Sarkozy a-t-il fait rémunérer Takieddine par TOTAL en 2009 ?

Alors que la Libye se libère enfin du colonel Kadhafi, on nous s'imagine combien Nicolas Sarkozy peut espérer capitaliser sur l'affaire.

Depuis bientôt six semaines, le site Mediapart a multiplié les révélations sur un homme d'affaires franco-libanais, Ziad Takieddine, et ses relations avec Nicolas Sarkozy. Et la Libye était un territoire très prometteur pour cette curieuse association « amicale ».

M. Takieddine fut d'abord l'intermédiaire richement rémunéré dans le cadre de ventes d'armes conclues sous le gouvernement Balladur avec le blanc-seing fiscal du ministre du Budget de l'époque, Nicolas Sarkozy. Une activité qu'il a poursuivie avec la négociation de la vente d'équipement de surveillance pour l'Arabie Saoudite (contrat Miksa, en 2003), une opération finalement annulée par Jacques Chirac.

M. Takieddine a ensuite procédé à l'acquisition de riches biens immobiliers et yachts, dont il a profité pour inviter les membres les proches de Nicolas Sarkozy. Malgré sa domiciliation fiscale en France, Ziad Takieddine a cependant exonéré d'impôt sur la fortune ou sur le revenu depuis 2002, ses propriétés étant domiciliées dans des paradis fiscaux. Parmi ses fréquentations régulières, Jean-François Copé est un grand ami. Copé était ministre du budget à partir de mars 2004.

« C'est interdit d'avoir des amis ? » s'est exclamé Ziad Takieddine, sur France Inter le 10 août dernier. Il a démenti tout lien d'argent avec le clan Sarkozy mais a reconnu toutes ses fréquentations.

M. Takieddine entretenait également des relations « soutenues » avec le clan Kadhafi. Mediapart a dévoilé comment l'homme d'affaires avait usé de son influence pour faire libérer un neveu du colonel Kadhafi visé en 2007 par un procès au Royaume Uni pour avoir tabassé deux prostituées dans une villa louée par ... Ziad Takieddine.

Selon Mediapart, juste avant l'élection présidentielle, Ziad Takieddine était l'intermédiaire de la France, en l'occurrence représentée par son ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy et son directeur de cabinet Claude Guéant pour la conclusion de ventes d'armes à la Libye de Kadhafi. Sarkozy avait aussi dépêché son ami de 30 ans Brice Hortefeux pour cette affaire. A l'époque, Hortefeux était ministre ... des collectivités locales (sic !). Le site soutient, mémos de Takieddine à l'appui, que ces ventes s'accompagnaient de commissions occultes.

Depuis 2007, Ziad Takieddine a également beaucoup oeuvré pour le rapprochement entre Nicolas Sarkozy et Bachar el-Assad.

Le 18 août dernier, la dernière livraison de Mediapart concernait directement la présidence Sarkozy. L'affaire cette fois-ci dévoilée date de 2009, deux années après l'entrée en fonction de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Mediapart affirme que Takieddine a été rémunéré 9,8 millions de dollars par l'entreprise TOTAL pour la conclusion d'un contrat gazier en Libye. Vendredi 19 août, le pétrolier a confirmé avoir versé 7 millions d'euros à l'intermédiaire, qualifiant l'opération de « normale » et « courante ».

Mediapart évoquait « un coup de pouce » de Claude Guéant, alors secrétaire général de la présidence française, et « l'appui de l'Elysée » dans ce dossier. La Présidence de la République n'a pas daigné répondre à cette dernière accusation.

Libye: retour sur la "guerre" de Sarkozy

Tripoli serait tombée sous le contrôle des rebelles dans la nuit de dimanche 21 à lundi 22 août. L'opération « Sirène » aurait donc réussi. Le conditionnel était toujours de mise, aux premières heures de lundi matin. Deux fils Kadhafi avaient été arrêtés, mais le Guide Suprême était toujours introuvable.

Nicolas Sarkozy a beaucoup oeuvré pour renverser le dictateur libyen avec lequel il était si proche quelques mois auparavant. Kadhafi était son Saddam Hussein. Convaincu par Bernard-Henri Levy, le président français voulait aussi, et surtout, faire oublier sa catastrophique gestion diplomatique des révolutions tunisienne et égyptienne.

Cette intervention occidentale, sous mandat onusien, laisse derrière elle beaucoup de zones d'ombre et de non-dits.

Retour sur la mini-guerre de Sarkozy, première du genre.


La carte personnelle de Sarkozy
Depuis l'automne, la diplomatie sarkozyenne était gravement secouée. Les fuites de Wikileaks avaient écorné ce qu'il restait de sérieux dans l'image présidentielle de Sarkozy. Quand la révolution tunisienne démarre, la ministre Alliot-Marie visitait le pays en jet privé, invité par un proche ami du régime. Quand l'Egypte se soulève, Sarkozy ne voyait toujours rien, son premier ministre était en vacances familiales dans les parages lors du Noël précédent, et combien de fois, Carla et lui, sont allés se reposer aux frais de l'autocrate Moubarak à Louxor ou ailleurs ?

Quand la ville de Benghazi se soulève, Sarkozy, alerté par BHL, joue sa carte personnelle. Kadhafi n'est pas Moubarak, il est pire. Il fera un parfait épouvantail. Et qu'importe s'il faut oublier des années d'efforts de rapprochement ! Le 11 mars, lors d'un sommet européen, Sarkozy joue au cow-boy sur sa tribune. Il menace et exige le départ de Kadhafi. 17 mars, l'ONU adopte la résolution 1973 autorisant des frappes aériennes. Le 19 mars, c'est le sommet de Paris. Sarkozy se croyait George W. Bush.


La guerre est sale
Qui pouvait croire le contraire ? Dès le mois de mars, l'OTAN a pris en main l'opération des attaques aériennes en Libye. La France a du reconnaître avoir livré des armes aux rebelles.

Les frappes de l'OTAN ont fait des victimes civiles. En France, les médias en ont rarement parlé. La guerre est sale, comme toutes les guerres. Pour cette guerre-là, rares ont été les médias à avoir retenu la leçon d'un passé pourtant très récent.

L'intervention des hélicoptères n'a pas fondamentalement changé la nature du conflit.

Kadhafi, le dictateur
L'argument habituel sera servi. Il a même déjà été servi: le colonel Kadhafi n'était pas si terrible que cela comparé au risque islamiste ou aux conséquences d'une déstabilisation politique de la Libye, un pays composé de tribus. Pourtant, contre les dictatures, le seul message qui vaille est l'absence de compromission. Un dictateur ne doit pas se sentir à l'abri de représailles. Même Nicolas Sarkozy a usé de cette position, lui qui s'est tant compromis depuis son élection à l'Elysée. 

Depuis des années, Amnesty international, comme d'autres ONG, dénonce les exactions du régime libyen. Son dernier rapport rappelait les « centaines de prisonniers » « maintenus en détention arbitraire pour des motifs de sécurité ». Paradoxe ultime, la Libye, avec l'appui de la Sarkofrance (sic !), avait été élue en mai 2010 au Conseil des droits de l’homme de l'ONU, et, en novembre, au conseil d’un nouvel organe des Nations unies chargé de la promotion des droits des femmes.

Les dernières manoeuvres
En Libye, le rôle de Dominique de Villepin énerve. L'ancien premier ministre agit discrètement, paraît-il, pour trouver une solution diplomatique au conflit. Il était à Djerba, il y a une semaine, lors des discussions secrètes sur l'avenir du pays. Il l'a confirmé lui-même jeudi dernier: « J'étais effectivement là-bas, mais je ne peux faire aucun commentaire, car ce serait compromettre les chances de succès et d'efficacité de ces discussions ». A droite comme à gauche, on s'agace de ces émissaires auto-proclamés.

L'Express explique qu'Alain Juppé devrait être au courant. Cette mission apparaît comme un contre-feu à l'initiative de Bernard-Henri Levy. Entre les agissements troubles de Ziad Takieddine, un homme d'affaires proche du clan Sarkozy, et cette « Chirac-connection », le terrain libyen a toujours été bien encombré.

Les derniers délires
Dimanche 21 août, alors que le régime officiel libyen tombait, CNN titrait ses flashes d'information et autres émissions spéciales « Libya Uprising » (« le soulèvement libyen »). Sans l'intervention occidentale, via l'OTAN, il y a fort à parier qu'aucune révolte n'aurait réussi. Sans surprise, on s'agacera de ces exagérations (sur CNN ou ailleurs) qui présenteront le renversement du colonel Kadhafi comme le seul résultat d'un soulèvement populaire. Mais il faut rappeler une chose essentielle. Les Occidentaux n'ont pas été à l'initiative de cette opération. Bien au contraire ! Leur compromission passée avec le régime Kadhafi est évidente, prouvée et ancienne. Sans la révolte de Benghazi et d'ailleurs en Libye, jamais le régime Kadhafi ne serait tomé aussi vite.

Il fallait lire, ces derniers jours, les derniers délires des plus critiques contre l'intervention onusienne en Libye. Thierry Meyssan, fondateur et animateur du réseau Voltaire, écrivait encore samedi dernier, en direct de Tripoli : « Ne croyez pas un mot de ce que vous disent les télévisions satellitaires de la Coalition. (...). Prenez plutôt comme source d’information les télévisions satellitaires d’États ne participant pas au conflit : la chaîne latino-américaine TeleSur ou la chaîne iranienne PressTV qui, depuis le départ de Russia Today, sont les seules sur place à rendre compte objectivement des événements. (...) Au moment où j’écris ces lignes, l’armée libyenne a repris le contrôle de Zwaya et de sa raffinerie, de Brega et de raffinerie, et surtout de presque toute la ville de Misrata. La seule localité importante tenue par les « rebelles » est Benghazi » (*). Dimanche vers 17 heures, le visionnaire Meyssan expliquait: « Je ne pense pas que Tripoli puisse tomber, de même que je ne n’imagine pas que le colonel Kadhafi soit menacé ». A 19h45, le même Meyssan expliquait qu' « il est évident que les rebelles ne sont là que pour être placés devant des caméras, afin de donner l’illusion d’un conflit intérieur ».

Dimanche, on apprenait que deux fils de Kadhafi avaient été arrêtés par les forces rebelles.

La carence démocratique
Le Conseil National de Transition libyen, reconnu officiellement par la France dès mars dernier comme gouvernement légitime de Libye et par la Tunisie ces dernières heures, est un organe étrange, un « comité de gestion des crises ». Ses membres ne sont pas tous de courageux dissidents de longue date. A fur et à mesure de l'affaiblissement du gouvernement Kadhafi ces derniers mois par l'offensive occidentale, de nombreux dignitaires du régime dictatorial l'ont rallié. Le dernier en date était le numéro deux du régime, qui s'est réfugié en fin de semaine dernière en Italie.

