Sarkozy se la coule douce, Fillon rame.

Fichu weekend. Sarkozy est arrivé, décomplexé, dès vendredi au Fort de Brégançon. Il s'est montré en mini-voiture, sa douce et tendre à ses côtés. Il a fait du vélo. Il a nagé. Sarkozy bosse à mi-temps. Il se fait oublier.

Il est à nouveau en vacances pour 4 jours. Sa prochaine apparition publique est prévu mardi.

Sarkozy glande, la France souffre, l'Europe s'emballe, le monde se déchire.

Cherchez l'erreur.

Sarkozy se repose
Ses conseillers travaillent pour lui. Mercredi, ils ont eu peur. Les photos de Nicolas et Carla en couverture de Match ont failli plomber les efforts de communication de ces derniers jours. Il paraît que « ça frémit » dans les sondages. Il ne faudrait pas tout ruiner. Jeudi 14 juillet, en urgence, on a donc convoqué Nice-Matin (le même journal qui a fourni un reportage TV sur l'absentéisme scolaire mettant en scène l'attachée de presse du député UMP Eric Ciotti en « mère de famille éplorée»). Le quotidien local fut trop heureux de consacrer sa couverture à une interview de Carla Bruni-Sarkozy célébrant la compassion et l'effort de son « mari ».

Parmi les conseillers, Brice Hortefeux tient une place de premier ordre. Malheureusement, il est toujours aussi mauvais et gaffeur : « La tendance est à la hausse pour Nicolas et il n’y a pas d’appétence pour les socialistes » a-t-il expliqué dimanche au JDD. « Depuis l’automne dernier, il n’y a plus de faute. Maintenant il faut tenir. » Depuis l'automne, Sarkozy a loupé le Printemps arabe, remanié deux fois son gouvernement, et raté la crise de l'euro. Aucune faute ?

Finalement, ce type est dangereux.

Quatre des conseillers sarkozyens préparent l'après-2012. Ils se présenteront à la députation l'an prochain. Le JDD nous apprend que le secrétaire général adjoint Jean Castex (maire de Prades) visera les Pyrénées-Orientales, Boris Ravignon les Ardennes, Éric Schahl le Bas-Rhin, et Sophie Dion la Haute-Savoie.

Mardi 19 juillet, le Monarque s'affichera à la « cérémonie nationale d'hommage aux soldats tombés dans l'accomplissement de leur devoir en Afghanistan », aux Invalides. Le communiqué élyséen précise que le Monarque commencera par rencontrer « à huis clos », les familles des militaires décédés au Palais de l'Élysée. Après deux déplacements en province et un conseil des ministres, Sarkozy repartira en weekend prolongé dès jeudi soir, 21 juillet.

La vie est belle à l'Elysée.

Fillon dérape
A Paris, Eva Joly, la candidate écologiste à l'élection présidentielle, avait lâché qu'elle préfèrerait remplacer le défilé militaire du 14 juillet par un défilé citoyen. Sarkozy a laissé ses sbires répliquer sur le thème de l'identité nationale : Mme Eva Joly ne comprendrait rien à notre Grande Histoire (Henri Guaino, conseiller élyséen), elle n'est pas assez Française (François Fillon, premier ministre ou Lionnel Luca, député UMP), elle devrait repartir en Norvège (Lionel Tardy, député UMP), elle incarne l'anti-France (Guy Tessier, président UMP de la Commission Défense à l'Assemblée). Pour un peu, Brice Hortefeux lui aurait retiré la nationalité française qu'elle n'a que depuis ... 50 ans.

Samedi, François Fillon en rajoute. Il sillonne l'Afrique. La Françafrique, c'est important. Fillon l'a qualifié de « logiciel dépassé ». Fillon, comme Sarkozy, aimerait que l'influence française dépasse les frontières des seules anciennes colonies francophones : « la France a décidé de réorienter radicalement sa politique en Afrique ». C'est la seule différence d'avec l'ancien concept. Pour le reste, la Sarkofrance restera un «partenaire privilégié» en Côte d'Ivoire grâce aux 900 soldats français qu'elle laissera sur place. Nicolas Sarkozy l'a confirmé en juin dernier, lors de l'inauguration .

