Montebourg, PSA et comment sauver l'automobile.

Comme convenu, Arnaud Montebourg a présenté son projet de plan de soutien à l'automobile, mercredi 25 juillet. Le jour même où PSA tenait un comité d'entreprise pour confirmer les annonces de suppressions de 8.000 postes. Dans quelques rues de Paris, des salariés de PSA étaient là pour protester.

1. En matière d'affichage, le gouvernement Ayrault a fait aussi bien sinon mieux que son prédécesseur Sarkozy/Fillon: (1) un entretien du PDG de Peugeot avec François Hollande, (2) un autre avec le premier ministre, (3) un plan de soutien/reconversion pour le secteur. Est-ce suffisant ? Non. Un sondage - encore un - semble montrer que l'opinion lui en est gré.

En janvier 2010, Nicolas Sarkozy était bravache sur TF1: « convenez le plan que nous avons mené a sauvé l'industrie automobile français ». En 2009, contre l'avis du gouvernement, le parlement avait durci le petit décret contre les bonus des patrons des secteurs bancaires et automobile, en élargissant ces restrictions à tous les sous-traitants de l'automobile et aux entreprises aidées par le Fonds stratégique d'investissement.

2. Le plan Montebourg est un premier pas essentiel, même insuffisant. Quand Sarkozy était président, il y a peu, une éternité, son plan de relance de 2009 avait gravement négligé les contre-parties, une véritable occasion manquée. Un temps dopé par le bonus-malus du ministre Jean-Louis Borloo au début de 2008, le secteur avait plongé le premier dès le déclenchement de la Grande Crise à la fin de l'année. L'affaissement du pouvoir d'achat et le resserrement des conditions de crédits de l'automne avaient eu raison d'un secteur sous pression. Le plan Montebourg est encore provisoire mais il contient pas mal de points essentiels:
- une mission confiée à Louis Gallois (nouveau commissaire général à l'investissement chargé du Grand emprunt), sur la compétitivité industrielle,
- un renforcement des bonus écologistes: le plafond du bonus relatif aux véhicules électriques porté de 5.000 € à 7.000 € ; celui relatif aux véhicules hybrides doublé (à 4.000 €), et ouvert aux véhicules de sociétés.
-  La réservation de 25 % des nouveaux véhicules de l'Etat aux modèles électriques ou hybrides (« tout nouveau véhicule à usage urbain sera électrique »). Pourquoi seulement 25% ?
- une accélération - non chiffrée - de l’implantation de bornes de recharge des véhicules électriques et hybrides rechargeables en France.
- la promotion (non détaillée) « l’industrie de la déconstruction et du recyclage » , à travers une politique d’agrément ambitieuse.
- la création d'un institut de recherche technologique dédié à l’automobile « avant fin 2012 ».
- la réorientation de 400 M€ des bénéfices du crédit impôt recherche vers la « localisation en France de l’innovation » et de 350 M€ des investissements « d’avenir » sarkozyens lancés en 2009 vers « le véhicule de demain ».
-  un soutien à la sous-traitance via OSEO (+150 M€ pour la trésorerie des PME, +450 M€ pour des « financements dédiés à la modernisation des sites et à l’investissement industriel »).

3. Le plan Montebourg oublie les énergies alternatives (GPL, GNV, bioéthanol E85), le recyclage, et le transport collectif.  Il préfère miser sur la « voiture propre et populaire, accessible à tous », un slogan qui sonne comme une réactualisation du mythe des 30 Glorieuses.

4. PSA est victime de la crise et de l'austérité.
Le groupe automobile a annoncé plus de 800 millions d'euros de pertes au premier semestre, et détaillé les motifs des 8.000 suppressions de postes. « Nous faisons face à une dégradation de grande ampleur et durable du marché européen » a publiquement déclaré Philippe Varin. Et de préciser ensuite l'ampleur d'un effondrement que l'on connaît. La crise est là, et PSA n'est sans doute qu'une victime plus fragile que d'autres dans le secteur. En d'autres termes, l'austérité généralisée qui frappe la zone euro - avec la baisse de pouvoir d'achat des ménages et la quasi-fermeture des marchés exports - a privé le groupe de débouchés et de croissance.

5. Il faut mettre PSA sous tutelle. On a beaucoup reproché à l'administration Sarkozy d'avoir octroyé un shoot subventionnel nécessaire au secteur automobile sans aucune contrepartie. En d'autres termes, Sarkozy s'était couché devant le chantage à l'emploi. Cette fois-ci, le groupe PSA pose à nouveau un triple problème politique:  (1) il bénéficie d'aides publiques (défiscalisations locales, subventions à l'emploi, etc) et en réclame encore de nouvelles aides publiques; (2) il produit des voitures qui polluent bien trop, (3) l'avenir de l'automobile est en jeu.

