samedi 12 novembre 2011

236ème semaine de Sarkofrance: le jour où Sarkozy a perdu son Triple A

Dans exactement 26 semaines, nous saurons qui succèdera à Nicolas Sarkozy, lui-même ou autre. Notre Monarque se démène pour nous faire croire qu'il travaille, qu'il est grand et incontournable et, surtout, que son opposant désigné François Hollande, est petit, irresponsable, et fragile. Hollande a trouvé la bonne formule mercredi: Sarkozy est notre Churchill de la dernière heure.

C'est vrai qu'il se dépense. Et qu'il dépense. Nicolas Sarkozy a perdu son fameux Triple A, techniquement le temps de quelques minutes, mais en réalité plus définitivement.

Le 4ème plan de rigueur
Après une semaine d'un extatique G-Vain, Nicolas Sarkozy a fait savoir qu'il était toujours sur la brèche, même samedi dernier. Pensez-vous ! Il avait 8 milliards d'euros d'économies supplémentaires à arbitrer. Rassurez-vous, Nicolas Sarkozy sait se ménager. Il s'était reposé près d'une semaine au Château de la Lanterne avant son sommet du G20. Samedi, le grand spectacle de la rigueur version Sarkozy avait repris ses droits. François Fillon avait saisi le prétexte d'un déplacement provincial pour nous promettre « le budget le plus rigoureux depuis 1945 ».

L'emphase était suspecte, le coup a fait choux blanc. Crier fort pour agir peu ou mal est l'une des marques de fabriques de Sarkofrance. C'est la quatrième fois que le couple Sarkozy/Fillon nous fait le coup de la rigueur en 2 ans. L'après-midi, un quarteron de ministres s'était rendu au Palais pour soumettre les derniers arbitrages budgétaires. Lundi, nous étions fixé. Le faramineux plan de rigueur n'était en fait que de 7 milliards d'euros, et, une fois de plus, incohérent, injuste et incomplet. « Sarkozy devient dangereusement ridicule », écrivions-nous.

Certes, les « grandes » entreprises paieront 1,1 milliard d'IS supplémentaire jusqu'à ce que le déficit budgétaire redescende sous la barre des 3% du PIB; et les dividendes seront presque taxés comme les revenus du travail (+600 millions d'euros l'an prochain). Mais l'essentiel de ce nouveau rabot cible principalement les familles, les classes modestes et moyennes:  1,8 milliard d'euros de relèvement de TVA (de 5,5% à 7%); 1,7 milliard d'euros de gel du barème des impôts sur le revenu et le patrimoine; 1,2 milliard d'euro de gel de dépenses de l'Etat et de rabot sur l'assurance maladie; 400 millions d'euros de désindexation des prestations sociales (hors minima) sur l'inflation; et une accélération d'un an de la réforme des retraites (100 millions d'euros en 2012, mais 2 milliards dans 3 ans).

Pour le symbole, on taxera un peu plus les grandes entreprises, le président gèlera son argent de poche, et on réduira les dépenses électorales... des autres.

Le plan de campagne
Car notre Monarque sillonne toujours la France comme le candidat qu'il est évidemment. Mardi, il en a même dérapé d'arrogance et de mépris. Lors d'une réunion hebdomadaire de l'UMP à l'Elysée, Sarkozy a raillé son opposant François Hollande, « candidat à la candidature ». Mais lui, n'est-il pas que candidat à la présidence ?

Un peu plus tard, un jet présidentiel l'avait amené à Strasbourg pour un échange encadré avec des étudiants. En presque deux heures d'intervention, il n'y eut pas une question dérangeante pour notre monarque. Serait-il devenu si populaire ? Et les sujets ne manquaient pourtant pas. Par exemple, croyez-vous qu'il aurait pu parler de cette enquête annuelle du Secours Catholique sur la précarité des jeunes, publiée cette semaine ? Que nenni ! 12% des bénéficiaires de l'aide de l'association en 2010 étaient des jeunes de 18 à 25 ans.

Mais, le candidat fait campagne. Il ne parle que de lui ou n'attaque que les autres. Il se voit capitaine du navire. Plus grave sera la crise, plus forte devrait être sa popularité. Certains de ses ministres cachent mal leur joie devant les déboires de la Grèce et de l'Italie, croyant y voir le salut inespéré de leur patron. Mercredi, Sarkozy se montrait encore à Colombey-les-Deux-Eglises, pour le 41ème anniversaire de la mort du Général de Gaulle. Photo devant la tombe puis au pied de la Croix de Lorraine, quelques « serrages » de mains d'anciens résistants, un bain de foule évidemment « improvisé ». A quelques centaines de kilomètres de là, deux premiers ministres rendaient leur tablier. Le sort du grec Georges Papandreou était scellé depuis vendredi. La chute de l'ancien meilleur ami Silvio Berlusconi fut plus brutale et surprenante. Le « Cavaliere » a été aussi victime des marchés. La dette italienne est de 1.900 milliards d'euros. La prochaine économie menacée est ... la France, 1.700 milliards d'euros et un déficit budgétaire toujours abyssal, quand l'Italie affichait déjà des excédents.

Le plan Triple A
Jeudi, la Commission européenne ruinait les derniers espoirs de crédibilité de notre gouvernement. Sarkozy venait juste d'avaler - et de faire avaler - une révision à la baisse de la croissance française à 1% l'an prochain, qui justifiait cette nouvelle tranche de rigueur à 7 milliards d'euros. Mais voici que Barroso nous expliquait que la croissance française ne serait que de 0,6% l'an prochain. La récession guette l'Europe toute entière. A peine annoncé, la nouvelle tranche de rigueur s'avère insuffisante. Quelle malédiction !

Pire, l'agence Standard and Poors publiait, par erreur, une dégradation du fameux Triple A français, une « erreur technique » rapidement corrigée. Trop tard, commente le blogueur-journaliste Jean Quatremer, envoyé spécial de Libération à Bruxelles: « Le spread (écart de taux ) entre la France et l’Allemagne a atteint aujourd’hui un nouveau record historique à 170 points de base sur les obligations à 10 ans. Autrement dit, Paris paye désormais le double des intérêts que verse l'Allemagne.» Jacques Attali, que Sarkozy aimait tant consulté, en 2008 puis 2009, pour se faire conseiller des mesures impopulaires prétendument de gauche, a sobrement expliqué le même jour que la France avait de facto déjà perdu son Triple A. La nouvelle serait catastrophique. « Si Nicolas Sarkozy perd le triple A, il est mort  » avait confié un conseiller. Il ne nous restait qu'à implorer la Chine, cette plus grande dictature du monde, un cauchemar social, une aberration écologique, pour obtenir quelques subsides pour notre Fond européen de Stabilisation financière.

Le soir, on aurait pu croire qu'il était inquiet. Non, Sarkozy dînait à l'Elysée avec quelques proches. A nouveau sûr de lui. «Le temps de la campagne viendra plus tard. Les Français ne comprendraient pas que je ne sois pas complètement concentré sur ma tâche ».

Vendredi, Nicolas Sarkozy serrait les dents et le sourire, protocole oblige. Il est encore en mode inauguration/célébration, cette fois-ci chez son nouveau meilleur ami Jean-François Copé pour un nouveau musée sur la Grande Guerre à Meaux. Ce dernier a été très affecté par l'affaire Takieddine. L'homme d'affaires franco-libanais avait accusé le clan Chirac d'avoir continué à percevoir de jolies commissions (200 millions d'euros) sur les contrats d'armements avec l'Arabie Saoudite. Mais l'ex-épouse du même Takieddine s'est confiée cette semaine à Mediapart et à l'Express. Elle a confirmé les relations de son mari avec ... Claude Guéant, notamment pour négocier avec Kadhafi la libération des infirmières bulgares.  Le ministre de l'Intérieur était justement en Côte d'Ivoire en début de semaine... pour vendre du matériel de sécurité au nouveau gouvernement ivoirien... On ne se refait pas.