D'abord en Côte d'Ivoire, le premier ministre espère bien qu'Alassane Ouattara, le nouveau président, se souviendra du soutien français. Jeudi dernier, il a joué à la droite « décomplexée ». Quand il est arrivé à Abidjan, François Fillon fut accueilli par un orchestre. Ce dernier, lucide, jouait, « Just a Gigolo ».David Douillet, nouveau secrétaire d'Etat pour les électeurs Français de l'étranger était du voyage.

De Libreville, dimanche, Fillon complète son attaque contre Eva Joly : « On me dit qu'il y a une polémique en France sur les propos que j'ai tenus en réponse à Madame Joly qui proposait de supprimer le défilé militaire du 14 juillet. Je vais vous dire: je m'en félicite parce que je suis en colère. » L'homme sait donc perdre ses nerfs pour des polémiques futiles. Il se murmure qu'il aimerait conquérir la Mairie de Paris en 2014 avant, en 2017, la prochaine présidence.

On s'en souviendra.

Baroin se/nous trompe
Vendredi, François Baroin pavanait. L'European Bank Authority venait de rendre publics les résultats des « stress-tests » des banques européennes. Huit banques ne les ont pas réussi. Aucune n'est française. Baroin était « trop » content.

Ces stress-tests visaient à évaluer les capacités de résistances des banques en cas de krach boursiers. Mais pas en cas de faillite d'un Etat, ou de crise de l'euro. En d'autres termes, ces tests ne donnent aucune indication sur l'état de résistance de nos banques si la Grèce sort de l'euro, pour dévaluer sa monnaie par exemple. Le test évaluait le niveau de fonds propres d'une banque par rapport aux actifs détenus, pas le risque de défaut d'une dette souveraine.

Pire, la France n'a présenté que 4 banques, contre douze pour l’Allemagne et vingt-cinq pour l’Espagne. Sur Electron Libre, Alexandre Kobbeh rappelle que « l’agence Reuters, en simulant ce « stress test » avec les critères de Bâle III (7%), fait tomber 41 banques sur 90 (dont deux françaises) ». Sur son blog, Georges Ugeux, banquier d'affaires, complète : « les stress tests des banques européennes constituent un faux ». Ou encore : « l’Europe vient de franchir un pas dangereux pour sa crédibilité: (...)  elle a accepté de camoufler une situation infiniment dangereuse pour  une partie de son système bancaire ».


En Syrie, quelques dizaines de civils ont été à nouveau tués ce weekend par les forces de Bachar El Assad.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Pourquoi la crise de l'euro ne bouscule pas les vacances de Sarkozy

Vendredi 15 juillet, Nicolas est reparti retrouver Carla, au Fort de Brégançon. Il fallait encore quelques photos de père attentionné et fidèle pour satisfaire la presse people. Il ne restait plus beaucoup de temps pour faire oublier la villa prêtée de Wolfeboro (2007) ou les séjours répétés à Marrakech aux frais du roi. Sa belle s'était montrée en bikini, le ventre bombé par l'heureux évènement attendu pour la fin du mois de septembre, à tous les paparazzi logés en face de la plage du Fort présidentiel.

« Mon mari m'a dit »
Jeudi, elle avait participé, à sa façon, au cérémonies du 14 juillet, en  recevant dix épouses de marins en opérations (« Mon mari m’a dit : pourquoi ne pas inviter les épouses des marins, basés à Toulon ? Cela me semblait nécessaire et important. Et puis pour moi, ça touche aussi une corde sensible »). Et vendredi, elle donnait une interview incroyable au quotidien local Nice Matin. Ainsi, elle est admirative de son mari : « Je m’intéresse forcément à son travail. Aujourd’hui, je le sais bouleversé par la mort des soldats. Son discours aux forces armées était très beau et solennel. »

Ensuite, grande nouvelle, elle est bien enceinte : « C’est un très grand bonheur pour moi, mais il est somme toute banal, et d’un autre côté, les gens ont bien d’autres problèmes, et ce serait déplacé de trop en parler.» La discrétion version Carla, c'est photos et entretien dans la presse ! Au reporter local inquiet que le Fort de Brégançon ne soit trop « spartiate », la première dame rassure : « Il est très confortable. Spartiate, je ne dirais pas ça. Il est surtout magnifique ! Sans doute l’héritage de Bernadette Chirac, une vraie maîtresse de maison. Moi, je suis un peu plus bohème…»

Sarkozy se fiche de l'euro... ou bien.
Nicolas Sarkozy n'était pas loin. Un temps, il a cru devoir partir à Bruxelles pour un conseil européen extra-ordinaire. La crise européenne est si grave qu'il fallait bien se bouger. En début de semaine, l'agence Moody's dégrade de 4 crans la note du Portugal. L'Irlande suit également. Mercredi, l'agence Fitch du Français Marc Ladreit de Lacharrière (un autre du dîner du Fouquet's), comme Standard & Poor's, avait dégradé la note de crédit de la Grèce à l'infamante CCC. Sur son site, Fitch expliquait regretter « l'absence d'un nouveau plan d'aide crédible et financé de l'Union Européenne et du FMI ». On appelle cela une gifle, et une belle. La cacophonie européenne est telle qu'elle en devient dangereuse.