Comme le rappelait le Figaro ce weekend, seuls 13 des 40 membres du CNT sont connus. En France, le CNT a dépêché un dissident irréprochable, Mansour Saïf al-Nasr, depuis le 28 juillet dernier, membre de la ligue libyenne des droits de l'homme et exilé depuis 1969.

Il serait dangereux de confondre le CNT avec l'expression démocratique du peuple libyen. Comme toujours, Nicolas Sarkozy n'a pris aucune précaution. Contrairement à ce qui s'est passé dans les derniers jours de la révolution égyptienne, l'armée ne s'est pas portée garante de la bonne mise en oeuvre d'un processus démocratique. Comme toujours en cas de renversement de régime, il faut attendre avant de juger les nouvelles autorités.

Les ressources de la Libye
Quand Benghazi s'est soulevé, l'exportation du pétrole libyen s'est interrompue, contribuant à une nouvelle envolée des cours du baril. La Libye possède les plus grandes réserves de pétrole brut de l'Afrique. Certains ont quand même vu dans l'intervention occidentale le besoin de sécuriser l'accès aux ressources du pays. L'argument est irrecevable.

1. Ces derniers mois, le site Mediapart a révélé comment la Sarkofrance - pour ne citer qu'elle - s'était grandement rapprochée du régime libyen pour la conclusion de bénéfiques contrats d'approvisionnements.  Le site soupçonnait l'équipe Sarkozy d'avoir tenté d'obtenir quelques rétrocommissions occultes entre 2005 et 2007. Depuis juillet 2007 (et la libération des infirmières bulgares), le rapprochement était si officiel qu'il en était devenu gênant et honteux.

2. Kadhafi vendait son pétrole à tout le monde. 80 % de son pétrole était exporté vers l'Europe. A l'inverse, l'intervention onusienne a fait craindre à TOTAL et quelques autres qu'il nationalise leurs installations locales. La réticence de Silvio Berlusconi à intervenir aux côtés de la France et du Royaume-Uni dans les premières semaines de l'attaque tenait beaucoup au poids du pétrole libyen dans l'approvisionnement énergétique de son pays (25% contre 9% pour la France).

3. Quand il s'agit de pétrole, les Etats-Unis sont toujours à la pointe du combat. On se souvient des deux guerres en Irak. Cette fois-ci, l'administration américaine a été plus réticente; l'armée américaine s'est même rapidement désengagée des opérations.





(*) L'article complet de Thierry Meyssan est à lire ici. Il vaut le détour.

Président crédible ? Sarkozy a « changé »

Certains promettent le changement, d'autres ressassent le leur.

Nicolas Sarkozy adore changer. Devant chaque critique, pour chaque compétition, il se déclare « changé ». Cette manie a fini par amuser quelques journalistes, même si d'autres restent dupes.

Le 14 janvier 2007, pour son investiture, il avait surpris son monde avec un discours inspiré, écrit par son fidèle Henri Guaino. Le futur conseiller spécial lui avait brodé quelques phrases puissantes, un mélange bordélique de références tous azimuts qui avaient séduit les foules et des éditorialistes pourtant avertis.
« J'ai changé parce que les épreuves de la vie m'ont changé. Je veux le dire avec pudeur mais je veux le dire parce que c’est la vérité et parce qu’on ne peut pas comprendre la peine de l’autre si on ne l’a pas éprouvée soi-même. On ne peut pas partager la souffrance de celui qui connaît un échec professionnel ou une déchirure personnelle si on n’a pas souffert soi-même. J’ai connu l'échec, et j'ai dû le surmonter.»
Ce jour-là, il promet la République irréprochable : « J'ai changé parce qu'à l'instant même où vous m'avez désigné j'ai cessé d'être l'homme d'un seul parti, fût-il le premier de France.»

Une fois élu, le Monarque « changea » à nouveau à de nombreuses reprises.

En décembre 2007, sept mois à peine après son arrivée à l'Elysée, il change déjà. La France vomit ses excès Bling-Bling, de sa retraite spirituelle sur le yacht d'un ami milliardaire à la villa américaine « prêtée » par un autre ami milliardaire aux Etats-Unis. Les sondages deviennent vite mauvais : les conseillers du Monarque s'inquiètent. Sa cote de popularité est tombée à 44%... S'ils savaient.  Cécilia l'a quitté en octobre, ils ont divorcé, il en devient malade. Quelques semaines plus tard, il tombe sur Carla, l'emmène à Disneyland Paris, puis a Louxor, en Engypte, invité par l'autocrate Moubarak. Il deviendra discret. C'est promis. « Il a changé ».

En septembre 2008, Sarkozy change de discours, mais ne l'avoue pas. Il devient gauchiste, voire révolutionnaire. Les subprimes qu'il voulait essayer en France ont flingué le marché immobilier américain. Le crash boursier est gigantesque. Sarkozy, l'ancien avocat d'affaires qui conseillait ses clients en expatriation fiscale en Suisse déteste désormais les paradis fiscaux. 


En décembre 2008, il change encore. Après 6 mois de présidence française de l'union européenne et une Grande Crise, il confie aux députés européens : «J'ai essayé de bouger l'Europe mais l'Europe m'a changé. Lorsqu'on a la chance pendant six mois de connaître et d'avoir à trancher des problèmes de 27 pays, on gagne en tolérance, on gagne en ouverture d'esprit .»

Le 1er juillet 2009, re-belote. Ses conseillers s'inquiètent. Sarkozy vient de subir une déroute inédite aux élections européennes du printemps, malgré sa Très Grande Présidence de l'Union. Il faut changer, encore et vite. Les sondages sont calamiteux. On touche le fond, ou presque. Sarkozy a une idée, un grand entretien de (fausse) repentance dans les colonnes du Nouvel Observateur, désormais dirigé par Denis Olivennes. Et bien devinez quoi ? Sarkozy a changé, nous explique-t-il !
N. O.On se souvient encore de l’échange plutôt vif que vous aviez eu avec Laurent Joffrin, le patron de "Libération" – il vous reprochait d’avoir "instauré une forme de pouvoir personnel, voire de monarchie élective" –, lors de votre conférence de presse de janvier 2008...
N. Sarkozy. – Je ne l’aurais plus aujourd’hui. Pas seulement en raison de la considération que j’ai pour l’intéressé. Mais en raison de l’idée que je me fais de ma fonction. Est-ce de cela dont je suis le plus fier dans mon début de mandat ? Certainement pas.
 Ou encore : «  j’ai commis des erreurs. Est-ce que tout ce qui m’est reproché l’est injustement ? Non. Il faut un temps pour entrer dans une fonction comme celle que j’occupe, pour comprendre comment cela marche, pour se hisser à la hauteur d’une charge qui est, croyez-moi, proprement inhumaine. »

En janvier 2010, Sarkozy a changé, il en a marre des écolos, de l'environnement et tout le toutim. « ça commence à bien faire » explique-t-il à des agriculteurs. C'est normal, quelques semaines avant, en décembre 2009, il a raté son sommet de Copenhague et s'est fait retoqué sa taxe carbone par le Conseil constitutionnel dominé par d'affreux chiraquiens.

En mars 2010, c'est dit, c'est confirmé : Sarkozy a enfin vraiment changé. Il s'est calmé. Il pense à sa prochaine grande réforme, les retraites. Sur son blog, quelques heures avant d'aller voter aux élections régionales, Jean-François Kahn fait semblant de s'interroger : Sarko peut-il changer ?  Non, le Monarque n'a pas changé. Le 30 juillet suivant, il livre un discours d'une violence inouïe contre l'immigration qui semble clôturer sa séquence identitaire. Tout y est, et pire encore : déchéance de nationalité, lien entre immigrés et insécurité, chasse aux Roms, amalgames en tous genres. La violence des réactions nationales et internationales et la persistance de son impopularité le font plier. A l'automne, il se terre.


Mardi 16 novembre 2010, Nicolas Sarkozy a changé. Encore, évidemment. Il passe à la télévision. Sa réforme des retraites a été adoptée 8 jours avant. Sarkozy veut convaincre qu'il n'a fait que son devoir : le régime était gravement déficitaire (« On ne pouvait plus payer les retraites »), les riches payaient trop, les pauvres n'ont pas le choix (« cette réforme rapporte 42 milliards d'euros par an.») Sur son impopularité, il concède : « Je dois me poser la question.» Ou encore : « vous savez, je respecte les commentateurs. Le commentaire est libre. Et c'est bien ainsi en démocratie. »

En juillet 2011, Sarkozy a changé. Il est définitivement hors-sol. Les Français craignent pour leurs économies, à cause de la crise de l'euro, mais Sarkozy file en Afghanistan jouer au chef de guerre.

Sarkozy change tout le temps. Dites lui ce qu'il faut pour gagner votre suffrage. Et vous verrez, il changera.



Discours Nicolas Sarkozy - 1ere partie par fx_serafino

224ème semaine de Sarkofrance: le retour raté de SuperSarko

Il fallait oublier, et faire oublier, la grosse bourde de la semaine précédente, quand notre Monarque s'était précipité à Paris pour deux heures d'une réunion ministérielle sans annonce qui alimenta toutes les rumeurs et un nouveau mini-krach boursier.

Mardi était donc prévue une grande réunion franco-allemande, un mini-sommet de crise pour calmer les marchés en avançant d'un grand pas dans la gouvernance économique européenne. On allait voir ce qu'on allait voir. Certains journalistes, dès le weekend, lâchaient quelques articles frôlant l'enthousiasme des survivants. Angela Merkel venait à Paris et Nicolas Sarkozy également. Après tout, le Cap Nègre n'était pas un lieu de travail.

Lundi, la douche était froide, et allemande. 
Un porte-parole de la chancelière jeta un sacré froid dans l'assistance. Il ne fallait pas attendre grand chose de cette réunion, qui, de surcroît, était prévue de longue date, depuis le 21 juillet dernier précisément. Ce fonctionnaire en rajoutait un peu, car Sarkozy n'avait pas prévu de rentrer si tôt de vacances. Mais on était prévenu, il ne fallait pas attendre de grandes décisions. Et certainement rien sur les euro-bonds, ces obligations européennes qui pourraient prendre le relais des dettes souveraines défaillantes si un véritable gouvernement économique de la zone était enfin mis en place.

Avant le fameux mini-sommet, quelques parlementaires UMP ont osé s'attaquer à quelques tabous sarkozyen. Le sénateur UMP Philippe Marini a suggéré de revenir sur la réduction de TVA pour la restauration. Gilles Carrez, son collègue de l'Assemblée nationale, rapporteur général du budget, a souhaité une « une contribution exceptionnelle » des très riches.


