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5 décembre 2011

Nibar, Nichon, Guéant: les poubelles de Sarkozy

Ce ne fut pas un dimanche à la campagne. Il fut nauséabond. Et quand on déballe les poubelles, attention aux éclaboussures. Ce dimanche, donc, Claude Guéant a livré une bien curieuse confidence contre Dominique Strauss-Kahn. Le vieil homme reste un fidèle soldat de Sarkofrance. On imagine mal qu'il travaille en libéral.

L'étau s'est aussi resserré sur un autre proche de Nicolas Sarkozy. Thierry Gaubert, ancien secrétaire général de sa mairie de Neuilly dans les années 90, puis proche collaborateur, s'est visiblement sacrément enrichi aux frais de la princesse. Ces derniers jours, les juges ont fait de jolis progrès dans leur enquête sur le volet financier du Karachigate.

Et le site Mediapart a lâché de belles révélations sur ses placements colombiens.

Les poubelles de Guéant
Dimanche, Claude Guéant a sorti ses poubelles. Une nouvelle fois. Le ministre de l'intérieur était interrogé par le Journal du Dimanche. Les deux journalistes qui l'interrogeaient étaient Bruno Jeudy et Laurent Valdiguié. Ce dernier était déjà l'auteur d'un excellent ouvrage sur le Canard Enchaîné, mais d'une curieuse interview du colonel Kadhafi en mars dernier, obtenue visiblement grâce à Ziad Takieddine.

Claude Guéant n'a pas spontanément abordé l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn au Bois de Boulogne. Le sujet a été posé ou imposé par les journalistes du JDD. La question a-t-elle été suggérée ?
En décembre 2006, la police aurait interpellé Dominique Strauss-Kahn dans le bois de Boulogne. L’avez-vous su?
Oui, j’ai entendu parler de cette histoire au cours de laquelle monsieur Strauss-Kahn avait été contrôlé au bois de Boulogne par les fonctionnaires en charge de la surveillance de cet endroit lors d’un contrôle de routine. Mais, il n’y a aucune procédure à ce sujet. Il n’était pas tombé dans un guet-apens de la police! Il n’était pas suivi. Ce n’est quand même pas la faute de la police s’il était là-bas ce soir-là!
Cette réponse de Claude Guéant pose problème. Comme le rappelait le député socialiste Jean-Jacques Urvoas ce weekend... il avait publiquement demandé, en mai dernier, «« s’il existait à la préfecture de police des éléments d’information sur la vie privée de M. Strauss-Kahn » ? A l'époque, le ministre de l'intérieur répondit par la négative. Au vu de ses déclarations du jour, il avait donc menti. En 2006, Nicolas Sarkozy était encore ministre de l'intérieur et Claude Guéant son directeur de cabinet. On réinterprète avec inquiétude la décision, quelques mois plus tard, de Nicolas Sarkozy devenu président d'appuyer la candidature de DSK à la tête du FMI: pourquoi un tel soutien si la preuve était faite que l'ancien dirigeant socialiste n'avait pas les moeurs propres ? Pourquoi, en mai dernier, Nicolas Sarkozy a joué à la vierge effarouchée si, comme d'autres, il « savait ».

Gaubert, l'expatrié suisse
La semaine dernière, les juges Roger Le Loir et Renaud van Ruymbeke ont obtenu la confirmation que des retraits d'espèces conséquents avaient été effectués en 1995 sur le compte suisse de Thierry Gaubert, ancien chef de cabinet adjoint de Nicolas Sarkozy au Budget en 1994-1995. 

1. Cet ancien proche collaborateur de Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour abus de biens sociaux en septembre dernier dans l'enquête sur le volet financier du Karachigate. Son épouse, dont il est séparé depuis 5 ans, l'a accusé d'être allé fréquemment en Suisse avec Ziad Takieddine, autre ancien proche du clan Sarkozy, pour retirer des fonds en espèces et les remettre à Nicolas Bazire, actuel n°2 du géant du luxe LVMH, durant la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995. En novembre, Gaubert a été mis en examen pour subornation de témoin, car il aurait menacé sa femme de représailles si elle continuait de se confier ainsi à la justice.

2. Les juges ont auditionné le banquier Mauricio Safdié, qui a ouvert le fameux compte suisse de Thierry Gaubert. Et le banquier a confirmé les retraits d'espèces. « Il est exact qu'il est venu plusieurs fois à la banque pour retirer des sommes en liquide. Il me téléphonait avant pour m'avertir. (...) Je ne crois pas qu'il m'ait dit ce qu'il entendait faire avec le liquide qu'il retirait ainsi. ». Nicolas Bazire, autre inculpé de l'affaire, a nié avoir reçu des espèces de Thierry Gaubert à cette époque.

3. Gaubert passera en jugement le 6 février 2012 dans une autre affaire, un scandale immobilier à Neuilly quand il était chef de cabinet de Nicolas Sarkozy.  Il est poursuivi pour escroquerie et prise illégale d'intérêt, car il est soupçonné d'avoir détourné des fonds issus du 1 % logement dans les Hauts-de-Seine. Qui était-il à l'époque ? Presque rien: secrétaire général de ... Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly-sur-Seine. Ce dernier aurait-il coupé les ponts avec ce proche collaborateur si peu prudent ? Que nenni ! En septembre dernier, Brice Hortefeux, l'ami de trente ans et conseiller officieux, a été surpris téléphonant à Gaubert à deux reprises pour l'alerter des confidences de sa femme. L'Elysée est inquiète.

4.  Mediapart est allé enquêter en Colombie, dans un coin paumé dans la forêt, à 150 kilomètres de Bogota. Thierry Gaubert s'y était fait construire une sompteuse villa, de 1000 m2, dont il avait nié l'existence dans un premier temps. Avec quel argent ? Selon Mediapart, « avec des fonds occultes, dont les juges n'ont pas encore percé tous les mystères ».

5. Ziad Takieddine, l'ami de Copé, s'y est rendu deux fois. Mediapart a publié d'édifiants clichés où l'on voit Gaubert, Takieddine, et ... Olivier Dassault, l'héritier désigné du groupe Dassault, député UMP de l'Oise (comme Eric Woerth), et administrateur de la Socpresse, la société éditrice du quotidien Le Figaro, en vacances dans cette villa dénommé La finca Cactus.

6. Depuis deux ans, la justice colombienne enquête sur Gaubert. Elle est tombé sur deux bars que l'ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy et l'un de ses amis et également proche de Nicolas Bazire, Jean-Philippe Couzi, avaient ouvert plus récemment: le Nibar et le Nichon, ouverts respectivement en 2003 et 2005, dans le village deNilo. Couzi et Gaubert ont créé quelque sociétés offshore pour ces affaires, Monahan International et Airedale Business.

S'agit-il là d'une Sarko-Connection ?


Le siège à 40 millions d'euros 
L'UMP est riche. Premier parti de France depuis les élections législatives de juin 2007, le parti présidentiel avait de quoi se financer un nouveau siège social au frais du contribuable.

Pour l'élection présidentielle de 2012, le clan Sarkozy voulait sortir de son immeuble de la rue de la Boétie dans l'excessivement bourgeois 8ème arrondissement de Paris. Il va pouvoir emménager prochainement dans son nouveau siège, refait à neuf dans le XVème arrondissement de Paris.

Son coût ? Une bagatelle, 40 millions d'euros, dont 21 millions pour les seuls travaux. C'était un ancien garage Renault, rue de Vaugirard, entièrement refait à neuf, après un an et demi de travaux. L'installation est luxeueuse: « salle de conférences de 800 places et cinq étages de bureaux baignés de lumière naturelle », nous décrit le Parisien.

Le candidat Sarkozy aura son bureau. « Il aura tout de même des locaux pour lui, une sorte d’antenne présidentielle, en dehors de l’Elysée. Mais pas plus, car l’essentiel de sa campagne s’organisera au parti » a-t-on confié, anonymement, à l’UMP.


4 décembre 2011

Sarkozy: ses surprises pour l'Education nationale en 2012

Depuis 2007, Nicolas Sarkozy et ses proches ont utilisé deux d'arguments pour légitimer la réduction du nombre d'enseignants au sein du service national d'éducation: la baisse supposée du nombre d'élèves depuis 2005, et les nécessaires économies budgétaires. A l'approche du prochain scrutin électoral, l'examen du dernier budget de l'Education nationale concocté par le gouvernement Sarkozy a permis de dresser le bilan d'une mandature gâchée.

La politique éducative de Nicolas Sarkozy peut se résumer en quelques phrases: moins d'enseignants, moins d'enseignements, davantage de décrochages, donc moins d'élèves, donc moins d'enseignants.

Un cercle vicieux assez inédit en France.

Premier degré: plus d'élèves, moins d'instituteurs. 
Le nombre d'élèves augmente dans l'enseignement élémentaire. « En 2010-2011, l’augmentation dans le premier degré public est de 19 274 élèves par rapport à 2009-2010 et de 24 807 élèves en deux ans». Le gouvernement ne le crie pas sur les toits, mais le nombre d'enseignants a finalement un peu progressé dans cette catégorie, sur la même période: 7 243 personnes en 2010-2011 (soit 5 147 ETPT sur l’année 2010), à cause d'un « désajustement entre les flux d’entrées et de sorties du fait principalement de départs en retraite inférieurs aux prévisions. »

Cette hausse du nombre d'élèves en primaire est une constante depuis 2006. Pour afficher des statistiques globales du nombre d'élèves en baisse, le gouvernement y ajoute les maternelles, où le nombre d'élèves est en baisse quasi-continue depuis 2006. Joli maquillage statistique, puisque la scolarisation en classe maternelle publique est loin d'être aussi répandue que la scolarisation en classes primaires publiques. Pour ces dernières, le nombre d'élèves est en forte hausse depuis 5 ans :

2006: 3 486,80 millions
2007: 3 511,60 millions, soit +25.000
2008: 3 526,80 millions, soit +15.000
2009: 3 532,90 millions, soit +6.000
2010: 3 544,80 millions, soit +12.000

Pour 2011, le gouvernement prévoit une baisse de 6.000 élèves, mais un rebond de +16.000 en 2012. A l'inverse, il supprime 7.645 postes d'enseignants l'an prochain.

