol de Nicolas Sarkozy. Il fallait l'écouter ou le relire, pour comprendre combien Sarkozy avait rompu avec la conception européenne et républicaine que ce faisait François Bayrou de notre avenir collectif.
« Nicolas Sarkozy, après un bon score de premier tour, s’est livré à une course-poursuite à l’extrême droite dans laquelle nous ne retrouvons pas nos valeurs, dans laquelle ce que nous croyons de plus profond et de plus précieux est bousculé et nié dans son principe. L’obsession de l’immigration dans un pays comme la France, au point de présenter dans son clip de campagne un panneau « Douane » écrit en Français et en Arabe, qui ne voit à quels affrontements, à quels affrontements entre Français, cela mènera ? L’obsession des « frontières » à rétablir, comme si elles avaient totalement disparu et que nous y avions perdu notre âme, qui ne voit que cela conduit à la négation du projet européen auquel le centre et la droite, autant que la gauche modérée, ont donné des décennies d’action et de conviction ? Et quant à l’idée que l’école, ce devait être l’apprentissage des frontières, qui ne voit que c’est une déviation même de l’idée d’école, qui est faite au contraire pour que s’effacent les frontières entre les esprits, entre les consciences, entre les époques ? »
Même Jean-Luc Mélenchon, lucide mais vigilant, fut satisfait.

Le référendum anti-Sarkozy pouvait-il enfin avoir lieu ?

Sarkozy avait subi
La journée du Monarque avait mal commencé, ce jeudi 3 mai. Le matin, la presse, même de droite, s'interrogeait sur son ... échec de la veille, face à François Hollande. Il avait tant promis, pour ce débat, qu'il avait déçu. Pour les plus lucides, même dans son camp, il avait été fébrile, hargneux, fatigué, désarçonné.

Puis vint l'autre coup, son ancien conseiller de Neuilly-sur-Seine, Thierry Gaubert. Accusé de détournement de fonds du 1% patronal quand il oeuvrait à la tête d'un Comité interprofessionnel du logement (CIL) dans les Hauts-de-Seine, quand Nicolas Sarkozy était encore maire, Gaubert a été jugé coupable d'abus de biens sociaux et condamné à 10 mois de prison avec sursis.

Il y eut aussi cette autre mauvaise nouvelle. Le fâcheux journal Mediapart, qu'il avait qualifié d'officine en début de semaine, avait ajouté un autre témoignage à charge contre Nicolas Sarkozy. Mediapart avait publié une lettre d'un dignitaire libyen promettant 50 millions d'euros de donation au candidat Sarkozy pour sa campagne de 2007. L'auteur, incarcéré au Royaume Uni, et le destinataire, protégé d'Interpol par les autorités françaises, avaient nié avoir écrit/reçu ce courrier. « Le gouvernement libyen a indiqué que c'était un faux, le traducteur de M. Kadhafi a indiqué que c'était un faux, le destinataire du fameux virement a indiqué que c'était un faux. Qui croit à de pareilles fadaises? » déclara Sarkozy jeudi. Mais l'avocat de l'ex-Premier ministre libyen, jeudi, avait contredit la thèse officielle le jour même: « le marché a été conclu par Moussa Koussa sur instruction de Kadhafi et assuré que des documents attestant de la transaction existent ». Patatras ! L'avocat donna une conférence de presse pour confirmer la chose.

Le soir, il était sur CANAL+. L'émission avait été enregistrée, pour lui permettre d'aller à Toulon. Il ne put réagir à la déclaration, vers 19h20, de François Bayrou. Quelle malchance ! Comment avait-il trouvé le débat ? « C'est trop chaud » répondit-il à Michel Denisot. « La vie, elle est faite pour des combattants, des lutteurs ». Vraiment ? Quelle vision darwiniste...


Sarkozy caricature
Plus tard, à 18 heures, Nicolas Sarkozy retrouvait une scène qu'il appréciait. Un meeting dans une ancienne ville frontiste, devant des militants survitaminés. Quelques-uns de ces derniers avaient été motivés par la succession d'attaques de leur mentor contre les médias qu'ils se retournèrent contre l'équipe de BFM-TV présente sur place. La station d'information d'Alain Weil avait pourtant choisi de couvrir ce dernier meeting sur place, dans la salle. Et dans la salle, en fin de meeting, une grosse vingtaine de supporteurs s'arrêtèrent devant la scène pour invectiver et cracher sur Ruth Elkrief et Thierry Arnaud, les deux journalistes.

Mais qui pouvait croire que BFM-TV était une « radio rouge » ?

Plus tôt, le spectacle était dans la salle, sur l'estrade. « Vous êtes le peuple de France qui veut rester debout ! »

Nicolas Sarkozy sombrait encore dans la caricature. Il dénonça la France des « tribus » et pire encore:  « Dans les années 1980, il a fallu deux ans pour que la situation devienne intenable, aujourd'hui il faudrait deux jours. Deux jours d'illusion pour des années de souffrance». «Deux jours de mensonges, et des années pour régler la facture, voilà le projet socialiste. (...) Depuis quatre ans, le monde est au bord d'un gouffre, la moindre erreur peut nous faire basculer.» Nous l'avions vu. Nicolas Sarkozy parlait-il de lui, de son paquet fiscal désastreux pour les finances publiques, contreproductif pour l'emploi.

Il pensait encore qu'il était le seul légitime. L'homme aux 500 milliards d'euros de dettes n'avait pas d'autre argument que la peur: « Ce n'est pas le moment de tenter des expériences folles, c'est le moment d'être responsable, sérieux. C'est le moment de regarder la réalité en face ».

Il pensait encore que la France silencieuse allait démentir les sondages. Il avait peut-être raison. Il fallait rester lucide. L'électorat était volatile. « Au moment d'aller voter, elle se déplace en masse. voici le temps du sursaut national ! »

« C'est avec ces mots innocents que nous allons construire cette immense vague qui va submerger ceux qui ne comprennent rien à la France »

Sarkozy nous ressortait l'argument de la « vraie » France contre la « fausse ». C'était triste, presque indigne pour le débat démocratique.


Le Grand Débat: Sarko rate son oral.

Il a donc eu lieu, le Grand Débat. Nicolas Sarkozy en voulait trois. Il fut KO en un seul, un unique, un mercredi pluvieux de l'entre-deux tours. C'en fut surprenant. Il semblait dans sa bulle, comme hors sol. Il s'imaginer « éclater » son rival Hollande jugé trop mou, il se heurta à un roc.

Le plus curieux fut qu'il s'enferma lui-même dans une nasse dès les premières minutes du débat. Le Superman de 2007 était devenu un Caliméro sans proposition.

Incroyable suspense
On nous avait promis « un débat sous très haute tension » (Les Echos), «l'heure du face-à-face‎ » (Le Point), « Hollande et Sarkozy prêts à monter sur le ring » (L'Express).

Vingt millions de téléspectateurs rivés devant leur poste seraient là pour voir les deux impétrants, François Hollande et Nicolas Sarkozy, se livrer l'ultime bataille verbale.