Mardi, Sarkozy et Merkel discutèrent deux heures avant de se montrer, 48 minutes durant, devant des journalistes impatients.
Sans surprise, ils n'annoncèrent pas grand chose. Angela Merkel reste, comme son gouvernement, isolationniste et jalouse de sa croissance et de ses bonds comptes (malgré un ralentissement assez sérieux de la croissance du PIB au dernier trimestre). La ratification des mesures européennes du 21 juillet par les parlementaires allemands n'est pas acquis. De son côté, Nicolas Sarkozy n'a pas envie de passer sous tutelle européenne, ce qu'un véritable gouvernement économique européen n'hésiterait pas à faire compte tenu de l'état déplorable des finances publiques françaises. Il fallait donc faire croire à l'intégration mais sans plus !

Les deux compères de ce mardi d'infortune proposèrent donc la tenue d'un conseil européen spécifiquement dédié aux affaires économiques deux fois par an (ce que Sarkozy qualifia de « véritable gouvernement économique de la zone euro »), l'adoption par chacun des 17 membres de la zone euro d'une règle d'équilibre budgétaire dans leur constitution respective, une taxe sur les transactions financières (déjà votée par le Parlement en mars dernier !), et, quelques mesures franco-allemandes pour « donner l'exemple » (comme l'harmonisation des impôts sur les sociétés en 2013). Que la fameuse « règle d'or » fut brandie comme l'unique mesure de gestion financière était un piège assez minable de la part du candidat Sarkozy.

La ficelle était grosse. Angela Merkel n'avait sans doute pas lu combien la loi sur la règle d'or que Sarkozy a fait voter par l'UMP en juillet dernier était sans délai ni contrainte. Mais Sarkozy avait doublement besoin de ce soutien allemand. D'une part, la France a de grandes chances de perdre sa note Triple A d'ici l'élection présidentielle. D'autre part, Sarkozy a besoin de symboles et de postures. Jouer au vertueux en fait partie. Quand un journaliste lui demanda s'il pensait à des sanctions contre les Etats récalcitrant à appliquer cette règle d'or, il laissa Merkel répondre. Laquelle déclara qu'il faudrait leur suspendre le versement des aides européennes le cas échéant.

Mercredi, Nicolas Sarkozy était reparti au Cap Nègre.
Une journée de travail par semaine en pleine crise internationale, c'était bien suffisant. Le Monarque n'était pas là pour commenter le lancement de l'enquête contre son ancienne ministre de l'économie, Christine Lagarde, par la Cour de Justice de la République. Le site Mediapart a d'ailleurs publié le contenu des réquisitions de la commission des requêtes qui, le 4 août dernier, avait recommandé qu'une instruction pour « complicité de détournement de fonds publics et de faux» soit ouverte. Cette commission suspectait à l'époque l'ancienne ministre d'être « impliquée personnellement et de façon litigieuse dans un dossier qui n'avait pour but que de renflouer par tous les moyens Bernard Tapie, cela malgré un risque judiciaire très faible pour l'Etat, et en dépit de l'opposition de plusieurs hauts fonctionnaires ».

Sarkozy, ni personne d'autre à l'Elysée, n'avait non plus envie de commenter les dernières révélations de l'affaire Takieddine, du nom de cet intermédiaire formidablement enrichi par les ventes d'armes signées par l'équipe Balladur/Sarkozy en 1995. Mediapart avait révélé combien Ziad Takieddine était proche, invitations luxueuses à l'appui, des différents proches du clan Sarkozy. Cette semaine, le site a rajouté une belle information qui concerne directement la mandature actuelle: en 2009, l'intermédiaire a été rémunéré plus de 9 millions de dollar par le pétrolier Total, en échange de son lobbying pour obtenir un contrat gazier dans le bassin de Ghadamès avec le régime libyen, le tout avec l'aimable « coup de pouce » de Claude Guéant.

Ces dernières heures, le colonel Kadhafi négocierait son départ en Tunisie. Avec le soutien de Ziad Takieddine ?

Jeudi, les bourses ont la gueule de bois.
La veille, les annonces du couple Merkel/Sarkozy avaient été « fraîchement » accueillies. Morgan Stanley révise les prévisions de croissance de la zone euro à la baisse pour l'an prochain. France et Allemagne stagnent déjà. La récession n'est pas loin. Sarkozy et Merkel, comme leurs autres collègues européens, n'ont que le mot austérité à la bouche, ce qui n'arrange rien. Même Christine Lagarde, au FMI, s'en inquiète.

De l'austérité à la récession, il n'y a qu'un pas aisément franchi. Pire, l'annonce d'une nième taxe sur les transactions financières, distraction pour les uns, danger pour les autres, achève des traders surexcités Jeudi donc, les marchés s'effondrent à nouveau. Paris perd 5%, comme la quasi-totalité des autres places financières. A New-York, la FED s'interroge sur l'impact de la crise de la dette européenne sur les filiales américaines des banques européennes. Bref, Sarkozy et Merkel ont fait flipper les marchés, encore une une fois.

Quelques grands patrons, et pas des moindres, demandent une augmentation des impôts sur les plus fortunés, une option refusée jusqu'à maintenant par Nicolas Sarkozy. L'initiative est venue d'une tribune de Maurice Levy, le patron de Publicis, « pour en finir avec le déficit public ». Michel Pébereau, son collègue de BNP-Paribas, l'a publiquement soutenu. Aux Etats-Unis, le milliardaire Warren Buffet a suggéré à Barack Obama de faire de même. Son propre taux d'imposition, a-t-il déclaré, est inférieur à celui de sa secrétaire...

Vendredi, Sarkozy intrigue toujours au Cap Nègre.
Il s'active pour sa campagne. Il réactive, par morceaux, sa bande du Fouquet's. Cette fois-ci, les réunions étaient plus discrètes, mais révélées par le Monde voici une dizaine de jours. Des « groupes secrets », comme le démentait maladroitement Alain Carignon mercredi 17 août, se réunissent depuis des semaines, en parallèle de la démarche très officielle de Bruno Le Maire qui prépare le programme du candidat pour 2012 au sein de l'UMP.

Vendredi, on apprenait également la nomination, probable, d'un proche de Sarkozy à la préfecture de Marseille. Les affaires, et les nominations, continuent.

L'euro continue de baisser. Passera-t-il l'été ? La France, elle, a au moins 8 raisons de perdre son Triple A d'ici l'an prochain, explique un savant blogueur. La Bourse perd encore 2%. Elle est « déprimée », commentent les Echos. Mieux vaut acheter de l'or.

Samedi, François Fillon met en demeure les socialistes
Il leur demande, dans une tribune évidemment publique, et évidemment dans le Figaro, de faire preuve de sens de l’intérêt national, et de voter la règle d'or de son patron. Le « Premier Collaborateur » du Monarque responsable des quelque 400 milliards d'euros d'endettement public supplémentaire depuis 2007 répète les « éléments de langage » élyséens avec une fidélité très honorable et toute servile. En septembre 2007, il déclarait pourtant que les « caisses étaient vides ». Que doit-il penser aujourd'hui, 400 milliards d'euros plus tard ?

La règle d'or implique-t-elle d'augmenter les impôts de la bande du Fouquet's ?



Ami sarkozyste, où es-tu ?



Sarkozy et Merkel ont fait flipper les marchés

Les Bourses se sont à nouveau effondrées jeudi 17 août. Le mini-sommet franco-allemand de mardi n'aura donc servi à rien. Ses « décisions » étaient trop vagues, presque inquiétantes. Mardi, Nicolas Sarkozy avait fustigé les « rumeurs » et « les décisions de spéculation », contre lesquelles sa détermination était, répéta-t-il, « totale et complète ». Angela Merkel préféra plutôt insister sur le besoin de « regagner la confiance des marchés ».

Dès le lendemain de la rencontre, les réactions étaient déjà très mitigées. Les analystes interrogés par la presse se déclaraient déçus. Les médias avaient peine à valoriser une quelconque décision ou proposition à la hauteur de la situation.

Jeudi 17 août, alors que Nicolas Sarkozy reprenait ses tournées en vélo au Lavandou, les marchés avaient la gueule de bois.

L'une des critiques les plus virulentes est venu de Jacques Delors, l'ancien président de la commission européenne: « Depuis le début de la crise, les dirigeants européens sont passés à côté des réalités. Comment peuvent-ils penser que les marchés vont croire aux promesses du sommet de la zone euro, le 21 juillet, s'il faut attendre la fin septembre pour les transformer en actes? »

La taxe Tobin, une distraction
A Paris, le marché a rechuté jeudi, abandonnant 5,48%. En cause, les valeurs bancaires (Société Générale -8%; Crédit Agricole -5%; BNP Paribas -4%). Serait-ce l'effet de la proposition de taxe financière internationale ? Elle y a certainement contribué. Cette proposition reste une arlésienne, un projet a déjà été votée au Parlement européen voici 4 mois, et elle apparaît davantage comme une distraction politique pour masquer les prochaines mesures d'austérité. « Pendant que les gouvernants dissertent sur la taxe Tobin, ils font passer le rouleau compresseur de l'austérité » a estimé ATTAC. « Depuis deux ans les effets d'annonce se sont multipliés sans déboucher sur autre chose que des "propositions" et des "réflexions"».

Les autres places européennes (Londres -4%, Madrid -4,5% Milan -5%, Stockholm - 6%, Helsinki -7%, Oslo -6%, Copenhague -5%), américaine et asiatiques ont connu la même chute. 

Le risque de la contamination
Jeudi, le Wallstreet Journal rapportait que la Réserve Fédérale américaine s'inquiétait d'une éventuelle contamination de la crise de la dette européenne aux Etats-Unis. La FED a mené « des meetings extensifs » ces derniers jours pour évaluer si les filiales américaines des banques européennes pourraient faire face à un appel soudain de liquidités de leurs maisons mères.

Le journal précisait cependant qu'il n'avait aucune indication sur l'identité des banques européennes examinées par la FED.

La stagnation à cause de l'austérité
« Economy sinks markets » titrait le site du Wallstreet Journal, le 19 août. Troisième et sérieux sujet d'inquiétude boursière, la menace d'une nouvelle stagnation. Ainsi, Morgan Stanley a baissé jeudi sa prévision de croissance pour la zone euro à... +0,5% en 2012 (au lieu de 1,2% prévus jusqu'ici) et 1,7% cette année (au lieu de 2%). Cette seule annonce a  contribué à la baisse des marchés jeudi. Au dernier trimestre, France et Allemagne, qui comptent pour 50% du PIB de la zone euro, n'ont vu leur PIB croître que de 0,1%, c'est-à-dire rien.

La stagnation des économies européennes inquiètent les Etats-Unis. Or, l'unique crédo affiché par le couple Merkel/Sarkozy, à l'instar de tous les dirigeants européens ces dernières mois, est l'austérité.
 