En début de semaine, l'Italie était à son tour menacée. Elle obtint, mercredi soir, un répit de la même agence Fitch toute heureuse du nouveau plan de rigueur promis. Le Portugal est déjà noté « BBB- », comme l'Irlande (BBB+). Le grand jeu des notations des Etats accrocs à l'emprunt boursier a pris une nouvelle tournure.

L'heure était donc grave. Et étrangement, Sarkozy préfère la discrétion. A-t-il changé depuis 2007 ? A l'époque, il nous promettait de résoudre tous les blocages, mini-traité à l'appui. Sa présidence de l'union, au second semestre 2008, nous coûta 171 millions d'euros en déplacements et réceptions tous azimuts. En 2009, crise oblige, il ne pensait qu'au « gouvernement économique européen » et à la « convergence fiscale franco-allemande ». Ces deux concepts ont disparu du vocabulaire sarkozyen. En mars dernier, au pire moment des nouvelles attaques spéculatives contre l'euro et la dette grecque, il était encore solennel. Mais ces derniers jours, rien, nada, silence radio.

Il y a deux raisons évidentes à cette attitude soudainement discrète.

Sarkozy était d'abord tout entier concentré à sa séquence militaire : voyage en Afghanistan, visite d'hôpital, défilé du 14 juillet, déjeuner avec des soldats... On ne peut pas tout faire !

Deuxièmement, le climat anxiogène qui se développe jour après jour en Europe n'est pas pour lui déplaire. Cela sert sa maigre cause électorale, et l'image d'un président « protecteur » dans un monde « agité ». Cela sert aussi la défense de son bilan : regardez, mesdames, messieurs, c'est pire ailleurs !

En France, Nicolas Sarkozy veut ainsi faire voter « la règle d'or », une sorte d'obligation constitutionnelle faite aux gouvernements de présenter des budgets publics équilibrés ou en passe de l'être. On pourrait croire à un remords de dernière minute. Comme le rappelait François Hollande mardi dernier, notre Monarque aurait pu la mettre en place plus tôt que dans les derniers mois de sa présidence. Sarkozy a battu trois records de la Vème République : endettement public, déficit commercial, et... violences aux personnes. On applaudit. Sa gestion économique et fiscale, depuis 2007, nous a coûté une belle trentaine de milliards et pèse pour les deux tiers du déficit budgétaire de l'an passé.

Avec cette mesure, Sarkozy espère « coincer » le parti socialiste dont il juge le programme trop dépensier. La manoeuvre est minable mais attendue. Malheureusement pour lui, les candidats à la primaire socialiste ont (tous) fait acte d'allégeance au besoin de réduire la dette publique.

Finalement, il n'y a pas eu de sommet européen vendredi à Bruxelles. Rendez-vous a été pris pour le 21 juillet.

Angela Merkel fait une tournée en Afrique.

Et Nicolas ne peut rien faire sans Angela.

219ème semaine de Sarkofrance : les mises en scène de Sarkozy

Les clichés se sont croisés, annulés, bousculés. Mardi, Sarkozy paradait en Afghanistan, « sur le front ». A Paris, on s'amusait de quelques photos faussement volées le montrant bedonnant avec une Carla largement enceinte au bord de la plage du Fort de Brégançon. 

«  Évidemment, tout cela est soigneusement mis en scène. » Au Figaro, Charles Jaigu s'agace parfois de son objet d'analyse quotidienne. Ainsi, lundi 10 juillet, l'envoyé spécial du quotidien de Sarkofrance nous dévoilait le menu de la semaine concocté par les conseillers élyséens : Sarkozy serait chef de guerre. Chacun de ses faits et gestes seraient aux couleurs kaki. Visite d'un hôpital militaire, défilé du 14 juillet, déjeuner avec des soldats rentrant d'opérations, etc. Même Carla Bruni fut mise à contribution. Contrainte au repos à Brégançon, elle reçut, jeudi 14 après-midi, une dizaine d'épouses de militaires de la région.

