samedi 14 avril 2012

258ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, assiégé par la réalité.

Le 8 avril dernier, le candidat sortant trônait en couverture du Journal du Dimanche: je sens la vague monter, déclarait-il, sûr de lui. De quelle vague parlait-il ? Comme un coup du sort, sa cote sondagière s'effondra soudainement quelques jours plus tard.

Rien n'était perdu, voulait-il croire. Il en appela à la « majorité silencieuse ». Il se mit à hurler contre François Hollande, promettant la faillite de la France « en deux jours » si son rival l'emportait le 6 mai. Ce regain de hargne cachait mal son doute ou la prise de conscience que la fin du sarkozysme peut-être finalement très proche.

Brice de Nice ?
La comparaison, amusante, est venue de l'un des portes-paroles de François Hollande, Bernard Cazeneuve, mercredi matin au QG du candidat socialiste: Nicolas Sarkozy a deux points communs avec Brice de Nice, le héros déjanté incarné par Jean Dujardin en 2005: il passe son temps à casser tout le monde, et à attendre une vague qui ne vient pas.

Effectivement, la campagne prenait un tour curieux, presque inquiétant pour le candidat sortant.

D'abord, Nicolas Sarkozy semblait ne pas saisir la réalité. Sa campagne « n'imprimait pas ». A force de recul pour cause de re-présidentialisation depuis 2 ans, avait-il perdu tout contact avec le terrain ? Ses propositions n'étaient pas à la hauteur des enjeux du moment, comme celle-ci, dimanche, de faciliter l'accès au permis de conduire. Ou cette autre, lundi, de fusionner les instances représentatives du personnel dans les PME. Ces annonces ne déplaçaient pas l'agenda politique. A Paris, Le Petit Journal de CANAL+ raillait la réunion « Tupperware » organisée par l'épouse Carla avec quelques copines dans son hôtel particulier du 16ème arrondissement de Paris pour les convaincre de voter Sarko.

Parfois, Sarkozy s'égarait dans des mensonges trop grossiers. Le weekend dernier, en meeting, il s'inventa ainsi un déplacement à Fukushima. Dans sa lettre aux Français, il promet un gel des hausses d'impôts pour les classes moyennes. La belle arnaque ! Quelque 45 milliards d'euros d'impôts supplémentaires ont été votés pour 2012-2016 ! Outre la hausse de la TVA, le simple gel du barème de l'impôt sur le revenu doit générer 1,7 milliard d'euros de recettes nouvelles dès 2012, et 3,4 milliards en 2016. C'est la plus forte augmentation de celles incluses dans le chiffrage du programme de Nicolas Sarkozy pour 2012-2017. « Il n’y aura aucune augmentation d’impôt nouvelle pour les ménages durant les cinq prochaines années » disait-il donc.

Ses déplacements restaient trop protocolaires ou mal préparés. Ainsi, mardi, est-il parti à l'improviste à Drancy, une ville de banlieue. Il voulait répliquer, avec trois jours de retard, aux deux jours de visites et rencontres de François Hollande dans quelques banlieues de France. La presse fut prévenue une heure avant. Sa visite dura une cinquantaine de minutes, coincée dans un local fermé avec caméras.

Sarkozy semblait assiégé par la réalité.

Dépassé
Ces derniers jours, son équipe a sombré dans l'outrance. A défaut de convaincre, il fallait faire peur d'un retour de la gauche au pouvoir. La gauche au pouvoir, la Grèce au tournant fut un slogan annonné par Nathalie Kosciusko-Morizet, et rapidement affiché sur des posters de l'UNI, un syndicat étudiant qui fait passerelle avec l'extrême droite.

D'autres proches de Nicolas Sarkozy doutaient de la stratégie: trop à droite, trop de propositions inutiles, pas assez de crédibilité économique. «Je franchis les haies les unes après les autres. D'abord le premier tour. Ensuite le deuxième. » confia-t-il à ses proches pour les rassurer.

Pire, la spéculation a repris en Bourse, sans attendre un éventuel changement de majorité. Lundi, un établissement allemand allait lancer un nouvel instrument de spéculation sur la dette française. L'AMF française s'en est émue, en vain. A 6 jours du premier tour.

Ces dernières nouvelles étaient gravissimes. Nicolas Sarkozy fut accusé de souffler sur les braises. Il s'était lâché un peu vite et beaucoup trop fort contre l'Espagne, pays qu'il qualifia de « perdu ». Madrid protesta. Les marchés s'inquiètent au contraire de la faible relance de l'activité, qui rend illusoire tout redressement des comptes publics. Agiter le spectre de la spéculation mondiale en cas de victoire de la gauche était tout aussi irresponsable. Il s'en défendit. Surtout, quelque 300 des 500 milliards d'euros de dettes publiques supplémentaires accumulés depuis 2007 ne sont pas dues à la crise mais à l'irresponsabilité économique de Nicolas Sarkozy...  De qui se moque-t-on ?

Hargneux
Jeudi soir sur France 2, il eut droit à sa quinzaine de minutes, comme les autres candidats. Il faisait pâle figure. Trois sondages coup sur coup lui prédisaient un décrochage de 3 points au premier tour, et une large victoire encore du candidat Hollande au second. Sarkozy fut hargneux, quand on l'interrogea sur ses menaces de faillite si Hollande l'emportait. Confronté aux sondages, il restait mauvais joueur (« Les sondages, tout le monde s'en moque »).

Il fut en rage quand on lui rapporta les accusations d'Eva Joly sur le financement de sa campagne de 2007. « Sur les ragots, sur la médisance, sur la méchanceté, sur la volonté de détruire et de démolir, permettez-moi de vous opposer le mépris le plus cinglant ». Nicolas Sarkozy ne voulait pas répondre aux révélations: Bernard Accoyer, président UMP de l'Assemblée nationale sortante, avait confirmé que le fameux prêt de trois millions de francs qui permit à Nicolas Sarkozy de boucler le financement de l'acquisition de son duplex à Neuilly sur Seine en 1997 n'émanait de l'Assemblée nationale comme il l'avait prétendu en 2007 lors de sa déclaration de patrimoine. Et Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt soupçonné d'avoir remis 800.000 euros en espèces à la campagne de Sarkozy en 2007 restait en détention.

Sarkozy a certainement encore un destin après le 6 mai, mais judiciaire.

Vendredi, le Monarque semblait toujours accuser le coup, le matin sur iTélé. La voix grave, le regard souvent fuyant, il répondait à côté, sauf pour fustiger la « politicaille » d'Anne Lauvergeon. L'ancienne présidente d'Areva publiait un livre où elle accusait Sarkozy et sa bande d'incompétence et de manoeuvre. Elle soulignait l'insistance de Sarkozy à vendre de la technologie nucléaire au colonel Kadhafi, jusqu'à l'été 2010.

L'après-midi venue, Sarkozy utilisa un jet présidentiel pour jouer au Monarque en Corse, flanqué de deux ministres. Puis, en meeting, il promit 900 millions d'euros d'investissements publics pour l'Île de Beauté pour le prochain quinquennat, dont 500 millions pour développer l'approvisionnement en énergie: « Je ne viens pas ici faire le touriste » . Joli cadeau à 9 jours du premier tour de scrutin... Il a même joué la fibre locale: « Je ne suis pas un Pinzutu ! »), évoquant ses deux fils nés de son premier mariage avec une Corse. En 2010 déjà, le Monarque flattait beaucoup, à quelques semaines des élections régionales. L'UMP finit quand même par perdre la région.