« PSA Peugeot Citroën a demandé des aides publiques pour l'aider à pérenniser son usine de Sevelnord (Nord), deuxième site du groupe le plus menacé après celui d'Aulnay-sous-Bois ». La révélation a fait l'effet d'un choc, lundi dernier. C'était l'habituel chantage emploi/subvention. A Sevelnord, PSA emploie 2.700 personnes, et négocie un accord de flexibilité en échange de l'attribution à l'usine de la production d'un nouveau véhicule issu de son nouveau partenariat avec Toyota. Rappelons que le directeur des marques de PSA, Frédéric Saint Geours, est également président de l'UIMM. Pour la pérennité du site, l'entreprise demande 42 millions d'euros d'aides.

6. L'avenir de l'automobile est de toute façon compromis. Les écologistes font valoir qu'il faut préparer l'après-pétrole. Qui pourrait proclamer le contraire ?

Jeudi 26 juillet, trois des quatre syndicats de l'établissement de Sevelnord d'Hordain ont finalement donné leur accord à un accord dit de compétitivité. « Cet accord, qui sera effectif à partir du 1er janvier 2013, prévoit un gel des salaires sur deux ans et une flexibilité accrue en fonction des cadences » regrette l'Humanité. « L'horizon s'éclaircit » se félicitait la Tribune. La formule est classique. Elle faisait partie du programme de Nicolas Sarkozy pour sa réélection. A Sevelnord, il y a une subtilité locale, relevée par notre confrère Slovar: « L'accord, que la direction aimerait voir signé avant la fin du mois pour une durée de cinq ans, n'entrerait en vigueur que si Sevelnord obtenait le K-Zéro, pour lequel l'usine est en concurrence avec le site de Vigo, en Espagne, où le coût du travail est inférieur d'un tiers.» Le K-zéro est un modèle utilitaire du groupe automobile.

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13 commentaires:

  1. Joli clin d'oeil, Juan, que cette 203, qui rappelle à celles et à ceux qui étaient déjà nés à cette époque, des années plus insouciantes. Pour le reste, le redressement automobile, je vois très bien où ça va mener. Depuis les années 70 et la casse de la sidérurgie lorraine, le mouvement est amorcé et, sur le fond, ce ne sont pas les subventions, les aides ponctuelles à l'achat, utiles, mais artificielles et insuffisantes, qui changeront le résultat. Il n'y a aucune politique d'envergure, courageuse en France ou en Europe, ni de réactions contre la concurrence déloyale (ex. sous-évaluation du huan). Va t-on devoir attendre que les salaires atteignent le niveau des salaires chinois pour avoir une embellie ?

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  2. Dernière minute : on apprend ce matin que le STIF (transports d'Ile de France), dirigée par M. Huchon, président PS du conseil régional, va confier la gestion de ses relations clientèle à une société, Webhelp, qui a une plateforme au Maroc. Bilan : - 80 emplois en France. Ca continue. On peut prédire, sans grand risque de se tromper, que la politique économique dévastatrice menée en France, va à moyen terme produire des réactions dans la société française. Sociales, politiques ? Et l'on entendra des journalistes, qui, pour la plupart n'y comprennent rien, s'étonner du comportement irresponsable des Français. Comme en 2005 pour le traité de Lisbonne.

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  3. Je n'aime pas ce plan, Juan, je te le dis sincèrement:
    Et d'une, il oublie que les vieilles voitures deviennent des collectors et je peux te parler des casseurs qui en ont marre de mettre des DS anciennes à la casse, sans parler de Jaguar ou autres...
    Recycler, c'est aussi se servir des vieilles choses, surtout quand c'est notre patrimoine, recycler, c'est aussi acheter d'occasion, et c'est bien pour ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter du neuf ou qui ne veulent pas vivre à crédit: ça va avantager qui? les organismes de crédit? Ils pompent assez sur les gens modestes...et c'est d'eux que vient aussi la crise.
    Ensuite, cela ne prend pas en cause tous les problèmes qui viennent de l'automobile, c'est aux salariés de payer aussi?
    J'espère que ce n'est que provisoire, oui, j'espère...

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  4. Le plan Montebourg oublie les énergies alternatives (GPL, GNV, bioéthanol E85)

    le carburant BIO n'existe pas , c'est même l'antithèse du bio

    parlons d'agrocarburant comme on parle des industries agroalimentaires dont on sait lespoisons qu'elles sont capables de créer

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  5. Apparemment la mise sous tutelle à l'air d'emballer les blogueurs de gauche. Mais qu'est-ce que vous appelez au juste mettre sous tutelle ?