Malgré cette hausse du nombre d'élèves en primaire, le nombre d'écoles baisse d'environ 500 par an: -523 en 2009, puis à nouveau 453 en 2010.

La proportion d'enseignants affectés au remplacement dans le primaire baisse: de 8,39% pour la saison 2007-2008, ce taux est monté à 8,44% en 2008/2009, pour descendre ensuite à 8,32% en 2009/2010 puis 8,05% en 2010/2011. Pour 2011/2012, le gouvernement s'est fixé comme objectif de remonter à 8,4%. Avec moins d'enseignants.

Pour 2012, le nombre d'enseignants du premier degré est prévu à 318.626, dont 162.327 en primaire, 84.296 en maternelle, et 26.134 pour des remplacements.

Collèges: l'arnaque continue.
Le nombre de collégiens dans les établissements publics souffre de la même présentation statistique biaisée: s'il a bien chuté de 1995 à 2006, il progresse régulièrement depuis 2007.
2006: 2 443,7 milliers
2007: 2 421,8 milliers, soit -22.000 élèves
2008: 2 425,3 milliers, soit + 4.000 élèves
2009: 2 440,4 milliers, soit + 15.000 élèves
2010: 2 453,2 milliers, soit +13.000 élèves
2011: 2 484,2 milliers, soit +31.000 élèves
Et pour 2012... le gouvernement s'attend à dépasser le cap symbolique des 2,5 millions d'élèves... 

Le nombre de professeurs en collège est prévu à 168.228 l'an prochain, en progression de ... 779 postes en deux ans.

Lycées: le décrochage ?
Cherchez l'erreur: le nombre d'élèves dans l'enseignement public primaire et dans le 1er cycle du secondaire augmente, mais il baisse (légèrement) au lycée. Une baisse qui, combinée à celle observée en classes de maternelles, permet au gouvernement de supprimer entre 7000 (l'an prochain) et 16.000 postes par an depuis 2007.

L'explication semble couler de source: les élèves décrochent ou filent dans le privé. Rappelons qu'une tranche d'âge correspond à environ 600.000 enfants. 

Dans les voies générales et technologiques, le nombre d'élèves semble fondre depuis 5 ans:
2006: 1.182,6 milliers
2007: 1.160,2 milliers, soit -22.000 élèves
2008: 1.137,1 milliers, soit -23.000 élèves
2009: 1.121,8 milliers, soit -16.000 élèves
2010: 1.115,8 milliers, soit -6.000 élèves
Pour 2011, la rentrée affichait un nombre stable d'élèves, mais pour 2012, le gouvernement table pour une augmentation de 4.000.

Le constat est similaire pour les lycéens professionnels, dont le nombre a baissé de 9.000 entre 2006 et 2011, pour atteindre 553.000. L'an prochain, le gouvernement prévoit même une hécatombe, -33.000 élèves en une seule année !

Le bobard de Sarko
Résumons-nous: en cinq ans, le nombre d'élèves dans l'enseignement public a progressé de 43.000 en primaire, puis de 85.000 au collège, avant de chuter de 44.000 dans les lycées. Dans le même temps, le gouvernement explique qu'il faut réduire le nombre d'enseignants car le nombre d'élèves aurait baissé.

Si l'on observe l'évolution de la natalité, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre pourquoi le nombre d'élèves augmente. Depuis 2005, le nombre de naissances dépasse allègrement les 800.000 par an (828.000 l'an dernier). Hors nos classes de primaires, collèges et lycées sont calibrées pour 600.000 élèves parâge environ...

Cherchez l'erreur.

Pour masquer la misère de son argumentation, Nicolas Sarkozy a trouvé quelques parades, comme ses internats d'excellence. En septembre 2010, le Monarque s'était lui-même déplacé pour inaugurer l'un d'entre eux. Dans la note de présentation budgétaire, on comprend que l'affaire est bien modeste: « L’offre de places, internats d’excellence et places labellisées confondues, a ainsi fortement progressé : 1 800 à la rentrée 2008, 2 900 à la rentrée 2009, 6 300 à la rentrée 2010. Elle est portée à 10 200 places à la rentrée 2011, dont 75 % de places labellisées, et devrait être d’environ 16 200 places à la rentrée 2012, dont 66 % de places labellisées. L’objectif de 20 000 places devrait être dépassé à la rentrée 2013. ».

Quel effort ! Rappelons que le pays compte près de 2,5 millions de collégiens. Les internats d'excellence concernent donc ... 0,8% des places disponibles.

Formidable !





3 décembre 2011

239ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, le candidat des riches se planque

Il lui reste 140 jours avant le Grand Scrutin. Le point d'orgue de cette semaine fut un grand meeting électoral à Toulon.

Sarkozy fait toujours campagne sans être candidat. Pas question de se dévoiler. Il veut jouer au passager clandestin, dépenser sans compter mais sans le dire, et évacuer son bilan sans courage.

Ce jeudi à Toulon, il n'annonça rien, ne promit rien, n'assuma rien.

Dramatique
« La peur est revenue ». La formule devait faire mouche. « L'Europe peut être balayée ». Sarkozy n'a pas dramatisé, la situation est dramatique. Mais il mobilise les peurs pour mieux se rehausser.

Jeudi 1er décembre 2011, à Toulon, Nicolas Sarkozy semblait s'adresser à lui-même, s'avouer qu'il était au bord du gouffre après 3 ans d'agitation immobile. Le Monarque avait réservé un Zenith pour 6.000 militants et sympathisants. L'UMP du Var confirma avoir financé 15 cars. L'estrade était sobre, deux grands drapeaux français et européen à côté d'un pupitre. L'intervention avait été calée juste avant les journaux télévisés. Henri Guaino, ce conseiller spécial qui multiplie lui aussi les déplacements électoraux, avait planché sur le texte depuis lundi.

Nous eûmes droit à un cours d'histoire simplifiée. Le candidat Sarkozy resta rivé sur son texte de peur de manquer un bon mot, ou une étape d'un raisonnement qu'il comprenait juste. Cela sonnait grand oral, ce fut de la petite politique.

Menteur
Il prononça douze fois le mot vérité, sans avouer qu'il était bien en campagne. « Cette vérité »-là, les Français étaient pourtant prêts à l'entendre.

Sarkozy fut d'abord mauvais pédagogue. Il ne manqua pas d'accuser le passé (la retraite à 60 ans, les 35 heures, les déficits depuis 1974), et surtout de placer ses thèmes de campagne: attention à l'immigration incontrôlée (qui « perturberait notre façon de vivre, bousculerait nos valeurs »), aux profiteurs du bas (« une minorité qui voudrait profiter du système sans assumer sa part des devoirs »), aux écologistes (« Ce n'est pas (...) en boudant l'énergie nucléaire (...) que (la France) valorisera au mieux ses atouts »), aux partisans de la VIème République, et, évidemment, à l'adversaire socialiste qui veut rabaisser la France ( qui voudrait « renoncer à notre place de membre permanent du Conseil de sécurité »). De lui, il ne fut jamais question. Président depuis 5 ans, au pouvoir depuis 10 ans, notre Monarque est innocent. La crise, c'est la faute aux autres !

Il voulait nous ramener dans les années 60:  « Le cycle qui s’annonce sera un cycle de désendettement qui ramènera le balancier de l’économie vers le travail et la production ». Sarkozy, c'est de Gaulle, la fusée Ariane et la centrale du Tricastin !

Il défendit quand même l'euro, le général se retourna dans sa tombe. « La disparition de l’euro aurait des conséquences dramatiques pour les Français ». Il en oublia son propre bilan: où est passée la grande régulation des marchés financiers et des banques ? Et les 200 milliards d'euros gâchés en erreurs et cadeaux ? Et cette reprise de l'emploi, qu'il nous annonçait en janvier 2010, puis en janvier 2011 ? Lundi, justement, il s'était abstenu de commenter la énième dégradation du chômage. Sur le seul mois d'octobre, quelque 600.000 personnes ont perdu un emploi. L'entreprise France est en panne. Et la crise financière, cette fois-ci, n'est qu'un facteur aggravant.

Il rodait son discours de campagne: il n'y a pas d'autre politique possible. En 2007, il défendait le choix et la rupture. Pour 2012, il défend le non-choix et la continuité. L'homme des promesses trahies réclamait notre confiance.

Inquiet
Jeudi, Nicolas Sarkozy s'adressait aussi aux marchés. Mardi, l'OCDE avait encore dégradé la perspective de croissance française à 0,3%, et réclamer de la France un troisième plan de rigueur. Et il fallait lever encore 4 milliards d'euros ce jeudi, dernière tranche avant la prochaine de 25 milliards, en janvier. A Paris, on s'est rassuré. L'écart de taux entre les obligations françaises et allemandes à 10 ans s'est réduit, à l'occasion de cette modeste levée de fonds. Même l'Espagne a connu similaire fortune. Le répit était temporaire: quelques banques centrales occidentales ont décidé de soulager les tensions sur la manque de dollars. Phénomène plus inquiétant, quelque 98 milliards d’euros ont été retirés des  banques françaises en septembre.

Pour l'avenir, les propositions de Sarkozy à Toulon furent bien floues, voire contradictoires. Sur l'emploi, on n'aurait pas tout essayé. Et pour les 6 millions de chômeurs inscrits ou pas, sa formule est simple: « il faut travailler davantage». Il a promis davantage d'Europe, avec un énième sommet à Paris dès lundi avec Angela Merkel. « Avec Angela Merkel, nous ferons des propositions pour garantir l’avenir de l’Europe. »  Car, « on défend mieux sa souveraineté avec des alliés que tout seul » . Curieux concept que cette souveraineté sous tutelle.

Jeudi, Sarkozy parlait trop tôt. Il n'avait rien à dire, sans accord avec Merkel. Il s'est même refusé à expliquer pourquoi ses négociations avec la chancelière allemande avaient échoué. Il voulait une euro-zone plus intégrée, une BCE plus interventionniste, et même des euro-bonds. Mme Merkel préfère un Super-Maastricht, avec tribunal à la clé contre les Etats aidés mais récalcitrants.