Diversions
Mercredi, pour un ultime et inutile conseil des ministres, Nicolas Sarkozy adopta ses « nouvelles nouvelles » mesures contre le terrorisme suite à l'affaire Merah. C'était une diversion électoraliste, évidemment. L'Assemblée est fermée pour cause de scrutins présidentiels puis législatifs.

Mercredi 11 avril, un sans-papier a été arrêté en sortant de l'audience de conciliation à Nanterre au Conseil des Prud’hommes. Le lendemain, dans un rapport d'observations provisoires révélé par le Monde, la Cour des comptes s'inquiète de la progression des inégalités scolaires. L'éducation n'est plus nationale, résume ma consoeur CeeCee.

La Sarkofrance ne change pas.

Ce dimanche, quelques centaines de bus amèneront ce qu'il reste des plus motivés du camp sarkozyste place de la Concorde. 

Amis sarkozystes, soyez là.

Vous verrez, votre mentor n'a pas changé.

vendredi 13 avril 2012

Nicolas Sarkozy en rage sourde sur France 2.

Jeudi 12 avril, le candidat sortant était dans le Val d'Oise. Puis avec Obama. Et enfin sur France2. A chaque fois, il était filmé. Il était en campagne. Les sondages s'aggravent, mais Nicolas Sarkozy veut croire en sa bonne étoile. Sans doute a-t-il raison. Tout est toujours possible, même le pire.

Le plus curieux fut sa sortie rageuse à la télévision quand il fut interrogé, pourtant calmement, sur les enquêtes en cours sur le financement de ses campagnes.

Il y eut d'abord cette longue interview avec une poignée de lectrices et lecteurs du Parisien qui faisait la une du quotidien d'Ile-de-France. «Je ne sais faire les choses qu'à 100%». Ce lancement était étrange pour un candidat qui ne cesse d'excuser de n'avoir pas appliqué son programme en entier à cause de la Grande Crise.

Les journalistes du Parisien l'avait trouvé fatigué. 
« Le candidat se frotte les yeux, baille. Il paraît fatigué». Aux questions souvent concrètes, Nicolas Sarkozy n'apportait aucune réponse nouvelle. Les banlieues ? « II n'y a pas un pays au monde qui ait fait autant pour les banlieues ces dix dernières années! » Et il ressortit encore le même chiffre, 45 milliards d'euros du plan ANRU du gouvernement... Chirac. Qu'il est cocasse Sarkozy de voir se réclamer enfin du bilan de Jacques Chirac... La Rupture de 2007 est bien loin. Sur l'insécurité, il eut cette vieille formule, trop vieille pour un homme responsable du sujet sécuritaire depuis déjà 10 ans: « 50% des actes de délinquance sont le fait de 5%, toujours les mêmes.» Et d'ajouter: « la réponse, c'est 20.000 places de prisons supplémentaires ». Et pourquoi n'a-t-il rien fait depuis 5 ans, si tant est que ce soit la réponse ?

Quelques questions étaient concrètes, trop concrètes pour le Monarque. 
«Une génération, garçons et filles confondus, c'est 700 000 enfants. Sur ce nombre, il y en a 100.000 pour qui la classe n'est pas un lieu d'épanouissement et qui se retrouvent avec des problèmes particuliers.» Et de citer quelques exemples: « Certains sont dyslexiques, d'autres ont des problèmes de psychologie, ou des problèmes sociaux ou comportementaux ». Une fois de plus, le président des rentiers livrait sa conception toute personnelle de l'échec scolaire: c'est la faute, ou le handicap, des élèves, pas du manque de moyens. Sur la moralisation de la vie politique, il était très satisfait de la situation actuelle. Il précisa même : « Je ne pense pas qu'on doive vous demander sur vos impôts de financer la totalité de la campagne de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon ».

Jeudi, dans le Val d'Oise, il en profita pour tacler son adversaire. Depuis quelques jours, sa stratégie est de décrédibiliser François Hollande. Vers l'heure du déjeuner, il était dans le «Palais des Sports» de Saint-Brice-La-Forêt.

 Il n'y avait pas, à notre connaissance, de Palais des Sports à Sainte-Brice-La-Forêt.

Dans l'après-midi, il avait joué au président de la République. Un caméraman de France avait été convié pour filmer quelques images d'un Nicolas Sarkozy accompagné d'une traductrice et de deux conseillers échanger quelques mots de courtoisie avec Barack Obama en visio-conférence. Très bizarrement, on entendit le traducteur anglais /français utiliser le tutoiement. Quand il fallait parler de sujets « sérieux » tels la situation syrienne, le caméraman fut sorti de la salle par un agent. Pourquoi donc cette prise d'images ? Pourquoi donc ?

Rien n'était trop beau pour sa campagne. Instrumentaliser sa fonction, il connaît.

France2, et la rage
Vers 21h49, il arriva enfin sur le plateau de Des Paroles et Des Actes, sur France2, après François Bayrou et Jacques Cheminade, mais juste avant Nathalie Arthaud. Il avait l'air crispé, l'émission était un exercice difficile, avec une quinzaine de minutes à peine. La première question fut sur ces déclarations alarmistes de catastrophe boursière en cas de victoire de François Hollande. Depuis le weekend, Sarkozy et ses sbires nous promettaient la fin du monde et de la civilisation occidentale. Pourquoi appeler à la spéculation ?  Ce soir-là, Sarkozy esquiva la question. Il prit son air de petit garçon fâché qu'on l'ait pris les doigts dans le pot de confiture.

« Est ce que je dramatise la situation ? A l'évidence non. Il y a eu 4 années de crise. (...) Deuxièmement, l'Europe est encore convalescente. » Nicolas Sarkozy ne voulait pas reconnaître que ses caricatures, au beau moment où les bourses européennes dévissaient à nouveau par crainte d'une spirale d'austérité contre-productive, ne pouvait qu'aggraver la situation. «Ce n'est pas la question de François Hollande, mais de la politique qu'il veut mettre en oeuvre ». Pire, quelques minutes plus tard, Nicolas Sarkozy faillit sortir de ses gonds quand l'expert ès économie de l'émission, le journaliste François Lenglet, lui exhiba un article critique du Financial Times contre la politique économique du couple « Merkozy ».

La réalité était, comme souvent, le pire ennemi de Nicolas Sarkozy. Mais « J'ai une expérience de la gestion des crises » s'exclama-t-il... avant de parler de lui à la troisième personne dans une salve de répliques brouillonnes. La réalité était trop injuste... Il se lança dans une violente diatribe contre le quotidien de la finance britannique. « Le FT, comme on dit dans les milieux informés, a toujours défendu le modèle anglo-saxon considérant que les Français étaient incorrigibles et que nous ferions bien mieux de nous aligner sur le modèle anglo-saxon ». La formule était drolatique de la part du président des rentiers.

Puis la journaliste Nathalie Saint-Cricq le lança sur une bien vieille intervention publique, en 2003... Le candidat sortant sentit le piège, il ne voulait pas répondre. Ministre de l'intérieur, il était allé au congrès de l'UOIF, acceptant que les femmes et les hommes soient sur 2 rangs séparés. Il ne voulait pas y voir un affront à la laïcité.

Puis, on lui opposa sa déclaration triomphante, trop rapide, le weekend dernier, sur cette « vague » qu'il sentait monter en sa faveur. Depuis dimanche, les sondages s'étaient aggravés. « Les sondages, tout le monde s'en moque » répliqua le Monarque qui avait commandé quelque 150 sondages politiques pour la seule année 2008.