Ami sarkozyste, où es-tu ?











Crédit photo (partiel): El Camino

vendredi 11 novembre 2011

L'Euro sombre mais Sarko joue à de Gaulle

Mercredi, il était allé à à Colombey-les-Deux-Églises à l'occasion du 41ème anniversaire de la disparition du Général de Gaulle. L'an dernier, pour le 40ème anniversaire de la disparition du grand homme, Nicolas Sarkozy avait fait les choses en grand. Chapiteau, estrade, caméras, discours fleuve, etc. Cette fois-ci, ce fut plus sobre. Ce vendredi, 11 novembre oblige, Sarkozy jouera encore au chef de guerre pour honorer la fin de la première Grande Guerre. Il est même prévu une inauguration de musée militaire ... à Meaux, dans la commune de Jean-François Copé.

La crise est grave, la récession menace, l'Italie sombre, mais Sarkozy inaugure. Cherchez l'erreur.

Diversions protocolaires
Sur la page de garde d'Elysée.fr, le Général de Gaulle était encore à l'honneur. Nous n'avons pas souvenir - et les archives électroniques du site sont là pour le prouver - d'un tel hommage pour d'autres grands chefs d'Etat du pays. Après tout, si François Mitterrand n'a pas sauvé la France du déshonneur de la collaboration entre 1940 et 1944, il a tout de même marqué l'histoire du pays. On ne reprochera pas à Nicolas Sarkozy d'admirer de Gaulle davantage que Mitterrand. Tout juste pourrait-il s'abstenir de privatiser la Présidence de la République pour ces hommages strictement gaullistes.

Ce mercredi 9 novembre, il avait pris son gros hélicoptère présidentiel pour débouler à Colombey-les-Deux-Eglises, serrer quelques mains, et se faire photographier seul devant l'immense Croix de Lorraine puis la tombe du Général pour le traditionnel dépôt de gerbe. Depuis un an qu'il se re-présidentialise, Sarkozy cherche des symboles. Il a même parcouru quelques mètres à pied pour se rendre dans un restaurant voisin. L'envoyé spécial d'un quotidien local a été enthousiasmé par ce « bain de foule »: « le président est invité à signer un livre d'or. La chaleur de Benghazi dans le fief de De Gaulle ». Fichtre !

Protocole encore, le Monarque inaugure un musée en l'honneur de la Grande Guerre.
Le député-maire, avocat d'affaires Et patron par procuration de l'UMP présidentielle, l'avait annoncé il y a trois ans, le 8 novembre 2008. Pour cette opération, Copé a attiré pas mal de jolis mécènes, tels Véolia, Eiffage, Crédit Agricole, Casino et même Disney Paris. Le musée, 7.000 mètres carrés, a été installé sur les lieux mêmes de la bataille de la Marne.

Catastrophe européenne
En coulisses, le Monarque est au bord de la panique. Il ne sait plus comment contenir la crise, la grande catastrophe, le scénario tant redouté. Son grand show des 26-27 octobre derniers (psychodrame à Bruxelles puis intervention télévisée à Paris) a été bien vite oublié. Nous n'avons pas évité la « catastrophe ». Nous sommes toujours au bord du précipice.

1. La pression des marchés a eu la peau de Silvio Berlusconi, qui a démissionné mercredi. Mais les taux d'intérêts des prêteurs à l'Italie se sont encore inflatés. Les traders n'y croient plus. Mercredi puis jeudi, les Bourses ont encore flanché. Quelle est la différence entre l'Italie et la France ? L'Italie, au moins, dégage un excédent budgétaire. L'Italie doit aussi emprunter 400 milliards d'euros cette année sur les marchés, la France environ 200 milliards. Le Fond européen de Stabilité financière n'est pas crédible. Il a péniblement décroché 3 milliards sur les marchés en début de semaine.

2. Les marges de manoeuvre sont quasi-nulles. Quelques consoeurs et confrères rappellent, à juste titre, que les Etats européens ont abandonné toute politique monétaire depuis l'aube de l'intégration financière européenne; que l'interdiction faite à nos banques centrales de prêter à leurs propres Etats a précipité ces derniers dans les bras de banquiers et marchés privés; que cette privatisation de l'endettement s'est accompagnée, surtout depuis 2000, d'une large défiscalisation générale qui a amoindri les recettes publiques. Sur son seul quinquennat, Nicolas Sarkozy a fait cadeau de quelques 72 milliards d'euros de réductions fiscales (et ceci n'a rien à voir avec la crise !). Ajoutons des dépenses sociales, notamment les assurances maladie et chômage, qui n'ont cessé de progresser à cause du vieillissement et de la précarisation, et la boucle est bouclée.

3. La récession menace en Europe. Jeudi 10 novembre, la Commission européenne s'est inquiétée: « la chute brutale de la confiance freine l'investissement et la consommation, tandis que le ralentissement de la croissance mondiale limite les exportations et que l'assainissement budgétaire à opérer d'urgence pèse sur la demande intérieure ». Et elle prévient: « la croissance s'est arrêtée en Europe ».

France en panne
Jeudi, la même Commission européenne a réévalué à la baisse la prévision de croissance française: 0,6% et non le 1% que Sarkozy venait juste de reconnaître. Notre Monarque a toujours un train de retard. Barroso a aussi demandé davantage de rigueur au gouvernement Sarkozy. Quel affront ! Le couple Sarkozy/Fillon venait juste de nous annoncer « le budget le plus rigoureux depuis 1945 ». En panique, François Baroin et Valérie Pécresse ont lâché l'après-midi même un communiqué pour rassurer Bruxelles que « l'engagement de ramener le déficit à 3% du PIB en 2013 puis à l'équilibre en 2016 sera tenu ».

Il ne reste à Angela Merkel et surtout Nicolas Sarkozy qu'à mendier quelques centaines de milliards d'euros de prêts et garanties à ... la Chine. Quel sera le prix à payer cette fois-ci ? Sarkozy se courbait déjà en 2008 devant la « formidable organisation » des Jeux Olympiques de Pékin. Quelle sera la prochaine courbette ? La Chine est le pire des modèles de développement, une dictature politique et sociale, et un monstre pollueur.

Last but not least, une très mauvaise nouvelle est tombée... pour Nicolas Sarkozy: le SMIC va enfin augmenter. Depuis qu'il a été élu, Sarkozy a rarement été rigoureux sauf sur un sujet, la revalorisation du SMIC. Dès le début de son quinquennat, le Président des Riches avait soigneusement veillé à ne donner aucun coup de pouce au salaire minimum, malgré la multiplication des hausses tarifaires ici ou là. Pire, depuis janvier dernier, l'échéance de revalorisation avait été régulièrement repoussée. Celle de juillet fut ainsi décalée en août, puis à l'automne. Malheureusement pour lui, l'inflation du pays avait repris.  L'indexation du SMIC est automatique et légale si l'inflation dépasse 2% sur 12 mois glissants, ce qu'elle a fait au 10 novembre. Le 1er décembre prochain, le SMIC sera ainsi revalorisé de 2,1%.


jeudi 10 novembre 2011

Sarkozy, le Churchill de la dernière heure, dérape enfin.