Comme souvent pour ces occasions, les détails les plus futiles des préparatifs avaient été répétés et rabâchés. Toute la journée durant, chaînes et radio d'information rediffusèrent des extraits du précédent débat opposant Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy. A l'époque déjà, le 2 mai 2007, les sondages donnaient Sarkozy victorieux à 53% contre 47%. Cette fois-ci, l'électorat était jugé plus volatile. Sur iTélé ou BFM TV, on pouvait même voir des images sans grand intérêt de la salle de débat en cours de préparation, des hommes de ménage s'affairant pour nettoyer un plateau d'aspect si sobre qu'il en était sinistre.

Nicolas Sarkozy s'était reposé, paraît-il. Dans la journée, Jean-Louis Borloo, qui avait finalement boudé le meeting sarkozyen du 1er mai dans le XVIème arrondissement de Paris, publia une lettre ouverte à François Bayrou où il enjoignait le leader centriste de rejoindre Nicolas Sarkozy. C'était drôle. Le contre-feu était trop gros. Depuis le matin même, Gérard Longuet faisait l'actualité. Dans un entretien au magazine de sa jeunesse, Minute, il qualifia Marine Le Pen d'interlocutrice valable. L'homme se prit le feu jusque dans son propre camp. Même François Fillon prit ses distances.

Dès le début...
A 21 heures pétantes, nous y étions. Evidemment, la première question fut sur leur « état d'esprit ». Une question sans intérêt, mais il fallait se chauffer. Dès la première minute de son intervention, Sarkozy sauta contre son rival. Plutôt que de profiter de son introduction, il était à l'attaque. Il dénonça les critiques qu'il subissait, et les ralliements, trop nombreux, à François Hollande. Paradoxalement, il voulait se poser en rassembleur, mais fustigeait en des termes violents ses contradicteurs.

Surtout, Nicolas Sarkozy récitait ses éléments de langage. On reconnaissait, dès les premières minutes, ces formules déjà entendues de multiples fois au cours des meetings de campagne.

Quand François Hollande l'attaqua sur la division du pays, les clivages, il répliqua que la preuve de sa capacité de rassemblement était ... l'absence de violences pendant 5 ans. On se pinçait. L'absence d'émeutes valait-il approbation et référendum populaire ? Piqué au vif, Sarkozy se mit à énumérer toute la France rassemblée... contre lui.

Il était Calimero, il était en défense, en grande défense. « Monsieur Sarkozy, vous aurez du mal à passer pour une victime » lui rétorqua Hollande. Confronté à son bilan, le Monarque s'excusa de la Grande Crise, s'exonéra des grandes difficultés, plaida l'apprentissage, dénonça les cas de la Grèce et de l'Espagne (que personne ne prenait en exemple!). Il tenta de contester les chiffres, puis céda.

Pire, il lisait ses fiches. Hollande eut une première formule qui fâcha: « Avec vous, c'est très simple. ce n'est jamais de votre faute.» Sarkozy bredouilla quand son contradicteur lui demanda un peu moins d'invectives. « Mais j'ai toujours assumé mes responsabilités ». Il accusa encore Hollande de mensonge, mais se piégea:
Sarkozy: C'est un mensonge
Hollande: Lequel ?
Sarkozy: C'est un mensonge
Hollande: Lequel ?Sarkozy: Quand vous dites que quoiqu'il arrive, je suis content
Hollande: Ah bon, parfois, vous n'êtes pas content de vous ?
Sur son bilan, il fut avare de détails. 180 millions d'heures supplémentaires malgré la crise ! « 9 millions de salariés ont touché des heures sup' malgré la crise l'an dernier ». Que lui restait-il ? Hollande rappela que le relèvement de la TVA promis pour octobre pèsera pour 320 euros par an et par ménage. Les deux s'échangeaient

Sarko se croyait en meeting
Au bout de 45 minutes, l'exercice devint incroyable et imprévu. Nicolas Sarkozy répétait, quasiment mot pour mot, les caricatures qu'il ressassait sans contradicteur depuis des semaines. Mais c'est fois-ci le contradicteur était devant lui. François Hollande lui répondit, rapidement, clairement, justement. Sarkozy conservait un regard effaré, presque perdu. C'était tristement décevant.
« La meilleure économie d'énergie, c'est l'économie d'énergie ! »
Il cria encore « Vous Mentez ! C'est une calomnie ! ». « Vous n'êtes pas capable de tenir un raisonnement sans terminer par une invective » lui rétorqua Hollande.

Quand ce dernier pointa le bouclier fiscal, « dont vous connaissez les bénéficiaires, ce sont vos proches », Nicolas Sarkozy s'empourpra. « Lesquels, M'sieur Hollande ?!? Lesquels ?!? » Hollande cita Liliane Bettencourt. Sarkozy enchaîna sur Mathieu Pigasse. Trahissait-il un secret fiscal? Il bâtit en retraite: « Euh... non, non... »

« Monsieur Hollande, je n'ai pas à répondre à votre question » s'agaça-t-il quand Hollande lui demanda de combien les prélèvements obligatoire avaient augmenté en 5 ans. Ces derniers avaient cru de près de 2 points en un quinquennat. Sarkozy lisait ses fiches. Il ré-attaqua sur les 60.000 postes dans l'Education que son rival projetait de créer en 5 ans. Mais il trébucha sur le taux d'encadrement dans le primaire qui, contrairement à ses dires, restait le plus bas dans l'OCDE. « Vous avez vous-même supprimé la formation des enseignants » Sarkozy toussait.

Et son programme ?
Ce fut la seconde surprise de la soirée. Non seulement Nicolas Sarkozy maitrisait mal ses nerfs, mais il défendit très peu son programme. Le débat s'installa sur les idées et les réponses de François Hollande. Sarkozy n'avait pas perdu la main, il ne l'avait jamais eu.

« Connaissez-vous beaucoup de travailleurs qui sont prêts à travailler 50% de plus pour être payé 25% de plus ? » demanda Hollande. Sarkozy répondit qu'il pensait que ces heures sup, dédiées à l'encadrement d'un élève, valaient moins de salaires car l'enseignement était personnalisé et non collectif. Les enseignants apprécieront.

Sur les déficits et la dette, Sarkozy s'abrita derrière les contre-exemples de la Grèce et de l'Espagne: « Nous empruntons à moins de 3%. L'Espagne à plus du double ». La France, expliqua-t-il, ne serait pas dégradée. Puis il s'aventura à justifier qu'il avait déjà tout fait en matière de politique européenne, taxe sur les transactions internationales, etc...

« Vous avez supprimé l'impôt de Bourse, et vous l'avez rétabli, c'est tout » corrigea Hollande.

Sarkozy eut quelques formules quasiment magiques: « nous avons sauvé la Grèce de la disparition ». Les Grecs apprécieront. Quand il fut questionné sur ses compromis avec l'Allemagne, il s'énerva. Hollande dut rappeler que l'ancien premier ministre Papandreou héritait de la gestion d'un gouvernement conservateur. 

Plus d'une heure et demi avaient été consacrée à l'économie. C'en était trop pour les deux journalistes-animateurs et Nicolas Sarkozy, exténué.