Le pire fut atteint quand le candidat sortant fut confronté aux déclarations d'Eva Joly, tenues la veille, sur les enquêtes en cours sur le financement de sa campagne de 2007. L'ancienne juge avait été directe et grave, sommant les journalistes d'interroger l'actuel Monarque sur les zones d'ombre soulevées par les juges. « Madame Joly, c'est qui ? C'est l'alliée de M. Hollande, c'est bien ça ? » bafouilla-t-il de rage. Il répéta, comme si on l'avait pas entendu: « Madame Joly, c'est qui ? C'est l'alliée de M. Hollande, c'est bien ça ? » Il ne voulait pas répondre sur le fond. Les enquêtes, nombreuses, progressaient avec difficulté. Karachi, Bettencourt, Woerth, Kadhafi... allions-nous tout découvrir trop tard ?  Ce soir-là, Sarkozy était en rage. « Sur les ragots, sur la médisance, sur la méchanceté, sur la volonté de détruire et de démolir, permettez-moi de vous opposer le mépris le plus cinglant ».

Il nous manqua une question sur la République irréprochable.

Nicolas Sarkozy conclut son intervention sur un appel visiblement désespéré à participer à son meeting improvisé à la Concorde de dimanche, fustigeant les « médias » et « la pensée unique ».

Vers 22h12, BFM TV publiait un sondage CSA donnant un autre croisement de courbes, le mauvais, celui qui replaçait François Hollande devant Nicolas Sarkozy. Et Les Echos commentaient sobrement: « Alors que sa dynamique de premier tour semble marquer le pas dans les sondages et qu'il est toujours donné largement battu au second, le président sortant est apparu particulièrement tendu.»

jeudi 12 avril 2012

Sarkozy sera-t-il Brice de Nice ?

Dimanche dernier, il déclarait au JDD sentir « la vague » monter.

On pensait à Brice de Nice, ce héros déjanté et crétin qui attendait lui aussi la vague, et, pire, passait son temps à « casser » tout le monde.

Puis, on obtint la confirmation que le dernier meeting de campagne de Nicolas Sarkozy serait organisé... à Nice.

Et là, c'était trop bon, trop gros, trop énorme.


Sarkozy: la stratégie de la peur et la spéculation

Ils ont été bousculés par quelques mauvais sondages persistants. La présentation du programme et la publication de la fameuse Lettre au peuple français avaient déçu. Les rares grandes idées nouvelles du Monarque avaient été d'avancer d'une semaine le paiement des retraites, de faciliter l'accès au permis de conduire et de fusionner les différentes représentations des salariés dans les entreprises de moins de 250 employés. Fichtre...

C'était maigre pour motiver l'électeur indécis. Pire, Sarkozy avait été contraint de se précipiter en banlieue, rapidement et discrètement, après la tournée du candidat Hollande.

Il restait donc la peur. Il fallait effrayer. Depuis mardi, les Bourses européennes flanchent à nouveau. C'est presque trop tôt pour faire les affaires du candidat sortant. Mais ce dernier n'hésite à rien. Il a décidé d'agiter toutes les peurs, de promettre la fin du pays, de l'euro et du monde en cas de victoire de François Hollande.

Le mot d'ordre est simple, et les éléments de langage relayés un à un par les perroquets de Sarkofrance: Alain Juppé dans une interview au Figaro Magazine lâcha, sans rire: « J'ai l'absolue conviction, je le dis sans esprit partisan, que le programme de François Hollande dans ce domaine est complètement à côté de la plaque. Et même profondément dangereux. Il risque de replonger l'économie française et la zone euro dans des turbulences redoutables.» Sans esprit partisan ? Chiche ? Nathalie Kosciusko-Morizet avait lâché, en meeting, « gauche au volant, Grèce au tournant. »

En meeting mardi soir, François Fillon, encore premier ministre pour quelques jours, sombra dans la caricature. Voulait-il préserver ses chances de candidature pour 2017 ?  «  Si jamais demain, au lendemain du 6 mai, la France remettait en cause cet engagement si la France disait “non, je prendrai une année de plus ou je le ferai que s’il y a de la croissance”, à cette minute-là la spéculation contre la monnaie européenne reprendrait de plus belle, sauf qu’il n’aurait plus personne pour l’empêcher. » Pourquoi avait-il besoin de se rabaisser ainsi ? Hollande=faillite ? Même les marchés n'y croyaient plus.

Comme l'écrit notre confrère et camarade de combat Variae, cette démarche outrancière faisait le jeu des spéculateurs: « Vous êtes considéré dans votre famille politique comme un individu sérieux, de ceux dont on dit qu’ils ont la trempe d’un Homme d’Etat. Je me contenterai ici de juger vos actes et vos propos. » L'équipe Sarkozy avait décidé de faire sombrer la France pour mieux préserver son champion. On aurait presque oublié que Nicolas Sarkozy était le président qui nous fit perdre le Triple A.

Rien que ça. L'homme nous donnait encore des leçons.

Mercredi matin, sur France Info, le candidat sortant avait rôdé ses arguments, et qu'importe s'il mentait grossièrement: « Si on recommence à embaucher des fonctionnaires, si on recommence à dépenser, si on met en cause la réforme des retraites, ce n'est pas un risque que les taux d'intérêt vont remonter, c'est une certitude. On déclenchera immédiatement une crise de confiance massive.» François Hollande avait promis la stabilité du nombre de fonctionnaires et la maîtrise des dépenses publiques.
Mercredi soir, Nicolas Sarkozy a poursuivi dans l'outrance et la caricature: « J'entends que chez certains on se sent inspiré par l'esprit de 1981. C'est leur droit. En 1981, il a fallu deux ans pour que tout s'arrête et tout se retourne. En 2012, il faudrait deux jours, c'est ça la vérité ». Il avait rassemblé quelques élus de l'ancienne majorité à Paris dans la salle de la Mutualité à quelques encablures de Notre-Dame.

Ces élus et ministres, Fillon compris, venaient prendre leurs consignes de campagne.  « Il y a un point qui nous rassemble, c'est que nous ne voulons pas d'une crise de confiance qui emporterait la France. Nous ne voulons pas d'une France à genoux, nous ne voulons pas d'une France qui perdrait la maîtrise de son destin, nous ne voulons pas que tous ceux qui ont amené la France où elle est aujourd'hui aient à ramasser la France dans une situation que connaissent aujourd'hui une partie de nos partenaires européens ».

La démarche était tristement banale.

Pourtant, à bien y regarder, les Bourses européennes semblent fébriles pour une toute autre raisons: les investisseurs réalisent enfin l'échec des politiques d'austérité menées en Grèce, en Espagne et même en Italie, aux détriments de la croissance. Ils sont aussi déçus des mauvaises performances de l'économie américaine.

Enfin, pourrions-nous rappeler que la Sarkofrance est à bien égards dans une situation déjà aussi dramatique que l'Espagne ? Notre endettement public frôle les 87% du PIB cette année, quand il n'atteint pas 70% de l'autre côté des Pyrénées...

Fortune, Nucléaire: les coulisses de Sarkozy se dévoilent

La fin du quinquennat est proche. La réélection est incertaine.

Et certaines coulisses de ces dernières années Sarkozy, peu à peu, se dévoilent.


Accoyer lâche Sarko
C'était un mauvais coup. Un sale coup, dirait-on dans l'entourage du candidat sortant. Le fameux prêt de trois millions de francs qui permit à Nicolas Sarkozy de boucler le financement de l'acquisition de son duplex à Neuilly sur Seine en 1997 n'émanait de l'Assemblée nationale comme il l'avait prétendu en 2007 lors de sa déclaration de patrimoine.

En effet, le président de l'Assemblée nationale, l'UMP Bernard Accoyer, avait confirmé à Mediapart que Nicolas Sarkozy avait reçu un prêt de l'Assemblée nationale conforme « aux règles alors en vigueur », soit 1,2 million de francs maximum.