Un ministre dérape, en public, devant des députés. Il accuse l'opposition d'avoir indûment gagné les élections il y a 14 ans.

A quelques centaines de kilomètres de là, Nicolas Sarkozy dérapait lui aussi, preuve que la campagne est lancée. L'attaque du candidat Nicolas était un cran plus frontale contre François Hollande. Le Monarque n'osait toujours pas s'avouer candidat même s'il ne pense qu'à cela. Mais il ne cachait plus son mépris contre l'opposant.

Faute d'idées, de bilan et de programmes, le Churchill de la dernière heure n'avait que mépris et arrogance.

François Baroin dérape
Mardi après-midi, François Baroin, ministre de l'Economie, a perdu ses nerfs. Pire, c'était à l'Assemblée nationale lors de la traditionnelle séance des questions au gouvernement. Ces moments, par ailleurs télévisés, sont toujours chahutés. Mais le ministre de l'économie a complètement lâché prise accusant la gauche, pêle-mêle, d'avoir pris le pouvoir « par effraction » en 1997, puis de démagogie en tous genres.

Ce dérapage contredisait des mois d'efforts où l'on tente de convaincre de la sérénité de nos gouvernants. Mercredi, le petit ministre, sans doute gêné de sa ridicule perte de sang-froid de la veille, refusa toute excuse. « Hier c'était hier. Il y a des joutes politiques, il y en a eu d'autres par le passé, il y en aura d'autres. Aujourd'hui, je remercie pour sa hauteur de vues Jean-Marc Ayrault à qui je vais m'efforcer de répondre sur le fond en soulignant les points d'accord et de désaccord dans un esprit de responsabilité partagée ».

Son ancien collègue Patrick Devedjian, président UMP du conseil général des fameuses Hauts-de-Seine, commenta sobrement: « C'est un mot regrettable (...) Je considère que le terme est inapproprié ».


Incident lors de la séance des questions au... par LCP
 
Sarkozy aussi
En déplacement à Strasbourg, Nicolas Sarkozy est également sorti de son rôle mardi 8 novembre. On venait justement d'apprendre comment il avait perdu lui aussi ses nerfs contre les premiers ministres Papandréou et Netanyahou.

Faute d'arguments, Sarkozy méprise. Triste sire.

On le croyait président-travailleur, tout occupé à sauver son Triple A, et donc indifférent à la « petite » politique quotidienne. En Grèce puis en Italie, les « marchés », leurs traders et les agences de notation ont eu la peau de Georges Papandréou (vendredi) puis de Silvio Berlusconi (mardi)

On le croyait si détaché du brouhaha politicien, si indifférent à sa propre réélection, que l'on fut tout surpris de constater ce mardi 8 novembre combien la candidature de François Hollande l'agace, le perturbe, le gêne. Il n'est officiellement pas candidat, mais ça le démange gravement de pouvoir en découdre...

A en croire le Figaro, Nicolas Sarkozy a d'abord chargé Hollande en privé, devant ses fidèles, lors de sa fameuse réunion de pilotage UMPiste à l'Elysée chaque mardi matin. Courageux mais pas téméraire, notre Monarque ! Jamais d'attaque publique et directe. Il préfère la confidence qu'on répète, l'aparté qu'on relaye, la réunion faussement publique que les participants pourront commenter aux journalistes ensuite. Pourra-t-on au moins, l'an prochain, décompter les jus d'orange, café et croissants offerts généreusement par la Présidence de la République à l'UMP une quarantaine de mardi matins par an des frais de campagne du candidat Nicolas ? Pas si sûr...

Ce mardi donc, Sarkozy a encore tonné contre Hollande:  « Hollande est déjà président. C'est une bonne chose pour nous car ça va finir par agacer les Français.» La veille déjà, il s'était emporté en privé contre la proposition de François Hollande de réduire le salaire présidentiel de 30%: « Quelle hypocrisie! Hollande est bien content que j'aie fait le travail ». Un conseiller anonyme du président - on devine Franck Louvrier - expliquait à un journaliste du Figaro que « Baisser le salaire, c'était refocaliser le débat sur la rémunération du président, et faire un cadeau à l'opposition sur un sujet qui lui a beaucoup nuit. (...) C'était un message très ambigu qui pouvait effrayer les Français. Si on baisse les salaires du président et du premier ministre, cela peut vouloir dire qu'on le fera bientôt pour tous les autres ».

Sarkozy s'est montré si mordant parce que sa cote remonte dans les sondages, ce smêmes études d'opinion que lui communique sa cellule « Enquêtes » animée par Patrick Buisson et Pierre Giacometti à l'Elysée. Les Echos, ce mercredi, publiait un sondage réalisé lundi et mardi auprès de 1006 adultes. Et les nouvelles étaient très bonnes: la cote de popularité du Monarque remonte ! Plus de 9 points en un mois ! Quelque 40% des sondés déclaraient avoir confiance en Nicolas Sarkozy. Il retrouvait sa cote de février 2010. En réalité, sa progression s'est réalisée principalement chez les sympathisants de droite (+8 points).

Sarkozy, du mensonge au mépris
Un peu plus tard, après quelques minutes d'hélicoptère militaire ou de jet présidentiel, le même vrai candidat parlait en public, dans le grand amphithéâtre de l'université de Strasbourg. « Mais cette fois, stature présidentielle oblige, le chef de l'État n'a pas prononcé une seule fois le nom de Hollande.» note avec amusement la journaliste du Figaro. L'assistance était sage, 400 étudiants avec lesquels notre Monarque « échangeait ».

En arrivant dans la salle, entre deux rictus involontaires de remerciements pour les applaudissements évidemment polis, Sarkozy s'excusa pour son (traditionnel) retard. Un Président, ça sait se faire attendre, même si ça ne travaille pas beaucoup (car ce mardi, l'agenda officiel de Nicolas était particulièrement allégé comme souvent). Comme pour mieux insister sur le poids des responsabilités qui pèsent sur lui, Nicolas Sarkozy commença par fermer les yeux (gros plan), et se pincer le haut du nez avec deux doigts, genre je-suis-crevé-excusez-moi.

On souriait.


Ensuite, le candidat livra ses leçons. Il fustigea le « candidat à la candidature ». L'expression témoignait d'un agacement extrême de la part du Monarque. Hollande est candidat désigné par des primaires réussies. Mais à l'Elysée, faute de bilan à défendre et de programme à proposer, on a décidé de rabaisser l'opposant. Il faut le « minorer » coûte que coûte. On appelle cela le « syndrome de la talonnette ».

Quelques étudiants avaient été désignés pour poser les questions préparées. Le Monarque put répéter les mêmes arguments.

1. « un lycéen sur deux vivra plus de cent ans. » Tiens, on a déjà entendu l'argument. Il nous l'avait dit le 8 mars dernier, à Beignon dans le Morbihan, mais aussi le 21 octobre à Bonneval en Eure-et-Loir, le 4 novembre à Troyes dans l’Aube, et même le 25 janvier à Saint-Nazaire. C'est juste faux. « conviction rabâchée n'est pas vérité » expliquait un confrère blogueur, citant l'efficace rubrique Desintox de Libération. A l'époque, ces derniers rappelaient que «cette «croyance» trouve son origine dans un malentendu » qui date de 2001. Elle ne repose sur aucune réalité scientifique, mais, ce mardi à Strasbourg, aucun étudiant présent dans l'hémicycle n'avait visiblement l"autorisation d'expliquer à Nicolas Sarkozy qu'il racontait... n'importe quoi.