Après l'agence Fitch, ce fut au tour de Standard and Poor's, jeudi matin, d'expliquer qu'elle n'avait nullement l'intention de dégrader la note de crédit de la France.  Le président du comité de notation de l'agence avait toutefois exprimé un sacré bémol, en expliquant que « certains des indicateurs budgétaires de la France aujourd'hui sont en fait légèrement pires que ceux des Etats-Unis, en particulier la dette ».

Globalement, l'intervention franco-allemande n'a pas servi à grand chose. Elle a même contribué à exciter davantage la spéculation.

Qui a déclaré qu'une présidence se jugeait à sa crédibilité ?

Ami sarkozyste, où es-tu ?


L'affaire Lagarde démarre enfin.

Nicolas Sarkozy est reparti au Cap Nègre dès mercredi. La semaine prochaine, pour son premier conseil des ministres de la rentrée, il attend un joli dossier de la part de deux de ses ministres, François Baroin et Valérie Pécresse. Ces deux collaborateurs doivent remettre leurs pistes d'économies pour l'élaboration du prochain budget. Il est assez probable qu'aucun détail ne sera fourni.

Mardi 16 août, Christine Lagarde, la directrice du FMI, s'inquiétait tout de même de la multiplication des plans de rigueur en Europe qui risquait de briser la croissance économique.

Le même jour, l'enquête pour « complicité de détournement de fonds publics et de faux»  dans l'affaire Tapie démarrait. L'ancienne ministre est sous le coup d'une enquête, sur son rôle dans le recours à l'arbitrage pour régler le litige opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais. La procédure s'était terminée par l'octroi de 285 millions d'euros nets à l'homme d'affaires en juillet 2008.

Mardi, une magistrate, Cécile Petit, a ainsi signé son réquisitoire introductif, qu'elle a adressé aux trois juges de la commission d'instruction de la Cour de justice de la République (CJR), Daniel Farge, Michel Arnould et Henri Blondet. Comme le rappelle Reuters, « une autre enquête pour abus de pouvoirs sociaux est conduite actuellement par le parquet du tribunal de Paris à l'encontre des hauts fonctionnaires impliqués dans l'arbitrage », deux hauts fonctionnaires qui étaient sous les ordres de la ministre de l'économie.

De révélations en révélations, on sait d'ores et déjà que (1) la gouvernance du CDR et de l'EPFR, les deux organismes qui représentaient l'ancien Crédit Lyonnais, avait été affaiblie au plus fort de la procédure, (2) que l'un des juges du tribunal arbitral avait des liens d'affaires passés avec Bernard Tapie, (3) que malgré l'énormité historique de la condamnation, Christine Lagarde a donné des instructions pour qu'un appel ne soit interjeté.

Mediapart a publié de larges extraits de la décision motivée rédigée le 4 août par la commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) dans l’affaire Lagarde/Tapie (*). Selon le site, la commission accuse Christine Lagarde s'être « impliquée personnellement et de façon litigieuse dans un dossier qui n'avait pour but que de renflouer par tous les moyens Bernard Tapie, cela malgré un risque judiciaire très faible pour l'Etat, et en dépit de l'opposition de plusieurs hauts fonctionnaires ». Voici les principaux points de l'accusation, rapportés par Mediapart :

Une procédure jugée douteuse
Primo, la procédure est jugée douteuse: « Le processus qui a conduit "à la condamnation du CDR au paiement de sommes élevées à la charge des finances publiques comporte de nombreuses anomalies et irrégularités" ». Les magistrats ont énuméré ces anomalies et irrégularités. Reste à définir, au cours de l'instruction, l'ampleur de la responsabilité de Mme Lagarde. Cette dernière nie toute irrégularité ou anomalie dans la procédure.

La légalité même du recours à l'arbitrage est jugée « incertaine ». La légitimité de ce recours est tout aussi incertaine:

1. Les chances de gagner en justice de Bernard Tapie « étaient à tout le moins sérieusement compromises par l'arrêt de cassation » d'octobre 2006. De surcroît, les « procédures étaient proches de leur terme » après la décision de l'assemblée plénière de la Cour de cassation qui s'imposait à toute autre juridiction, rappelle Mediapart.

2. La commission des requêtes rappelle que de nombreux avis défavorables contre ce recours se sont exprimés avant que Christine Lagarde ne passe outre (le directeur général de l'agence des participations de l'Etat, l'avocat historique du CDR, l'ancien président de l'EPFR).

L'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde a expliqué récemment qu'il était habituel que les « services » refusent toute transaction dans ce genre de conflit.

3. Le choix de l'arbitrage n'économisait aucun frais de procédure: non seulement, la procédure normale était quasiment terminée, mais en plus, les honoraires des avocats choisis pour la procédure d'arbitrage, « en lieu et place de l'avocat historique du CDR, hostile à cette procédure, équivalent à ceux qu'auraient représenté plusieurs années de nouvelles procédures judiciaires ».

4. Selon les magistrats, le compromis entre Tapie et le Crédit Lyonnais, rédigé avant l'arbitrage et accepté par le CDR, « apparaît également et à de nombreux égards irrégulier » : exclusion du Crédit lyonnais, garantie du CDR pour l'indemnisation d'un préjudice personnel des époux Tapie non prévue par la lettre ministérielle de 1999, absence d'information régulière du conseil d'administration du CDR, divergence du compromis définitif avec la version validée par le conseil, demandes « au titre du préjudice matériel » jugées « excessives ».

5.L'arbitrage lui-même est également entaché d'anomalies et irrégularités : choix des arbitres « pas conforme aux pratiques habituelles » ; liens directs ou indirects de deux des trois arbitres avec Bernard Tapie.

6. La commission des requêtes s'est aussi inquiétée sur le résultat de l'arbitrage : la sentence rendue était conforme à 80% aux demandes de Tapie; pire, « la somme de 45 millions d'euros a été allouée de ce dernier chef sur le seul fondement d'un acharnement exceptionnel de la banque à l'égard des époux Tapie en vue de briser chez eux tout avenir professionnel et toute réputation, sans que le Crédit lyonnais ait pu faire valoir ses arguments en défense », et « après que le CDR ait renoncé à soulever l'irrecevabilité de cette demande des mandataires judiciaires, se satisfaisant de l'assurance que les époux Tapie verseraient cette somme pour couvrir l'éventuelle insuffisance d'actif de leur liquidation judiciaire ».

Le rôle de Lagarde
Secundo, le rôle de Christine Lagarde apparaît central, d'après les magistrats de la commission des requêtes.

1. Jean-Louis Borloo, ancien avocat de Bernard Tapie, a décidé du principe de l'arbitrage dès son entrée en fonction au ministère de l'économie et des finances le 18 mai 2007. Le rôle de Christine Lagarde, qui a succédé à Jean-Louis Borloo le 18 juin 2007, apparaît ensuite déterminant : elle a donné l'instruction d'accepter l'arbitrage le 10 octobre 2007.

2. Une fois la sentence historiquement défavorable à l'Etat rendue, elle a « sans attendre l'expiration du délai d'un mois », « demandé par écrit aux administrateurs représentant l'Etat de s'exprimer en défaveur d'un recours en annulation ».

3. La conclusion des magistrats de la commission des requêtes est terrifiante pour la cause de l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy; « De l'ensemble des décisions systématiquement défavorables aux intérêts du CDR, de l'EFPR et de l'Etat résultent des indices graves et concordants faisant présumer que, sous l'apparente régularité d'une procédure d'arbitrage, se dissimule en réalité une action concertée en vue d'octroyer aux époux Tapie et aux sociétés dont ils détiennent, directement ou indirectement, le capital, les sommes qu'ils n'avaient pu jusqu'alors obtenir, ni des tribunaux judiciaires, ni par la médiation tentée en 2004, ni lors d'une seconde négociation menée en 2006 après le prononcé de l'arrêt de la cour d'appel de Paris, celle-ci ayant également été abandonnée, compte tenu des prétentions jugées inacceptables de M. Tapie. »

En conclusion, les magistrats recommandaient une instruction de la CJR soit lancée pour évaluer si ces faits « sont susceptibles de constituer à la charge de Mme Lagarde les délits de complicité de faux par simulation d'acte et de complicité de détournement de fonds publics ».

Nicolas Sarkozy, à son retour de vacances, devra-t-il s'expliquer sur cette affaire ? Sans doute pas. Ses interventions publiques sont toujours soigneusement thématisées, et rares sont les journalistes qui osent sortir des clous de l'agenda officiel.


(*) article payant

Sarkozy et Merkel inventent le gouvernement économique deux jours par an.

Elle a donc eu lieu, cette fameuse réunion. Vers 16h, la chancelière allemande est arrivée dans l'enceinte d'un palais en rénovation. Un peu plus tard, la conférence de presse démarrait pour quelques journalistes. Par un curieux sens du planning, cette conférence de presse précédait un « dîner de travail »... Sarkozy était habillé en costume noir, trop grand, chemise blanche et cravate noire. Il avait sa mine des jours sombres et une rage toute contenue.

Quelques heures auparavant, Nicolas Sarkozy avait déjeuné avec son premier ministre François Fillon. Quitte à perdre une journée de vacances, autant l'occuper au mieux.

La veille, le gouvernement allemand avait calmé les ardeurs franco-françaises. Il ne fallait rien attendre d'exceptionnel de cette réunion prévue de longue date. A l'Elysée, on prit le parti de se coucher plutôt qu de d'afficher un quelconque désaccord. Comme Merkel est contre les obligations européennes, Nicolas Sarkozy y est hostile également. C'est ça le leadership ! « Les euro-obligations ne sont pas une réponse adéquate aujourd'hui. Émettre des obligations communes nécessite un degré d'intégration économique et budgétaire entre les pays que nous n'avons pas atteint » avait confié un conseiller élyséen au Figaro.

Sarkozy instrumentalise la crise
La conférence de presse a duré 48 minutes. Sarkozy avait préparé son petit « piège » pour animer le débat politique français. Peu galant, mais puissance invitante, il s'arrogea la parole en introduction.


« Pour tout vous dire, nous avons travaillé d'arrache-pied, pas simplement cet après-midi mais tous ces jours derniers ». Sarkozy avait raison de le préciser. Depuis 3 semaines, son absence estivale, jusqu'à son incroyable ratage médiatique la semaine dernière, a été sévèrement critiquée.
« Je dois vous dire que nous avons entre Allemands et Français une communauté d'analyse et une commune vision de l'avenir. Nous voulons dire notre volonté absolue de défendre l'euro, d'assumer les responsabilités particulières en Europe qui sont celles de l'Allemagne et de la France, et d'avoir sur tous ces sujets une identité de vues entre l'Allemagne et la France complète ». 
La bonne nouvelle, le couple franco-allemand est toujours là. La mauvaise, il n'y a plus de couple franco-allemand. Sarkozy suit Merkel, qui n'est pas en fameuse posture. Mais on a peine à voire, dans la pauvreté des annonces du jour, ce qui ressemblait à cet énorme effort.