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  6. Retourne à l'école troll de droite.

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  7. à jevous arrête

    par exemple les empecher de s'associer avec GM quand on vend 500 000 voitures par an à l'iran
    connerie de 1ère grandeur car avec les ricains l'embargo c'est pas pour rire

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  8. Joli clin d'oeil, Juan, que cette 203, qui rappelle à celles et à ceux qui étaient déjà nés à cette époque, des années plus insouciantes
    la voiture de mon grand père
    je l'accompagnais le jeudi dans ses tournées de portage-ramassage de confection chez ses couturières à domicile
    en ce temps là on produisait français

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  9. @justice je vais supposer que ta réponse est due une mauvaise formulation de ma question, et donc la préciser. Je n'ai pas besoin qu'on me donne la définition du mot tutelle, je voudrais plutôt savoir par exemple :
    1) sur quelle base de droit se mettrait en place cette tutelle : je suppose que personne ici ne serait favorable à ce qu'une tutelle puisse être décidée arbitrairement, en dehors de tout cadre légal.
    2) en admettant qu'on dispose de, ou qu'on crée, un cadre légal, qui exercerait cette tutelle ? un fonctionnaire ? un expert ? qu'on irait chercher où ? etc...
    3) qui assure le contrôle de la tutelle ? Autrement dit qui y met un terme en jugeant que l'entreprise peut à nouveau agir librement (ie sans tutelle). A nouveau on suppose que celui qui exerce la tutelle n'est pas seul à décider de son prolongement ou non.

    Voyons déjà ça, il sera toujours temps de reparler d'école après.

    @bobcestmoi tu as peut-être parfaitement raison. Mais tu te trompes peut-être totalement. Sans vouloir polémiquer, les réflexions sur la stratégie de PSA à l"emporte pièce me font penser à l'équipe de France de foot : après la défaite, 50 millions de sélectionneurs (moi compris) "le savaient bien qu'y avait un problème" et savent très exactement ce qui ne va pas et ce qu'il faut faire.

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  10. 1) sur quelle base de droit se mettrait en place cette tutelle

    quand on demande des millions ou des milliards d'aide , la moindre des choses c'est un droit de regard sur l'usage qui en sera fait . on peut appeler celà une tutelle non ?

    @bobcestmoi tu as peut-être parfaitement raison.

    j'ai parfaitement rasion en 2012 PSA a du lacher le marché iranien (250 000 voitures au premier semestre) à cause de la prise de participation du groupe US
    c'était parfaitement prévisible, non ?

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  11. Si c'est un droit de regard, le mot tutelle n'est pas adapté.
    Et un droit de regard ne permettrait pas l'exemple que tu suggérais - empêcher PSA de s'allier avec GM.
    Pour ça il faut intervenir directement sur les décisions de gestion, y compris celles qui en principe relèvent des actionnaires.

    Concernant l'Iran, affirmer que PSA a dû interrompre son activité à cause de GM me paraît réducteur. C'est peut-être une explication, encore faudrait-il que ce soit démontré, mais le contexte géopolitique influence nécessairement l'activité économique.

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  12. @ jevousarrete : la tutelle consiste à agir au nom de quelqu'un, qui n'est pas capable de le faire seul, de manière autonome. Le terme est donc pour moi, dans le cas présent, inapproprié. Je pense que la solution pour encadrer les décisions des entreprises défavorables à notre économie ou à l'emploi en France réside dans la Loi. On ne peut pas envisager sérieusement que des consignes puissent être données au cas par cas à telle ou telle entreprise, sauf à en être actionnaire. Que l'Etat donne déjà l'exemple pour ses services en achetant local et que le pouvoir politique prenne ses responsabilités en adaptant la Loi à notre environnement concurrentiel faussement appelé "concurrence libre et non faussée". Bref, les solutions existent à condition de la logique libérale dans laquelle nos partis majoritaires se complaisent.

    @ bobcestmoi : "à cette époque (de la 203), on produisait français" et il y avait surtout, me semble-t-il, plus d'espoir, de volonté de lutter, moins de défaitisme et de jérémiades.

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  13. @sakura je sais ce qu'est une tutelle, mais merci. On est a priori d'accord, ni le terme ni ce qu'il signifie ne me paraissent non plus appropriés.
    Mais je suppose que Juan ou que d'autres qui sont sensibles à cette idée ont une vision différente, et j'aimerai bien la comprendre.

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