2. Le plan de rigueur ? «Il a été annoncé par le premier ministre mais je le soutiens !» Sarkozy faisait de l'humour.

3. « Si d'autres ont des solutions, qu'on en débatte. Les Français choisiront ». Comment débattre avec un Président qui ... refuse le débat puisqu'il n'est ni candidat ni ouvert à autre chose qu'à des monologues encadrés. 


4. «On me disait que ce pays éruptif ne pouvait pas être réformé ! Les gens sont intelligents. Ils font la différence entre les discours de vérité et autre chose.» Mais qu'a-t-il réformé ? Les retraites, dont il est contraint d'accélérer la dégradation car son plan « définitif » d'il y a un an ne produit pas les économies nécessaires ? L'allègement de l'ISF, qui coûta 2 milliards d'euros au budget de l'Etat l'an passé ? Sa politique immobilière, qu'il a finalement intégralement détricotée en un mandat ?

5. Toujours contre Hollande, mais sans le citer, Sarkozy a taclé sur tout éventuel moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires: « Ça veut dire quoi ? Qu'on arrête de construire des centrales plus sûres pour garder les vieilles ? C'est fort, hein, comme idée !» Nouveau dérapage. Pourrait-on expliquer à notre Monarque que les EPR coûtent si cher et sont si peu sécurisés qu'aucun - répétons- aucun n'est en service nulle part dans le monde quelque 5 ans après les premiers travaux.

6. Toujours méprisant, le Monarque s'est aussi agacé sur une mesure, une seule: «On va embaucher 60.000 enseignants, c'est 500 millions d'euros par an multipliés par cinq. Depuis quand embauche-t-on un fonctionnaire pour cinq ans ? C'est niveau master pour découvrir ça ! » Nicolas Sarkozy a mis 4 ans pour découvrir que les  500 milliards d'euros- 500 milliards d'euros!!- de dette publique supplémentaire de son mandat étaient finalement un souci.

Ami sarkozyste, seras-tu aussi méprisant ?


mercredi 9 novembre 2011

Attention, Claude Guéant revend du matériel !

A Marseille, la police manque de moyens. Interrogé par Canal+ dimanche dernier, le maire UMP Jean-Claude Gaudin récuse l'accusation: « on a surtout besoin de fonctionnaires qui travaillent plus ». Claude Guéant, interpelé par des élus locaux et une nouvelle flambée de violences à la porte d'Aix, avait changé de préfet et dépêché 160 policiers supplémentaires. Quel effort! Il avait supprimé environ 130 postes l'an dernier.

En août dernier, le ministre avait changé le préfet. Mais quand changera-t-on le ministre, voire même celui qui l'a nommé ? Le dernier bilan insécuritaire de Nicolas Sarkozy est terrifiant. Chaque mois, une petite dizaine de milliers d'atteintes aux personnes viennent grossir le mauvais bilan de Nicolas Sarkozy. Sur la seule ville de Marseille, les vols à main armée ont augmenté de 18%, et de 40% depuis janvier.

Lundi, Claude Guéant n'avait pas grand chose à dire sur le sujet. Il était en Côte d'Ivoire, pour deux jours. Il avait du matériel de sécurité à offrir aux nouvelles autorités. L'homme ne sait comment assurer la sécurité de ses concitoyens en France, mais a de nombreux conseils à prodiguer ailleurs. A Abidjan, il offrait lundi, à l'école de police de Côte d'Ivoire, quelque trente-quatre véhicules de police et de gendarmerie, ainsi que des ordinateurs, des uniformes et des matraques.

Claude Guéant, ministre de l'intérieur, a l'habitude de jouer au VRP à l'étranger. Quand il était directeur de cabinet d'un autre ministre de l'Intérieur dénommé Nicolas Sarkozy, il négocia la vente d'équipements de sécurité auprès du colonel Kadhafi entre 2005 et 2007. Ziad Takieddine jouait les intermédiaires.

Le site Mediapart écrivait, en juillet dernier, que « Grâce à l'appui du ministère français de l'intérieur, Ziad Takieddine a notamment obtenu, en avril 2007, en pleine campagne présidentielle, des commissions occultes sur un marché de livraison de matériel de guerre électronique vendu par la société i2e (filiale du groupe Bull) à la Libye. Sur ce premier contrat, destiné à crypter les communications du régime et à contrer la surveillance des services secrets occidentaux, un montant de 4,5 millions d'euros a été versé à M. Takieddine. D'autres versements suivront. » i2e devenue Amésys filiale de Bull avait réussi à vendre un système de surveillance du Web, rien que cela. Le patron d'Amesys a été décoré de la Légion d'Honneur par Nicolas Sarkozy le 14 juillet dernier.

Cette fois-ci, Claude Guéant venait réinvestir une ancienne chasse gardée de la Françafrique. « C'est une première livraison et il y en aura d'autres » a-t-il promis. Guéant n'a pu s'empêcher de s'immiscer dans la vie politique intérieure. Le site du magazine Jeune Afrique évoquait « une source autorisée » selon laquelle « Guéant et Ouattara ont évoqué l'avenir de Soro lors de leur tête à tête. Le président ivoirien a confié que le Premier ministre "sera maintenu après les législatives" ».

Vous avez bien lu. Les élections législatives sont prévues pour le s11 décembre prochain mais le résultat semble déjà annoncé... La défaite de l'autocrate Gbagbo fut un soulagement. L'indécence française reste une inquiétude. La Françafrique perdure.

« Paris s’engage à apporter toute son expertise à l’exécutif ivoirien » expliqua l'ancien vizir de Nicolas Sarkozy. Il sait de quoi il parle. Il y a peu, il négociait beaucoup en Afrique (Libye) ou au Moyen Orient. Confronté aux accusations de l'homme d'affaires Ziad Takieddine il y a trois semaines, il avait ainsi reconnu avoir travaillé à la conclusion d'un faramineux contrat d'équipements des frontières de l'Arabie Saoudite en 2003, pour 7 milliards d'euros. Mais il s'était détaché de M. Takieddine, récusant toute collaboration directe notamment en Libye pour la libération des infirmières bulgares: « Takieddine m'a appelé à l'époque, affirmant disposer de contacts qui pouvaient permettre de libérer les infirmières. Il nous a livré des indications "de température", mais il n'a pas participé aux négociations, menées directement avec le Premier ministre Al-Bagdhadi et le colonel Kadhafi ».

Justement, il fallait lire la nouvelle confession publique de l'ex-épouse de Ziad Takieddine. Nicola Johnson, qui se plaint d'avoir été financièrement abandonnée, elle et ses enfants, par son ancien mari, balance beaucoup. Dans une interview publiée par les sites de l'Express et Mediapart mardi 8 novembre, elle contredit les propos de M. Guéant à propos de la libération des infirmières bulgares en juillet 2007.
Avez-vous été témoin, par exemple, de contacts entre votre ex-mari et l'Elysée au moment de l'affaire de la libération des infirmières bulgares à l'été 2007?
Oui. J'étais présente pendant les discussions téléphoniques, nombreuses, que Ziad a eues avec Claude Guéant. J'ai l'impression qu'il a vraiment joué un rôle dans cette histoire.

L'enquête du juge van Ruymbeke progresse donc. Et malgré les pressions. Ainsi le 25 novembre prochain, le juge sera convoqué devant le Conseil Supérieur de la Magistrature pour s'expliquer sur ses échanges avec Jean-Louis Gergorin, l'un des condamnés de l'affaire Clearstream, en... 2004.