Rappelant qu'il y avait dans la situation actuelle, des « éléments objectifs », Sarkozy a aussi dénoncé les « rumeurs et les décisions de spéculations », contre lesquelles, a-t-il rappelé « notre volonté de combattre est totale et complète.» Notez la répétition des termes : « totale et complète ».

Il enchaîna : « nous avons donc décidé un certain nombre de propositions communes qui feront l'objet d'une lettre franco-allemande qui sera adressée dès demain matin au président van Rompuy. » Un prochain conseil européen est prévu... en octobre. Quel sens de l'urgence !

En 5 minutes à peine, Nicolas Sarkozy énonça une à une ces fameuses propositions. La liste était rapide, et presque sans surprise. Elle était incomplète.

1. « Instaurer dans la zone euro un véritable gouvernement économique de la zone euro ».  Quelques journalistes, ce mercredi matin, oublièrent de placer le terme « véritable » dans les guillemets de la citation. « Ce gouvernement économique sera constitué du conseil européen des chefs d'Etats et de gouvernements, il se réunira deux fois par an, et plus si nécessaire, et il élira un président stable pour deux ans et demi ». Et les deux proposent que l'actuel insignifiant van Rompuy rempile. En d'autres termes, Sarkozy et Merkel ont inventé le gouvernement économique deux jours par an.

2. Merkel et Sarkozy souhaitent ensuite que « les 17 membres de la zone euro adoptent avant l'été, ou au cours de l'été 2012, la règle d'or qui consiste à inscrire dans les constitutions des 17 Etats membres la règle montrant que les lois de finances annuelles doivent se soumettre à un objectif de retour à l'équilibre budgétaire». C'est le piège très voyant que Sarkozy continue de tendre à l'opposition. Cette fois-ci, il a mis le paquet. Il se sert d'un sommet d'urgence en pleine crise monétaire franco-européenne pour instrumentaliser l'affaire jusqu'au bout. Les marchés sanctionnent l'indécision politique, la seule mesure que pond le couple Sarkozy/Merkel est une règle de trajectoire budgétaire équilibrée... Quelle décision ! « C'est une règle de bon sens qui doit conduire à la diminution des déficits et la réduction de l'endettement ». Il a également indiqué que Fillon demanderait à tous les partis politiques ce qu'ils en pensent...

Sarkozy passa 3 de ses 5 minutes d'introduction sur ce fameux sujet, insistant plus que nécessaire. La ficelle était si grosse: « un certain nombre de personnalités qui n'appartiennent pas à la majorité ont déjà fait savoir qu'ils étaient favorables à l'adoption de cette règle. Si un consensus est possible, à ce moment-là, je provoquerai à l'automne la réunion du Congrès. Si un consensus n'est pas possible, et bien c'est les Français qui seront juges lors de l'élection présidentielle des forces politiques qui souhaitent le retour à l'équilibre budgétaire et de celles qui ne le souhaitent pas ».

3. « Les ministres des finances allemand et français déposeront sur la table une proposition commune, dès le mois de septembre prochain, de taxe sur les transactions financières. C'est une priorité pour nous », si prioritaire, qu'elle est expédiée en quelques secondes. C'est une arlésienne du débat politique international depuis plus de 35 ans.

4. Pour conclure, Sarkozy promit « d'autres mesures plus spécifiquement franco-allemandes, conscients que nous sommes que l'Allemagne et la France doivent donner l'exemple de la convergence» . Ainsi, en prévision d'un prochain conseil des ministres franco-allemand prévu début 2012, les ministres des finances des deux pays devront proposer des mesures pour que, à partir de 2013, « cinquantième anniversaire du Traité de l'Elysée», l'Allemagne et la France disposent d'un « impôt sur les sociétés commun, dans son assiette comme dans son taux, pour les sociétés allemandes et pour les sociétés françaises».

Cette mesure est surtout symbolique, un affichage de cette convergence si sensible dans l'argumentaire sarkozyen. Les deux n'ont pas précisé ce qu'ils pensaient faire des niches fiscales. Un peu plus tard dans la conférence, Angela Merkel précisa que ni les entreprises allemandes ni les entreprises françaises ne devaient s'attendre à un alourdissement de leur fiscalité sur les bénéfices. Facialement, l'impôt sur les sociétés est plus élevés en France qu'en Allemagne.

Autre mesure technique franco-allemande, au début de chaque semestre, les gouvernements échangeront leurs hypothèses économiques servant à l'établissement de leur budget.

Sarkozy appela cela « marcher d'un même pas pour défendre l'acquis européen ».

Puis Angela Merkel put, enfin, parler. Et ses propos furent partiellement différents de ceux de son hôte. Sarkozy avait les pouces accrochés à son pupitre, et la mâchoire comme souvent contractée par intermittence.

1. Pour Merkel, « la crise actuelle est une crise de la dette ». Aucune allusion ne fut faite à cette « méchante spéculation » qui aurait décidé d'attaquer « injustement » l'euro ou certaines dettes souveraines (dont celle de la France la semaine dernière). Au contraire, « nos propositions visent à reconquérir la confiance des marchés par nos actes. La crise de l'endettement remonte à plusieurs années pour certains pays. » Pour Mme Merkel, les propositions du jour sont davantage « qualitatives » qu'autre chose, « une nouvelle phase qualitative de coopération au sein de la zone euro ».

2. Angela Merkel rappela la convergence franco-allemande sur la règle d'or, « un frein à l'endettement »: « Il faut que les pays de la zone euro s'engagent plus encore pour que les critères de ce pacte soit mis en oeuvre: des budgets équiibrés et une réduction constante de l'endettement ». Au passage, la chancelière indiqua que les Parlements seront invités à faire « preuve d'auto-responsabilité » budgétaire, à savoir qu'ils devront « s'engager à aller plus loin qu'à simplement prendre connaissance » des éventuelles propositions critiques de la Commission européenne, et « qu'ils les mettent en oeuvre ».

3. « Nous voulons que les fonds de cohésion et les fonds structurels européens soient orientés vers un renforcement de la croissance et de la compétitivité ». Merkel indiqua qu'à partir de 2013,  la Commission européenne devrait pouvoir décider de l'utilisation de ces fonds pour les Etats sous programme de soutien.

4. Elle reprit enfin les annonces de Sarkozy (taxe sur les transactions, impot sur les société commun, échanges d'informations pour l'élaboration des budgets « dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance »)

Sarkozy avait bien appris sa leçon
L'une des premières (et rares) questions de la presse porta sur les euro-bonds, jugés inéluctables par les Echos. « J'ai l'impression que les gens cherchent la panacée universelle pour sortir de la crise » fustigea Angela Merkel. Sarkozy compléta: « Si chacun peut faire de la dette individuellement, et qu'on demande aux pays les plus stables de la garantir, qu'allons-nous dire à nos peuples ?? » Qui a dit que Sarkozy était favorable aux euro-bonds ? « La croissance, c'est la clé de tout ».

Sarkozy s'est même emballé, jusqu'à tomber dans un raisonnement complètement  incompréhensible : il faut, a-t-il expliqué, « l'inscription de la règle d'or dans les constitutions pour réduire les déficits, réduire l'endettement, et restaurer la confiance sans laquelle il n'y aura pas de croissance ». Quel rapport avec les euro-bonds ? Et le lien entre la confiance des marchés financiers et la croissance économique, on l'a vu ces dernières années, est bien loin d'être aussi direct et caricatural. Toujours emballé, notre Monarque poursuivit : « Notre réponse n'est pas idéologique, elle est concrète ! Elle est pratique ! Si demain, nous disons, allez voilà, l'Allemagne et la France, nous allons garantir la dette de tout le monde... » (et il se tourne vers Angela Merkel, comme pour montrer qu'il avait bien appris la leçon) «... dans ces conditions, qu'en sera-t-il 6 mois après de la crédibilité de nos pays ? »

Sarkozy n'est plus à une caricature près.

A une autre question sur le Fond européen de Stabilité Financière, Sarkozy répondit qu'il n'était pas question de la doter davantage, à ce stade. Un autre journaliste s'est demandé quelle conséquence un ralentissement de la croissance pouvait avoir sur le financement du FESF. Merkel botta en touche: « Nous devons renforcer notre potentiel de croissance ». Sarkozy fit de même : « Comme la chancelière, je suis confiant sur les perspectives de croissance de la zone euro et du monde. S'agissant de la France, l'acquis de croissance du premier semestre est de 1,4%. »

La croissance, justement, est le sujet d'inquiétude générale. La multiplication des plans de rigueur cause du souci jusqu'au FMI dirigée par Christine Lagarde (sic !). Au dernier trimestre, le PIB de la zone euro n'a augmenté que de +0,2%.

Frédéric Lemaître, du Monde, leur demanda s'ils souhaitaient des sanctions contre les Etats qui n'adopteraient pas la règle d'or ou qui ne la respecteraient pas. Fâcheuse question. Aucun des deux n'y répondit. Mais la non-réponse fut ... longue. Pas téméraire, Sarkozy laissa d'abord Merkel répondre en premier. Notre proposition ... n'est qu'une proposition, expliqua la chancelière. Et de rappeler les motifs à proposer une règle d'or (ou de plomb): c'est « un engagement indépendant des majorités politiques ». Quant aux sanctions, « elles viendraient de l'intérieur, pas de la Commission».

Sarkozy répondit, à son tour, à côté, évoquant « les deux problèmes de la zone euro », la compétitivité d'une part, et l'endettement et les déficits, d'autre part; notamment en France, « depuis 35 ans ». Il répéta ensuite le sens de la fameuse règle d'or, pour conclure: « qui peut bien être contre une règle de cette nature ? » Et les sanctions si la règle n'est pas adoptée ? Sarkozy avait évacué le sujet. « L'euro nous a permis beaucoup de choses. Car nous sommes plus forts ensemble que seuls. Mais l'euro, ce n'est pas simplement des droits... c'est aussi des règles, des devoirs, une discipline... un vivre ensemble qui implique de la solidarité quand ça ne va pas mais qui implique aussi le respect des règles... (...) Par conséquent, si la règle devait être adoptée par les 17, ce que nous souhaitons, ce ne serait pas une règle optionnelle, mais une règle obligatoire

L'homme des 400 milliards d'euros d'endettement supplémentaire depuis 2007 se permet tout. Rappelons-nous le Nicolas Sarkozy de juin 2007, à peine élu, qui allait prévenir la Commission européenne ne respecterait pas son engagement de revenir à moins de 3% du PIB de déficit budgétaire en 2012, un engagement pris... en mars 2007 par le gouvernement Villepin. A l'époque, Sarkozy avait un paquet fiscal à faire passer durant l'été.

A la 39ème minute de cette conférence, le téléphone portable de Nicolas Sarkozy commença à sonner. Le Monarque était en train de discourir sur la convergence économique franco-allemande (« c'est la clé » ). On entendit l'étrange mélodie, tandis que Sarkozy tentait de l'éteindre sans s'interrompre. Pas d'excuse, il conclua rapidement et regarda son téléphone.