« Adressez-vous à l’Assemblée ! » Jeudi, Nicolas Sarkozy avait renvoyé vers l'Assemblée quand un journaliste de Mediapart l'avait interrogé sur le sujet. Avec au passage, un joli mensonge « Les prêts dont j’ai bénéficié par l’Assemblée nationale, c’était entre 1995 et 1997. À l’époque, voyez-vous, c’était une majorité de gauche qui se trouvait à la tête de l’Assemblée nationale.» C'était faux, la majorité de l'époque était... de droite. Sarkozy était député-maire de Neuilly-sur-Seine.

Quinze ans plus tard, ce fichu prêt devrait intéresser la justice. Il est à l'origine de la fortune du Président des riches.

Lauvergeon tâcle Sarkozy
Quelques jours plus tard, Anne Lauvergeon, ex-présidente d'Areva, livrait quelques-uns de ses souvenirs de ses rapports avec Nicolas Sarkozy à l'hebdomadaire l'Express. L'un d'entre eux pouvait attirer l'attention. Il n'est pas sans rapport avec des histoires d'argent. En février dernier, Anne Lauvergeon, déjà, s'interrogeait sur les réseaux qu'elle aurait dérangés. Cette fois-ci, elle publie un livre, « La femme qui résiste ». Ses interrogations deviennent des accusations contre Sarkozy et l'un de ses protégés: « Saura-t-on un jour pourquoi le patron d'EDF a eu ainsi table ouverte à l'Elysée durant tout ce quinquennat ? »

Lauvergeon raconta ainsi l'insistance, jusqu'à l'été 2010, de Nicolas Sarkozy et de son entourage à vendre la technologie nucléaire française à n'importe qui, et même au colonel Kadhafi.

On savait que l'accord de juillet 2007, qui avait donné suite à la libération des infirmières bulgares devant des caméras de télévision, incluait la livraison d'un centre de dessalement de l'eau de mer à base nucléaire. Mais aucun détail n'avait été publié. Voici que l'ancienne dirigeant d'Areva rappelle ce mauvais détail d'une Sarkofrance inconsciente sur fond de guerre des clans. Elle reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir tenté « de vendre du nucléaire à des pays où ce n'est pas raisonnable »  et en particulier... la Libye.
L'Express: A qui précisément?
Anne Lauvergeon: Par exemple au colonel Kadhafi. Nous jouions à fronts renversés: moi, qui aurais dû pousser à la vente, je m'y opposais vigoureusement, et l'Etat, censé être plus responsable, soutenait cette folie. Imaginez, si on l'avait fait, de quoi nous aurions l'air maintenant ! La vente de nucléaire s'accompagne de la création d'une autorité de sûreté capable d'arrêter la centrale en cas de problème. Or, dans un tel régime, un président de l'autorité de sûreté qui n'obéit pas est au mieux jeté en prison, au pire exécuté ! Pourtant, quelle insistance ! A l'été 2010, j'ai encore eu, à l'Elysée, une séance à ce sujet avec Claude Guéant et Henri Proglio... 
On se souvient avec quelle insistance Nicolas Sarkozy, flanqué de Claude Guéant, Brice Hortefeux et Ziad Takieddine, s'était efforcé de vendre des équipements de surveillance à la dictature libyenne alors qu'il n'était que ministre de l'intérieur. La société Amesys, devenue filiale de Bull, avait ainsi pu fournir un large dispositif d'espionnage des télécommunications. En décembre dernier, nous nous interrogions: « Sarkozy sera-t-il entendu pour ses ventes à Kadhafi ?»

Après l'espionnage, le nucléaire.

Pourquoi cette insistance ?

Mercredi 11 avril, Ziad Takieddine était à nouveau interrogé par les juges.

 

Sarkozy a-t-il oublié les classes moyennes ?

Nicolas Sarkozy avait-il oublié les classes moyennes ?

Dans sa lettre au peuple français, elles ne sont mentionnées qu'une fois, pour un maigre paragraphe sur les impôts. L'argument était cocasses quand son sait quelle facture fiscale le Monarque nous a concoctée pour les 5 ans à venir: « Il y a trop d’impôts en France sur les classes moyennes. Depuis 20 ans, la France qui travaille ne cesse de s’appauvrir car on lui demande de financer un système dans lequel nous produisons de moins en moins et nous redistribuons de plus en plus.»

De qui se moquait-il ?

Prestations familiales désindexées.
Ce n'était pas un poisson d'avril. Depuis le 1er avril 2012, quelques allocations et minima sociaux avaient certes été augmentés. Tout comme des impôts, plus discrètement. On s'inquiétait aussi du surendettement ou du mal-logement.

A moins d'un mois du premier tour de la présidentielle, le gouvernement a fait passer quelques revalorisations d'allocations ou de minima sociaux. Certaines de ces hausses sont obligatoires, et, sauf à changer la loi, Nicolas Sarkozy n'a fait qu'appliquer les dispositions règlementaire. Ainsi, inflation oblige, les pensions de base de 15 millions de retraités et les retraites complémentaires Agirc-Arrco  ont été revalorisées respectivement de 2,1% et 2,3% au 1er avril. Autre indexation mécanique, l'allocation adulte handicapé (un million de bénéficiaires) a été augmentée de 2,2% (pour atteindre 759,98 euros par mois).

Deux autres revalorisations sont le fruits de décisions volontaires du gouvernement Sarkozy: le minimum vieillesse est augmenté de 4,7% au 1er avril. Un peu moins de 3% des retraités sont concernés par cette garantie, qui se chiffre désormais à 777 euros par mois pour une personne seule et 1.237 euros pour un couple. Faut-il applaudir quand Nicolas Sarkozy tient une promesse de 2007 ? Oui.

Plus dommageable fut la maigre revalorisation de 1% seulement des prestations familiales. L'autoproclamé candidat du peuple n'est certainement pas celui des familles. Voici trois ans, pour économiser environ130 millions d’euros par an (20% du coût du bouclier fiscal...), son gouvernement avait décider de décaler du 1er janvier au 1er avril cette revalorisation annuelle. Pire, il les avait également désindexés de l'inflation.

D'où une revalorisation de moitié inférieure au niveau de l'inflation. On se souvient d'une des promesses du candidat Sarkozy de 2007. A l'époque, il voulait verser les allocations dès le premier enfant, la crise et sa mauvaise gestion sont passées par là: « Je souhaite qu’une allocation familiale soit versée dès le premier enfant parce que le premier enfant représente une charge très lourde pour les jeunes couples qui sont au début de leur carrière professionnelle, qui souvent enchaînent les petits boulots et sont confrontés à la précarité

Hausse d'impôts pour classes moyennes
Il y a d'abord l'une des hausses de TVA  entrée en vigueur ce 1er avril: la TVA sur les livres est ainsi passée de 5,5 à 7%, l'un des derniers relèvements décidé cet automne. S'il est élu, c'est au tour de la TVA à taux plein d'augmenter de 1,6 point. Le candidat sortant s'abrite derrière la baisse des cotisations familiales sur une fraction des salariés pour justifier la mesure.

Autre mauvaise nouvelle de ce printemps, l'impôt sur le revenu augmente, mécaniquement, à cause de la désindexation de ses barèmes de l'inflation. Cette disposition méconnue de la dernière loi de finances du gouvernement Sarkozy. Les contribuables vont le réaliser prochainement, à l'heure des déclarations de revenus 2011. Cette simple mesure doit générer 1,7 milliard d'euros de recettes nouvelles dès 2012, et 3,4 milliards en 2016. C'est la plus forte augmentation de celles incluses dans le chiffrage du programme de Nicolas Sarkozy pour 2012-2017.