Divertissements militaires
Mais le clou de cette séquence thématique était le voyage surprise, mardi 12 juillet, en Afghanistan. Il fallait faire oublier l'enlisement en Libye. Il y a deux mois, Sarkozy avait promis qu'il viendrait à Benghazi. Puis, il espéra que le colonel Kadhafi tomberait avant le 14 juillet, afin de permettre un défilé triomphal de soldats rebelles libyens sur les Champs Elysées. Il avait même fait livrer quelques armes et munitions voici 3 semaines. Las, rien n'y fait. La guerre en Libye est plus complexe que le raisonnement binaire de Nicolas Sarkozy. Chaque tribu reste sur ses positions. Kadhafi attend le début du ramadan, le 1er août prochain. Maigre consolation, le groupe de contact (et les Etats-Unis) ont reconnu le CNT comme seul gouvernement légitime de Libye.

Dès lundi soir, le Monarque s'envolait donc pour l'Afghanistan, 6 heures sur place, au milieu des soldats dans la région de Kapisa. Une petite estrade avait été dressée dans une base avancée. Sarkozy avait des accents bushiens : « Soldaaaaats ! ! La France est fière de vous !! » Car, évidemment, nous défendons là-bas la « libertééééé » contre l'obscurantisme. En Syrie, bien plus près, un dictateur continue ses massacres de civils.

Ce jour-là, la France perdit surtout 5 nouveaux soldats, puis un sixième le lendemain, portant à 70 le nombre de tués de cette intervention française. Depuis longtemps, on se demande ce que l'on fait encore là-bas. Même Sarkozy s'interrogeait quand il promit, en avril 2007, de retirer les troupes françaises. Seulement voilà, notre Monarque est une girouette et la Sarkofrance, en Afghanistan, un supplétif. Au printemps 2008, Sarkozy réintégra le commandement militaire de l'OTAN, puis renforça de 700 hommes nos forces en Afghanistan. Quand Barack Obama, sans doute enfin conscient de l'impasse militaire et du coût insupportable de l'opération décida de lâcher prise, Sarkozy sans remords ni gêne suivit la volte-face en quelques heures à peine.

Evidemment, devant les soldats de la base avancée de Tora, notre Monarque loua l'initiative et l'indépendance de la France. Personne n'était dupe et le moral des troupes n'est pas bon. La France n'a plus les moyens de ses ambitions, même quand celle-ci sont modestes. les pays est fauché. En Libye, environ 200 millions d'euros ont été engloutis en 4 mois d'opérations. Or le budget de la Défense devait « rendre » quelque 3 milliards d'euros cette année (sur 42 milliards), pour cette autre grande cause nationale, le redressement des comptes publics.

Jeudi, le 14 juillet fut donc salement gâché par cette hécatombe imprévue. Si gâché que Sarkozy organisa un « conseil de sécurité » à l'Elysée juste après les cérémonies, et dépêcha le chef de l'armée de terre à Kaboul pour qu'il lui étudie comment mieux protéger les troupes. A quarante-huit près, c'est bien bête... il aurait pu voler sur Air Sarko One.

Triste réalité
Au pied des Champs Elysées, Nicolas Sarkozy eut quelques mots pour les caméras de TF1 et France 2. Il promit à tous les dictateurs du monde la Cour pénale internationale. On avait presque oublié qu'il y a tout juste un an, la France adaptait notre droit pénal à la Cour pénale internationale d'une façon bien légère et bien protectrice pour les méchants de ce monde : « notre » loi contre les crimes de guerre protégeait leurs auteurs si ces dernier ne connaissaient l'illégalité de leurs actes et soumettait les poursuites en France à plusieurs conditions.

Cette malheureuse séquence militaire était initialement destinée à nous divertir. Il fallait oublier ces méchants rapports de la Cour des comptes, de la dérive des finances publiques à la mauvaise gestion de nos forces de sécurité, ou ce dernier si critique contre le dernier dada du monarque Nicolas, la video-surveillance. Il fallait éviter de commenter l'absence de coup de puce du SMIC. Au 1er juillet, date habituelle pour cette revalorisation, le gouvernement avait dit qu'il attendait le 1er août. Et bien finalement, grâce aux soldes, l'inflation a fléchi en juillet juste ce qu'il fallait pour retomber en de-ça du seuil d'indexation automatique !