Nadège Puljak, de l'AFP, les interrogea sur la création éventuelle d'un ministère commun de l'économie. « En l'état actuel des choses, c'est pas dans le communiqué » commença Sarkozy, avec un gros sourire... « Là encore... vous savez... j'crois qu'il faut prendre les choses dans le bon ordre. C'qu'est envisageable... c'est l'analyse commune, la convergence... dans le respect des identités et des spécificités. Les Allemands et les Français ne sont pas les mêmes.»

A l'issue de cette réunion, l'euro recula encore un peu plus. Ce mercredi, la presse se montrait déçue.

Cette rencontre n'avait convaincu pas grand monde en dehors du clan rapproché de Nicolas Sarkozy.




Rencontre Merkel/Sarkozy: la douche allemande

On nous aurait menti. Mercredi dernier, les services de la Présidence de la République faisaient savoir qu'une rencontre de travail aurait lieu à l'Elysée ce mardi 16 août 2011, entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. A lire quelques journaux, cette simple annonce avait calmé temporairement les marchés. Le couple « moteur » de l'Union européenne allait enfin accélérer la mise en oeuvre des décisions du sommet du 21 juillet, et, par là même, sauver l'euro, l'Europe et la note de crédit Triple A de quelques Etats de l'Union... dont la France.

Cette belle histoire était trop belle.

Lundi 15 août, Steffen Seiber, le porte-parole de la chancelière allemande a douché le story-telling officiel et médiatique:  «Il ne faut rien attendre de spectaculaire » a-t-il expliqué, précisant que cette réunion était prévue depuis le 21 juillet. Et il ajouta : « Nous n'évoquerons pas les euro-obligations de notre propre chef car ce n'est pas selon nous une voie souhaitable ou praticable. Et nous n'avons pas d'indices selon lesquels la France voudrait aborder ».

1. Le communiqué officiel de l'Elysée, le 11 août dernier, précisait déjà que ce sommet franco-allemand était prévu depuis le 21 juillet. Officiellement, la séance était d'importance, puisque Nicolas Sarkozy devait, une fois de plus, revenir de vacances.

2. Selon son porte-parole, Angela Merkel n'a donc pas l'intention de parler des obligations européennes, une mutualisation de l'endettement européenne soutenue par l’Italie, la Grèce, la Belgique et le Luxembourg. Elle préfère la généralisation des plans de rigueur pour « assainir leurs finances » et respecter au plus vite le pacte de stabilité. « C'est l'une des leçon de la crise de l'euro (...) Nous avons besoin d'une coopération économique plus forte dans la zone euro. 

3. Contrairement à certaines insinuations médiatiques récentes, Nicolas Sarkozy est loin d'être un partisan acharné des eurobonds. Il s'est toujours, ou presque, déclaré hostile aux obligations européennes. En décembre dernier, il faisait front commun avec sa collègue allemande contre l'idée. 

4. Nicolas Sarkozy est surtout mal en point. C'est la France, et non l'Allemagne, qui a été attaquée par la spéculation et les rumeurs de dégradation de sa note de crédit, la semaine dernière. C'est la France, et non l'Allemagne, qui est pénalisée par une croissance molle, un déficit budgétaire historique et un endettement public prévu en hausse pour trois ans encore. L'Allemagne n'a pas tous ces soucis et Nicolas Sarkozy est otage de sa voisine, quoiqu'il en dise.

5. On peut penser que les raisons du refus d'eurobonds ne sont pas les mêmes chez Merkel et chez Sarkozy. La première défend l'idée qu'il faut d'abord une plus forte supervision européenne des budgets et politiques fiscales des 17 membres de la zone euro avant d'autoriser un endettement supranational. Que l'on soit hostile ou favorable à cet abandon de souveraineté nationale, la démarche a le mérite de la logique. A l'inverse, Nicolas Sarkozy s'est surtout toujours montré hostile à une supervision européenne des déficits franco-français. En 2007, on aurait pu lui refuser son paquet fiscal !

6. Angela Merkel n'est pas sûre de faire passer le plan européen du 21 juillet dernier. Et le sommet de ce mardi n'y changera rien. Sa coalition gouvernementale menace d'éclater. Ce mouvement d'humeur de lundi s'explique par la situation politique allemande.

7. Si la rencontre du couple franco-allemand ne sert finalement pas à grand chose, la BCE se bouge. Son président Jean-Claude Trichet, espérait la nomination d'un ministre des finances européen. Il n'a pas eu gain de cause. Mais en une semaine, la Banque centrale européenne (BCE) a racheté pour 22 milliards d'euros de dette souveraine pour maintenir bas les taux d'emprunt italien et espagnol.




Président crédible ? 4 années de vacances, version Sarkozy

Les vacances de nos Monarques fascinent toujours. Nicolas Sarkozy est un bon client, tant il aime se mettre en scène. Depuis 2007, nous avons subi différentes mises en scène : Bling Bling, président de l'Europe, convalescent, sécuritaire puis... papa attentionné.

En août 2007, on nage en plein Bling-Bling. Sarkozy se fait inviter aux Etats-Unis par des amis milliardaires, dans la luxueuse villégiature de Wolfeboro. Rachida Dati est photographiée aux côtés de Nicolas et Cécilia Sarkozy. On sent que le couple va mal. Quand notre Monarque rend visite à George W. Bush, son mentor américain, Cécilia se fait porter pâle pour cause d'angine blanche.



Sarkozy en vacances à Wolfeboro [visite de la... par edonline

En aout 2008, roulement de tambours, il est « président de l'Union européenne ». Sacrebleu ! Enfin presque. La France, pas Sarkozy, préside le conseil des chefs d'Etat pour coordonner les réunions pendant 6 mois. Mais Sarkozy prend son rôle très au sérieux. Il inaugure l'été avec un sommet de l'Union pour la Méditerranée pour le 14 juillet. La France a honte, mais la Sarkofrance n'en a cure. Tous les dictateurs de la côte sont là. Trois ans plus tard, on regarde avec émotion la liste de ces futurs ex-amis : le syrien El-Assad, l'égyptien Moubarak, le tunisien Ben Ali.

Le 8 août, Sarkozy est l'un des rares chefs d'Etats occidentaux à participer à l'inauguration des Jeux Olympiques de Pékin. Merkel, comme tous les dirigeants européens, boude la plus grosse dictature du monde. Pas Sarkozy. Au passage, il se fait photographier avec Poutine embrassant son fils Louis. Ensuite, il est contraint d'interrompre ses vacances. La Russie du même ami Poutine avait d'envahir la Géorgie voisine qui jugeait bon de multiplier les provocations. La zone est stratégique, les gazoducs alimentant l'Europe transitent par là. Sarkozy part en Russie, en Géorgie, menace, crie et promet. Quand il revient, la crise est « réglée »... ou presque : la Géorgie perd deux provinces, et la Russie ne retire pas ses troupes comme Sarkozy nous l'avait promis. Entre deux grognements médiatiques, il multiplie les allers-et-retour avec le Cap Nègre, sa nouvelle résidence d'été.

En 2009, Sarkozy nous fait un malaise vagal, pendant un jogging par 30 degrés en plein soleil, dans le parc près du Château de la Lanterne, à Versailles. La France est en émoi. Sarkozy a pris 10 ans. Carla l'emmène au Cap Nègre, sa propriété familiale, où il tente quand même de régler un problème de tout-à-l'égout qui empoisonne le voisinage. Le préfet local, jugé insuffisamment actif dans l'affaire, sera muté quelques mois plus tard.

En 2010, Sarkozy est agacé par ceux qui critiquent son bilan sécuritaire. Il lance la chasse aux Roms, accumule les amalgames dans son discours de Grenoble, puis... se barre au Cap Nègre. On le croisera dans quelques paillotes locales, mal rasé, transpirant et souriant aux bras de son épouse. Brice Hortefeux (Intérieur) et Eric Besson (Immigration) multiplient les déplacements pour montrer qu'ils sont sur le front de la chasse aux clandestins.

En 2011, les vacances ont commencé plus tôt. Madame est enceinte. Dès juillet, Sarkozy file au Fort de Brégançon, où Madame se repose. Sur le tard, il redécouvre les vertus de cette résidence des Présidents. C'est la première fois qu'il y reste plusieurs semaines. Il fait quelques sauts à Paris, pour montrer qu'il bosse quand même. Il va même en Afghanistan, un voyage complètement raté, 7 soldats français y étant tués quelques heures après son départ. A Paris, sous la pluie, il prononce un des hommages les plus ridicules sur une guerre dépassée.

Le 1er août, un lundi, il part « officiellement » en congés, cette fois-ci au Cap Nègre. On nous explique qu'il a des bonheurs simples : vélo, et « pizza jambon-fromage » quand il descend dans au Lavandou, dans le Var. La crise de l'euro le rattrape mais ne le fait pas revenir à Paris pour autant... pendant 10 jours. Le 10 août, il improvise une réunion à Paris, puis repart au Cap Nègre. Il voulait dire que la France prépare un nouveau de rigueur et qu'il faut inscrire la règle d'or d'équilibre budgétaire dans la constitution ... pour 2013.

Le 16 août, les vacances sont presque gâchées.  Il doit revenir pour une réunion de travail en fin d'après midi avec Angela Merkel.




Super-Sarko va-t-il sauver l'Europe, la France et l'euro ?

Certains journalistes français sont-ils à nouveau aveuglés par Nicolas Sarkozy ? Serait-ce la peur d'un nouveau krach financier ? A l'approche d'une rencontre entre Sarkozy et Merkel à Paris, tout est théâtralisé au mieux et au maximum. Il s'agit d'abord d'oublier le sinistre ratage aoûtien de la semaine passée. Pour se préparer, l'accueil du porte-avion Charles-de-Gaulle était un galop d'essai... symbolique.

Certes, la pression est énorme. E-N-O-R-M-E. Et pour une fois, Nicolas Sarkozy aurait dû s'obliger à abandonner quelques instants le seul prisme électoral franco-français.

Auveuglement...
Emanant du Figaro, les louanges ne surprennent plus. Le site du quotidien, ces derniers jours, en a largement rajouté, comme s'en est bien amusé Arrêtsurimages. On en était presque gêné, à moins qu'il ne fallait prendre certaines de ces manchettes numériques du quotidien de Sarkofrance au second degré (ce qui est toujours possible) : « Sarkozy prépare sa riposte », « Sarkozy veut capitaliser sur la crédibilité ». Dans ses chroniques estivales, le journal s'est même autorisé, le 11 août en pleine crise boursière, un article hilarant sur le nouvel Airbus présidentiel, injustement critiqué (les normes « classe affaires » dateraient des années 1980) et si indispensable parce qu'on peut y multiplier les contacts « en chaussettes ». Quand le Figaro commente la courte visite présidentielle à Toulon vendredi 12 août, cela donne : « À neuf mois de la présidentielle, Sarkozy veut montrer qu’il reste à la manoeuvre, y compris en été ». Mais le Figaro, ces derniers jours, n'était pas seul. 