Vidé
Globalement, ce discours de Toulon a beaucoup déçu. Depuis quelques jours, les analyses peu flatteuses s'étaient multipliées sur l'échec du précédent discours de Toulon, le 25 septembre 2008. Les commentateurs, jusqu'au Figaro, se régalaient à rappeler combien Sarkozy n'avait pas tenu grand chose de ces promesses de l'époque. Vendredi matin, ce second show n'avait convaincu grand monde. Arnaud Leparmentier du Monde reconnaissait à Sarkozy d'avoir enfoncé quelques portes ouvertes sur la dette. Ivan Rioufol du Figaro regretta la timidité des aveux du jour. Hervé Gattegno, du Point, railla le « souffle et le vide » de l'impétrant. La plupart des éditorialistes ne savaient même quoi en penser. Il fut si maigre en idées, en souffle, en perspectives.

Vendredi matin, la comparaison fut terrible. Quoiqu'on pense d'Angela Merkel et de sa politique, la chancelière avait une autre stature. Elle aussi voulait s'exprimer sur la crise de l'euro. Mais elle assuma son discours devant sa majorité comme l'opposition. Nul grand show dans une salle bourrée de militants du parti. Mme Merkel parla vite et tôt, un matin au Bundestag. En Allemagne, un journal s'amuse de ce Monarque français « qui vit comme un Dieu ».

Candidat clandestin, Sarkozy était aussi président spectateur.

A quelques kilomètres de son intervention, à Marseille, une fusillade meurtrière frappait la ville phocéenne, la troisième en une semaine. « Je prétends qu’à Marseille, le climat de sécurité s’améliore. C’est le sentiment qu’éprouvent les gens ». expliquait Guéant lundi. Comme Sarkozy, ne lutte plus contre la délinquance, mais contre le sentiment d'insécurité. La nuance est d'importance. Depuis janvier, on mesure combien ses annonces pour juguler la délinquance dans cette ville sont sans effet. Ici comme ailleurs, l'Etat manque de moyens. Et Guéant s'obstine à répéter les mêmes bêtises xénophobes que Marine Le Pen.

En début de semaine, le le Conseil d'Etat avait annulé l'un de ses récents cadeaux par ailleurs illégal par sa propre faute: le gel des prix du gaz avait été imposé par décret contrairement aux dispositions prévues dans les textes votées par Sarkozy. Le candidat voulait faire un cadeau électoral et prouvé que l'Etat conservait quelque contrôle sur un GDF privatisé.


Le lendemain, mardi, le candidat s'était dépêché, à Gimont, dans le Gers, pour parler des conditions de vie des agriculteurs. Il rabâcha les exacts mêmes arguments qu'il y a un an. Faire campagne est l'art de la pédagogie et de la répétition, paraît-il.

Le Figaro s'inquiète: la cote de confiance de Sarkozy ne progresse plus. Mercredi, l'un de ses éditorialistes s'amusait à comparer Nicolas Sarkozy... à Louis XVI.

Ami sarkozyste, où es-tu ?





Sarkozy: la crise, c'est la faute aux autres.


Sarkozy : La crise c'est la faute aux autres ! par TousHollande

2 décembre 2011

Sarkozy à Toulon: les 10 failles d'un discours raté.


Tout ça pour ça !

Le discours comme le candidat décevant. On attendait une vision, des propositions nouvelles, le courage d'assumer une campagne. Nous n'eûmes droit qu'à des répétitions d'arguments rabâchés depuis un an, quelques piques politiciennes sans rapport avec les enjeux annoncés, et un vide sidéral de propositions concrètes.

Ce jeudi à Toulon, Nicolas Sarkozy réécrivait l'histoire sans préparer la suivante.

1. Candidat, évidemment.
A partir du 15 décembre, dans deux semaines donc, le Monarque se fera plus rare dans les médias. C'était donc la fin de la tournée, après près de 70 déplacements provinciaux depuis janvier dernier. A 18h30, il n'était pas là, sur l'estrade. Comme en septembre 2008, Nicolas Sarkozy s'était réservé un Zénith. Il avait salle comble. Les supporteurs étaient sagement assis, tous des militants UMP soigneusement invités et acheminés par bus entiers. Des hommes en noir circulaient dans les allées.

La mise en scène, gérée par les caméras élyséennes, offrait quelques plans sur l'assistance majoritairement blanche et âgée.  Les fanions et banderoles des militants avaient été bloquées à l'entrée. L'Elysée ne voulait pas trop prêter le flanc aux accusations de meeting électoral. Pourtant, c'en était bien un.

Quand il arriva, vers 18h36, la salle se leva d'un bond, les applaudissements étaient ultra-nourris. Ces militants lui laissèrent vingt minutes de monologue tranquille, avant de reprendre, par salves, leurs applaudissements. Le candidat attaqua « la retraite à 60 ans et les 35 heures », qui « ont été des fautes graves dont nous payons aujourd’hui lourdement les conséquences et qu’il nous a fallu réparer »; fustigea ceux qui voudraient nous faire « renoncer à notre place de membre permanent du conseil de Sécurité et à notre droit de véto ne serait ni plus ni moins qu’une faute », ou qui contestent notre avenir nucléaire. Il détesta la VIème République car « l’époque des marchandages entre partis » serait révolue.

A la fin de l'intervention, 52 minutes plus tard, Sarkozy se leva pour chanter une Marseillaise incomplète avec un Zenith debout. Image troublante d'un candidat en campagne qui voulait faire croire qu'il n'était que président au travail.

Candidat, d'accord, mais avec quel programme ?

2. Réécrire Toulon 2008
Ce fut le premier leit-motiv de cette petite heure de discours électoral. Sarkozy commença d'abord par jouer au pédagogue besogneux. Avant de raconter une nouvelle histoire, il fallait d'abord réécrire l'ancienne.

« Il y a trois ans, le 25 septembre 2008, au pire moment de la tourmente financière qui allait plonger l’économie mondiale dans la plus grande crise depuis la deuxième guerre mondiale, c’est dans cette même salle que je me suis adressé aux Français.» Le ton était posé, Sarkozy avait le visage sombre, les yeux rivés sur le discours d'Henri Guaino.

« Je n’ai pas écouté ceux qui me conseillaient de ne rien dire de peur qu’en disant la vérité, on créât la panique ». La formule était osée. En septembre 2008, Nicolas Sarkozy tarda à réagir plus qu'ailleurs, incapable de comprendre ce qui se déroulait devant lui.

Dire la vérité ? Il prononça douze fois l'expression dans la suite de son discours. « Cette vérité, les Français étaient prêts à l’entendre. Leur dire la vérité, c’était leur dire que la France ne pouvait pas rester à l’abri d’une crise planétaire. C’était leur dire que cette crise était grave, qu’elle allait durer, qu’elle aurait des conséquences sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d’achat. »

En disant « sa vérité », Nicolas Sarkozy mentit beaucoup, au détour d'un argument: « Dire la vérité aux Français, c’était leur dire que l’État ne pouvait pas indéfiniment financer ses dépenses courantes et ses dépenses de solidarité par l’emprunt, parce qu’un jour, il faut payer ses dettes ». A Toulon, en septembre 2008, Sarkozy se défendait au contraire de toute rigueur. Depuis, nous eûmes 2 plans de rigueur et un troisième se prépare. Son paquet fiscal - une dizaine de milliards d'euros d'allègements annuels - venait d'entrer en vigueur depuis un an à peine. On avait juste oublié son autre promesses de candidat, celle de réduire de 68 milliards d'euros en 5 ans les prélèvements obligatoires.

3. Rabâcher
Il répéta aussi qu'en aidant les banquiers et leurs actionnaires, « Ce sont les économies des Français qui ont été sauvées », et par ricochet l'économie et l'emploi. Quelques minutes avant que Sarkozy ne parle, on apprenait des Echos que les banques françaises avaient perdu quelque 100 milliards d'euros de dépôts sur le seul mois de septembre. 

Pêle-mêle, le candidat rabâcha également qu'il disait déjà qu'il faudrait « travailler davantage et non pas moins » (un million de chômeurs supplémentaires plus tard, la formule fait pleurer), et « accélérer le rythme des réformes » (il a lui-même détricoté son propre paquet fiscal de 2007).

Bien sûr, avec son ton grave, son visage sombre, Nicolas Sarkozy voulait être protecteur, compréhensif. Il avait sauvé tous les « centimes » de nos dépôts. Il savait que «beaucoup de Français ont souffert et continuent de souffrir », que « chacun a dû faire des efforts, chacun a dû faire des sacrifices ». Même les plus riches, d'ailleurs. Contraint par la crise, il a a dû leur imposer une contribution exceptionnelle et temporaire de 3% de leurs revenus tant que notre budget serait déséquilibré...

4. Réécrire Sarkozy
Le candidat Sarkozy avait fait le tri. Il mentait par omission. Il oublia de mentionner l'absence de régulation des marchés financiers et des banques - fer de lance de son précédent discours de Toulon; rien ne fut dit sur l'incroyable injustice et inefficacité de notre système fiscal, de ses cadeaux à la rente et au capital (les 2 milliards d'allègement de l'ISF pour « compenser » la suppression du bouclier fiscal.

Mais il voulait surtout qu'on le comprenne lui. Il a fait des efforts. « En 2008, j’ai dit que le capitalisme devait être refondé. J’ai dit qu’il fallait moraliser la finance. Le G20 que la France avait voulu, contribua à sauver la confiance qui se trouvait partout ébranlée.»

Tout n'a pas été accompli, et d'ailleurs, il est le premier à s'en énerver. « Depuis le début de la crise de la dette, reconnaissons-le, l’Europe a déçu. Pas assez vite, pas assez loin, pas assez fort. J’entends ces critiques. Parfois, j’ai partagé l’impatience des observateurs. » dira-t-il à la fin de son discours.