Pressions, vous avez dit pressions ?

mardi 8 novembre 2011

Rigueur: Sarkozy devient dangereusement ridicule.

Il y a 4 ans et quelques semaines, le tout nouveau premier ministre François Fillon avait lâché une formule malheureuse qui lui fut reprochée ensuite par son propre patron: « je suis à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite ». Sarkozy savait que nous étions en faillite virtuelle mais s'agaçait que son premier collaborateur se pense chef du pays. Quelques 75 milliards d'euros d'allègements fiscaux plus tard, le même Fillon pouvait presque se réjouir : « Le mot de faillite n'est plus un mot abstrait ».

Le 27 octobre dernier, Nicolas Sarkozy avait annoncé une révision à la baisse de la prévision de croissance du PIB retenue dans le projet de loi de finances de l'Etat pour 2012. De 1,75%, nous tombions à 1%. Mécaniquement, les hypothèses de recettes fiscales étaient pénalisées de 6 à 8 milliards d'euros, avait-il alors annoncé.

Quelles mesures d'économies nouvelles allait-on subir ?

Au théâtre ce soir
Quand on n'a pas grand chose à dire et que la pression est forte, il vaut mieux le crier fort.

Depuis plus d'un an, Nicolas Sarkozy craint pour son Triple A. Une dégradation de la note de crédit de la France par l'une ou l'autre des trois agences de notation signifierait la défaite électorale en mai prochain. A six mois du scrutin, il était trop tard pour ré-endosser les habits d'un Indigné contre les méchantes agences de notation. Il l'a d'ailleurs dit, le 27 octobre dernier sur TF1/France 2: « le problème, c'est pas les agences de notation ». Non, il ne lui restait plus qu'une option: défendre sa rigueur et s'abriter derrière la Grande Crise pour effacer l'échec de son mandat. Vendredi, en marge du G20 à Cannes, un conseiller élyséen avait anonymement confié à deux journalistes du Monde: «  Si Nicolas Sarkozy perd le triple A, il est mort. La philosophie de ce plan est simplissime et correspond à ce que souhaitent le FMI et les agences de notation: des mesures extrêmement engageantes à terme, mais qui ne pèsent pas sur la conjoncture immédiate ».

Après son plan estival, 11 milliards d'euros de « rabot », voici le second, pour 7 milliards d'euros. Comme le premier, il était peu convaincant, évidemment illisible, et donc il fallait crier le contraire sur tous les tons. Tout fut donc mis en oeuvre pour optimiser le fond comme la forme.

Samedi, François Fillon, François Baroin et Valérie Pécresse étaient publiquement convoqués à l'Elysée pour d'ultimes arbitrages décidés dans le plus grand « secret ». Le matin même à Morzine en Haute-Savoie, Fillon avait prévenu: « Le budget 2012 sera l'un des plus rigoureux que la France ait connu depuis 1945 ».

En coulisses on nous annonçait d'incroyables « surprises ».

Lundi matin, le Figaro titrait sur « la grande bataille contre les déficits ». A quelques jours des cérémonies du 11 novembre, la métaphore était puissante. Le président français terminait ce misérable show par un conseil des ministres « exceptionnel ». A midi, la nouvelle feuille de route était connue, François Fillon s'autorisait une demi-heure de discours devant ministres et journalistes pour présenter l'ensemble. Il voulait frapper fort pour taire les contestations et rassurer les marchés. Rappelez-vous ce que disait ce conseiller élyséen vendredi: ce plan doit correspondre « à ce que souhaitent le FMI et les agences de notation ». 


Puisqu'il fallait frapper les esprits, Fillon et Sarkozy cumulèrent les années et presque tout le quinquennat à venir. On en avait le tournis: « Au total, c’est un effort supplémentaire de 17,4 Md€ sur la période 2012-2016, dont 7 Md€ dès 2012, qui sera mis en œuvre. Ce plan permettra d’économiser près de 65 Md€ de dette d’ici 2016. »

Le soir même, Fillon assurait le service après-vente au Journal Télévisé de TF1.
Qu'en est-il réellement ?

Voici les mesures.

Pas crédible
Ce plan n'est pas rigoureux. Les austérités infligées par le conservateur David Cameron au Royaume Uni ou le socialiste Georges Papandréou en Grèce étaient autrement plus sévères que les rabots sarkozyens. L'argument du Monarque, développé par Fillon lundi soir à la télévision, est en effet illisible: pas d'austérité, de la gestion rigoureuse mais la plus rigoureuse depuis 1945... Sans blague ?

Pour les traders et les agences de notation, il n'est pas sûr, loin s'en faut, que ce fatras sera convaincant. Sarkozy a attendu trop longtemps (deux longs mois) pour officialiser le ralentissement de la croissance.

Son nouveau plan d'économie ne touche ni le gros des dépenses publiques - ce qui rassurerait malheureusement les agences de notation - ni les plus fortunés du pays. Sur les 18 milliards d'euros d'efforts budgétaires sur les deux plans de l'année, 85% du montant est constitué d'augmentation d'impôts, et 15% seulement de réduction de dépenses. Pire, ces dernières sont symboliques ou mal identifiées (cf. ci-dessous).

Bien qu'ils s'en défendent, Nicolas Sarkozy et François Fillon continuent de détricoter leurs propres mesures fiscales. « Il ne s'agit pas de rupture » a prétexté Fillon: « le Gouvernement a choisi d’accélérer les réformes engagées depuis 2007. » Voici l'histoire qu'on voudrait nous faire avaler: Sarkozy ne se renie pas, il « accélère ».  La formule est un peu creuse, puisque l'ampleur de la crise est également avancée comme justificatif facile à la non-tenue des promesses. Et Sarkozy lui-même ne cesse de répéter depuis un an que la France est sortie plus rapidement que les autres de la crise.

1. Premier exemple, les niches fiscales. « Un effort supplémentaire sera également fait sur les niches à hauteur de 2,6 Md€ d’ici 2016 » expliqua Valérie Pécresse au conseil des ministres. Devant la presse un peu plus tard, Fillon ajouta que le dispositif Scellier, créé par son gouvernement en 2009, serait supprimé fin 2012. Et le nouveau Prêt à Taux Zéro serait « recentré pour en limiter le coût ». Rappelons que ce PTZ venait justement d'être réformé pour remplacer une autre plantade sarkozyenne, la défiscalisation partielle des intérêts d'emprunts immobiliers. Le plus drôle fut sans doute d'entendre Fillon évoquer que ces dispositifs favorisaient l'inflation immobilière ! Autre victime de la rigueur, le crédit d'impôt développement durable subira «un rabot supplémentaire de 20%». La fiscalité verte serait-elle sacrifiée ?

2. Autre exemple de mensonge (et non d'accélération), la réforme des retraites. Nicolas n'a cessé de répéter qu'il avait sauvé le régime des retraites. « Les Français sont désormais assurés qu'ils pourront compter sur leur retraite et que le niveau des pensions sera maintenu » déclarait-il il y a un an, jour pour jour. C'était faux et archi-faux. En juillet dernier, la Cour des Comptes prévenait déjà que « les risques pesant sur la prévision d’un déficit des régimes de retraite ramené à 2,6 Md€ en 2020 sont de l’ordre de 10 Md€ et le déficit à cette date pourrait donc être supérieur à 12 Md€.» Finalement, la transition vers le passage à 62/67 ans sera accélérée d'une année (2017 au lieu de 2018).