Sarkozy finit confus
Immigration, il était 22h36 quand le sujet était enfin abordé. David Pujadas n'attendait visiblement que cela. Combien fallait-il d'immigrés ? « Aujourd'hui, quelqu'un qui arrive en France, on le met en rétention pour voir s'il correspond à un critère de régularisation ».Quelle formule incroyable! Sarkozy entretenait la confusion sur l'immigration légale et illégale. Hollande lui fit remarquer. Il garda pour la fin qu'il souhaitait rester à 180.000 immigrés légaux par an. Il précisa combien Sarkozy avait été incapable de tenir ses propres objectifs d'immigration économique.

Quand Hollande l'interrogea sur une éventuelle phobie anti-Islam, Sarkozy s'énerva encore. Bien sûr qu'il visait les Musulmans ! Mais comment faire le tri entre les étra,gers ? Sarkozy ne répondit pas.

Sur l'énergie, Sarkozy mentit en expliquant qu'autant d'investissement avait été consacré aux énergies renouvelables qu'au nucléaire. C'était faux.  Fessenheim, la centrale la plus vieille de France, située sur une zone sismique, près d'un canal, restait « sans danger » selon le Monarque. Tant qu'il n'y avait pas d'accident, tout allait bien. Il refusait d'entendre les arguments de son contradicteur. Fessenheim est la plus vieille centrale, et les travaux de prolongation sont hors de prix. Sarkozy resta sur le terrain de la caricature: si le nucléaire c'est dangereux, il faut tout fermer. Pourquoi refuser d'écouter ?

« Le nucléaire ne pose aucun problème de sécurité en France » asséna-t-il. Fukushima, « c'est un problème de tsunami ».

Le coup de grâce
Il était 23h18 quand François Hollande énuméra sa vision de la présidence de la République. Il énonça, en quelques et nombreux exemples, ce qu'allait être une République irréprochable, une vraie. Attaqué sur les réunions de donateurs UMP, Sarkozy nia être allé à l'hôtel Bristol rencontrer des militants UMP du Premier Cercle. C'était ballot, nous avions les photos. Attaqué sur ses réunions UMP à l'Elysée, il se défendit maladroitement. « Pas que mon parti, y avait les centristes! » s'excusa-t-il. Attaqué sur sa présidence partisane, il énuméra les quelques nominations qu'il considérait irréprochables. Il renvoyait surtout, sans cesse et sans limite, François Hollande à François Mitterrand.

Sarkozy avait des références du passé pour cacher son passif.

Hollande le mitrailla d'exemples. Sarkozy bafouilla: « Vous êtes un petit calomniateur en disant cela ! » Il dérapait et perdait contrôle. « Monsieur Hollande, je n'accepte pas de leçon d'un parti qui a voulu se rassembler derrière Dominique Strauss-Kahn » lâcha-t-il, à bout de nerfs. « Je me doutais que vous y viendriez » répondit Hollande.

Sur Twitter, quelques journalistes politiques confiaient leur désarroi devant un tel naufrage. Sur Europe1, quelques minutes plus tard, Catherine Nay avoua « j'ai été déçu par sa prestation. »

La séquence internationale qui suivit fut à peine plus calme. Sarkozy tenta d'accuser Hollande de sacrifier la sécurité des soldats français. Son rival lui répondit que cette accusation était infondée.

Sarkozy, KO assis.
Au final, que retenir?

Primo, Nicolas Sarkozy commit une grosse erreur, si grossière qu'elle ne lui ressemblait pas: il avait cru que répéter ses caricatures de meetings feraient l'affaire dans un tel débat. Il fut défoncé. Il n'avait pas anticipé que François Hollande avait des arguments étayés, des propositions réfléchies. Ce mercredi soir, l'outrance du clan sarkozyen contre Hollande depuis des mois a fait pschitt. C'était la preuve d'une erreur d'appréciation majeure sur son rival. Et pourtant, Hollande était en campagne depuis un an. Que n'avait-il eu le temps de l'étudier !

Secundo, Nicolas Sarkozy s'est montré incroyablement hargneux, de plus en plus hargneux. Ce soir, il multiplia les invectives. le moindre argument contre son rival en fut pollué, quand Hollande restait zen et calme: « calomnies », « mensonges », « vendu », « misérable », « petit calomniateur ». Le point Godwin fut atteint quand, acculé sur la République irréprochable, NS sortit le nom de DSK.

Tertio, Nicolas Sarkozy n'a jamais réussi à placer le débat sur son terrain. Son propre programme, déjà maigre, fut complètement occulté. Son propre bilan, quoique lourd, fut épinglé, échec après échec. Et jamais Sarkozy ne réussit à s'en sortir. Il pensait affaiblir son adversaire, il n'y parvint pas.

Il avait perdu toute stature présidentielle.

Il était minuit passé d'une minute quand le débat s'arrêta. Quinze minutes plus tard, Nicolas filait en voiture avec Carla dormir Villa Montmorency.


J-4: Sarkozy se requinque chez les Riches

Le 1er mai médiatique avait démarré avec la traditionnelle célébration de Jeanne d'Arc par le Front National. C'était triste. Il faisait beau. La Place de l'Opéra avait été péniblement remplie, ce qui était surprenant pour un parti que l'on disait si fort. Marine Le Pen disputait à Nicolas Sarkozy le leadership de la droite. Le Monarque avait si bien légitimé la plupart de ses thèses, il ne restait au rassemblement Bleu Marine qu'à dénoncer l'hypocrisie du clan Sarkozy. Soit Sarkozy assumait sa démarche jusqu'au bout, et donc appelait à voter FN en cas de duel FN/PS au second tour des législatives, soit il fallait l'achever.

Sans surprise, Marine Le Pen promit de voter blanc au second tour. Elle se refusa de donner une quelconque consigne: « Dimanche, je voterai Blanc! Et en juin, Bleu Marine »

Deux heures plus tard, c'était au tour de Nicolas Sarkozy de tenir sa « vraie fête du travail », à moins qu'il ne s'agissait de la « fête du Vrai Travail ». On ne savait plus.

Il était radieux, comme le temps. Rien à voir avec le meeting de la veille, en Avignon. Il semblait requinqué d'être en terre amie. La veille, il semblant chancelant voire grippé. A Paris, les militants et supporteurs avaient été conviés à 14h. Le meeting commença par une intervention de l'ancien centriste Jean-Christophe Lagarde, puis lui succéda Nadine Morano. Alain Juppé et François Fillon étaient là également. Jean-Louis Borloo, un temps promis sur l'estrade, avait fait faux bond. La campagne

Meeting surévalué
Nicolas Sarkozy avait beau jeu de se moquer des Bobos et de Saint-Germain. Venir fanfaronner contre la lutte des classes au coeur du quartier de la classe dominante avait quelque chose de cocasse. Les deux arrondissements parisiens du Trocadéro, les 8 et 16ème, lui avaient donné 58% et 65% des suffrages au premier tour du 22 avril dernier. Il allait chercher la France forte chez les siens.

Sur place, Nicolas Sarkozy crut voir 200 .000 personnes, deux fois plus qu'à la Concorde. la place était trois fois plus petite. Cela faisait un peu plus de 10 supporteurs par mètre carré. Il était stupide de faire une telle course au chiffre pour sortir des scores aussi facilement contredits par la réalité. La place était pleine, mais la place était petite. L'UMP avait débloqué les grands moyens. Comme pour le meeting de la Concorde, deux semaines avant. Ses fédérations avaient proposé des allers-retours en train à des tarifs défiant toute concurrence.