Mais ce n'était pas de sa faute: « Depuis le début de la crise de la dette, reconnaissons-le, l’Europe a déçu.» Sur la fin, il se défausse : « Le Traité de Maastricht s’est révélé imparfait. Il prévoyait des mécanismes de préventions, mais bien lacunaires, des sanctions, peu appliquées et aucun instrument d’urgence.» Il se cherche des excuses : « Nous avons dû tout réinventer, tout reconstruire, et nous avons redécouvert que parfois nos conceptions de la politique économique ou de l’union monétaire étaient demeurées différentes, en dépit de 10 ans de vie commune

Tout réinventer ? Mais qu'a-t-il réinventé ?

5. Rater l'Histoire
Pour expliquer la crise, l'argument sarkozyen fut pauvre. La crise financière serait la seule grande cause de nos tourments. On sait pourtant que le retournement de cycle économique en Europe débuta dès avril 2008. En France, le chômage reprit sa hausse à cette date, plus de six mois avant l'éclatement de la bulle de la dette.

Et d'où venait cette crise de la dette ? Ce jeudi, le professeur Sarkozy allait nous donner l'explication suprême, celle que nous attendions tous, impatients de comprendre pourquoi donc le monde nous faisait ainsi souffrir. « Il faut chercher les causes communes qui ont conduit le monde dans la situation où il se trouve aujourd’hui. » Il l'avait, lui, l'explication. Il l'a cherché, et il l'a trouvé. Simpliste à souhait, il n'en avait qu'une:  « C’est dans l’instauration, à partir de la fin des années 70, d’une mondialisation sans règle autre que celles qui garantissaient la liberté du commerce que se trouve l’origine des difficultés actuelles.»

La révélation devait si énorme que Nicolas Sarkozy s'accrocha à son texte et son pupitre pour ne pas raté sa démonstration. Cet exercice de story-telling historique fut impressionnant d'abnégation simplificatrice: « A la fin des années 70, par une sorte de retour du balancier, l’idéologie du laisser-faire a triomphé au point de faire oublier au monde toutes les leçons qui avaient été tirées de la Grande Dépression des années 30. La globalisation financière s’est installée pour compenser artificiellement les ravages que la mondialisation sans règle provoquait dans les économies des pays développés.»

Fichtre ! Sarko le gaucho serait-il encore parmi nous, au moins dans les discours ?

6. Libéral honteux
Rassurez-vous. Sarkozy, sur ce point, n'a pas changé. La dette a vérolé nos économies parce qu'avant Lui, personne n'était rigoureux. Sarkozy dénonça notre « modèle social qui croulait sous les déficits », et la « baisse inacceptable du niveau de vie des ménages  » compensée par l'endettement.

« Ainsi les pays développés ont-ils cherché leur salut dans la seule voie qui leur restait : la fuite en avant dans l’endettement.» Heureusement, Sarkozy était notre Guide. Il savait d'où nous sortions, et où nous allions. Dans son exercice d'auto-défense, Sarkozy se voulut à nouveau prophète. Nous entrons, promet-il, dans un nouveau cycle économique.
« Ce nouveau cycle économique qui s'annonce sera très différent: ce sera un grand cycle de désendettement
7. Zéro politique
Qu'on se le dise. Sarkozy ne faisait plus de politique, car il n'y a plus de politique. L'essentiel de cet exercice toulonnais était de marteler qu'il n'y avait plus aucun choix que de le suivre lui. Pour ce, le Monarque n'évita aucune caricature, aucune simplification:

« Il y a trois façons de répondre à la crise. La première, c’est de la nier. Expliquer que ce n’est pas grave, que la crise n’est qu’un prétexte. » Qui le prétend ? L'ensemble des forces politiques du pays ne cessent de rappeler combien la crise est grave.  « La seconde, c’est de faire le choix exclusif de l’austérité, de la rigueur, de la déflation. Ce serait le choix de la baisse des salaires et des retraites. » et, enfin, « il y a un autre choix possible.» On tendit l'oreille, impatient de découvrir cette alternative qui n'en était pas une. Ce choix proposé par Sarkozy n'était que « de répondre à la crise par le travail, par l’effort et par la maîtrise de nos dépenses

Et voici notre candidat empiler les évidences : 
« Entre la baisse des retraites et travailler plus longtemps, je choisis la deuxième solution. Entre gagner moins et travailler davantage, je suis convaincu que la deuxième solution est préférable à la première, qu’elle est plus juste et qu’elle nous permettra de sortir de la crise au lieu de l’aggraver.»
De qui se moque-t-il ? Quelques 6 millions de chômeurs, inscrits ou non à Pôle Emploi, gagnent moins et travaillent moins.

8. Zéro propositions
Depuis plus d'un an, Nicolas Sarkozy ne promet plus d'agir, il promet de parler.

Pendant ses 52 minutes de discours, il fut avare en propositions. A défaut, il partagea sa « vision »: « Pour rendre aux Français la maîtrise de leur avenir, il faut rendre à la France la maîtrise de son destin. Et pour cela elle doit entrer de plain-pied dans le nouveau cycle économique. Elle doit s’y préparer.»

La solution est connue: il faut réduire la dette. Encore une fois, une évidence de premier degré. Jamais le Monarque, dans ses explications vaseuses n'évoque-t-il pas l'absence de régulation sérieuse imposée aux banques françaises depuis leur sauvetage en 2008. Jamais n'évoque-t-il la défiscalisation massive des revenus du capital aux détriments du travail depuis trois décennies, ni l'interdiction faite aux banques centrales, voici 30 ans également, de prêter aux Etats.

« En réduisant nos déficits, nous diminuons l’emprise que les marchés exercent sur nous, nous préservons la maîtrise de notre destin.» Un surendetté libre libre de rembourser ses prêteurs, quel avenir !

Sur l'Europe et l'euro, «une crise de crédibilité, une crise de confiance », il promet encore un sommet franco-allemand, dès lundi, avec Angela Merkel. Jusqu'à maintenant et depuis un an, il a échoué à convaincre la chancelière allemande. Avait-il une idée nouvelle à proposer ? Non, il rabâche: « tous les pays de la zone Euro seront solidaires les uns des autres ». Il disait cela en août dernier. « La BCE est indépendante », Angela Merkel lui a fait avaler cette contrainte, en public, la semaine dernière. Il voudrait une règle d'or « qui inscrira dans son ordre juridique l’objectif d’équilibre budgétaire », lui qui a aggravé notre endettement public de 400 milliards d'euros en 4 ans, dont seuls 200 sont imputables à la crise. Sarkozy veut la « convergence », qui « doit être le maître mot de la zone euro », alors qu'il rechigne encore à ajuster ses propres prévisions économiques sur les celles de ses voisins...

9. Zéro courage
Son unique annonce concrète fut l'organisation d'un sommet pour l'emploi en janvier. Sarkozy le présenta comme une épreuve de vérité et courage, une de plus, contre un ennemi imaginaire.

Depuis juin 2007, il avait tous les pouvoirs, législatifs et institutionnels. Il a multiplié les Grenelles en tous genres, les commissions de réflexions distrayantes, les groupes d'experts. Et pourtant, jamais n'eut-il le courage, le vrai, d'organiser un Grenelle pour l'emploi.

Sur le tard, le voici qu'il donne des leçons de courage aux autres. « Il faudra avoir le courage d’affronter les grandes questions et de lever les tabous sur les freins à la compétitivité française. »

10. Bouc-émissaires
En trois ans, Sarkozy avait aussi dû changer de boucs-émissaires. Le méchant trader et l'irresponsable banquier furent remisés au placard. Et Sarkozy ne croyait pas «  qu’il serait économiquement juste, ni moralement acceptable d’imputer aux Français les difficultés que nous vivons.» Non, chers Français, vous souffrez parce qu'on vous a menti et qu'il y a des fraudeurs. Sarkozy tenta une partition incommode et peu convaincante.

Ces Français « ne consomment pas plus qu’ils ne gagnent. Au contraire, ils épargnent.» Le Monarque loua les « atouts exceptionnels » du pays, pour mieux accentuer les « efforts » nécessaires à leur sauvetage.

Les ennemis sont ailleurs. Vous les connaissez, ce sont d'abord ces irresponsables prédécesseurs qui n'ont pas su équilibrer un seul budget depuis 1974; et surtout ceux qui ont instauré la retraite à 60 ans et les 35 heures. Sarkozy a pu défendre sa réforme des retraites, sans parler du fond, c'est-à-dire de la répartition des efforts.

Second bouc-émissaire, les « profiteurs du bas ». Selon le Président des Riches, «  il est apparu une nouvelle inégalité celle qui fait la vie plus difficile à ceux qui travaillent au bas de l’échelle par rapport à une minorité qui voudrait profiter du système sans assumer sa part des devoirs ». La salle applaudit bien fort, contre ces fraudeurs qui abusent du système quand les autres triment; ces fainéants qui cumulent les minimas sociaux.  

Et enfin, last but not least, les immigrés. Il fallait un couplet sur la souveraineté:  «nous refuserons d’effacer nos frontières ». Qui le demande ? Les Grecs ? « Ainsi, nous n’accepterons pas une immigration incontrôlée qui ruinerait notre protection sociale, qui déstabiliserait notre société, perturberait notre façon de vivre, bousculerait nos valeurs.»
La salle applaudit, évidemment fortement.


Un président en campagne ou un candidat qui se planque, des platitudes rabâchées ou des réécritures de l'histoire sans surprise, ce discours de Toulon fut à l'image de son auteur, décevant.

1 décembre 2011

Video: les mensonges de Sarkozy depuis Toulon


Crise : Les mensonges de Nicolas Sarkozy par TousHollande

2008-2011: Sarkozy à Toulon, mauvais remake.

Il l'a préparé, ce discours. Henri Guaino y planche depuis lundi. Il paraît que ce sera l'un des discours marquants du quinquennat. Comme en 2008. A l'époque, Nicolas Sarkozy était venu au Zénith de Toulon le 25 septembre. 10 longs jours après la disparition de la banque Lehman Brothers et le premier crash boursier. Trois ans plus tard, il y retourne. La démarche est curieuse. Pourquoi donc ce remake de l'un des plus détestables souvenirs de la mandature Sarkozy ?