Le quotidien France Soir avait osé le titre, samedi dernier : « Sarkozy et Merkel sauveront-ils l'Europe ? ». Son directeur de la rédaction, Gérard Carreyrou, fait partie du cercle de séniors qui planchent en parallèle de l'UMP sur l'argumentaire de campagne pour la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. A en croire Arnaud Leparmentier du Monde, il se vante régulièrement d'écrire « 80 % d’éditoriaux favorables à Sarkozy ». Nous sommes prévenus. Ce 13 août, en prévision de la rencontre, demain mardi, de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à Paris, l'article commençait fort : « Le moteur franco-allemand relancera-t-il une nouvelle fois l'Europe ? ». « Nicolas Sarkozy souhaitera certainement faire acte de gouvernance. Au programme notamment, la réforme de la gouvernance économique de la zone euro. » Vraiment ?

L'envoyée spéciale de l'AFP auprès de l'Elysée, Nadège Puljak, était quasiment sur la même longueur d'ondes : « le couple franco-allemand, moteur de l'union économique et monétaire de l'UE, se retrouve à nouveau en pointe pour tenter de juguler une crise jugée par le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, "plus inquiétante" dans l'immédiat que la baisse de la note américaine. » écrivait-elle samedi dernier. « Preuve de la confiance accordée par les milieux économiques au tandem Paris-Berlin, l'annonce de cette rencontre par l'Elysée jeudi avait aussitôt entraîné un rebond des bourses mondiales qui terminaient finalement la semaine en hausse. Paris notamment a terminé sur une hausse de plus de 4%

.. ou réalité
A lire la presse étrangère, la rencontre Sarkozy/Merkel devrait être moins ambitieuse qu'on nous l'annonce. En Allemagne, la ratification parlementaire des dispositions du sommet du 21 juillet dernier n'est pas acquise. Les correspondants (français) du New York Times et du Wallstreet Journal n'attendent qu'un renforcement de la coordination des politiques économiques et notamment fiscales, sous la forme d'un secrétariat permanent de l'eurogroup. Rien de plus. Pas d'eurobonds ni de ministre européen des finances. Le gouvernement économique de l'Europe resterait une négociation quasi-permanente à 17...

Le directeur de la Banque mondiale a prévenu ce weekend: « Ce n'est pas la même crise qu'en 2008. Dans les quinze derniers jours, nous sommes passés d'une reprise difficile - avec une bonne croissance pour les pays émergents (...) mais bien plus hésitante pour les pays les plus développés - à une phase nouvelle et plus dangereuse ».  Ce n'est pas la rencontre Sarkozy/Merkel qui changera quelque chose.

Les vraies mesures, c'est-à-dire le rétablissement des comptes publics, sont visiblement exclues du champ des discussions de mardi. Pourtant, c'est là que le bas blesse.  En France, Philippe Marini, un sénateur UMP, et pas des moindres puisqu'il est rapporteur général à la commission des finances du Sénat, a décidé de prendre au mot le président français. Puisqu'il faut supprimer davantage de niches fiscales, pourquoi ne pas s'attaquer à l'une des plus coûteuses du quinquennat, la TVA à taux réduit de la restauration.

Gilles Carrez, son collègue de l'Assemblée nationale, UMP également, rapporteur général du budget également, a aussi suggéré de créer « une contribution exceptionnelle serait également demandée aux 30.000 foyers fiscaux français qui ont plus de 1 million d'euros de revenus annuels ». Au taux de 2%, « cela représenterait un effort exceptionnel de 10.000 euros par foyer fiscal pour une recette globale de 300 millions ». Notez que les efforts sont permanents pour les pauvres, exceptionnels pour les riches. 

Sarkozy, chef de guerre
Vendredi, le Monarque a pris la parole en public, pour la première fois depuis 15 jours qu'il était parti se cacher reposer au Cap Nègre. Quatorze minutes d'intervention pour célébrer, une fois de plus, l'armée française et les Grands Combats. Le porte-avion Charles-de-Gaulle revenait de 4 longs mois d'intervention au large de la Libye. Le commandement français n'avait pas prévu, en mars dernier, une mobilisation aussi longue.

« C'est avec une très grande tristesse que nous avons appris la mort hier en Afghanistan de l'un de vos frères d'armes (...), victime de la lâcheté d'autres hommes ». Il est toujours difficile de comprendre la vision militaire de Nicolas Sarkozy. Est-il simplement mauvais perdant ? Sans doute. La mort d'un homme, fut-il soldat, est toujours dramatique, surtout pour ses proches. Mais notre Monarque répète à l'envie que nous sommes en guerre en Afghanistan (pour la « liberté », contre les Talibans, le terrorisme, les méchants, l'obscurantisme, et autres blablas). Qui dit guerre, dit pertes militaires potentielles. Pourquoi s'obstiner à accuser l'ennemi de lâcheté ?

« A ces soldats morts au combat, nous devons l'hommage et la reconnaissance de la nation ». Qui le niera ? Personne. Là n'était pas la question.  

Cet hommage aux marins du Charles-de-Gaulle était d'abord une manoeuvre de justification de l'intervention libyenne. Sarkozy avait bien vite évité tout commentaire à fur et à mesure de l'enlisement sur place. « Venir à bord du porte-avion Charles-de-Gaulle est toujours un moment particulier. Cette nouvelle rencontre intervient (...) alors que cela fait bientôt 5 mois que vous êtes déployés au large de la Libye. Cinq mois que vous intervenez dans le cadre d'une mission difficile, au service de la France et de ses alliés, au service du peuple libyen... opprimé... » (il lève la tête de son discours)... « ...violenté par ses propres dirigeants... qui se comportent comme le pire des dictateurs. »

Au passage, il fallait récupérer, faire présidentiel, avoir donc les bons mots:  « Je suis ici pour vous témoigner la totale confiance et la grande satisfaction du chef des Armées mais aussi l'estime de la Nation toute entière. Les Français vous confient leur sécurité, les Français vous confient leur liberté. Je peux leur témoigner qu'elles sont entre les mains les plus expertes ».
Ou encore, à propos des soldats tués au combat en Afghanistan : « Leur sacrifice doit maintenir vivace en chacun de nous la détermination à défendre les valeurs de notre pays » Sommes-nous attaqués ?

Le cas échéant, ne sommes-nous attaqués qu'en Afghanistan ou en Libye ? Sarkozy avait la réponse. Il daigna répondre du bout des lèvres aux critiques, celles qui lui reprochent d'en avoir trop fait, médiatiquement, en Libye, et trop peu, militairement et médiatiquement, en Syrie: en Libye, « notre volonté ne faiblira pas » et « notre effort militaire va demeurer constant ». Pour la Syrie, « La cause de la démocratie pourrait connaître bien des fronts. (….) Si nous participons à l’opération en Libye, c’est pour répondre à la demande d’un peuple qui était soumis à un danger immédiat et parce que la communauté internationale est parvenue à un accord. (…) Grâce à vous, les rivières de sang promises par le colonel Kadhafi n’ont pas coulé, des milliers de victimes innocentes qui auraient été massacrées par un dictateur fou ont été évitées. »

Nicolas Sarkozy, ensuite, a déjeuné avec l'équipage puis est reparti au cap Nègre. Les marins lui ont offert de la layette, bleue et rose, nota l'envoyée spéciale du Figaro.

Quelle information.

Président crédible ? Quand Sarkozy a décomplexé l'extrême droite

On a oublié le président des premières années, décomplexé dans son attitude : jouisseur, bling-bling, familier à la limite de la politesse. Notre Monarque explique aujourd'hui que les épreuves l'ont endurci, l'ont fait changé. Il est comme ça Nicolas, à l'approche de chaque élection majeure, il confie qu'il a changé.

Le 14 janvier 2007, devant quelques milliers de supporteurs lors d'un show à l'américaine de quelques millions d'euros, le candidat d'alors avait bâti son discours d'investiture sur le thème du changement personnel.

Un an après, jour pour jour, le Times, le quotidien conservateur britannique, remarquait : 
« Pour son plus grand malheur, Sarkozy semble toujours frôler la "cool attitude" sans jamais l'atteindre. Il lui manque au moins 5 centimètres pour pouvoir porter des lunettes de soleil aviateur à verres réfléchissants ; grassouillet, il a tout juste 5 kilos de trop pour faire comme Poutine et tomber la chemise en public ; à 52 ans, il est trop vieux de cinq ans pour être pris en photo enlaçant la taille dénudée d'une femme de 39 ans.»
Cette outrance, à l'époque, ne le gênait pas. Cela faisait partir de la rupture. Sarkozy en avait marre des « tabous ». A l'écouter, il n'en a aucun : l'héritage de mai 1968, l'Etat Providence, les régimes spéciaux, les sans papiers, les 35 heures (en 2011 !?), l'illettrisme (sic !), la dépendance, les droits de l'homme en Chine, le RSA jeunes, la réforme des retraites, ...

Mais en fait, sa vraie décomplexion a concerné l'argumentaire du Front national.

En octobre 2007, nous écrivions : « les digues ont sauté ». Effectivement, elles ont sauté. L'immigré est officiellement considéré comme un gêneur contre qui tout est possible, surtout ensemble : les rafles aux sorties d'école si les parents sont clandestins, l'expulsion de smalades, le déremboursement des soins (mais le maintien des cotisations sociales), le test fut-il d'ADN et volontaire, la contestation de jure de sa religion, l'assimilation culturelle.

Cette posture lui est restée chevillée au corps et à l'esprit très longtemps. C'est peut-être le seul sujet sur lequel Sarkozy ne s'est pas renié. L'homme était prêt à tout pour la conquête du pouvoir. Il l'est toujours pour y rester.

En février dernier, à la télévision, il reprenait à son compte cette phrase de Jean-Marie puis Marine Le Pen : « Le multiculturalisme est un échec ». Ce propos ne voulait rien dire. Qui prône le multiculturalisme ? Qu'est-ce que le multiculturalisme ? La diversité des cultures ? La coexistence de cultures ?

Alors... président crédible ?




223ème semaine de Sarkofrance : pourquoi Sarkozy est si mauvais

Il y a quatre semaines, l'hebdomadaire Marianne attribuait quelques notes, globalement très moyennes, à l'action de Nicolas Sarkozy. Il nous fallait donc rappeler, à l'inverse, pourquoi Nicolas Sarkozy nous semble l'un des pires présidents que notre République, la Vème, ait connu. Cette dernière semaine, d'une réunion surprise et ratée qui inquiéta les marchés à un hommage militaire anachronique, en fut une nouvelle et triste illustration.