« il n’y aura aucune augmentation d’impôt nouvelle pour les ménages durant les cinq prochaines années » disait-il donc...

Le Parisien avait débusqué la chose en février dernier, simulation à l'appui: quelque 100 à 200.000 contribuables vont perdre leur dispense d'impôt sur le revenu. Pire, en devenant imposables, ils perdront leur éligibilité à diverses aides sociales qui sont réservées aux non-imposables.









mercredi 11 avril 2012

Sarkozy se cache en banlieue.

Invité du Grand Journal, mardi 10 avril sur CANAL+, Nicolas Sarkozy eut ce propos surprenant: «Je ne crois pas que mon rôle était d'arpenter les trottoirs de banlieue ». Il vouait tacler son rival socialiste. Ce fut contre-productif.

L'après-midi même, il avait surpris la presse en visitant, sans crier gare, la commune de Drancy en Seine-Saint-Denis. Il n'avait prévenu les médias qu'à midi le jour même. La journaliste d'Arrêt sur Images a témoigné n'avoir été prévenu que 20 minutes avant le départ. Sarkozy voulait « se rendre discrètement en banlieue ». Dans son entourage, on avait peur des contre-manifestations.

Le soir sur CANAL+, il se pavanait à tort: « Moi, je vais dans tous les endroits de la République sans aucun problème, c'était le cas en Seine-Saint-Denis aujourd'hui ». Il visitait certains endroits de la République à condition de venir à l'improviste. Et ce n'était pas la première fois. Quand il n'était pas officiellement candidat, il procédait déjà ainsi, la visite de dernière minute pour éviter les critiques, les opposants, les récalcitrants.

On appelait cela la trouille de la « France Forte ». Il s'agissait de répliquer, avec trois jours de retard, aux deux jours de visites et rencontres de François Hollande dans quelques banlieues de France (Vaux-en-Velin, Trappes, Creil, etc).

Contre Hollande, le candidat sortant lâcha: «Je suis très impliqué dans la vie des quartiers, depuis longtemps. J'ai vu que M. Hollande y avait passé deux jours. Mais il n'y a pas une seule idée qui soit sortie de ces deux journées». Et il s'est encore attribué un effort qui n'était pas le sien, les fameux «46 milliards d'euros investis pour l'amélioration de la vie de nos quartiers». Le plan de rénovation urbaine datait de ... 2004, combien de fois faudra-t-il le rappeler ? Il était très vindicatif contre la gauche d'il y a 30 ans. Il est comme cela, Nicolas Sarkozy, ses épouvantails datent des années 80.
« Qui propose un nouveau plan de rénovation urbaine ? C'est moi (...) Dans les quartiers, ils savent très bien, ce qu'il en est. Il y a ceux qui parlent de la misère, ceux qui l'exploitent et puis, il y a ceux qui essaient de faire qu'il y ait moins de ghettos.»
Le matin même, devant la CGPME, il avait tenté de convaincre qu'il ne fallait pas baisser l'impôt sur les sociétés des PME... Pour faire bonne figure, il rappela sa proposition de la veille, fusionner les délégués du personnel, le comité d'entreprise et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) pour les entreprises de 50 à 300 salariés, en une seul comité baptisé «comité des salariés et des conditions de travail».

 A Drancy, il est allé voir quelques représentants d'autorités religieuses (juif, musulman et protestant), au centre culturel berbère. « Tous ensemble, nous devons lutter contre ceux qui veulent dévoyer la religion ». On se souvenait du « curé plus fort que l'instituteur » pour éduquer nos enfants, réclamé par Nicolas Sarkozy dès décembre 2007.

Fâcheuse coïncidence, l'épouse Carla avait invité quelques copines du 16ème arrondissement de Paris pour une réunion « Tupperware ». Ces gens-là n'étaient pas dans le monde de tout le monde. Hors sol...

« Je voulais faire cela depuis longtemps mais je m'y suis prise trop tard à cause de mon bébé »a-t-elle expliquer pour se justifier... Un an de retard ! Fichtre ! « Toutes les présentes sont des femmes parfois oisives, souvent fortunées. Des épouses d'hommes d'affaires ou alors venues du mileu de la mode, du show biz, de la télévision. Une styliste voisine avec une journaliste ou la femme d'un producteur de cinéma » témoigna Guy Dutheil, un journaliste du Monde.

L'image était terriblement contreproductive pour le candidat du peuple.

mardi 10 avril 2012

Sarkozy mise-t-il sur une nouvelle crise internationale pour relancer sa campagne ?

Le candidat sortant cherche un nouveau souffle. Il pense le trouver dans l'actualité internationale, et notamment européenne. Un regain de tension sur les marchés ou contre l'euro, pas trop fort ni trop faible, serait à même de revaloriser - croit-il - sa stature d'homme d'Etat.

Hasard ou coïncidence, lundi 16 avril, six jours avant le premier tour de l'élection présidentielle, la spéculation contre la dette française devrait être facilitée.

Faciliter la spéculation
L'opération a été rendue possible par la conjonction de deux décisions.

Mi-février, l'Autorité des Marchés Financiers avait à nouveau autorisé les ventes à découvert sur les titres émis par dix grandes banques et sociétés d'assurance cotés à Paris (April Group - Axa - BNP Paribas - CIC - CNP Assurances - Crédit Agricole - Euler Hermès - Natixis - Scor - Société Générale). Elle les avait interdites en août dernier, au plus fort d'une tourmente boursière estivale, puis à nouveau début novembre, quand les bourses européennes étaient encore sous tension. Le 13 février dernier, elle avait considéré que la menace de spéculation contre nos institutions financières était suffisamment éloignée pour que cette interdiction puisse être levée: « Le dispositif visant à interdire toute prise de position courte nette ou tout accroissement d’une telle position sur des titres de capital d'une liste définie de valeurs financières françaises a pris fin le samedi 11 février 2012 » avait-elle communiqué.

Quelques semaines plus tard, on apprenait que l'Eurex, le leader des marchés de produits financiers dits dérivés, allait ouvrir un contrat à terme sur les emprunts d'Etat français ce lundi 16 avril. Même l'économiste libéral Marc Fiorentino s'en était ému, le 23 mars dernier: « Quel hasard! Quelle coïncidence. 13 ans après la disparition du MATIF, le marché à terme des instruments financiers, une semaine avant les élections françaises, tous les spéculateurs du monde entier pourront facilement vendre à découvert de la dette Française. Facilement. A coûts bas. »

Ce nouveau titre financier permettra d'améliorer la liquidité sur les obligations d'Etats françaises, mais surtout de spéculer plus facilement sur les emprunts français.

Il est fort probable, dans le contexte actuel, que cette libéralisation favorisera un regain d'instabilité boursière en France.

A 6 jours du premier tour de scrutin.

Rien que ça.

Agiter les tensions ?
Ces derniers jours, l'Espagne inquiète à nouveau les investisseurs. Ses taux d'emprunts s'envolent. Il y a une semaine, le pays avait raté une émission d'emprunts. Son spread de taux à 10 ans dépasse les 400 points de base.

Mardi, les bourses européennes ont largement chuté: -3% pour Paris et Madrid, -4% pour Milan. Interrogé par les Echos, un gestionnaire de fond confiait la fébrilité retrouvée des investisseurs: « Les investisseurs fonctionnent de plus en plus dans une optique de court terme, prenant leurs bénéfices très vite ».