Le discours de Toulon du 25 septembre 2008 fut emblématique de la présidence Sarkozy à plus d'un titre: une diversion, une rupture et un échec.

Une diversion
Rendons grâce à Nicolas Sarkozy sur un point au moins: le discours de Toulon avait d'abord permis de masquer 10 longs jours d'immobilisme pendant lesquels Nicolas Sarkozy était resté sans voix face à un effondrement financier et boursier qu'il ne comprenait pas. Longtemps, les communicants de Nicolas Sarkozy se sont fichus de nous, en réécrivant l'histoire d'un Monarque français à la pointe de la riposte contre la Grande Tourmente, dès les premiers instants. C'était faux. Nicolas Sarkozy n'avait rien compris.

Quelques mois auparavant, alors que la crise des « subprimes » frappait déjà les Etats-Unis de plein fouet, Nicolas Sarkozy, candidat puis président, s'échinait à vanter le tout-crédit. Quand les premiers établissements américains font faillite durant l'été 2007, la Sarkofrance ne réagit pas. Christine Lagarde nous promet toujours un grande croissance. Six mois plus tard, dès avril 2008, l'emploi intérimaire s'effondre. Les CDD échus viennent grossir les rangs des chômeurs. La défiscalisation des heures sup' avait accéléré la dégradation de l'emploi.

Ce jour-là, le 25 septembre 2008, Nicolas Sarkozy avait donc réservé le zénith comme pour un vieux concert de Johnny Halliday. Il lisait le texte de son discours avec attention, le teint quasi-blafard, les épaules tressautant trop régulièrement. 

En septembre 2008, quelques jours après la disparition de Lehman Brothers (le 15), c'est Gordon Brown, le premier ministre britannique du moment, qui fit comprendre à ses collègues européens, et Sarkozy le premier, combien l'économie risquait en fait d'un gigantesque credit crunch, un resserrement généralisé du crédit aux entreprises. Les banques ne se faisaient plus confiance les unes aux autres.

Une rupture
Le discours de Toulon fut aussi une rupture. Il symbolisa même la « rupture dans la rupture », le coup d'arrêt à nombre de réformes iniques. Sarkozy avait déjà beaucoup fait, notamment en matière économique et fiscal avec son « paquet TEPA » : défiscalisation partielle des heures supplémentaires et des intérêts d'emprunts, suppression des droits de succession pour les plus riches, renforcement du bouclier fiscal pour les grandes fortunes, etc. Mais sa feuille de route était encore longue.


A Toulon, Sarkozy dut endosser un costume imprévu: celui du régulateur et du protecteur. Il se transforma en « Sarko le Gaucho ». Il voulait sanctionner « les responsables de ce naufrage », « au moins financièrement ». Mieux, « le marché tout puissant, c'est fini ». Mais attention, « Renouer avec le collectivisme (...) serait une erreur historique ». La France aurait-elle un jour connu le « collectivisme » ? Finalement, les méchants traders ne subirent qu'une modeste et indolore taxe. Et trois ans plus tard, ils pouvaient tous nous narguer et nous menacer. Nicolas Sarkozy ne jugeait plus que par le Triple A de trois agences de notation. La réalité fut cruelle pour le petit Monarque.

Le Monarque nous livra une histoire, sa vision des causes de nos tourments du moment: quelques traders et banquiers auraient abusé du système capitaliste. Il fallait rétablir la confiance dans le système, et, croyez donc le candidat Nicolas:  « On ne rétablira pas la confiance en mentant ». Sans rire ? Trois ans plus tard, les marchés n'ont plus confiance. Sarkozy aurait-il menti ?

Un échec
Mais surtout, ce premier discours de Toulon n'a débouché sur rien. Avec le recul, le décalage entre cette nouvelle salve de promesses péremptoires et la réalité des résultats obtenus est terrible. Le bilan est loin d'être fameux.

Certes, Sarkozy promit que l'Etat se porterait garant de l'épargne des particuliers. Et la garantie fut effectivement portée à 100.000 euros par compte. Sarkozy suivait tous ses collègues européens qui avaient déjà annoncé de similaires garanties, allant même, parfois, jusqu'à nationaliser leurs banques défaillantes.

Mais en réalité, le discours de Toulon fut très pauvre en annonces ou vision.

1. Le Monarque promit d'encadrer les parachutes dorés, pas de les interdire. Il promit également de réguler le mode de rémunération des dirigeants des banques. Rien de plus. Plus tard, son soutien aux banques sans contre-parties autre que des agios le privèrent de tout levier. Il fallut attendre janvier 2010 pour que Christine Lagarde nous promette une taxe sur les bonus bancaires, finalement bien modeste (moins de 400 millions d'euros) et temporaire.

2. A l'international, Sarkozy oeuvra pour que les paradis fiscaux... changent de nom. En France, 18 mois après le discours de Toulon, la Cour des Comptes s'inquiète que les banques françaises ainsi aidées n'aient finalement pas davantage prêté aux entreprises.

3. Il proposa de généraliser les stock-options au plus grand nombre de salariés, alors que les Bourses s'effondraient. Cette mesure ne fut jamais appliquée. 

4. Il répéta surtout qu'il ne changerait pas de politique, pas d'austérité évidemment. Sarkozy pressentait-il que la dizaine de milliards d'euros annuels qu'il venait de cramer en inutiles cadeaux devait être remise en cause ? Il mentit. Nous eûmes droit à des micro-plans de rigueur à répétition, le plus souvent à sens unique.

5. Sarkozy se limita à quelques rappels bien étroits: « Je n'accepterai pas des hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français. Mon objectif est de rendre du pouvoir d'achat aux Français, non de leur en prendre ». Trois ans plus tard, on sourit. Sarkozy a créé une quarantaine de nouvelles taxes. Rien que ça.

6. Autre et maigre annonce de l'époque, la réduction du nombre de fonctionnaires se poursuivra. Pour le coup, il a tenu cette promesse. Nicolas Sarkozy avait simplement oublié de nous préciser que l'économie budgétaire serait quasi-nulle... 

Toulon est une terre de promesses... non tenues.

Les vraies raisons
Si Sarkozy vient à Toulon, ce jeudi, discourir sur l'Europe et la crise, c'est pour s'afficher président au travail, comme il y a trois ans. Depuis quelques jours, une sale musique le dérange dans les médias: Sarkozy se planque, se cache mais se montre. Il n'est pas candidat, mais il fait campagne. Il ne se dévoile pas, de peur de prendre des coups et de justifier son bilan. C'est un candidat en fuite.

Il était déjà revenu depuis à Toulon. Mais ce premier jeudi de décembre 2011, il fallait nous faire croire que l'intervention serait « historique » ou « marquante ». Le Figaro s'y est attelé dès mardi: « Ce jeudi, Nicolas Sarkozy prononcera à Toulon un deuxième discours sur la crise et l'Europe, trois ans après le discours de Toulon, devenu depuis l'une des références du quinquennat ».

La crise s'est aggravée. Le Monarque veut nous faire croire qu'il reste ce président protecteur dans la tourmente, équilibré dans l'action. Il fallait l'écouter, dès mardi, devant quelques agriculteurs silencieux. Son immodestie l'aveuglait encore.

Il n'est plus qu'une marionnette allemande. Pour ce nouveau discours à Toulon, il espérait convaincre Angela Merkel d'une énième nouvel accord franco-allemande. Les Bourses s'en fichent. Elles étaient euphoriques pour quelque heures depuis qu'un consortium de banques centrales occidentales s'étaient décidées à « matcher » la spéculation conte l'euro. Certains se sont refaits.

Ses plans de rigueur et autres déclarations ne convainquent plus. Il a oublié le chômage au détriment du chômage, qui progresse. Le candidat du travail n'est plus que le président des agences.


les mots ont un sens : Sarkozy et la crise... par politistution

30 novembre 2011

Sarkozy: "Maintenant qu'on sort de la crise..."

C'était en avril dernier, il y a 7 mois. Notre président visionnaire expliquait, lors d'un déplacement pré-électoral dans le Puy-de-Dôme, pourquoi il fallait renforcer les contrôles sur les chômeurs: « Maintenant qu'on sort de la crise... »

Ce mardi, la Sarkofrance avait la gueule de bois. Le chômage explose. L'euro menace toujours de sombrer. Le couple franco-allemand n'est toujours pas d'accord.

L'Europe sombre. Mais Sarkozy rend visite en jet présidentiel à des agriculteurs castés.

Chômage
Vous souvenez-vous de cette incroyable promesse, en janvier 2010, sur TF1 ? Elle émanait d'un Nicolas Sarkozy avide de convaincre: « Je sais que dans les semaines et les mois qui viennent, vous verrez reculer le chômage dans notre pays ». Un an plus tard, toujours en janvier, et toujours sur TF1, re-belote. Le 7 avril dernier, il expliquait encore: « Maintenant qu'on sort de la crise, c'est un problème de justice, de justice sociale envers les salariés et les ouvriers qui travaillent dur que de s'assurer que celui qui est au chômage et qui a des allocations grâce à la solidarité nationale fera tous ses efforts pour accepter une offre d'emploi, pour accepter une formation pour s'en sortir. (...) Ne pas contrôler, ne pas exiger des résultats de ce point de vue, me semble-t-il, est injuste »

Quelques mois plus tard, le constat est terrible. Le Monarque s'est trompé, gravement. Il a promis, pour rien. Les nouvelles sont mauvaises. Bien sûr, Nicolas Sarkozy n'a pas abandonné ses salves verbales contre la fraude sociale. Mais le chômage s'est aggravé.