Ces Français qu'il n'aime pas
Vers 15h30, Nicolas Sarkozy arriva enfin. Il s'abrita d'abord derrière de Gaulle, et son discours de Bagatelle du 1er mai 1950: « La masse immense que voilà prouve aux insulteurs que rien n’est perdu pour la France. » Les insulteurs ? La référence était surprenante car en 1950, le général de Gaulle entamait une très longue traversée du désert. Sarkozy voulait-il envoyer quelque message subliminal ?

A quelques kilomètres de là, et avec quelques minutes d'avance, Marine Le Pen avait déjà fait huer les communistes. Sarkozy n'était pas en reste: « Je n’accepterai jamais de recevoir des leçons de morale de la part de ceux qui brandissent le drapeau qui a été l’étendard de tant de tyrannies et qui a enveloppé dans ses plis parmi les plus grands crimes de l’Histoire ». Dans l'assistance, on siffla, mais sans toutefois scander « Communistes Assassins ! » comme place de l'Opéra. Il avait besoin de fustiger le drapeau rouge. Mais qu'avait-il donc ? L'Union soviétique n'était plus depuis 21 ans déjà, mais Sarkozy cherchait encore à recréer la peur des chars russes sur les Champs Elysées si François Hollande était élu.

Au Trocadéro, dans l'un fiefs de la droite bourgeoise parisienne, Sarkozy venait donc agiter le drapeau rouge. « Le drapeau rouge, c’est le drapeau d’un parti ! Le drapeau tricolore, c’est le drapeau de la France ! ». Un peut plus tard dans son meeting, il voulut cliver encore un peu plus, le Président des Riches voulait crier sa propre révolte: «La France est un des pays les plus accueillants et les plus généreux du monde. Elle ne mérite pas qu’on la critique sans arrêt, elle ne mérite pas qu’on la stigmatise. »

Sarkozy ne fut pas avare en caricatures de la réalité qu'on avait l'habitude  d'entendre dans les discours ultra-libéraux ou frontistes: « Il n’est pas juste que les aides soient trop souvent réservées à ceux qui n’ont pas travaillé et que ceux qui ont travaillé soient moins aidés.» On se souvenait de Laurent Wauquiez, l'an dernier, ou de Marine Le Pen, plus récemment.

Récupérer le travail
Sur le front du travail, il avait déçu. Son quinquennat n'avait pas été celui du Travail. Pire, la défiscalisation des heures supplémentaires avait accéléré la dégradation de l'emploi dès le printemps 2008. Depuis, contrairement à ses promesses répétées quasiment chaque année, le chômage ne finissait pas d'augmenter.

Au Trocadéro, Sarkozy voulait récupérer le 1er mai, la fête du travail, et donc la valeur Travail qu'il avait tant négligé. C'était parfois très gros: « nous nous considérons comme les héritiers de ceux qui ont lutté pour le droit de grève, pour la liberté syndicale et pour les congés payés.» Il se voulait rassembler, héritier des plus grandes luttes sociales, mais sa formule était maladroite. Il était trop clivant, trop hargneux. Il se prétendait «  acteurs du progrès social » autant que la gauche, mais qu'avait-il fait depuis 2007 ? Il répéta des généralités. Dans son discours, Nicolas Sarkozy fut avare d'arguments de son bilan. Il évoqua la réforme des retraites, oubliant, comme toujours, de mentionner la pénibilité.

« On n'a pas le droit de culpabiliser la France du Travail ! » fut l'exemple même de la formule creuse et hors sol.

Caricaturer l'adversaire
Il ressassa ses attaques, vieilles de 10 ans déjà, contre les 35 heures, la retraite à 60 ans,
Il mentit en accusant la gauche, absente du pouvoir depuis une décennie, d'avoir « alourdi le coût du travail » (son envolée date de 2002). Il fit mine de retrouvrer même quelques grâces aux syndicats  («il n’y a pas de démocratie sans liberté syndicale. »).

Voulait-il nous faire oublier ses salves contre les corps intermédiaires, qui avaient marqué son entrée en campagne ? Non, bien sûr: « Dans la République, ce ne sont pas les syndicats qui gouvernent. C’est le gouvernement. Ce ne sont pas les syndicats qui font la loi. C’est le Parlement. Dans la République, c’est le peuple qui décide. Dans la République, quand il y a blocage, on donne la parole au peuple. C’est cela la République ! »

Il accusa Hollande, pèle mêle, de « revenir sur l’exonération des droits des petites et moyennes successions » (c'était faux), de «  remettre en cause le quotient familial » (c'était faux), de « matraquer fiscalement les classes moyennes » (c'était faux), ou de prôner le « retour de l’égalitarisme » .

Le nouveau gadget
« Je veux un nouveau modèle français» fut le maître mot du discours. Nicolas Sarkozy sortait cette cartouche un peu tard. On se souvient de sa pitoyable première tentative de grandir sa mandature, il y a deux ans, lorsqu'il nous promettait une nouvelle « politique de civilisation ».

Cette fois-ci, le gadget s'appelait « nouveau modèle français ». Sarkozy décrivit son ambition, un modèle qui « ne cherchera pas à diminuer le coût du travail en abaissant les salaires »; où « le travail sera reconnu comme valeur »; qui favorisa « le capitalisme des entrepreneurs »;  « où tout le monde aura conscience que c’est en faisant front ensemble que l’on pourra relever le défi de la mondialisation».

Dans son idée, ce « nouveau modèle français » serait celui « où plus aucun enfant n’entrera au collège sans savoir lire, écrire et compter ». Avec 60.000 enseignants de moins ? Et des enseignants moins payés ? Dans son « nouveau modèle français », l'école apprendrait aux enfants « à tracer la frontière entre le bien et le mal, entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, entre la vérité et le mensonge, entre le beau et le laid ». Entre le beau et le laid ?

Sarkozy était presque Houdini le Magicien, il avait la solution, évidente: « Il faut augmenter les salaires et il faut diminuer le coût du travail. Voilà le défi ! » Il justifia sa TVA sociale, la « TVA anti délocalisation, c’est une TVA pour freiner les délocalisations, pour protéger l’emploi français.» La hausse d'octobre prochain - 1,6 point - restait trop dure pour le plus grand nombre (après celle de 1,5 point pour la TVA réduite, les déremboursements médicaux, la hausse des taxes sur les mutuelles, etc), et trop faible pour changer quoique ce soit pour le coût du travail.

Ce nouveau modèle ressemblait à un extrait de son programme de 2007. Mais qu'avait-il fait depuis 5 ans ?