En 2011, la CNAV table sur 107.000 départs en retraite en moins qu'en 2010 (-11%), soit 220 millions d'euros d'économie. Autant de gens qui risquent de pointer au chômage.


3.  Sans toutes les détailler, Fillon a annoncé une réduction de 500 millions d'euros dès 2012 sur les dépenses de l'Etat, à quoi il ajouta une accélération de la réduction des surfaces occupées par les administrations : l'objectif est porté à 5% pour les trois prochaines années et « le programme de cessions immobilières sera accéléré pour atteindre 500 M€ par an ».

4. Dernier exemple incompréhensible, l'impôt sur les sociétés des grands groupes (i.e. affichant un chiffre d'affaires supérieur à 250 millions d'euros par an) sera relevé, à titre exceptionnel, de 5% en 2012 et 2013, « jusqu’au retour en dessous de 3% de déficit public ». Pour les grands groupes ? En fait, ceux-là parviennent à mieux optimiser la fiscalité que les PME et payent moins d'IS. Mais pourquoi ne pas supprimer la niche Copé sur l'exonération fiscale des plus-values encaissées par les holdings en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans. Elle coûte environ une dizaine de milliards d'euros par an !

La stratégie économique de Nicolas Sarkozy - s'il en a une - apparaît complètement incompréhensible et injuste.

Injuste
Notre Monarque est coincé, et son nouveau plan de fausse rigueur le montre. Il choisit d'abord l'injustice, sans oser avouer qu'il faut protéger coûte que coûte le Premier Cercle. L'effort sera donc d'abord porté par une hausse de la TVA.

1. Le taux réduit de TVA à 5,5 % sera porté à 7% l'an prochain, à l’exclusion des produits de première nécessité que sont l’alimentation, l’énergie, et les produits et services destinés aux personnes handicapées. Le gouvernement tente de contrer les critiques contre l'injustice sociale de cette mesure. «Je serai très attentif aux produits les plus sensibles qui bénéficient actuellement de ce taux réduit: ainsi les équipements et les services à destination des personnes handicapées ne seront donc pas concernés par la hausse» a expliqué Fillon. Au passage, il rabote un cadeau qu'il avait lui même fait voici deux ans à la restauration, récupérant ainsi environ 400 millions d'euros de recettes sur les 2,5 milliards abandonnées.

Victime collatérale, le secteur du bâtiment paye le prix fort. Aux réductions de niches fiscales (cf. infra) s'ajoutent cette augmentation du tarif des travaux, pour un secteur de main d'oeuvre, de proximité et ... non délocalisable.

2. Les barèmes (c'est-à-dire les seuils de revenus et patrimoine) des impôts sur le revenu, la Fortune et les successions/donations seront gelés en 2012 et 2013. Le gouvernement, dans sa note explicative, explique que cette mesure aura « un impact portant essentiellement sur les contribuables les plus aisés ».

3. Outre les 2,2 milliards d'euros d'économies identifiées dans le projet de loi de financement pour 2012 étudiée depuis septembre au Parlement (grâce notamment à la baisse des indemnisations maladie), le gouvernement rabote l'ensemble de 500 millions d'euros supplémentaires pour se caler sur un plafond d'augmentation des dépenses d'assurance-maladie à 2,5% (versus 2,8%).

4. Sarkozy modifie également la revalorisation des prestations sociales, limitée « de manière forfaitaire comme la croissance prévisionnelle, à hauteur de 1% », alors que ces dernières étaient jusqu'alors indexées sur l'inflation. Seuls les minimas sociaux et les pensions de retraites resteront indexés sur l’inflation. On savait déjà, depuis la semaine dernière, que les prestations familiales ne seraient revalorisées qu'en avril au lieu de janvier.


Electorale 

Tout le monde sait que Nicolas Sarkozy est candidat à sa réélection. Il n'y a que lui qui ne peut l'avouer pour conserver son temps de parole hors des quotas le plus longtemps possible. Ce « plan de rigueur » contient quelques mesures symboliques qui en deviennent ridicules. 

1. Pour faire bonne figure, Sarkozy relève les prélèvements sur les dividendes et les intérêts de placement de 19% à 24%. Fillon a osé rappeler l'évidence, qu'il s'agissait de «réduire l'écart de taxation entre les revenus du travail et du capital.» Encore un effort monsieur le Président, et nous y serons ! 
 

2. Après s'être augmenté de 170% dès le 1er janvier 2008, Nicolas Sarkozy a accepté de geler son traitement (ou plutôt, celui de son successeur), ainsi que celui des membres du gouvernement. C'est symbolique, ça gêne peu et c'est utile. Fillon a même le symbole contagieux: « J'appelle les responsables politiques et les dirigeants des grandes entreprises, en particulier des entreprises du Cac 40, à faire exactement la même chose. » Bizarrement, on ne sait pas pourquoi les dépenses de communication gouvernementale ou de sondages élyséens (bien plus conséquents) ne sont pas concernés par cette rigueur souda

3. Autre mesure prétendument exemplaire, le plafond de remboursement des dépenses électorales et les aides électorales aux partis politiques sera réduit de 5% l'an prochain. Les micro-partis en vogue à l'UMP seront-ils affectés par la mesure ?

Incompréhensible, illisible, injuste, la politique budgétaire de Nicolas Sarkozy finit par inquiéter.

lundi 7 novembre 2011

Le paradis fiscal de Nicolas Sarkozy

« Nous ne voulons plus de paradis fiscaux. Le message est très clair ».  Vendredi dernier, le discours de clôture du G20 sarkozyen a suscité peu de commentaires. Le monde avait la tête ailleurs, en Grèce, en Italie. Une courte séquence pourtant méritait l'attention, celle où Nicolas Sarkozy s'exprimait sur les paradis fiscaux.

Notre Monarque a promis « la publication à chacun de nos sommets de la liste des pays qui ne feront pas ce qu'il faut pour sortir d'un comportement inadmissible ». Fichtre ! Il était sacrément en colère.

Evidemment vantard, il ajoutait : « je voudrai vous demander de vous souvenir qu'à Londres, il y a trois ans, j'avais dû menacer de quitter la salle si une liste des juridictions non coopératives - car à l'époque on ne prononçait même pas le mot paradis fiscal ... » Quel menteur !

Ce serait donc grâce à Nicolas Sarkozy si l'expression même de paradis fiscal était enfin employé dans les communiqués officiels de ce genre de manifestation internationale. C'est faux. Lisez donc cette déclaration des chefs d'Etat d'un précédent G8, à Okinawa, en juillet 2000. Notre futur monarque était encore en pleine traversée du désert post-trahison balladurienne.
« Nous accueillons favorablement le rapport de l’OCDE sur les progrès réalisés dans l’identification et l’élimination des pratiques fiscales dommageables, qui comprend deux listes : d’une part, certaines juridictions qui remplissent les critères des paradis fiscaux, d’autre part, des régimes potentiellement dommageables parmi les pays membres de l’OCDE. Par ailleurs, nous nous félicitons des engagements publics déjà pris par certaines juridictions pour éliminer les pratiques fiscales dommageables et nous appelons toutes les juridictions à en faire autant.»
On se croirait en 2011. Onze ans plus tard, rien ou si peu n'a changé. Le communiqué final du G20 mentionnait aussi un généreux appel: « nous appelons toutes les juridictions à prendre les mesures nécessaires pour remédier aux défaillances constatées. Ceci concerne notamment les onze juridictions dont le cadre a été jugé insuffisant par le Forum mondial ».