Depuis qu'il a récupéré un strapontin ministériel voici tout juste un an, Xavier Bertrand a trouvé la bonne formule: il nous prévient la veille de la publication des chiffres mensuels du chômage que les statistiques du lendemain seront mauvaises. Dimanche soir, il s'était donc précipité à la télévision pour prévenir: « le chômage va progresser au mois d'octobre. (...) tant que la situation économique ne s'améliorera pas, je ne vois pas comment les chiffres de l'emploi pourront réellement s'améliorer. » Effectivement, les clignotants étaient au rouge: le nombre de demandeurs d'emploi atteint les 5.064.700 inscrits à Pôle Emploi, en hausse de 196.000 en un an (catégories A à D). Le chômage atteint ainsi un niveau inégalé depuis 1999. Sur le seul mois d'octobre, quelque 600.000 personnes ont perdu un emploi, après 700.000 le mois précédent. Les chiffres donnent le tournis. D'ici l'élection, le taux de chômage devrait dépasser les 10% de la population active.Toutes les catégories sont  touchées: les seniors de plus de 50 ans, les jeunes de moins de 25 ans, les hommes, les femmes, etc...

La performance est d'autant plus terrible que les conditions d'inscriptions à Pôle Emploi n'ont cessé de se durcir, des radiations définitives ou temporaires après 2 offres « raisonnables » refusées aux désinscriptions automatiques en fin de mois en cas de défaut d'actualisation informatique.

Accuser la récession sera bien facile. Outre-Rhin, le gouvernement allemand a massivement encouragé le chômage partiel (bien plus qu'en France), qui concernait quelque 1,5 million de salariés en 2009 (soit 26% de la population active, contre 18% en France). En raison d'une obstination idéologique coupable, le gouvernement de Sarkofrance a préféré maintenir la défiscalisation des heures supplémentaires. Comme le rappelait le blog Déchiffrages en février dernier: les Français travaillent davantage que les Allemands (« 1.309 heures pour l’Allemand, 1.468 heures pour son collègue français ») et sont plus nombreux au chômage... Merci qui ?

Incompétence
Une mauvaise nouvelle n'arrivant jamais seule, le Conseil d'Etat a annulé le gel des prix du gaz prononcé par décret gouvernemental en septembre dernier. Suite au renchérissement des prix de l'énergie, le gaz devait subir une augmentation d'environ 8% d'ici la fin de l'année. Soucieux de prouver que la privatisation de GDF n'aurait aucune incidence sur le contrôle de ce service public, le gouvernement, Eric Besson en tête, avait interdit toute augmentation des tarifs du gaz. C'était simplement... illégal. Les concurrents privés de GDF-Suez avaient déposé un recours, ils ont gagné. Ce gouvernement est incompétent.

Le ministre de l'industrie Eric Besson ne s'est pas précipité, mardi matin, pour commenter la mauvaise nouvelle sur les plateaux de radio-télévision. A quelques mois de la présidentielle, la peine est double : non seulement le candidat Sarkozy est à nouveau pris en défaut de mensonges, mais des millions de foyers subiront l'inévitable hausse juste avant l'élection... Car la hausse est inévitable et sera lourde, entre 8 et 10%.

Menaces
Depuis lundi, Nicolas Sarkozy et ses conseillers tremblent à nouveau. L'agence Moody's a menacé l'ensemble des 6 pays de la zone euro d'une dégradation de leur note. Nous payons deux années d'immobilisme politique européen. Merci qui ?

Pire, l'OCDE ajoutait une mauvaise nouvelle: selon l'organisation internationale, la croissance européenne ne sera que de 0,2% l'an prochain, et de 0,3% en France. L'organisation recommande un troisième plan de rigueur, à hauteur de 8 milliards d'euros. François Baroin, ministre de l'économie, s'est rapidement déclaré confiant que ce serait inutile puisqu'il avait 6 milliards de réserve. Où ça ? On ne sait pas. Et « son » budget reste fixé sur 1% de croissance. Allez comprendre. Depuis quelques jours, le fameux Fond Européen de Stabilité Financière a quelque difficulté à lever des fonds sur les marchés.

On imaginait donc qu'il y avait urgence à provoquer une rencontre Sarkozy/Merkel pour finaliser les négociations sur un éventuel nouveau traité européen. On se souvient du Nicolas Sarkozy bondissant qui, à peine élu en 2007, s'était précipité dans nombre de capitales européennes pour convaincre du Traité de Lisbonne. Ce temps-là est révolu depuis longtemps. Mardi soir, les ministres des finances de l'euro-group se réunissaient à Bruxelles.

Mais Sarkozy a préféré faire campagne à la campagne. Un déplacement encore une fois électoral et sans rapport avec l'urgence quasi-quotidienne de parvenir à un réel accord européen sur le sauvetage de l'euro. Il a prévu de parler d'Europe à Toulon, et pas avant. Il se contente de quelques coups de téléphones, ensuite médiatisés par ses proches ou un communiqué. On sait qu'il a causé avec Angela Merkel. Il n'arrive pas à la convaincre d'autoriser une intervention plus large de la BCE sur les marchés et le lancement d'eurobonds. Mme Merkel, au contraire, voudrait surtout un Super-Traité de Maastricht. Notre Monarque croyait parvenir à un accord avec elle avant son Grand Déplacement à Toulon jeudi. Mardi après-midi, il avait abandonné tout espoir, croyait savoir Arnaud Leparmentier.

Campagne
Devant quelques agriculteurs, mardi 29 novembre à Gimont, dans le Gers, Nicolas Sarkozy s'était assis pour une heure et demi de table ronde « verrouillée », comme le nota un journaliste local. Le village est rural, avec ses 3.000 habitants, et bien isolé pour éviter toute manifestations. La Préfecture du coin, transformée en agent recruteur, avait invité 1.600 personnes. Elle avait oublié l'Association des paralysés de France, qui le fit savoir. Les questions avaient été préparées, et certaines, jugées gênantes, interdites. Sarkozy était arrivé en jet présidentiel vers 11h. Plus tôt, il avait tenu son habituel petit-déjeuner politique avec quelques responsables UMP à l'Elysée.

Il voulait discuter des « conditions de vie » des agriculteurs, comme le précisait l'invitation officielle. Il ne fit qu'empiler des généralités et des tacles électoralistes. Ainsi nous eûmes droit au traditionnel couplet sur les retraites (« Nous vivons plus longtemps, il faut donc travailler plus longtemps ») assorti de l'habituel tacle contre la gauche (« En 2017, le régime des retraites sera équilibré. Où en serions-nous aujourd'hui si je n'avais pas fait ça ? Et les grands discours qui disent, si on est élu on reviendra dessus, vous verrez, ils seront oubliés dès que vous aurez voté. » ) et d'une auto-satisfaction narcissique (« Ce n'est pas facile de dire qu'il faut travailler deux ans de plus, mais j'ai préféré affronter la mauvaise humeur des gens »).

Sur le fond, il n'eut aucune réponse ni annonces concrètes. Il joua au président compréhensif de leur « souffrance », si fier de lui-même: « au moins je n'ai pas biaisé, je n'ai pas menti, je n'ai pas mis la poussière sous le tapis.» On sourit. Le Monarque avait servi la même formule, dans le Centre, en février 2010. C'était déjà pour une campagne, celle des élections européennes.

Sans surprise, le candidat officieux Nicolas Sarkozy tacla également les écologistes, évidemment qualifiés de « sectaires »:
« Je sais bien qu'il y a un petit courant de pensée qui pense que l'homme est un gêneur, que la terre serait tellement plus heureuse si les hommes ne vivaient pas, ne travaillaient pas, ne mangeaient pas, ne buvaient pas ».
« On met de côté les sectaires et on met de côté dans l'agriculture les comportements ou les propos »
« L'agriculture a joué le jeu du changement et de la raison, et quand je dis les sectaires, vous voyez bien ce que je veux dire ! »
Mais bien sûr, précisa le candidat: « Il ne faut pas opposer l'environnement et les agriculteurs ».

On sourit.

Ou on pleure.




29 novembre 2011

Comment Sarkozy a réduit les aides à l'agriculture.

Nicolas Sarkozy rend une nouvelle fois visite à des agriculteurs ce mardi. En ces temps de disette budgétaire, de grands discours sur l'effort, la nation et l'identité, l'occasion était trop belle d'évaluer le dernier projet de budget du ministère de l'agriculture présenté par le gouvernement pour 2012.

La lecture de l'annexe détaillant les moyens budgétaires de la mission ministérielle « Agriculture, pêche, alimentation, forêt et affaires rurales » est instructive de l'effort contraint déployé par Nicolas Sarkozy envers ce qu'il estime être une cible électorale privilégiée, les agriculteurs et le monde rural.

Mépris, paroles...
Au début de son mandat, le Monarque avait lourdement ignoré et choqué le monde agricole: du « casse-toi pov'con » à un visiteur du Salon de l'agriculture aux menaces verbales et publiques contre un pêcheur protestataire, de son exhibition bling-bling à la rareté de ses visites sur le terrain, Sarkozy avait tout raté. Il avait même négligé de réagir à l'incroyable envolée du prix des matières premières et de l'énergie qui déstabilisa l'agriculture et la plongea dans la crise plus tôt que le reste du pays.

Ce n'est qu'après la débâcle aux élections européennes que l'Elysée prit conscience de l'ampleur du désaveu. Nicolas Sarkozy, déjà en pré-campagne pour sa réélection, se mit alors à sillonner la France agricole tous azimuts, à coups de discours sur l'identité rurale et autres promesses. Réformer la PAC par anticipation ? Bien sûr ! Protéger les marges des producteurs ? Evidemment !

Il y a un an par exemple, quasiment jour pour jour, le 28 novembre 2010, Nicolas Sarkozy visitait le village du Mayet-de-Montagne, dans le Bourbonnais (Allier). Lors d'un longue et énième table ronde, il répéta combien les marchés de matières premières devait être régulés, qu'il faut gagner la bataille de l'alimentation du XXIème siècle, et qu'il connaissait bien le prix de la carcasse de viande. Tendez l'oreille, ce mardi 29 novembre 2011, les mêmes exemples refleuriront dans son discours du jour.

Contre la volatilité excessive des prix des matières premières agricoles, Nicolas Sarkozy n'a finalement pas fait grand chose mais en a beaucoup parlé. Il faudra attendre 2013 et la réforme de la politique agricole commune (PAC), promet le gouvernement dans sa note de budget. Et la présidence française du G20 ne déboucha sur rien de concret en faveur de la régulation des prix des matières premières ou de l'énergie.