Il fallait penser à autre chose qu'à la crise de la zone euro, voire, pire, qu'à ces méchantes affaires qui avaient pollué l'été dernier.

Il y a un an, le 12 juillet 2010, Nicolas Sarkozy était intervenu à la télévision. Lors d'un entretien d'une grosse heure, quarante-huit heures avant les cérémonies du 14 juillet, il avait voulu « innover », en évitant la traditionnelle intervention post-défilé qui faisait les beaux jours des présidences Mitterrand et Chirac. Ce 12 juillet 2010, Nicolas Sarkozy avait surtout été contraint et forcé à réagir à une actualité agitée. De l'affaire Woerth/Bettencourt, démarrée le jour même de la présentation du projet de réforme des retraites un mois plus tôt, aux cigares de l'éphémère Christian Blanc, au vol en jet privé d'Alain Joyandet, son équipe était secouée et à bout de souffle. On attendait le Grand Remaniement, nous eûmes droit aux petites explications.

Un an plus tard, Sarkozy pouvait croire que ce sale climat était derrière nous, que les scandales politico-judiciaires ne sont plus que de l'histoire ancienne. Eric Woerth n'est plus ministre depuis plus de 6 mois (même si Sébastien Proto, son jeune directeur de cabinet proche du milieu des jeux en ligne vient de refaire surface au cabinet de Valérie Pécresse). Sarkozy est parvenu à nous faire oublier les invitations privées chez des autocrates arabes (Fillon, Alliot-Marie, Longuet et lui-même) et par quatre mois de raids aériens en Libye. Au Figaro, ses conseillers confiaient, lundi dernier, que Sarkozy est « à l'abri des éventuels rebondissements de l'affaire Karachi ». Cette semaine pourtant, le site Mediapart lâchait de foudroyantes révélations sur les liens anciens et rémunérateurs entre Ziad Takieddine, l'un des intermédiaires des ventes de sous-marins au Pakistan en 1994 (à l'origine du Karachigate) et le cercle proche de Nicolas Sarkozy : des photos publiées, on comprend que l'homme a généreusement invité Hortefeux, Copé, Gaubert (cet ancien chef de cabinet de Sarkozy à Neuilly perquisitionné par la police voici 10 jours), Charon, Guéant. Avis d'impositions à l'appui, on découvre que M. Takieddine ne paye aucun impôt sur la fortune et ses revenus, pourtant très conséquents depuis les affaires confiées par le gouvernement Balladur en 1994-1995.

Campagne électorale
Mardi 12 juillet, Eva Joly fut désignée candidate écologiste. Elle fit scandale, deux jours plus tard, quand elle proposa de remplacer notre pompeux déploiement de forces armées par un défilé citoyen. Fillon l'accusa de ne pas être « assez française »; le député UMP Guy Tessier, pourtant président de la commission de la Défense, la qualifia d'anti-France, une expression rarement usitée depuis Pierre Laval et le Maréchal Pétain.

Mercredi 13 juillet, les candidats aux primaires socialistes devaient se déclarer. François Fillon, lui, recevait les parlementaires UMP pour son traditionnel rendez-vous. L'Etat « impartial » était presque là : Bernard Accoyer (président de l'Assemblée nationale), Gérard Larcher (président du sénat), ... il ne manquait plus que Nicolas Sarkozy. Le candidat avait fait sa propre réunion de campagne la semaine dernière. Triste France, triste clan.

Nos amis sarkozystes pouvaient se réjouir. Pour la première fois depuis des lustres, leur champion fait enfin jeu égal avec ses concurrents socialistes Hollande et Aubry dans les sondages de premier tour de l'élection présidentielle. Sarkozy peut donc gagner. Sur ce blog et ailleurs, nous ne cessons de le répéter.

Vendredi, Nicolas Sarkozy partit rejoindre son épouse. Cette semaine de 4 jours n'avait que trop duré. Un temps, on a cru qu'un conseil européen exceptionnel se tiendrait à Bruxelles. Ce sera finalement pour le 21 juillet. En quelques jours, le Portugal puis la Grèce ont vu leur note de crédit être dégradée par les agences de notation. L'Italie, menacée à son tour, était sauvée in extremis par l'adoption d'un nouveau plan de rigueur jeudi.