La Frontière ! La Frontière !
Nicolas Sarkozy devait évidemment faire l'éloge de la « Frontière », son nouveau dada. Il enfonçait des banalités creuses qui, s'il n'avait gouverner la France pendant 5 ans, aurait pu encore faire illusion: « Il faut des frontières à la France. Non pour s’enfermer, mais pour s’affirmer dans le monde. Pour clarifier les rapports avec les autres. La frontière, c’est le droit opposé à la force

Il invoqua beaucoup l'histoire. Après tous ces clins d'oeil de second tour vers Pétain, c'était cocasse ou ignoble. L'homme était trop intelligent pour savoir qu'il avait manié de sales références avec ses éloges du Vrai Travail et de l'Identité Chrétienne. La frontière, c'était aussi celle de l'héritage. Comme à chaque meeting, Nicolas Sarkozy répéta que « sa » France était celle d’une grande culture, d'une grande histoire; de Voltaire, de Chateaubriand, de Victor Hugo, de Maupassant; « de Jeanne d’Arc, de Bonaparte, du Général de Gaulle, des héritiers de la Renaissance, de la Résistance, des Trente Glorieuses ».


Il lui restait trois jours pour convaincre de son « nouveau modèle français », un modèle qu'il n'avait pu expliquer en 5 ans.
«Trois jours pour expliquer !
Trois jours pour convaincre !
Trois jours pour entraîner !  »
En attendant son « nouveau modèle français », une journaliste de Mediapart a été agressée lors de cette manifestation à cause du simple fait de porter un badget «Presse » mentionnant son journal

Il nous faut encore trois jours de mobilisation pour clore cette sinistre parenthèse.



Sarkozy et ses 30 commissions de réflexion

Le weekend dernier, Nicolas Sarkozy s'exclamait à la tribune, à Clermont-Ferrand, contre François Hollande et sa prétendue préférence pour les commissions plutôt que pour les décisions.
« L’autre jour, à la télévision, j’ai succédé à mon adversaire. Alors j’ai regardé, je me suis dit : Je vais peut-être apprendre quelque chose. A cinq reprises, le journaliste David Pujadas  lui a posé une question : J’ai une question à vous poser, répondez simplement, y a-t-il trop d’étrangers en France, ou pas assez ? Cinq reprises, il a refusé.
Dois-je considérer que celui qui prétend vouloir être président de la République n’a donc, à moins d’une semaine, un peu plus d’une semaine, du 6 mai, aucune idée sur ce que devra être la politique migratoire qu’il conduira dans les cinq ans s’il était élu ? Aucune ? Au bout de cinq questions, il a consenti à dire : On va y réfléchir. On va faire une commission ! »
 François Hollande n'avait promis aucune commission, et avait simplement pointé l'inanité de la question. Mais passons. Retenons cette éloge, en creux, de la décision qui serait le trait de caractère principal de Nicolas Sarkozy. Savez-vous combien de commissions de réflexions, souvent rémunérées, Nicolas Sarkozy a-t-il créé depuis 2007 ?Une bonne trentaine !

Au début du quinquennat, la création de commissions faisait partie de l'omniprésence médiatique du Monarque. Il s'agissait de montrer qu'il ne gouvernait pas seul et qu'il savait écouter. Les commissions permettaient plusieurs points presse et autant de discours: annonce de leur création, installation en public, remise du rapport. Elles complétaient les Grenelles (Environnement, pêche, Identité nationale) et aux Conférences (réflexion nationale sur les rythmes scolaires, etc)

Certaines commissions ne servaient qu'à emballer des mesures déjà annoncées, comme sur l'audiovisuel public (la commission fut créé après les annonces!), ou sur la réforme judiciaire. D'autres, plus nombreuses, étaient surprenantes dans leur objet. Comme si Sarkozy, à peine élue, avait décidé de sous-traiter des pans entiers de sa gouvernance. Comme s'il n'avait pas d'idées, même sur des sujets cruciaux (comme la croissance ou la Défense)

Puis, à fur et à mesure qu'il s'enfonçait dans l'impopularité, les commissions Sarkozy servaient de pare-feu (lycée, pompier, grand emprunt, etc). D'autres enfin n'étaient là que pour faire à une action, « mettre la poussière sous le tapis »: à cet égard, celle sur les conflits d'intérêt fut exemplaire: elle ne déboucha sur rien sinon un rapport, dont les conclusions, de surcroît, furent désavouées discrètement par Nicolas Sarkozy...

  1. «Commission du Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale», en août 2007.
  2. «Commission sur le Plan Alzheimer», présidée par le professeur Joël Ménard, en septembre 2007. 
  3. «Commission sur la réforme hospitalière», présidée par Gérard Larcher, président UMP du Sénat, en septembre 2007. 
  4. «Commission sur l'évolution du métier d'enseignant», en septembre 2007 ;
  5. «Commission sur la modernisation des institutions de Vème République », présidée par Edouard Balladur, en octobre 2007.
  6. «Commission sur l'attractivité des métiers du supérieur », en décembre 2007;
  7. «Commission pour la nouvelle télévision publique», présidée par Jean-François Copé, en février 2008. Le Monarque n'avait pas attendu pour énoncer ses décisions: suppression partielle de la publicité, démarrage des soirées à 20h35, nomination des présidents de l'audiovisuel public par le Président de la République.  
  8. «Commission sur le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d'immigration», présidée par Pierre Mazeaud, en février 2008. Son rapport, en juillet de la même année, fut suffisamment contradictoire avec les envies sarkozyennes du moment pour être soigneusement remis au placard.
  9. «Commission sur l'image des femmes dans les médias», en février 2008;
  10. « Commission de mesure de la performance économique et du progrès social », présidée par Joseph Stiglitz
  11. «Commission consultative pour le choix du nouveau directeur de l’académie française de Rome», en mars 2008.
  12. «Commission pour la libération de la croissance française », présidée par Jacques Attali, qui rendit deux rapports. Sa première réunion datait de 2008, quelques mois à peine après l'élection présidentielle. Comme si Sarkozy n'avait déjà plus d'idées. 
  13. «Commission pour le développement de La Poste», présidée par François Ailleret, en septembre 2008 (installée par Christine Lagarde, ministre de l'Economie) 
  14. «Commission sur l'égalité des chances et diversité», présidée par Simone Veil, en décembre 2008.
  15. «Commission de réflexion sur le statut de sapeur-pompier volontaire», en avril 2009 ;
  16. «Commission sur l'Avenir des Centres Hospitaliers Universitaires», présidée par le Professeur Jacques Marescaux, en mai 2009.
  17. «Commission sur l'Emprunt National », présidée par Alain Juppé et Michel Rocard dès l'été 2009.  Les deux, assistée de quelques dizaines d'« experts », travaillèrent à proposer les contours du futur Grand Emprunt, un gadget qui servi d'argument électoral à Nicolas Sarkozy pendant toute la fin de son quinquennat.
  18. « Commission nationale consultative des droits de l’homme pour éclairer les choix et les actes du gouvernement», présidée par Yves Repiquet, ancien bâtonnier de Paris, en juillet 2009
  19. «Commission sur les professions du droit »,  présidée par M. Jean-Michel Darrois, en août 2009.
  20. «Commission sur la réforme du lycée », présidée par Richard Descoing, en août 2009.
  21. «Commission sur la réforme de la procédure pénale », présidée par M. Philippe Léger, en septembre 2009.
  22. «Commission pour la prévention de l'obésité» présidée par Anne de Danne, en octobre 2009.
  23. «Commission sur le financement du codéveloppement en Méditerranée», présidée par Charles Milhaud, en décembre 2009
  24. «Commission sur les violences scolaires», présidée par Alain Bauer, en février 2010.
  25. « Commission nationale du commerce équitable », en avril 2010
  26. «Commission de concertation sur la politique de la jeunesse», présidée par Martin Hirsch en juillet 2010, qui déboucha sur le RSA jeunes.
  27. «Commission de réflexion pour la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique », présidée par Jean-Marc Sauvé, en juillet 2010.
  28. «Commission sur la dimension sociale de la mondialisation », présidée par Christine Boutin, en juillet 2010 
  29. «Commission sur l'avenir de l'Hôtel de la Marine», présidée par Valéry Giscard d'Estaing, en février 2011. 
  30. «Commission sur l'amélioration de la démocratie locale», présidée par Jean-Pierre Girard, député UMP du Var, en juin 2011.