« Ce budget 2012 combine l’ambition d’une politique agricole forte et l’exigence d’une maîtrise des finances publiques » précisait le gouvernement dans sa note budgétaire. Quelle rigueur ? Hors pensions de retraites, l'Agriculture ne perdra que 17 maigres millions d'euros, sur 3,35 milliards, l'an prochain. En revanche, pour 2013, un an après les élections, le gouvernement a d'ores et déjà prévu de réduire de 100 millions d'euros.

A ce budget de dépenses, s'ajoutaient 1,9 milliard d'euros de niches fiscales. Pour 2012, le gouvernement n'affiche que 1,6 milliard d'euros: discrètement, il a supprimé pour environ 350 millions d'euros de déductions fiscales à un secteur en perdition.

... et austérité
A partir de la page 25 du document, le gouvernement a énuméré comme chaque année les dépenses fiscales maintenues en faveur du secteur agricole. La liste est bien longue. Certaines niches sont toujours troublantes, d'autres clairement ridicules en comparaison des enjeux qu'elles sont censées servir. Mais plus progresse la lecture, mieux on comprend. Nicolas Sarkozy parle beaucoup et agit peu: les agriculteurs savent-ils combien leur sera supprimé l'an prochain ?

1. La réduction du Taux de taxe intérieure de consommation applicable au fioul domestique utilisé comme carburant coûtera encore 1 milliard d'euros en 2012 (comme en 2010 et 2011). Le nombre d'entreprises bénéficiaires 2010 n'est pas connu, cette exonération partielle existe depuis 1970. C'est la plus grosse niche fiscale du secteur, la plus visible.

2. Exonération plafonnée de taxe intérieure de consommation pour l'alcool éthylique incorporé au gazole ou au fioul domestique, aux supercarburants ou au superéthanol : cette niche coûtait 366 millions d'euros en 2010, 280 millions cette année, et encore 250 millions l'an prochain. Elle vise à soutenir la production d'agrocarburants, mais ne bénéficie qu'à ... 58 entreprises, soit plus de 4 millions d'euros par bénéficiaire. Cette niche a été créée par le gouvernement Juppé et « améliorée » par Fillon. Elle est prévue de s'éteindre ... en 2013, après les élections.

3. Taux réduit de TVA (5,5 % bientôt ramené à 7%) applicable aux aliments pour le bétail et à certains produits et engrais à usage agricole. Coût annuel: 70 millions d'euros.

4. Exonération d'impôt sur les sociétés, sous certaines conditions, des coopératives agricoles. Coût annuel: 50 millions d'euros. La niche existe depuis 1948...

5. Crédit d’impôt en faveur des entreprises agricoles utilisant le mode de production biologique. L'effort public est modeste. Quelque 9.255 entreprises se partageaient ce petit cadeau de 33 millions d'euros en 2010. Le crédit d'impôt a été réduit de moitié pour 2012 (18 millions d'euros). Cette incitation avait été créée avant le Grenelle de l'Environnement.

6. Crédit d’impôt au titre des dépenses engagées par les exploitants agricoles pour assurer leur remplacement coûte 11 millions d'euros par an, pour 26.600 ménages, depuis 2006. L'an dernier, Nicolas Sarkozy l'a fait prolonger jusqu'en 2013, après les élections.

7. L'exonération TVA pour les produits de leur pêche vendus par les marins-pêcheurs, une ancienne niche fiscale qui date de 1934, coûtera encore 10 millions d'euros l'an prochain.

8. La déduction d'impôt sur les sociétés autorisée pour les réserves spéciales destinée à couvrir la responsabilité solidaire pour le paiement des dettes salariales des employeurs, coûtera toujours 6 millions d'euros l'an prochain.

9. Quelque 3.000 entreprises de boucherie/charcuterie bénéficient d'un taux de TVA de 2,10 % pour leurs ventes d’animaux de boucherie et de charcuterie à des personnes elles-mêmes non assujetties à la TVA. Coût annuel: 3 millions d'euros. 

10. L'étalement des plus-values à court terme réalisées sur les cessions de navires de pêche avant le 31 décembre 2010 coûtera 3 millions d'euros l'an prochain. La mesure datait de 1997.

11. Les cessions réalisées par les Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural
restent exonérées de droits d’enregistrement et de timbre .12 000 entreprises sont concernées pour un coût de 2 millions d'euros par an.

12. Le Sénat a voulu supprimer l'abattement spécial sur les plus-values réalisées lors de la cession d’un cheval de course ou de sport. le nombre d'heureux propriétaires n'était pas évalué dans la note budgétaire, mais le cadeau fiscal se chiffrait à 2 millions d'euros. Il s'agit d'« aider le secteur équestre ».

13. Les coopératives du secteur agricole restent exonérées de droits d’enregistrement et de timbre, pour un coût prévu de 1 million d'euros l'an prochain.

14. Particularité électorale sans doute, les bénéfices forfaitaires « issus de la culture d’arbres truffiers pendant quinze ans à compter de la plantation » sont exonérés d'impôt sur le revenu. Coût: 1 million d'euros par an.

15. Le salaire différé de l’héritier d’un exploitant agricole est également exonéré d'impôt sur le revenu. Coût : 1 million d'euros.

Il y a aussi ces avantages fiscaux qui ne sont pas chiffrés, pas même évalués:

1. Quelque 16.500 jeunes entreprises agricoles bénéficient d'un abattement d'imposition qui coûtait 42 millions d'euros en 2010 mais n'est pas chiffré pour 2012, alors qu'il est maintenu.

2. Quelque 85.000 entreprises agricoles ont bénéficié de « déductions spécifiques à l'investissement » pour 170 millions d'euros en 2010. Pour 2011 comme 2012, le cadeau fiscal n'est pas chiffré.

3.  L'exonération de la part communale et intercommunale en faveur des terres agricoles à concurrence de 20 % n'est pas davantage évaluée. Pourtant, en 2010 puis en 2011, la mesure a coûté quelque 176 millions d'euros. Rien que ça !

Il y a enfin deux niches fiscales purement et simplement supprimées dans la plus grande discrétion par le gouvernement: le remboursement partiel en faveur des agriculteurs de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques coûtait 134 millions d'euros en 2010, encore 140 millions en 2011. Quelque 230.000 entreprises étaient concernées. Seconde niche discrètement supprimée, l'exonération des parts départementales et régionales de taxe foncières sur les terres agricoles. Créée en 1992, la niche coûtait... 197 millions d'euros l'an dernier.

Amis agriculteurs, vous êtes prévenus.

Au moins, ce mardi, Nicolas Sarkozy arrivera avec un cadeau qui n'était pas de lui dans sa besace, mais qui fera plaisir à certains: le Conseil d'Etat vient d'annuler la suspension de la culture du maïs transgénique MON810, décidée sous la contrainte et la pression par le gouvernement français en 2008.

La décision est paraît-il sans appel. Sarkozy devait secrètement se réjouir. Les écologistes préparent la riposte. François Hollande a condamné. L'Elysée s'est tu.


Lire aussi:

 

28 novembre 2011

Sarkozy se planque, ses ministres font campagne à sa place

Une nouvelle semaine de campagne débute. Nicolas Sarkozy ira rencontrer des agriculteurs pour discuter « de leurs conditions de vie », demain, mardi 29 novembre. Ce lundi, il n'a rien à faire sauf à se montrer pour une cérémonie de prise d'armes d'automne aux Invalides. La campagne clandestine de Nicolas Sarkozy est d'une hypocrisie inédite.

Et ses ministres masquent mal l'affaire.

UMP en roue libre
Ce weekend, l'UMP a tenté d'alimenter une micro-polémique le sort du droit de véto français au Conseil de Sécurité à l'ONU. Elle réunissait ses cadres dans une discothèque à Paris.  Jean-François Copé n'avait pas grand chose à promettre. Il organise des conventions à répétition pour convaincre que l'UMP élabore ainsi son programme pour 2012-2017. Mais Nicolas Sarkozy a prévenu qu'il n'en tiendrait pas compte. Il avait déjà fait retirer la présentation dudit programme de l'université d'été de l'UMP début septembre.

Copé aimerait aussi que l'UMP se calme. Si le paysage électoral s'est éclairci depuis le retrait de Jean-Louis Borloo de la course présidentielle et le décrochage de Dominique de Villepin, les disputes et chamailleries au sein du clan sarkozyste ont atteint un niveau inquiétant, en particulier à Paris: « La gravité de l'heure commande que celles et ceux qui ont envie de s'engager auprès du président de la République se lèvent, fassent fi de leurs moments de doute ou de déception, relativisent les critiques qu'ils ont pu émettre à tel ou tel moment de la politique que nous avons conduite »


Alors l'UMP meuble avec des micro-polémiques, comme cette dernière: l'accord EELV-PS prévoit que le droit de véto de la France à l'OU fasse l'objet d'une discussion en cas de victoire en 2012. Honnêtement, le sujet est loin d'être une priorité nationale et, de surcroît, Nicolas Sarkozy n'a cessé lui-même d'expliquer combien il fallait réformer la gouvernance de l'ONU.

Fillon dévalorise
Samedi, François Fillon « discoura » au séminaire des cadres de l'UMP. Il glissa: « En son temps et en son heure, Nicolas Sarkozy entrera en campagne ».

Comme le relevait hier notre confrère Guy Birenbaum, « La dévalorisation de la parole politique vient de la manière dont les plus hautes autorités politiques nient ou camouflent les évidences. ».

Ce weekend, on nous fit croire que Nicolas Sarkozy travaillait. Il allait proposer un nouveau traité européen, avec une « règle d'or » inscrite dedans et l'obligation de validation européenne des budgets des Etats-membres de la zone euro. Nous avons hâte d'entendre le candidat Sarkozy défendre cette nouvelle idée. Angela Merkel, en fait, ne pense à rien d'autre qu'un Super-Traité de Maastricht.

L'électeur partisan du NON au traité de 2005 appréciera.