Ni les agences ni les marchés ne croient plus à la solidarité européenne. Sarkozy, sur ce terrain, a bien changé depuis les premiers mois de son mandat. En 2007-2008, il s'agitait pour sortir l'Europe de son blocage institutionnel. En 2009-2010, crise oblige, la gouvernance économique européenne était l'objet de tous ses discours. Cette année, il se fait discret. La frénésie des bourses européenne favorise un climat anxiogène très favorable à sa nouvelle posture de campagne électorale. Dans un monde agité, suivez le Guide !

Cette instrumentalisation permanente de l'actualité, parfois excessivement dangereuse, reste l'un des fondamentaux de l'attitude sarkozyenne.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Sarkozy : la fête gâchée du 14 juillet

La fête a été doublement gâchée. De retour d'Afghanistan, Nicolas Sarkozy voulait continuer sa séquence militaire jusqu'à la visite de l'hôpital militaire de Percy puis le défilé de nos forces armées le 14 juillet. A déjeuner, il avait renoncé à sa garden party (comme l'an dernier), pour réserver son déjeuner à quelques militaires. Cette semaine, on vous l'a dit, on nous l'a dit, Sarkozy endossait le treillis !

Mais mercredi 13 juillet, on apprenait la triste nouvelle. Cinq soldats français et un civil afghan étaient tués dans un attentat suicide en KapisaJeudi, nouvelle épreuve, un autre soldat français était tué dans la même région. Notre Monarque venait pourtant d'annoncer le retrait des forces françaises d'ici 2014. Rapidement mercredi, un officier avait expliqué qu'il était « possible sinon probable » que les auteurs de l'attentat ne soient pas Afghans. Il faut maintenir, coûte que coûte, le story-telling officiel d'un combat pour la liberté.

« Pourquoi sommes nous là-bas ? » s'étonnait enfin le commentateur Jean-Claude Narcy, sur TF1, vers 9h50 jeudi matin ? « Nous sommes là bas pour remplir une mission (...). Il s'agit d'aider le peuple afghan à vivre libre », répondit un amiral. Personne ne fera donc le bilan, désastreux, de l'intervention française en Afghanistan depuis 2007.

Par souci d'affichage et de communication, Sarkozy annonça, en marge de sa visite, qu'il convoquait un conseil de sécurité dès midi ce 14 juillet : « Je réunirai à midi aujourd'hui un conseil de sécurité avec le Premier ministre, le ministre de la Défense, le chef d'état-major des armées pour que nous organisions les nouvelles conditions de sécurité de travail de nos soldats dans la période de transition qui s'ouvre entre aujourd'hui et le départ des forces françaises d'Afghanistan. Il y a donc un nouveau contexte et, face à ce nouveau contexte, il faut de nouvelles mesures de sécurité ».

Ces 6 morts français en 24 heures sont une sale nouvelle. 

Autre grave déception, la Libye. Dans son rêve, Nicolas Sarkozy espérait voir défiler sur les Champs Elysées les troupes d'une Libye libérée. Il avait même promis, sans donner de date, qu'il se rendrait à Benghazi. Mais, quatre mois presque jour pour jour après le déclenchement des opérations libyennes, la situation sur place était toujours bel et bien enlisée. La réalité tribale, la résistance du clan Kadhafi, les hésitations occidentales ont figé le terrain. Des contacts directs ont bien eu lieu, ces derniers jours, avec des représentants du dictateur libyen. Béchir Salah Béchir, chef de cabinet de Kadhafi, est ainsi venu rencontrer son ami Claude Guéant, Alain Juppé et même Nicolas Sarkozy.

Mais, selon le Monde, ce dernier entretien s'est très mal passé, Sarkozy réclamant, intransigeant, le départ pur et simple du dictateur. En bas des Champs Elysées, à l'issue de sa revue des troupes, Sarkozy eut la poignée de mains rapide pour Gérard Longuet, son ministre de la Défense. Ce dernier s'était fait sévèrement rabroué quelques jours auparavant. Il avait confié, publiquement : « Kadhafi peut rester, dans une autre pièce de son palais, avec un autre titre

Par défaut, le Monarque avait décidé d'honorer l'Outre-Mer, et « les forces déployées dans nos départements et collectivités d'outre-mer ainsi que l'apport de ces territoires aux traditions militaires françaises ». L'actualité ajouta un triste hommage aux forces engagées dans les opérations extérieures (Côte d'Ivoire, libye, Afghanistan).