Nicolas Sarkozy, pour ses besoins de campagne locale, avait jeté de l'huile sur le feu, qualifiant l'Espagne de « grand pays emporté dans une crise de confiance ». Etait-ce de l'inconscience ou une manipulation volontaire ? A l'Elysée, on a longtemps cru qu'un minimum de désordre international était bon pour la cause électorale de Nicolas Sarkozy. Faute de projet, ce dernier souhaite aussi utiliser l'argument qu'il aurait l'étoffe du chef d'Etat pour l'emporter contre François Hollande.

On évoque même une nouvelle conférence de presse, cette fois-ci « sur la politique étrangère et la crise ». Quelques proches essayent d'intéresser les médias à l'argument. « Vous avez vu les Bourses européennes? Ça ne s’arrange pas» a récemment confié un ministre à la journaliste du Parisien qui suit la campagne de Sarkozy.

Les 45 milliards d'euros de hausse d'impôt du candidat Sarkozy.

« Bonjour, je m'appelle, Nicolas Sarkozy, je suis candidat à ma réélection à la fonction suprême. Et j'ai décidé d'augmenter les impôts de 45 milliards d'euros en 5 ans. »

Evidemment, vous n'entendrez ni ne lirez cette profession de foi du candidat sortant. Pourtant, le chiffrage est là. On avait déjà noté qu'il avait rechigné à préciser quels services publics ou prestations sociales le Monarque allait sabrer. Il se contenta de communiquer de grands aggrégats, sans aucun détail par nature de dépenses. Il préférait évoquer les « collectivités territoriales » plutôt que les écoles, les collèges et les lycées, les routes départementales ou nationales, le RSA ou l'aménagement du territoire.

Côté impôts, ses perroquets aimaient à répondre que le plus dur avait été fait. Nicolas Sarkozy lui-même, dans sa fameuse lettre au peuple français, osa écrire: « il n’y aura aucune augmentation d’impôt nouvelle pour les ménages durant les cinq prochaines années ».

Habilement, Nicolas Sarkozy avait diverti l'attention médiatique vers ses simples annonces de campagne, soit moins de 10 milliards d'euros de dépenses nouvelles à financer. La ficelle était bien grosse. Certes, une large part des hausses d'impôts a déjà été décidée, sans attendre le débat présidentiel. Mais les Français doivent désormais en supporter l'essentiel.

Voici donc la liste de ces 45 milliards d'euros de hausse d'impôt que le candidat sortant aimerait nous faire oublier.

Hausse d'impôts déjà votées: 28 milliards d'euros pour 2012 (32 milliards d'euros pour 2016)

- Mesures du PLF2010 (annualisation des allègements de charges, suppression du crédit d'impôt sur les dividendes, hausse de TVA sur le Triple Play, Rabot général sur les niches fiscales, abrogation du crédit d'impôt intérêt d'emprunt, imposition au 1er euro des plus-values mobilières, etc): 12,4 milliards d'euros annuels...

- Gel des barèmes de l'IR, de l'ISF et des plafonds de donations: 1,7 milliard en 2012 puis 3,4 milliards en 2016. [Une mesure qui devrait rendre imposable à l'IR entre 100 et 200.000 ménages dès 2012].

- Majoration exceptionnelle de l'IS des grandes sociétés en 2012: 1,1 milliard par an.
[ Nicolas Sarkozy avait raillé l'idée d'augmenter l'IS des grandes entreprises, il a fait de même en 2012]

- Augmentation de la taxation des dividendes et des intérêts sur celle des revenus à l'IR (augmentation du PFL à 24%): 600 millions en 2012, puis 700 millions. [ Il a fallu la crise pour que, dans la dernière année du quinquennat, le Monarque se décide à ajuster partiellement l'imposition des revenus du capital sur ceux du travail, cotisations sociales en moins]

- Suppression de niches (rabots supplémentaires, suppression de la loi Scellier en 2012, recentrage du PTZ sur le neuf, et rabot du CIDD de 20%): rien en 2012 mais 2,6 milliards en 2016.

- Augmentation du taux réduit de TVA (de 5,5% à 7%): 2 milliards

- Limitation des reports déficitaires d'IS: 1,5 milliard en 2012 puis 1,74 milliard d'euros en 2016.

- Suppression des Bénéfices Mondialisés Consolidés: 600 millions

- Hausse de 5 à 10% de la Quote-part pour frais et charges Plus-Values Long-Terme:250 millions d'euros annuels.

- Hausse de 1,2% (sic!) des prélèvements sociaux sur les revenus du capital: 1,33 milliard en 2012 puis 1,54 milliard.

- Suppression de l'exonération partielle de Taxe sur les Conventions d'Assurance (TSCA) pour les contrats solidaires et responsables: 400 millions en 2012 puis 460 millions d'euros.

- Instauration d'une contribution exceptionnelles sur les hauts-revenus: 410 millions puis480 millions d'euros. [une misère, comparé à l'ampleur des relèvements de TVA ]

- Alignement des cotisations du secteur de l'énergie (IEG): 200 millions d'euros
[Le secteur de l'énergie bénéficiait d'allègement de charges patronales qui sont ici annulées]

- Hausse du forfait social de 6% à 8%: 410 millions en 2012 puis 480 millions d'euros.

- Suppression de l'abattement de 30% d'IS des DOM :100 millions d'euros.
[ Nicolas Sarkozy avait oublié de prévenir les DOM quand il partit faire ses voeux ou sa campagne ].

- Intégration des heures supplémentaires dans le calcul des allègements de charges: 600 millions en 2012 puis 700 millions en 2016. [ Faiblement commentée, cette mesure est la première brèche dans la défiscalisation des heures sup', l'un des rares trophées de Sarkofrance ]

- Harmonisation de l'assiette de la Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés: 150 millions d'euros.

- Application de la CSG à la CLCA: 150 millions d'euros. [Pour masquer ses hausses d'impôts, Sarkozy usait et abusait de sigles. CLCA désignait... le congé parental. Fichtre ! Merci pour les familles !]

- Suppression de l'abattement pour frais professionnel pour les revenus qui ne constituent pas du salaire: 80 millions d'euros

- Réduction de l'abattement pour frais professionnels de 3 à 2%: 550 millions d'euros en 2012 puis 640 millions d'euros. [ une mesure, comme les autres, annoncée l'été dernier ].

- Hausse de la fiscalité sur les alcools: 340 millions en 2012 puis 390 millions d'euros.

- Création d'une taxe sur les boissons sucrées : 350 millions puis 410 millions d'euros. [Taxer le Coca Cola et consorts sous prétexte de santé publique alors qu'il ne s'agissait que de trouver des économies, était l'une des plus jolies tartufferies du quinquennat. ]

- Révision du barème de la taxe sur les véhicules de société: 100 millions d'euros.

Hausse d'impôts à venir d'ici à 2016: 13,5 milliards d'euros
Ce n'était pas tout. Pour justifier de sa crédibilité, Nicolas Sarkozy avait encore 13 milliards d'euros de hausse d'impôt complémentaires dans sa besace de candidat sortant.

- Suppression de la Prime pour l'emploi: 2,5 milliards d'euros
[Cette disposition concernait 8 millions de personnes. La prime était versée une fois par an sous la forme d’un chèque, d’un montant moyen de 500 €, envoyé par le fisc, rappelait le Parisien. Elle sera supprimée pour financer la baisse des cotisations familiales sur les salaires entre 1 et 1,3 fois le SMIC]

- Réduction d'abattement sur les dividendes: 1,5 milliard d'euros
[ Une mesure discrète, sans beaucoup de précision. Il fallait équilibrer le chiffrage...]