Quel farceur, ce Sarkozy ! 

Il est co-prince d'Andorre. Connaissez-vous Andorre ? Et que penser de l'autre protectorat français, la micro-principauté de Monaco ? On en vient à se demander si nous attribuons la même définition à l'expression de paradis fiscal que les autorités françaises ? En fait, Nicolas Sarkozy veut améliorer la transparence, c'est-à-dire que l'expatriation fiscale soit moins opaque. Mais comprenons-nous bien. Notre Monarque n'entend pas batailler contre la concurrence fiscale, y compris au sein même de l'Europe. Prenez donc Andorre: on y paye ni impôt sur le revenu, ni TVA. Croyez-vous que cela dérange son co-prince Nicolas ? 

En octobre 2008, Barack Obama s'exclamait: « il y a un bâtiment dans les îles Caïmans qui abrite 18.000 entreprises. Soit c'est le plus grand bâtiment du monde, soit c'est le plus grand schéma d'évasion fiscale du monde ». Pourquoi ni les Etats-Unis ni la France n'ont-ils déclaré la guerre - la vraie, celle avec des soldats et des armes - aux îles Caïmans ?

Comme le rappelait un alter-mondialiste qui manifestait à Monaco début novembre, il existe une mesure bien simple pour faire pression contre ces vrais paradis : retirer les garanties publiques attribuées aux banques qui y ont des succursales.

Depuis les premières déclarations d'intentions du G20 au printemps 2009, quelque 700 accords de coopération fiscale ont été signés, belle performance !  On nous explique aussi que  14 milliards d'euros ont été rapatriés en deux ans ici ou là, et pas seulement qu'en France. Sur 500 milliards, estimation incroyable, l'effort reste faible. Pour sortir de l'infamante catégorie des paradis fiscaux, certains Etats paradisiaques ont signé des accords de transparence... entre eux. Cruelle ironie, c'est le Figaro qui nous rappelait l'affaire ce vendredi de clôture de G20: « Monaco a ainsi signé avec Andorre, l'Autriche, le Liechtenstein et, plus exotique, avec les Bahamas mais refuse toujours de le faire avec l'Italie. A regarder dans le détail, les 14 milliards ne viennent pas uniquement de l'échange d'informations mais aussi d'amnisties fiscales ou de politiques de régularisation. »

On appelle cela se foutre de la gueule du monde. 




Samedi, Nicolas Sarkozy recevait quelques ministres et le premier d'entre eux, pour caler les derniers arbitrages de sa nouvelle tranche de rigueur. Le matin même, en déplacement public en Savoie, Fillon avait promis que « le budget 2012 sera l'un des budgets les plus rigoureux depuis 1945 ».

En coulisses, on nous vend d'énormes « surprises », un relèvement de la TVA sur la restauration (sacrilège !). Sarkozy a même convoqué un conseil exceptionnel des ministres lundi.

Dette oblige, Nicolas Sarkozy n'aime plus les paradis fiscaux. Quand il était avocat d'affaires, notamment pour le laboratoires Servier, il excellait à conseiller comment placer quelque fortune en Suisse. Ce temps est révolu.

Il faut récupérer ces milliards perdus.


dimanche 6 novembre 2011

Dépenses de com': le nouveau scandale de Sarkofrance

Il nous l'avait promis, juré, craché. Le directeur de cabinet de la présidence de la République, expliquait en 2009 à qui voulait l'entendre que les pratiques sondagières de l'Elysée avaient été normalisées. Deux ans plus tard, la Cour des Comptes nous dévoile comment le gouvernement tout entier dépense les deniers publics pour sa communication politique... ou le coaching de ses ministres par des conseillers élyséens.

En 2008 déjà...
En juin 2009, la Cour des Comptes avait levé un sacré lièvre en épluchant les comptes de l'Elysée de l'année précédente: Patrick Buisson, conseiller d'opinion du Monarque, décoré de Légion d'Honneur dès septembre 2007 par son ami/employeur Nicolas Sarkozy s'était vu confier la supervision de sondages pour le compte de l'Elysée. Cette assistance,via sa société Publifact, valait 1,5 million d'euros d'argent public par an. Un autre sondeur, Pierre Giacometti , conseiller de campagne devenu conseiller présidentiel, était également richement rémunéré (358.000 euros par an), via sa société, pour de similaires prestations. Mieux, plus d'une centaine de sondages ainsi financés par l'Elysée étaient ensuite publiés dans la presse (le Figaro, LCI) sans mention du commanditaire élyséen. Enfin, c'était l'institut Opinionway qui avait récupéré, sans appel d'offre non plus, l'essentiel de ses sondages pour le compte de Buisson.

L'affaire était juteuse, la manipulation de l'opinion publique évidente.

Trois ans plus tard, certains croyaient l'affaire close. La plainte pour favoritisme déposée par l'association Anticor fut classée sans suite. Et le nouveau directeur de cabinet de l'Elysée - après le départ d'Emmanuelle Mignon pour le secrétariat général d'Europacorp, avait promis le ménage.

Bien sûr, quelques observateurs vigilants relevaient ici ou là de curieuses enquêtes. Comme cette dernière, relayée par le Figaro, sur le caractère (non)présidentiable de ... François Hollande: quel intérêt autre qu'électoral ? Ou cette autre étude d'OpinionWay, publiée par le Figaro, sur la prestation télévisée de Sarkozy le 27 octobre: l'institut avait trouvé 58% des Français téléspectateurs quand en réalité ils n'étaient que 25%. Ou cette autre encore, qualitative, sur les motivations des électeurs tentés par le Front National.

Dans son dernier rapport en juillet dernier, la Cour des Comptes s'inquiétait à nouveau: Patrick Buisson et Pierre Giacometti avaient signé l'an dernier de nouveaux contrats dont « la rémunération est désormais forfaitisée sur une base mensuelle de 18.538 euros pour l'une et 7.176 euros pour l'autre, soit un coût global annuel de 308.568 euros, plus élevé que ce que prévoyaient les dispositions antérieures mais avec un contrôle plus resserré des frais annexes (déplacements et restauration) ». Et la Cour jugeait impossible de mesurer « l'adéquation » des prestations fournies « avec leur rémunération ».

Coûteuse communication
Mercredi, le site Présidentielle2012 édité par France Télévisions publiait un autre rapport de la Cour des Comptes, 159 pages, remis le 17 octobre dernier à la Commission des finances de l'Assemblée nationale. Et les révélations qu'il contient sont la triste confirmation que les manipulations de l'opinion publique sont toujours à l'oeuvre en Sarkofrance. L'analyse de la Cour des comptes portait cette fois-ci sur les dépenses de communication des ministères. Elle a ciblé 10 activités: économie, finances et industrie (Lagarde puis Baroin); budget, comptes publics, fonction publique et réforme de l’Etat (Woerth, puis Baroin, puis Pécresse) ; défense et anciens combattants (Alliot-Marie, Juppé, Longuet); éducation nationale, jeunesse et vie associative (Darcos, Chatel) ; enseignement supérieur et recherche (Pécresse); culture et communication (Albanel, Mitterrand) ; affaires étrangères et européennes (Kouchner, Alliot-Marie, Juppé, Wauquiez) ; intérieur, outre-mer, collectivités territoriales et immigration (Besson, Hortefeux, Guéant) ; justice et libertés (Dati, Alliot-Marie, Mercier) ; et écologie, développement durable, transport et logement (Borloo puis Koscisuko-Morizet)

Entre 2006 et 2010, celles-ci ont flambé, passant de 95 millions d'euros à 133 millions d'euros, soit 41 % d’augmentation et 600 millions sur la période. 14% des sommes ont été engagées par les cabinets des ministres directement. En 2010, les dépenses de communication de ces 10 ministères ont totalisé 112 millions d'euros, pour l'essentiel concentrés sur les 3 plus gros ministères Défense (28 millions), Ecologie (33 millions) et Economie/Finances (20 millions).