Dans sa traditionnelle livraison de médailles du 14 juillet, la liste des honorés d'une Légion d'honneur ne lassait pas de surprendre. On sent l'élection proche. Il y a bien toujours quelques patrons proches, mais aussi nombre de personnalités de la culture. Attention ! Le nouveau Sarkozy est c-u-l-t-i-v-é !


Fallait-il être fier de ce 14 juillet ?

Ce jour-là, Nicolas Sarkozy eut quelques mots, en direct des Champs Elysées, debout sur l'asphalte à l'issue du défilé. Jean-Claude Narcy (TF1), habitué des mariages princiers et Marie Drucker (France 2), ancienne compagne du ministre Baroin, étaient là pour poser quelques questions. Narcy fut le plus hargneux : pourquoi n'est-on pas parti plus tôt ? Ou encore : en Libye, c'est pas l'impasse ?. Sarkozy conserva son calme. Quand Marie Drucker demanda ce qu'il pensait de la Syrie...
Sarkozy : « En Syrie, l'attitude de M. Bachar El -Assad est inadmissible (...).»
Drucker : « Vous le regrettez ?»
Sarkozy : « Non...»
Le Monarque expliqua ensuite qu'aucun dictateur n'était à l'abri du tribunal pénal international. En France, le gouvernement Sarkozy fait tout, vraiment tout, pour que les poursuites contre quelques autocrates africains n'aillent pas jusqu'au bout.

En juillet 2008, un autre 14 de célébration nationale, le même Sarkozy avait invité tout ce que la Méditerranée comptait de dictateurs sanglants. Deux ont depuis été renversés. Un autre est toujours là.

Ce que l'on sait des relations entre Ziad Takieddine et Nicolas Sarkozy

Qui est Ziad Takieddine ? Osez le qualifier de marchand d'armes et vous recevrez quelque menace d'avocat. Disons donc qu'il est l'intermédiaire très doué de certains dans quelques faramineux contrats, amis des mêmes et de quelques autres, et qu'il fréquente depuis bientôt 20 ans, une bonne partie du cercle proche de Nicolas Sarkozy.

En 1994, sans doute vers la fin de l'année, cet homme aurait été « imposé » par le gouvernement d'Edouard Balladur dans la vente de sous-marins français aux autorités pakistanaises.

Pour rappel, en mai 2002, quinze personnes dont onze Français employés de la DCN étaient tués dans un attentat à Karachi. Sur le coup, on accusa les islamistes. Onze ans plus tard, cette hypothèse ne convainc plus grand monde. Grâce aux deux enquêtes menées d'une part par le juge Marc Trévidic (sur l'attentat), et, d'autre part, par les juges Le Loir et Van Ruymbeke (sur les rétro-commissions éventuelles), la piste d'une vengeance (pakistanaise ?) après l'interruption du versement des commissions clandestines aux intermédiaires du contra Agosta tient la corde. Cette dernière piste conduit à ... Ziad Takieddine.

« Cet homme est une bombe à retardement pour le clan Sarkozy » écrivaient Fabrice Arfi et Karl Laske pour Mediapart le 10 juillet dernier. Et les deux journalistes livraient quelques incroyables révélations, complétées le 12 juillet par une seconde salve.

Un ami
Ziad Takieddine est un ami du premier cercle, un proche du clan Sarkozy. Pour preuve, Médiapart a d'abord publié plusieurs photos privées montrant l'intermédiaire franco-libanais recevant sur ses yachts, dans sa villa d'Antibes ou chez lui à Paris Brice Hortefeux (« l'ami de trente ans ») et son épouse, Jean-François Copé et son épouse, Dominique Desseigne (patron du Fouquet's) ou Thierry Gaubert (ancien chef de cabinet de Sarkozy en 1995, puis proche collaborateur jusqu'en 2007).

En 2003, Ziad Takieddine a même payé quelques prestations touristiques luxueuses à Jean-François Copé, avec ou sans son épouse (Londres, Venise, Beyrouth), alors que ce dernier était membre du gouvernement. Interrogé, Copé se défend : c'étaient des relations « strictement amicales » sans rapport avec son job de ministre...

Selon l'Express, le 7 juillet dernier, le domicile de Thierry Gaubert était perquisitionné. Selon Médiapart, les policiers cherchaient des documents relatifs à Ziad Takieddine.