- Impôt minimal sur les grands groupes: 3,0 milliards d'euros
[ Voici 3 semaines, Nicolas Sarkozy avait découvert que les sociétés du CAC 40 n'acquittaient quasiment pas d'impôt sur les sociétés, 5 milliards d'euros à peine. Il avait décidé de les imposer de 3 milliards d'euros par an, sans davantage de détail]

- Taxe sur les exilés fiscaux: 0,5 milliard d'euros
[L'un des rares annonces nouvelles de Nicolas Sarkozy, l'imposition des exilés fiscaux était soigneusement distinguée de la lutte contre la fraude fiscale ... cf ci-dessous]

- Taxe sur les entreprises Internet: 0,5 milliard d'euros
[C'était le retour de la Taxe Google ! On souriait.]

- Taxe sur les transactions financières élargies aux produits dérivés: 3,0 milliards d'euros
[ Nicolas Sarkozy était ce président 

- Réduction des niches fiscales: 1,0 milliard d'euros
[Aucun détail, on verra plus tard]

- Lutte contre la fraude fiscale: 1,5 milliards d'euros
[C'était le pompon. Pour équilibrer son budget d'après 6 mai, Nicolas Sarkozy avait besoin d'hypothéquer quelques résultats de lutte contre la fraude fiscale ]

Ami sarkozyste, reste avec nous.


lundi 9 avril 2012

Et Sarkozy devint centriste. Ou pas.

Weekend pascal oblige, Nicolas Sarkozy est parti se reposer au Cap Nègre. A ses partisans rencontrés à Saint-Raphaël, dans le Var, il leur scanda sa détermination. Il draguait les votes frontistes.

Mais le lendemain, dans le Journal du Dimanche, il jouait au « père-la-rigueur » pour séduire les centristes de François Bayrou.

Le candidat sortant naviguait-il à vue ?


Sarko drague Bayrou
Nicolas Sarkozy croyait être inspiré en lançant une nouvelle caricature contre François Hollande. « Vous voulez la gauche?  Vous aurez la Grèce, vous aurez l'Espagne » avait-il crié vendredi. Il aurait dû se taire. Hors crise, le Monarque avait dégradé de près d'un point le déficit structurel du pays.

Mais il voulait se montrer le plus rigoureux des candidats. On souriait.

Ce faisant, il lançait une première perche, très grossière, vers les centristes en général et François Bayrou en particulier. La séquence frontiste n'était pas terminée, mais sa stagnation sondagière inquiétait le candidat sortant. Sarkozy voulait montrer aux marchés qu'il était le seul crédible sur le terrain de la maîtrise des dépenses publiques. Et convaincre les partisans du leader prétendu centriste qu'il était le mieux à même pour maîtriser la dette publique.

L'hôpital voulait se moquer de la charité. Le mois dernier, la dette publique français a franchi les 1.710 milliards d'euros. Nicolas Sarkozy ou ses sbires voulaient croire que c'était la aute à la crise. Bien sûr, la crise était passée par là. Mais le Monarque avait sabordé les quelques marges de manoeuvre qu'il restait au pays. Des défiscalisations en tous genres, un peu pour les heures supplémentaires, surtout pour les rentiers.

Quand Nicolas Sarkozy fut questionné, vendredi, sur cette analyse de l'Institut des politiques publiques, il protesta, nia, accusa l'institut de mensonge. Ce dernier ne faisait pourtant qu'énumérer quelques chiffres.

Il était prouvé que le taux de prélèvements obligatoires avait légèrement baissé en 5 ans, de 46,2 à 45,5% du PIB. Il était tout autant prouvé que le taux d'imposition des hauts revenus avait augmenté (moins que la moyenne), mais que le taux d'imposition du capital ... avait baissé.

Sarkozy avait été le président de la Rente.

Vague de naïveté ?
Le 8 avril, dans une grande interview au Journal du Dimanche, il déclarait « sentir monter la vague ». L'entretien était drôlatique. Le 1er avril jouait donc les prolongations jusqu'à Pâques. Il fallait lire cet entretien d'autosatisfaction: « La crédibilité de mes propositions repose sur ce que nous avons déjà mis en œuvre ». Vraiment ?

Il aimerait deux débats dans l'entre-deux-tour. Quelle proposition ! Valéry Giscard d'Estaing, en 1981, avait eu la même idée, sûr de son fait.

Pour le reste, Sarkozy découvrait la réalité, preuve qu'il était hors sol depuis 5 ans ou plus. Sa première mesure s'il était réélu ? « Celle qui consistera à faire payer les pensions des retraités le 1er de chaque mois au lieu du 8. Cela fait un demi-siècle que les retraités font la trésorerie de l'Etat » Cela faisait donc un demi-siècle qu'il était hors sol.

Autre révélation de cette campagne pour le candidat sortant, « beaucoup de grandes entreprises ne payent pas d'impôts sur les bénéfices ». Il esquiva la réponse à la question qui fâchait: « concrètement, certaines prestations sociales seraient-elles limitées ?» Il bafouilla une mauvaise réplique, préférant d'abord rappeler le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, la réduction du budget des collectivités territoriales (sans préciser sur quels services publics locaux ces dernières devraient rogner).... « sur les prestations sociales, je ne suis pas sûr que la période soit la plus adaptée pour les limiter ».

Notez les termes employés. L'homme adore afficher sa détermination, son volontarisme à coups de « je veux » ou « je vais ». Mais sur la réduction des prestations sociales, le voici soudainement plus flou, modeste, discret, presque gêné. « ... je ne suis pas sûr ... ».

Il eut aussi quelques outrances, quand il évoqua les « factions du Parti socialiste ».

Railleries au Cap Nègre
En visite dans le Var, Nicolas avait emmené Carla visiter un centre hospitalier, comme en 2010. Cette fois-ci, c'était à Fréjus, l'ancien fief de François Léotard. Pour le JDD, la photo était parfaite, Carla et Nicolas au milieu des infirmiers. Sarkozy pouvait dénoncer, dans les colonnes du journal: « La gauche caviar est si loin du peuple » Juste après, les deux époux filèrent au Cap Nègre, dans le chateau de la milliardaire. Nicolas avait besoin de faire un peu de vélo, tandis que Carla resterait là toute la semaine.

La veille, il s'était prévu un meeting à Saint-Raphaël. Environ 1.500 personnes avaient fait le déplacement. « Dans cette campagne, j'ai voulu tout dire. (...) Comme elle est curieuse cette campagne. Il y a eut plusieurs étapes. D'abord, je l'ai regardé en spectateur, j'étais pas candidat. » Sur l'estrade, il se moqua des primaires socialistes, avec 3 mois de retard. Il souriait de ses bons mots. « J'ai vu un p'tit club d'agités... le club des socialistes. » L'homme parlait en connaisseur, expert ès agitation « Pour être heureux, c'est simple. Ils sont heureux quand ils sont entre eux.» Parlait-il de son clan ? « Ils se traitaient de fraise des bois... On a vu l'amitié intense entre eux. » Ou encore: « Ils étaient heureux, ils se regardaient dans leur petit miroir.»

Sarkozy a donc raillé les primaires socialistes. On s'interrogeait. Quel intérêt ? N'en aimait-il pas le principe, lui qui les a fait voter à l'UMP ? Au premier rang, Jean-François Copé applaudissait. On se souvient que le secrétaire général de l'UMP avait été désigné par le Monarque lui-même. Sans élection des militants.

«Puis alors j'ai eu une idée, tiens, dans l'fond... j'vais être candidat. »

Roooo... joli mensonge. Sarkozy continua son spectacle, avant de filer dans le Palais de sa belle. De ce meeting, on ne retint pas grand chose. Nicolas Sarkozy faisait le spectacle.

Espérait-il une retransmission ultérieure sur Rires et Chansons ?