J-5: Le Figaro est-il une officine de Nicolas Sarkozy ?

« Chaque fois que je m'adresse aux Français, je veux élever le débat.» Nicolas Sarkozy avait osé la formule, ce lundi 30 avril, en Avignon. Il en était épuisé.

Interrogé sur les révélations de Mediapart la veille sur CANAL+, Nicolas Sarkozy a eu des mots très durs et violents. Qualifiant d'infamie l'accusation étayée par une lettre du patron des services secrets libyens à Bachir Saleh, patron d'un fonds souverain libyen, qu'il aurait bénéficié de 50 millions d'euros de donations par les autorités libyennes en 2007, il avait accusé le site d'information d'être une « officine au service de la Gauche ».

Assez vite, le Figaro publia des prétendues révélations sur DSK, des extraits d'une audition vieille de 5 semaines qui, comme par hasard surgissait ce dernier weekend d'entre-deux tours. 

Qui était l'officine de qui ?

Le séisme Mediapart
Mediapart avait livré ses révélations samedi 28 avril, dans la matinée. Un article, rédigé par Fabrice Arfi et Karl Larske, que le site payant avait choisi de publier en libre accès. La déflagration fut suffisamment grave pour déclencher une batterie de contre-feux médiatiques.
Officine (définition du Larousse):
  • Local où les médicaments sont préparés, conservés et distribués au détail par le pharmacien, et où on procède à l'exécution des ordonnances médicales ; pharmacie.
  • Endroit où s'élabore quelque chose de secret, de nuisible, de mauvais : Une officine d'espionnage.
Dès samedi, il y eut cette video figurant les « soutiens » étrangers de François Hollande: George Papandreou (accusé d'avoir commis la faillite de la Grèce alors que celle-ci était l'oeuvre de son prédécesseur conservateur), José-Luis Zapatero, et même le ministre iranien des affaires étrangères et le secrétaire général du PC ... russe. Pour un peu, il manquait le nouveau dictateur de Corée du Nord ! L'ignominie était totale.

Dimanche matin, le Monarque lui-même répondit avec gravité aux accusations, ... sans rien dire. Il dénonça l'infamie, le « faux », avant de porter plainte, le lendemain, avant vendredi contre Mediapart. On savait qu'il n'en ferait rien, une telle plainte risquant d'ouvrir justement un cas judiciaire qu'il voulait à tout prix éviter.

Dans l'après-midi de dimanche, le destinataire dudit courrier libyen, Bachir Saleh, nia l'avoir reçu. Certains criaient victoire. Patatras! Bachir Saleh, ancien dirigeant libyen recherché par Interpol vivait sous protection policière... française. François Fillon tenta bien d'arguer qu'il avait un passeport nigérian, c'était faux, le passeport nigérian de Saleh avait été annulé en mars. Patatras! Pire, Le Canard enchaîné avait ajouté d'autres révélations: d'après l'hebdomadaire, l'ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon, aurait veillé à l'exfiltration de Libye dudit Saleh « dans un jet privé appartenant à l'homme d'affaires Alexandre Djouhri. »

La réplique du Figaro
Pour Sarkozy, il fallait donc faire diversion, coûte que coûte. La grosse riposte fut pour le début de soirée, dans les colonnes du... Figaro. Le quotidien de Serge Dassault, dont la rédaction est dirigée par Etienne Mougeotte, publia de larges extraits ... des procès verbaux des auditions de Dominique Strauss-Kahn devant les juges dans le cadre de l'instruction de l'affaire du Carlton de Lille. Rien que cela ! Mais que faisait la police ?

On se souvient qu'en juillet 2010, l'ami d'enfance et patron de la Police nationale Frédéric Péchenard avait ordonné à Bernard Squarcini, directeur de la DCRI, d'espionner deux journalistes du Monde pour retrouver la source des fuites qui avaient permis au quotidien Le Monde de publier des extraits de procès-verbaux de l'audition de l'une des protagonistes clés de l'affaire Bettencourt. Un scandale qui valut une mise en examen à Squarcini lui-même.

Cette fois-ci, n'espérez pas que nos service secrets se plongent dans les fadettes de Marie-Amélie Lombard, la journaliste du Figaro qui publia le dit article sur DSK. Une première version de l'article fut mise en ligne à 19h39, puis actualisée à 23h38.

Il y avait évidemment de tout, sur une grande page, d'extraits de dialogue avec les magistrats aux SMS échangés entre DSK et ses compagnons de soirées. On citait Jade, Mounia, l'ineffable Fabrice Paszkowski, etc. On évoquait les soupçons de prostitution, de proxénétisme, de trafic d'influence. Tout y était. L'un des avocats de DSK dénonça la manoeuvre évidemment électorale: « Le journal de Serge Dassault, fidèle à sa ligne éditoriale, publie ces procès-verbaux entre les deux tours. C'est cousu de fil blanc, personne ne sera dupe ». 

L'audition de DSK détaillée dans les colonnes du Figaro datait du 26 mars dernier. Pourquoi le Figaro avait-il ainsi tardé ? On arguera que la journaliste venait sans doute d'obtenir les dits PV d'audition. On n'imagine pas que le journal ait attendu ce dimanche-là pour publier l'information s'il l'avait plus tôt ? Qui lui avait donné, ce dimanche 29 avril 2012 ? Répétons la question: qui avait donné les PV d'auditions au Figaro ce dimanche 29 avril ?

Sarkozy, en boucle à Avignon
Lundi après-midi, un élu écologiste révélait que notre Monarque avait commandité quelque 264 sondages pendant les deux premières années de son mandat. Le tout pour 6,35 millions d'euros. L'élu avait dû recourir à une injonction de la justice pour obtenir les documents justificatifs. L'un de ces sondages visait même à tester l'opinion sur son remariage avec Carla Bruni.

Le candidat du peuple, ennemi des élites et proche du terrain, passait ses semaines à décortiquer des études financées par le contribuable sur son sort électoral, avec 4 ans d'avance !

En Avignon, où il se déplaçait ce mercredi veille de 1er mai, Nicolas Sarkozy semblait épuisé. Quelques heures avant, il y avait eu quelques échauffourées, à Chateaurenard sur le passage de Sarkozy.