Il bosse peu
Pendant les 6 premiers mois de son mandat, il s'est donné l'image d'un président volontariste et omni-présent, l'antithèse – voulait-il – du « roi fainéant » précédent, c'est-à-dire Jacques Chirac. Ce fut peut être vrai quelques mois. Personne, pas même les envoyés spéciaux élyséens que nous pouvons être, ne peut prétendre connaître l'agenda de travail de notre Monarque dans ses moindres détail.
Mais depuis deux ans, son agenda se résume à deux déplacements expresses par semaines, quelques remises de rapport, et des weekends vides sauf anniversaires ou célébrations obligatoires. Depuis la fin juin, le Monarque avait même allégé son agenda au point d'être en weekend de trois jours chaque fin de semaine. On applaudit le travailleur !
Quand la crise financière, mêlant instabilité boursière, attaques spéculatives contre les dettes souveraines de pays proches (Italie, Espagne), et dégradation de la note de crédit américaine, s'est aggravée, Sarkozy est même restée au Cap Nègre où il s'était réfugié le 1er du mois. Il a fallu 10 jours de Krach pour qu'il interrompt enfin ses vacances, et revienne à Paris sans crier gare et ni rien annoncer de concret, au risque de raviver les plus folles rumeurs.


Il bosse mal.
Même au plus fort de son omni-présence médiatique, Nicolas Sarkozy agissait finalement peu. Il déclamait beaucoup, et confondait toujours la boulimie législative avec l'action réelle. Bref, Sarkozy avait inventé l'agitation immobile. Parler beaucoup mais agir peu. Mais même sur les rares sujets dont il tenta de s'emparer, son bilan fut médiocre. En quoi Sarkozy est-il compétent ?
Combien de rapports et d'analyses faudra-t-il pour que les Français comprennent ? L'un des derniers ouvrages de la Cour des Comptes, sur la gestion des forces de sécurité, a sonné comme un coup de tonnerre en Sarkofrance : une centaine de conseillers s'étaient minutieusement penchés sur le domaine favori du chef de l'Etat depuis 2002, la sécurité, décortiquant la définition et le suivi des objectifs, l'allocation des moyens, et la cohérence de l'action par rapport à ces objectifs « politiques ». Les conclusions étaient désastreuses pour Nicolas Sarkozy, et enfin pouvions-nous comprendre pourquoi les résultats en matière de lutte contre l'insécurité étaient également très mauvais. Les violences aux personnes ont augmenté, en bientôt dix années de gestion sarkozyenne, de 350.000 par an à près de 500.000 par an.
Autre exemple d'incompétence, politique celle-là : rappelez-vous la séquence de mai 2007 à janvier 2008. Nicolas Sarkozy avait les pleins pouvoirs, les faveurs de l'opinion du jeune élu, l'atonie de l'opposition, bref, tout pour réussir un minimum. Et bien, en 6 mois, il s'est complètement auto-détruit : il a raté l'occasion des réformes difficiles et s'est brouillé durablement avec l'opinion. Au printemps 2008, on se demandait déjà si Fillon ne devait pas le remplacer...
En novembre 2010, la réforme des retraites est adoptée. On pourrait croire que c'est le seul élément « positif » de son bilan, la « véritable » réforme de ce quinquennat. C'est pourtant faux. Les parlementaires, mêmes à droite, ont critiqué l'impasse budgétaire, et les hypothèses de croissance économique farfelues. En pleine crise, la réforme a aussi transformé des futurs retraités en chômeurs. Une première étude de l'Unedic chiffre à 8.700 le nombre de chômeurs restant inscrits à Pôle Emploi cette année malgré une durée de cotisation suffisante.
Last but not least, comment ne pas s'émouvoir de la dégradation des comptes publics, au-delà du simple effet de la crise ? La Cour des Comptes l'a écrit et répété. Les défiscalisations « ante-crise » de Nicolas Sarkozy ont été anachroniques et contre-productives. Même en matière de gestion des propres deniers de l'Elysée, ses caprices aéronautiques ont coûté une grosse trentaine de millions d'euros de trop !

Il n'est pas au contact des Français
Sarkozy fait semblant de travailler. Toutes les semaines, il s'impose deux déplacements, parfois de terrain, parfois internationaux. 110 en 2009, 99 en 2010. Même pour quelques heures, il dépense entre 100 et 200 000 euros entre l'aménagement, les transports et le filmage systématique de ces prises de paroles.
A chaque fois, une table ronde, avec ses questions pré-cadrées, ses réponses préparées, ses anecdotes pré-choisies. Depuis 2009, les lieux sont toujours à l'écart, facilement sécurisés par des centaines de policiers et gendarmes. L'assistance est toujours choisie parmi des militants ou sympathisants UMP invités. Jamais elle n'a le droit à la parole de façon improvisée. Le Monarque lit souvent des fiches préparées par ses conseillers, et repart comme si de rien n'était. Les journalistes non plus n'ont pas droit à poser une quelconque question. Ils sont contraints à suivre le parcours.
Ce tour de France dure depuis plus de deux ans. Certains sujets, pourtant nationaux et importants, sont totalement occultés: la crise de l'euro, la montée du chômage, la précarisation d'une frange croissante de la population. Sarkozy thématise à l'extrême ses déplacements pour éviter les questions gênantes.

Il n'anticipe rien
Depuis quelques mois, on voudrait nous faire croire qu'il est « expérimenté » et « crédible », devant « des risques terroristes, de guerre et des risques financiers autour de l'euro. » Pourtant comment l'un des hommes les mieux informés du pays a-t-il à ce point tout raté ? Voici trois exemples, si frappants.
La crise des subprimes a débuté aux Etats-Unis dès l'été 2007. A l'époque, Sarkozy nous vantait encore l'emprunt immobilier sans apport personnel ! Et son gouvernement maintenait que la crise ne concernerait pas la France. En décembre 2007, les économistes de tous bord craignaient déjà le spectre de la crise de 1929. En septembre 2008, c'est la déconfiture financière et... médiatique. Sarkozy mit 11 longs jours à réagir officiellement au krach boursier. Cet aveuglement a eu d'autres effet : chaque année, le gouvernement bâtit son budget sur des hypothèses de croissance, qui déterminent le niveau de rentrées fiscales attendues. Parfois, en cas de crise soudaine, il est pris de court. Ce ne fut pas le cas de Nicolas Sarkozy. Dès l'été 2007, les prévisions gouvernementales étaient contredites par tous les instituts et organisations internationales. Et Quatre ans plus tard, rien n'a changé. Il y a deux jours, la Banque de France, suivant l'INSEE, annonçait que la croissance serait moindre que les 2 à 2,25% attendus par Sarkozy en 2011. Qu'importe ! Le gouvernement s'obstine.
Autre lieu, autre exemple. En août 2008, il rencontrait Vladimir Poutine, en partance pour l'inauguration des JO de Pékin. On les voit tous les deux s'embrasser. Quelques heures avant, Poutine avait pourtant envahi la Géorgie, une information qui ne deviendra publique que plus tard. Sarkozy a-t-il au moins discuté de la chose ? Etait-il prévenu d'une confidence de son ami russe, ou fut-il pris au dépourvu comme tout le monde ?
En décembre 2010, le printemps tunisien démarre un peu avant Noël. Il faudra attendre des morts et des mois pour que la Sarkofrance réagisse timidement. Quand des émeutes secouent à leur tour l'Egypte de Moubarak, rebelote. L'aveuglement est total. Sarkozy crut bien se racheter en attaquant la Libye sous mandat onusien. Il oublia au passage qu'on tuait davantage ... en Syrie.

Il ne comprend rien
Etre président n'a jamais nécessité de comprendre les moindres détails de chacun des sujets sur lesquels on sera amené à intervenir. Mais Nicolas Sarkozy, candidat puis président, espère toujours nous faire croire qu'il a tout compris. Comme c'est évidemment faux, c'est dangereux.
Son insistance à simplifier des enjeux que ne peuvent pas l'être, comme fin juillet lors de la crise de l'euro, en est devenue gênante. Cette semaine passée, l'incroyable ratage de son exercice de communication politico-financière mériterait réflexion. En revenant secrètement à Paris mardi soir pour tenir une réunion ministérielle surprise mais sans annonce le lendemain matin, Nicolas Sarkozy semblait s'adresser à l'électorat plus qu'aux marchés, quitte à provoquer encore davantage de panique boursière. 

Il raconte tout et son contraire
Les historiens s'amuseront plus tard de deux séquences incroyables. Pendant 3 ans, Nicolas Sarkozy nous a répété combien la France devait s'inspirer du bouclier fiscal allemand, mis en place par les « socialistes allemands ». A chaque fois qu'il répétait cette ânerie, journalistes, éditorialistes et blogueurs répétaient que le bouclier fiscal allemand était un mythe, que Sarkozy faisait de graves raccourcis. Puis, à l'automne 2010, changement de registre. Au nom de la convergence fiscale franco-allemande, il nous fallait abroger ce bouclier fiscal franco-français...
Second exemple, le partage de la valeur ajoutée. Combien de fois Nicolas Sarkozy a-t-il répété depuis 2008 qu'il souhaitait qu'un accord soit trouvé « dans les trois mois » entre patronat et syndicats pour que les bénéfices des entreprises soient partagés en trois tiers, investissement/actionnaires/salariés ?
Son narcissisme l'aveugle
Le narcissisme de Sarkozy est devenu légendaire. Ses caprices coûtent cher à l'Etat, comme l'a récemment rappelé la Cour des Comptes. Pouvez-vous trouver un seul discours sans une avalanche de « je » ? Un seul sujet d'intervention publique réellement désintéressé ? Prenez l'actualité récente, et le prétendu sauvetage de l'euro par sa Majesté Nicolas Ier.
Une récente livraison du Canard Enchaîné, le 27 juillet dernier, nous livrait quelques perles : « si je n'avais pas été là, il n'y aurait pas eu d'accord. (…). J'ai fait exactement comme Henry Fonda, dans un film que j'adore, « Douze hommes en colère », qui retourne un à un les jurés pour sauver la tête d'un jeune homme promis à une condamnation à mort. J'ai retourné les uns après les autres les chefs d'Etat et de gouvernement, ceux qui voulaient faire peur à la Grèce (…). J'espère qu'on aura l'honnêteté de le reconnaître. »
On oublierait presque que (1) Sarkozy s'est publiquement désintéressé de la crise de l'euro et de la Grèce pendant les 15 jours qui précédèrent le sommet du 21 juillet, (2) qu'il a exclu son propre gouvernement des derniers jours, (3) qu'il a surtout lui-même cédé sur les points essentiels qui bloquaient avec l'Allemagne (concours du secteur privé, prêts du FESF, défaut de paiement de la Grèce).

Incompétent, narcissique, incohérent, imprévoyant,... qui dit mieux ?

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