Pécresse temporise
Valérie Pécresse, ministre du Budget, joua de voix suave et molle sur l'antenne de CANAL+, dans l'émission Dimanche+, pour expliquer combien son gouvernement dirigeait bien le pays. « Nous avons 6 milliards d'euros de réserve de précaution. »

Interrogée sur la vague d'investissements chinois en France, Valérie Pécresse était heureuse. « Evidemment, il faut créer un véritable partenariat franco-chinois ». Surtout, les Chinois « peuvent investir dans les dettes souveraines ».

Sur les retards à la mise en place du Fond européen de stabilité financière, Pécresse n'avait pas grand chose à dire. En Allemagne, Angela Merkel s'agace de l'attentisme européen.

L'électeur partisan du OUI au traité de 2005 appréciera.

Bachelot prédit
Roselyne Bachelot-Narquin posait en costume rose-bonbon dans les colonnes du Figaro, ce dimanche 27 novembre. Une interview « exceptionnelle » dont le titre était sans ambiguïté: «Hollande est un homme sous influence». Bacehlot faisait campagne à la place de son chef.
À quoi ressemblera la campagne de Nicolas Sarkozy ?
Elle ressemblera à Nicolas Sarkozy ! Une campagne électorale, c'est d'abord celle d'un homme devant les Français. Nous serons à ses côtés pour mener cette campagne présidentielle. Avec quelques ministres, autour de Bru­no Le Maire, je m'implique déjà beaucoup dans le projet de l'UMP. Ce travail intellectuel est essentiel.
 Elle est pourtant ministre des Solidarités Actives. Ce weekend, la Banque Alimentaire avait tenté de récolter un maximum de donations en nature, comme chaque dernier weekend de novembre. On pouvait imaginer que Mme Bachelot avait autre chose à faire que de se divertir en militante UMPiste. Les Restos du Coeur ouvrent leurs portes cette semaine.

L'électeur précaire appréciera.

Guéant «guéantise»
La Guéantise du jour fut sans surprise. Fidèle à son image et à sa mission, Claude Guéant a encore lâché dimanche une surenchère xénophobe. Le ministre de l'intérieur était encore l'invité dominical d'une émission de radio-télévision, cette fois-ci Europe 1/I-télé/Le Parisien.
«Nous acceptons sur notre sol chaque année 200.000 étrangers en situation régulière. C'est l'équivalent d'une ville comme Rennes, c'est deux fois Perpignan. Moi aussi je trouve que c'est trop »
Evidemment, le ministre compléta: « la France n'est pas un pays xénophobe ». La France peut-être, mais lui ? L'est-il ? Comment expliquer cette permanente obsession ? Et ses chiffres incorrects ? Nicolas Sarkozy a sous-traité le service après-vente de son discours de Grenoble à son ancien plus fidèle des proches.

L'électeur humaniste appréciera.





27 novembre 2011

Nucléaire: quand Sarkozy perd son sang-froid.

L'allocution était informelle, évidemment. Cela faisait longtemps qu'il n'avait joué à ce genre d'intervention surprise, faussement décontractée. On attendra quelques jours pour savoir comment les salariés avaient été castés pour le spectacle. Quelques caméra et photographes étaient là, évidemment.

Vendredi 25 novembre, pendant 18 minutes et 52 secondes, Nicolas Sarkozy monologua, micro en main et écharpe autour du cou, devant des salariés de l'entreprise Isover-Saint-Gobain. Cette entreprise fabrique de la laine de verre, un isolant thermique. On croyait donc que le Monarque serait écologiste, le temps d'un meeting électoral; qu'il parlerait d'économies d'énergie. Et bien, nous nous trompions.

Nicolas Sarkozy avait la rage atomique.

Paternalisme
« Mesdames et Messieurs, merci de me recevoir... Pardon de garder une écharpe mais... j'dois protéger mon instrument de travail ». François Mitterrand portait lui un chapeau, nota notre confrère Vogelsong sur Twitter.

Gros sourire, Sarkozy est quasiment hilare de son introduction. Les salariés sont tous en uniforme jaune et gris, casquette inclue. : « jsuis très heureux d'être parmi vous dans une des rares usines qui ne souffre pas et qui ne souffrira pas de la crise. Je le dis, parla,t sous le contrôle de Nathalie Kosciusko-Morizet, la meilleure des énergies, c'est l'économie d'énergie, et vous fabriquez les matériaux qui permettent cette économie d'énergie, notamment dans le secteur où nous en avons le plus besoin, qui est celui de l'habitation... qui représente 40% (il jette un regard à NKM)... 43% de la consommation d'énergie dans notre pays

Quand il est en meeting électoral, comme ce vendredi, le candidat Sarkozy est toujours pédagogue et caricaturale. « La France est un pays qui n'a pas d'énergie solaire, fossile... n'a pas de pétrole... On n'a pas de gaz... Et nous devons plus que les autres travailler les économies d'énergie... Et les économies d'énergie, c'est le métier d'Isover »

Connaissez-vous le bilan de Nicolas Sarkozy en matière d'économies d'énergies dans le bâtiment ?

Autosatisfaction
Le monarque continua le service après-vente de son mandat. Pour déraper très vite.

« Pour produire, vous avez besoin d'être compétitif. Pour être compétitif, il y a d'abord toute la partie innovation, recherche, ... C'est toute la nouvelle gamme de produits que je vous remercie d'avoir appelé Grenelle... ça nous fait plaisir... (...) c'est le crédit impôt-recherche, c'est tout ce sur quoi le ministre de l'Industrie Eric Besson travaille. Mais dans votre prix de revient, le prix de l'électricité que vous consommez... c'est 10% de votre prix de revient. »

Nous étions à 2 minutes et 35 secondes de l'intervention, et voici la véritable obsession du moment...

« La France a des atouts naturels - sa location géographique, son climat. Elle a des atouts dont elle s'est dotée: sa démographie, la qualité de sa main d'oeuvre... et l'énergie nucléaire. »

Tabou
Nous y sommes, la défense du nucléaire. Il répéta donc que tous ses prédécesseurs depuis 65 ans « qu'ils soient de gauche ou de droite, ont garanti un consensus au-delà des divergences naturelles en démocratie... mais depuis 65 ans, il y a un consensus selon lequel l'investissement dans le nucléaire permettra à la France de compenser l'absence de gaz et l'absence de pétrole. » Il loua donc tous les ouvriers, les ingénieurs, les techniciens qui contribuèrent depuis des « générations » à donner cette « avance technologique ».

« Grâce [au nucléaire], les Français, vous-mêmes, vous payez l'électricité deux fois moins cher que les Allemands. Pour une usine comme la vôtre, l'accès à une énergie peu chère, c'est absolument nécessaire pour la compétitivité de vos produits. »


« Je ne peux pas laisser détruire ce consensus.»


Caricatures
Il enchaîna contre François Hollande, Eva Joly, les écologistes et tous ceux ou toutes celles qui espèrent replacer le nucléaire au centre du débat politique. Evidemment, il ne nommait personne. Il ne veut toujours pas reconnaître qu'il est en campagne.

Comme quelques heures plus tôt et plus au Nord, quand il visita l'usine d'enrichissement d'uranium d'Areva à Pierrelatte dans la Drôme, Nicolas Sarkozy plongea dans la caricature. Quelques éditorialistes considérèrent que le Monarque voulait imposer le nucléaire dans la campagne. C'est très certainement faux. Il voulait qualifier la moindre critique contre le nucléaire de trahison nationale ou d'erreur historique, au choix.

Comme lors de la catastrophe de Fukushima en mars dernier, le mot d'ordre était simple: circulez, y-a rien à voir. Nous eûmes donc droit à une salve assez inédite, qui témoignait d'un manque de sang-froid, d'une recherche désespérée d'angle d'attaque électorale pour sa campagne qu'il n'ose avouer.

« Mettre en cause la filière nucléaire, c'est mettre en cause la pérennité des usines dans le secteur électro-intensif (...), on ne peut pas dire 'je défends l'industrie' et 'je remets en cause la filière nucléaire'. Le jour où le prix de l'énergie sera multiplié par deux, posez-vous la question 'est-ce que Saint-Gobain pourra garder son usine ici en France ?'»

« On n'a pas le droit de rompre un consensus politique de soixante-cinq ans au risque de détruire les emplois de l'industrie française, c'est une folie. » 


«Quand l'intérêt national est à ce point mis en cause, ma responsabilité c'est de dire 'on n'a pas le droit'


L'argumentation porta peu. Dans leur ensemble, les commentaires, exceptés au Figaro, furent goguenards. Deux jours avant, Eva Joly s'était isolée de son propre camp, et caricaturer François Hollande comme l'otage de la candidate écologiste n'avait pas grand sens.

« La ville d'Avignon n'est pas prête d'être menacée d'un tsunami. » Roooo, on sourit.... En septembre dernier, l'Autorité de Sûreté nucléaire s'inquiétait justement de la sécurité de 8 centrales françaises face au risque sismique français de 8 centrales. Sarkozy continuait, s'emballait, argumentait sur la défense de l'atome. L'assistance, impassible, semblait s'interroger sur ce délire solitaire.  « 99% et demi des victimes de Fukushima sont des victimes du tsunami, du tremblement de terre, pas de la centrale.» Nicolas Sarkozy racontait n'importe quoi. La pollution nucléaire tue dans la durée. 80 000 personnes ont été évacuées  de la zone de 20 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi. 

Et les retraites ?
Vers la fin, le Monarque reprit son service après-vente. L'exercice était rodé, personne n'avait de micro pour réagir et les salariés étaient encadrés. Si on ne réforme pas le régime des retraites, qui paye ? Il posa un silence, avant d'enchaîner par cet incroyable mensonge: « Grâce à la réforme, en 2017, le régime des retraites auquel vous appartenez sera équilibré... vos retraites seront payées. »

Nicolas Sarkozy oublia qu'un an à peine après l'adoption de sa réforme, 4 mois après son entrée en vigueur, Nicolas Sarkozy avait été contraint à l'amender, en avançant d'une année le passage à 62 ans/67 ans.

« J'aurais aimé me passer de l'épreuve de la réforme des retraites. »

Nous aurions aimé nous passer de l'épreuve de Sarkofrance.





La France peut-elle sortir du nucléaire ? (3/3) par alternativeseconomiques