Sur place, il draguait les électeurs tentés par Marine Le Pen. C'était même explicite: « Je crois que le vote pour le Front national augmentera [les] souffrances, il ne résoudra pas [les] souffrances, et que le vote pour le FN dans quinze jours au premier tour servira M. Hollande comme il y a vingt ans le vote pour le Front national servait François Mitterrand ».

Comme si cela pouvait ne pas suffire, l'ancien maire de Neuilly éprouva le besoin d'ajouter quelque stigmatisation contre les immigrés, d'user de quelques-uns des pires clichés: « Je ne peux pas accepter une immigration qui ne serait motivée que par la seule espérance de consommer des prestations sociales plus généreuses en France ».

Bayrou, Le Pen... Sarkozy tentait la synthèse. Il comprenait surtout qu'il n'avait plus de temps à perdre. Toutes les prévisions sondagières de second tour le donnaient largement perdant.

Il y avait urgence.

dimanche 8 avril 2012

Sarkozy esquive son programme

Jeudi après-midi, le candidat sortant avait donc présenté à la presse son programme. On a pu commenter ses mesures, déjà connues. Toutefois, Nicolas Sarkozy avait prévenu qu'il serait incomplet. Il voulait se garder des surprises jusqu'à l'entre-deux-tour. Il jouait à cache-cache avec la campagne.

Pire, il ne présenta en fait pas grand chose. Il était là pour le show, ne voulait pas qu'on s'attarde trop sur son texte.  Il en a profité pour annuler, à la dernière minute, sa présence à un forum sur l'égalité femme/homme organisé par Sciences Politiques et le magazine Elle. Il prétexta des conditions de sécurité pas assurées. En fait, une poignée de manifestants l'attendaient à l'entrée. Il a eu la trouille. Nathalie Kosciusko-Morizet, sa dir'com envoyée en remplacement, fut sifflée.

Le candidat Sarkozy de 2012 était-il devenu trouillard ?

En 2007, il était plus sûr de lui. Son programme avait été muri, travaillé, construit au fil d'enquêtes et de sondages, habillé de conventions thématiques durant l'automne précédent le scrutin. Son slogan - Travailler plus pour gagner plus - résumait ses propositions. Cinq ans plus tard, le contraste est saisissant. Même président, Nicolas Sarkozy était devenu coutumier de faux suspenses: combien de sommets annoncés comme décisifs ? Prenez le dernier, pour l'emploi, le 18 janvier. Sarkozy l'avait promis à Toulon le 1er décembre, avec ce ton de défi qu'il affectionne tant

Son programme présidentiel pour le nouveau quinquennat était devenue une arlésienne. Il y a 18 mois, on nous présentait Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet comme les deux chargés de son élaboration. Puis, au printemps 2011, ce fut Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, qui les remplaça. Un temps, on cru qu'il allait être présenté début septembre, lors du campus UMP à Marseille. Hélas, Nicolas Sarkozy fit savoir qu'il lui était hors de question d'être lié par un programme avant l'année prochaine. L'exercice s'effondrait. La dynamique fut cassée.

Ce jeudi, le grand moment était arrivé, enfin. En fait de programme, ce fut une lettre. Le conseiller spécial Henri Guaino nous avait prévenu: « L'esprit de cette lettre est très simple. Nicolas Sarkozy s'est forgé (...), dans l'expérience du pouvoir, dans des conditions assez dramatiques, un certain nombre de convictionsOn nous prévint que le candidat sortant se réservait quelques annonces pour plus tard, jusqu'à l'entre-deux-tour.

A 15H, les quelque 400 journalistes impatients rassemblés dans une salle du siège de l'UMP reçurent enfin le précieux document, la « lettre de Nicolas Sarkozy au peuple français ». Une mauvaise langue avait soufflé qu'il s'agissait d'un résumé du livre inachevé que Nicolas Sarkozy avait finalement renoncé à écrire. A 15H11, le Monarque était enfin là. La mise en scène était curieuse: il paraissait tout petit, écrasé par un gigantesque slogan. « Après 7 semaines de campagne et à un peu plus de 15 jours du premier tour, j'ai souhaité faire ce point d'étape afin que chacun puisse comprendre dans quelle perspective se placent les propositions que j'ai proposées aux Français.»

Il justifia d'abord son retard à publier son programme, à 17 jours du premier tour:  « Il m'a semblé qu'il y avait une logique à proposer ses propositions à fur et à mesure...
Une campagne, c'est un moment d'écoute, c'est un moment de dialogue. Si on présente tout son projet au début de la campagne...»  il leva les yeux de son texte et grimaça un sourire... «

Ah... les vertus du dialogue... Il circule toujours dans des enceintes cerclées, cernées, barricadées. Depuis les heurts de Bayonne, ses parcours sont balisés.

La présentation du programme fut succincte. Un quart d'heure à peine, pour énoncer les grands principes ( «la sécurité après le drame de Toulouse», «compétitivité de l'économie française», «matraquage fiscal des familles et des classes fiscales promis par le candidat socialiste», «le combat contre les communautarismes», «la solidarité mais pas l'assistanat»), et se dépeindre, une fois de plus, comme l'homme de l'expérience: «J'ai, hélas, de l'expérience ». Il semblait exaspérer de constater l'injustice de son impopularité.


Sa conférence de presse fut un moment.

Il préféra railler ses adversaires, et d'abord moquer la perspective d'un pouvoir confié à d'autres que ceux de son clan. «Mais il est ridicule de dire aujourd'hui qui pourrait être Premier ministre ou ministres. Royal est présidente de l'Assemblée, Sapin déjà déçu, Moscovici dans le rêve, c'est grotesque, c'est choquant» . Fallait-il sourire ? Nicolas Sarkozy avait procédé à une douzaine de remaniements depuis qu'il avait élu, tellement son casting initiale était raté. Dès la mi-septembre 2007, nous nous inquiétions sur le blog Sarkofrance, de ce premier gouvernement de bleus.

Amis sarkozystes, rappelez vous tous les branquignoles que nous avons vu passer au gouvernement depuis 2007: Fadela Amara (et son plan anti-Glandouille d'août 2007), Rachida Dati (qui put braquer toute l'institution judiciaire jusqu'à son propre cabinet en quelques semaines), Bernard Laporte (qui fit lire la lettre  Christian Blanc (et ses cigares), Alain Joyandet (et son vol en jet), Laurent Wauquiez (qui cherchait des fonds privés pour son mouvement en pleine affaire Woerth), Rama Yade (qui ne cessa d'acumuler les bourdes diplomatiques), ou Christine Lagarde (qui nous conseillait le vélo quand l'essence fut trop chère).

Sarkozy dérapa aussi beaucoup. Ainsi compara-t-il les meurtres, les drames, les horreurs. Il était comme ça, Sarkozy, il avait toujours besoin d'une échelle. « Le traumatisme après le drame de Toulouse et Montauban est comparable à celui des Américains après les attentats de New York. »

Il n'aima pas la question du journaliste de Mediapart qui s'était glissé dans l'assistance, sur le fameux prêt inexpliqué et secret de 3 millions de francs qui lui permit d'acheter son duplex de Neuilly-sur-Seine en 2006... Il répondit à côté, de 10 ans trop tôt: «Je vous dirais simplement qu'entre 95 et 97, c'était une majorité de gauche. Si des prêts m'ont été attribués, il devait y avoir de bonnes raisons.» Il s'agaça aussi:  «Je reconnais bien là l'obsession de Mediapart sur ma personne, on n'y peut rien. Adressez-vous à l'Assemblée nationale».

Il était hargneux, impatient de convaincre, agacé de ne pas convaincre.






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