Sur l'estrade, il faisait chaud. Sarkozy avait la voix rauque d'un gars trop fébrile. Il avait la chemise trempée. Son discours était connu, tout était bon pour la surenchère de la dernière ligne droite: « moi, je n'accepterai jamais l'euthanasie ». Sur la dépénalisation du cannabis, « je laisse à Monsieur Hollande et ses amis ces idées-là ». C'était fin. Et quand il déclama « Je ne ferai pas peur, je ne dirais rien de mal. », c'était pour mieux relancer l'assistance, c'en était presque drôle: « Mais, regardez ce qui arrive à un grand pays voisin et ami de la France, l'Espagne, après 7 années de gouvernement socialiste !» Tout en finesse.

Après la Marseillaise de conclusion, il termina évidemment par son habituelle boutade: « vous êtes ininfluençables! Vous êtes indécourageables! Vous êtes le peuple de France ! »


Sa voix sonnait étrange.

S'épargnait-il avant son meeting du 1er mai, quelque part dans le 16ème arrondissement de Paris ?




Lire aussi, sur Twitter: #toiaussititrecommeleFigaro

Les dérapages de Nathalie Kosciusko-Morizet

La porte-parole de Nicolas Sarkozy s'est coulée dans le moule d'une campagne en roue libre sur les terres du Front National. Celle qui écrivait toute sa méfiance et son désaccord à l'encontre du FN il y a à peine 6 mois dans un ouvrage fort opportuniste abuse désormais de tous les excès de langage, approximations et amalgames pour fustiger François Hollande.

La République méritait mieux.

Appel aux indécis
Officiellement, il est confiant. Officieusement, il urge son équipe de campagne de tout faire pour mobiliser et convaincre cette France silencieuse qu'il cherche encore. Les sondages le donnent perdant, mais les sondages ne veulent rien dire dans ce contexte mouvant et incertain.

Lundi 30 avril après-midi, Nathalie Kosciusko-Morizet invitait ses militants à organiser un  dîner des indécis » à l'occasion du débat Hollande/Sarkozy, et à le faire savoir.
Chers amis,

Vous rencontrez tous les jours des indécis et souvent, quand vous abordez avec eux la campagne, le contact est trop bref, pas le temps de discuter.
Nous connaissons tous autour de nous des indécis : amis de la famille, collègues de bureau, voisins. Il faut profiter de notre proximité avec eux pour les convaincre de voter pour Nicolas Sarkozy. »

Je vous propose donc de réunir tous vos amis indécis dans un lieu sympathique et ouvert (brasserie par exemple) et de conjuguer vos forces de conviction pour les convaincre tous à l’occasion du débat d’entre deux tours mercredi soir.

Elle avait raison. Il y avait des indécis. Et la succession de mensonges, grossièretés et amalgames que l'ancienne égérie de la droite écologiste (sic!) se permettait de livrer ces derniers jours ne lasse de surprendre.


Six mensonges et un amalgame
Dans une interview au Monde le même jour, la directrice de la communication de la campagne du président sortant en a remis une couche. Six mensonges, rien que cela, en une seule interview. Il ne manquait plus que les grossièretés.

1. « La régularisation massive des sans-papiers » : cette mesure n'existe que dans son fantasme.
2. « La suppression du quotient familial »: idem.
3. « des retraites qui baissent  »:
4. « le droit de vote des immigrés » (sans préciser, aux élections locales uniquement)
5. « les salaires des fonctionnaires amputés »
6.  « Hollande n'est là que parce que M. Strauss-Kahn est là où il est, mis en examen pour proxénétisme aggravé

NKM se croyait offensive. Elle caricaturait comme son chef. C'était la stratégie de la peur. Il y a 38 ans, Michel Poniatowski promettait, dans l'entre-deux tours du scrutin de 1974, les chars russes à Paris si François Mitterrand gagnait contre VGE. En 2012, l'URSS n'est plus, mais on use toujours des mêmes ficelles.

Aidée par la publication, fort opportune, des procès-verbaux d'audition de DSK dans l'affaire du Carlton de Lille, l'ancienne égérie de la droite écolo usait des mêmes ficelles que son mentor: mélanger Hollande et DSK, sans preuve ni rapport, sans réalité ni dignité, était l'une des dernières manoeuvres du clan Sarkozy.

Dimanche dernier déjà, elle accusait Hollande de collusion avec DSK, après la venue inopinée de ce dernier, la veille à Paris. Ce dernier avait pourtant tenu des propos d'une extrême clarté (et sévérité) à l'encontre de l'ancien patron du FMI.

NKM était-elle perdue ?

NKM s'était-elle perdue ?






J-6: Sarkozy veut nous convaincre qu'il n'a pas changé

Samedi, l'équipe Sarkozy avait très mal pris la révélation par Mediapart d'un courrier du patron des services secrets libyens, en 2006, confirmant le versement de 50 millions d'euros à la campagne de Nicolas Sarkozy. Interrogé sur CANAL+, le candidat sortant qualifia l'information d'infamie.

Mais le candidat sortant était tout autant inquiet de son propre virage frontiste. Il fallait convaincre les centristes de l'UMP qu'il n'avait pas viré mariniste. 


Toujours hargneux
Samedi, il était à Clermont-Ferrand, chez son ami Brice Hortefeux. Il était venu « sans discours », parce que « je suis venu vous parler, je suis  venu pour partager avec vous les valeurs qui sont les nôtres ». Il lisait quand même son texte. Il voulait nous convaincre qu'il n'avait pas changé, qu'il ne courait pas après Marine Le Pen. Mais il était toujours hargneux, haineux même qu'on l'ait critiqué sa campagne si « Buissonnienne »:

« D’abord je voudrais envoyer un petit message à tous ceux qui nous aiment tant, vous avez compris ? Ceux qui savent tout et ne connaissent rien, ceux qui parlent de la démocratie et ne la respectent jamais, ceux qui disent qu’ils sont généreux, qui donnent des leçons mais qui mettent leurs enfants dans les écoles où il n’y a pas de problèmes et qui habitent au boulevard Saint-Germain, dans un quartier où on n’a pas de problème.»

Il répéta son mensonge sur le soutien, prétendu mais inexistant, de Tariq Ramadan à François Hollande, ou l'appel, prétendu mais inexistant, de 700 mosquées à voter Hollande. Samedi, il alla un cran plus loin, invitant DSK dans son discours. La perche avait été tendue un peu plus tôt par l'ancien patron du FMI. Et Sarkozy la saisit avec une gourmandise non feinte.

DSK s'était invité tout seul dans la campagne. The Guardian avait publié des extraits d'un livre à paraître sur l'affaire éponyme, samedi. A quelques jours du second tour. On s'en fichait et le camp Hollande n'appréciait pas. Sarkozy, qui avait placé DSK au FMI en 2007, prit cela pour du pain béni:  « Mes chers amis, on n’avait rien vu, car aujourd’hui un renfort de poids s’est manifesté en faveur de François Hollande qui a appelé à la rescousse une caution morale de poids, Dominique Strauss-Kahn. Il ne manquait plus que lui et la famille est complète

Le mensonge était aussi gros que l'outrance. Il était même stupide d'imaginer une seule seconde que François Hollande ait eu envie, à fortiori réclamé, du soutien de DSK. A l'inverse, le lendemain sur CANAL+, le leader socialiste eut des termes sans appel: « DSK n'a pas à revenir dans la campagne présidentielle. Il n'est plus dans la vie politique.»