En 2009, la Présidence avait planqué son budget de communication et sondages à Matignon. Seuls les études sur l'image personnelle de Nicolas Sarkozy restaient du ressort de l'Elysée. Pour le reste, le Service d'Informations du Gouvernement (SIG) a vu ses moyens progresser de 5,6 millions d’euros en 2009 à 27 millions en 2011. Et le tout, sans que les autres budgets de communication des ministères ne baissent. L'argument d'une meilleure centralisation et optimisation des dépenses au sein du SIG n'a convaincu personne: « l’augmentation des moyens duSIG ne s’est pas traduite par une diminution corrélative des budgets de communication des ministères». Au contraire, la Cour note que le projet de mutualisation des études et sondages a été abandonné.

En matière de communication, les dépenses d'achat d'espace ont concerné surtout la télévision (29% du total) et la radio (16% du total). La presse a bénéficié d'un coup de pouce, non reconduit, en 2009 (40 millions d'euros versus 20 millions l'année précédente). En télévision, TF1 a capté près de 60% des investissements pub TV, une part plus importante que sa stricte part de l'audience globale.

Des milliers de sondages
Le SIG dépense en moyenne 2,4 millions d'euros par an pour les seuls sondages et enquêtes d'opinion. Les ministères dépensent en plus entre 2 et 4 millions d'euros par an en sondages.

Le SIG est ainsi destinataire de plus de 800 sondages par an, dont 700 via des abonnements à 8 instituts et une centaine supplémentaires qu'il a spécifiquement commandé (458 au total en 4 ans). En 5 ans de mandat Sarkozy, ce seront donc près de 2.600 sondages d'opinion commandés ou décortiqués par les services du premier ministre !

Depuis 2007, le nombre de sondages agréés par le SIG, une procédure obligatoire, décroît régulièrement. Mais, lucide, la Cour s'interroge : « Il n’est pas facile de déterminer si cette baisse correspond à une diminution effective du recours aux études et sondages ou à un contournement croissant des procédures d’agrément. » Globalement, les sondages pèsent peu dans les dépenses de communication (0,3% de l'ensemble), sauf « au sein du ministère de la défense (8 %), du ministère de l’éducation nationale (12 %) et des ministères économiques et financiers(11 %), où elles ont d’ailleurs fortement augmenté depuis 2006. Elles représentent également une part non négligeable (11 %) des dépenses du SIG.»

Le recours aux prestataires externes est aussi épinglé par la Cour: « De manière générale, les relations entre les administrations et ces prestataires externes ne sont pas toujours conformes aux règles de la commande publique. Les règles de mise en concurrence sont parfois méconnues, sur le fondement d’une interprétation discutable du code des marchés publics. L’exécution des marchés et le contrôle du service fait ne sont pas toujours correctement assurés. L’urgence et la confidentialité qui caractérisent une partie de ces prestations expliquent, sans les justifier, certaines des pratiques constatées. »


Drôles d'enquêtes aux ministères
Certains ministres se sont commandés des études sans rapport avec leur activité. La Cour y consacre un chapitre. Ces ministres ont suivi le mauvais exemple donné par Nicolas Sarkozy: « le financement, sur deniers publics, de sondages relatifs à l’image personnelle des ministres ou à des sujets éloignés de l’action du gouvernement, prête à discussion ».

Ainsi, Laurent Wauquiez s'est fait payer 15.284 euros d'études sur « la perception de l’image et de l’action du secrétaire d’Etat à l’emploi » (TNS Sofres, 2010), avec des questions sur « la notoriété et l’image du ministre (dynamisme, sympathie, courage, modernité, sincérité, etc.), la perception de sa politique par rapport à celle de ses prédécesseurs et sa sensibilité politique (droite libérale ou droite sociale)».

Quand elle était ministre, Rachida Dati a commandé deux enquêtes en juillet puis novembre 2007 sur sa propre image, intitulées « baromètre de suivi de l’opinion sur l’actualité du ministère de la justice et l’action du ministre » (coût total : 60 948,16 € TTC). « Le rapport d’analyse de la première vague était structuré en sept rubriques dont l’une concernait l’image du ministre ; à cet égard, les sondés étaient invités à dire, pour une série de qualificatifs (« volontaire », « travailleuse », « dynamique », « tenace », « ouverte au dialogue », « à l’écoute des préoccupations des gens »,« rassembleuse »…), s’ils s’appliquaient « plutôt bien ou mal à Rachida Dati, le ministre de la justice». Lors de la seconde vague, les questions portaient aussi sur "sur la manière dont les médias parlent de Rachida Dati depuis qu’elle est ministre de la Justice" ».

Les ministres Mitterrand, Alliot-Marie et Darcos ont eu recours à l'institut Mediascopie pour évaluer leurs prestations télévisées.

Quelques études sans rapport avec l'activité du ministre commanditaire ont été réalisées en réalité pour l'Elysée. Ainsi, Gérard Longuet, à peine nommé ministre de la Défense en avril dernier, a commandé une enquête sur « la progression du Front national ; le rôle du Premier ministre et du secrétaire général del’UMP ; le conflit entre François Fillon et Jean-François Copé ». »

Comme leur Monarque, les ministres sont friands de « conseil stratégique en communication », une catégorie de conseil qui recouvre un large éventail de prestations, comme le relève Mediapart: «recommandations opérationnelles, des coaching ou media-training, voire de l'assistance à la communication de crise ».

Pierre Giacometti, conseiller profitable
Parmi ces prestataires, on y retrouve le fameux Pierre Giacometti, ancien patron d'Ipsos, conseiller de Nicolas Sarkozy et qui a monté une profitable affaire depuis mai 2007. Le conseiller élyséen a monté sa propre société en mai 2007, Giacometti-Péron. Et depuis, les affaires vont bien.

Il a ainsi conclu deux contrats pour le compte du Premier ministre et de deux membres du gouvernement, en 2008 et 2009, qui « ont donné lieu, entre mai 2008 et juillet 2011, à des paiements d’un montant total de 694 059 € HT ». Et le tout... sans appel d'offre ! Fantastique !

Le ministère de l'intérieur, alors dirigé par Brice Hortefeux, a aussi fait travailler la société du conseiller du patron, pour 200.000 euros (« dont près de la moitié hors marché »).

Le 12 novembre 2009, quelques jours après le lancement du fameux débat sur l'identité nationale, Eric Besson a commandé au même Giacometti du « coaching en image pour le ministre ». La commande initiale était pour une durée de5 mois et 105 248,00€. Une prestation reconduite pour le reste de l'année et 76.000 euros supplémentaires.

Autre conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson préside la chaîne thématique Histoire, filiale de TF1. En mai 2008, cette dernière a reçu 100.000 euros de parrainage du ministère de la Culture. Un partenariat augmenté et reconduit pour les saisons 2009-2010 et 2010-2011. Ainsi, le ministère des affaires étrangères d'Alliot-Marie a fait appel à la société GALICIE Consulting SARL, pour un montant de 39 984 € HT sans appel d'offre.

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