A Clermont, Sarkozy fustigea « les grands censeurs », « les donneurs de leçons ». Il prétendit n'avoir pas changé une ligne de sa lettre aux Français, ni proposé « une seule proposition nouvelle » depuis le second tour. C'était faux. Il accusa encore Hollande de vouloir « faire les poches » à tous ceux qui gagnent « plus de 4.000 € par mois », « faire les poches de celui qui a travaillé et qui a plus que vous ».

Il réclamait le droit de parler laïcité ou immigration. Qui l'en empêchait ? On s'étonnait qu'il ne parle que de cela. Pourquoi évitait-il la dette, le pouvoir d'achat, la désertification médicale, ou le travail précaire ? Il s'énervait, en public et en fanfare, contre un antisarkozysme qu'il faisait mine de découvrir.

A Clermont, Sarkozy entama un léger virage. Il fallait séduire le centre. Cette dernière semaine écoulée avait été trop violente. A mi-discours, il changea de registre: « je sais d’où je viens, je déteste le racisme, je déteste le sectarisme, je déteste la France repliée sur elle-même, je plaide pour la France forte, pas pour la France faible, je déteste la haine de l’autre, je déteste désigner un bouc-émissaire, je déteste l’homophobie, je déteste tout ce qui exclut, tout ce qui avilie, tout ce qui injurie, je déteste cela au plus profond de moi-même ».

Le président zig-zag voulait convaincre les centristes qu'il avait raison de parler d'immigration comme Marine Le Pen: « nous avons accueilli plus de monde que nous ne pouvions en intégrer.» Il oubliait, comme toujours, qui gouvernait depuis 10 ans. Il se permettait, comme toujours, quelques saillies dignes d'un meeting FN, comme celle-ci qui ravivait le cliché d'une immigration profiteuse de notre Sécurité sociale: « Je ne peux pas accepter – dans la situation économique, fiscale, sociale de la France – une immigration qui ne serait motivée que par le seul attrait de prestations sociales parmi les plus généreuses d’Europe. Qu’y a-t-il d’antirépublicain à cela ? » Qui y avait-il de républicain à ne jamais parler des bénéfices, notamment économiques, de l'immigration ? Qui y avait-il de républicain à énumérer de pareils mensonges sur les positions de son rival ? Qui y avait-il de républicain à refuser le débat sur son bilan ?

Toujours glacé
Dimanche matin, Nicolas Sarkozy fut interrogé par Anne-Sophie Lapix sur CANAL+. son rival socialiste le suivait de peu. Les deux avaient une quinzaine de minutes. Sarkozy s'amusa de ne pouvoir que croiser son opposant. Il tentait surtout de corriger le tir, après une semaine marquée par une course à l'extrême droite.
Anne-Sophie Lapix: Nicolas Sarkozy, bonjour. 
Nicolas Sarkozy:  Merci de m'avoir invité. La première fois depuis 5 ans.
(...)

Lapix:  Est-ce que le FN fait partie de la grande famille de la droite ?
Sarkozy: Non. 
Il répondit vite. Il avait décidé, ce dimanche, de rééquilibrer son discours. Les outrances xénophobes de la semaine dernière ont effrayé certains de son camp. « Le score de Front national ne réjouit personne. » Sarkozy cherchait les centristes. « A votre question Est-ce que la famille Le Pen fait partie de la famille de la droite et du centre, la réponse est Non.» Il était prêt à tout donner, et dans tous les sens: « Le droit du sol, c'est la France ». Ou encore: « Je suis pour la France Forte, une France qui accueille ». Qui accueille qui ? Et comment ? A la question de l'attitude de l'UMP en cas de duel FN/PS aux prochaines élections législatives, Sarkozy esquiva. Il ne répondait pas: « La question ne se posera pas

Anne-Sophie Lapix eut cette question cruelle: « Vous avez annoncé un rassemblement le 1er mai sur le Vrai travail. Est-ce que vous allez rendre hommage à Jeanne d'Arc? » Il s'indigna qu'on l'accuse de courir après Le Pen: « l'immigration, on n'a pas le droit d'en parler ? » Il démentit aussi toute désunion au sein de l'UMP: «Jamais la droite républicaine et le centre n'ont jamais été aussi unis ».

Contre Hollande, l'élément de langage, déjà relayé par ses partisans pour cette dernière ligne droite, était d'accuser son rival de mener la France à la faillite. On se souvient du slogan du syndicat d'extrême droite UNI: « Je ne connais pas un Français qui veut que la France devienne la Grèce ou l'Espagne

La journaliste osa quelques questions sur la dernière révélation du journal Mediapart. Sarkozy était figé. Il s'y attendait.  « C'est une infamie. (...) C'est un montage. Mediapart est coutumier du mensonge. C'est une officine au service de la gauche ». L'accusation est grave. Et il rappela qu'il n'avait accueilli le colonel Kadhafi en décembre 2007 qu'à cause de la libération des infirmières bulgares au mois de juillet précédent. Il avait raison, personne ne le conteste. Il oubliait juste le contrat Amesys, c'est à dire la livraison d'un terrifiant système d'espionnage - formation des personnels incluses - pour traquer les dissidents. Un peu plus tard, le destinataire du courrier libyen, Bachir Saleh, récusa avoir jamais reçu la dite lettre. Mais on apprenait qu'il vivait en France, sous protection policière. Il était pourtant recherché par Interpol. L'AFP, qui rapporta l'information après le Canard Enchaîné, allait-elle être qualifiée d' « officine de la gauche » également ?

Dans quel pays vivions-nous ?

Toujours répétitif
En début d'après-midi, Nicolas Sarkozy était partout, à Toulouse mais aussi retransmis dans six autres villes où un ténor du parti tenait meeting: François Fillon à Metz; Bruno Le Maire à Rennes; Alain Juppé à Lyon; Nadine Morado à Limoges; Jean-Francois Copé à Marq-en-Baroeul; Xavier Bertrand à Orléans. Le candidat du peuple faisait campagne par faisceau satellite. Certaines salles étaient quasiment vides.

A Toulouse, Sarkozy voulait aussi convaincre qu'il n'avait pas changé, qu'il était encore « républicain », capable de rassembler plus loin que les rives du front national.

Il mentionna son « nouveau projet pour la France ». Quel était-il ? Son programme, récemment publié, était très vague. Il promettait aucune hausse d'impôts pour les ménages, mais 45 milliards avaient déjà été votées par son précédent gouvernement. De réformes de structure, il n'avait rien promis. Simplement une longue litanie de rappel à la « frontière », quelques menaces contre l'Europe ou les exilés fiscaux. A Toulouse, il continua, cela devenait répétitif: « En 2012, le sujet majeur, c'est les frontières » ou encore: «J'ai levé le tabou des frontières ».

A Toulouse, Sarkozy n'avait finalement pas changé. Il voulait, il devait faire peur et continuer de caricaturer son adversaire: « Le 1er mai, François Hollande défilera derrière les drapeaux rouges de la CGT. Et moi, je parlerai à vous devant une marée de drapeaux tricolores !» Il continua de fustiger la « pensée unique », les « experts », les « commentateurs ».


«Dans la tempête, est-ce qu'ils voudront changer de capitaine ? » conclua-t-il sur France 2, en fin de journée.

Avait-il seulement été seulement capitaine ?


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