Un fournisseur
Ami et... fournisseur, Ziad Takieddine a reçu de grosses commissions en rémunération de son travail d'intermédiaire dans des ventes d'armes validées par le gouvernement Balladur.

Ainsi reconnaît-il avoir joué le rôle d'intermédiaire pour le contrat Sawari II, la vente de frégates françaises à l'Arabie saoudite. Mediapart affirme que « M. Takieddine a reçu, entre 1997 et 1998, 91 millions d’euros pour la vente de frégates à l’Arabie Saoudite, validée en novembre 1994 par Nicolas Sarkozy en tant que ministre du budget ». Au total, sur ce contrat, Mediapart a trouvé trace de trois paiements de commissions pour un montant total de 235 millions d'euros, entre 1996 et 1998.

Pour le contrat Agosta (cf. le Karachigate). Takieddine a été « ajouté » comme intermédiaire par le gouvernement Balladur quelques mois après la validation de l'exportation des sous-marins français vers le Pakistan par le ministre du Budget Nicolas Sarkozy.

Takieddine a travaillé sur le contrat Miksa. Bizarrement, cette négociation qui visait à équiper l'Arabie Saoudite en matériel de protection de ses frontières (7 milliards d'euros) n'était pas du ressort de la Défense mais ... du ministère de l'Intérieur dirigé par Nicolas Sarkozy. L'affaire fut stoppée en 2003 par Jacques Chirac. Jusqu'à lors, Brice Hortefeux et Claude Guéant la négociaient avec Ziad Takieddine.

Claude Guéant, Brice Hortefeux, Thierry Gaubert... qui nous manque-t-il ?

Toujours selon Mediapart, Takieddine a effectué pour 11,8 millions  d'euros de « paiements secrets » vers des sociétés offshore à partir de l'année 2003. Mediapart publie un extrait de comptes.

Les juges s'interrogent sur l'origine de 20 millions de francs (3 millions d'euros) en espèces identifiés dans les comptes de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Le trésorier René Galy-Dejean et d'autres témoins ont orienté les juges vers ... Brice Hortefeux et la « cellule meeting » qu'il dirigeait pendant la campagne. Hortefeux était déjà, à l'époque, proche conseiller de Nicolas Sarkozy.

Mais un exonéré
A partir de 1998, Takieddine a également procédé à de belles acquisitions immobilières en France (hôtel particulier à paris, deux yachts, villa à Antibes). Selon Mediapart, « les seules dépenses relatives à l'entretien et à la gestion de ses résidences − Antibes et Paris, mais aussi Londres, et Beyrouth et Baakline au Liban − se sont élevées à 13,7 millions d'euros entre 2001 et 2008.»

Le patrimoine de Takieddine est estimé à 40 millions d'euros. Pour preuve, Mediapart publie une déclaration de patrimoine établie en 2008 pour l'obtention d'un prêt. Hors de France, ses biens dépassent les 40 millions d'euros. 

Pourtant, M. Takieddine, résident fiscal français, ne paye ni impôt sur le revenu ni ISF. Mediapart a publié ses avis d'imposition de 2002 à 2007, et de 2009. Les commissions sur les contrats mentionnés plus haut (91 millions d'euros sur Sawari II, 235 millions d'euros sur la vente de frégates du contrat Sawari II) ont été en fait placées dans des sociétés off-shore, explique le site d'information.

En mars dernier, il avait été interpelé à sa sortie d'avion, au Bourget, de retour de Libye avec deux journalistes français et quelque 1,5 million d'euros en espèce.

Entre novembre 2004 et mai 2007, Jean-François Copé était ministre du budget. Aucun contrôle fiscal n'a jamais rien donné.

« Ce dossier complexe et explosif ne va pas se terminer rapidement et sera, à l’évidence, évoqué durant la campagne présidentielle » commentait hier la Tribune de Genève. Sans blague ?

Il ne nous manque plus qu'une photographie de Nicolas Sarkozy en compagnie de Ziad Takieddine.

Allez, Mediapart... un effort.


Crédit photos : montage à partir de clichés (c)Mediapart 2011

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Sarkozy, chef de guerre d'une France fauchée

Nicolas Sarkozy thématise ses semaines : ça doit lui donner l'impression de maîtriser l'agenda du pays. Fête nationale et 14 juillet obligent, il avait placé ces jours-ci sous le thème de la Défense nationale : voyage expresse en Afghanistan mardi matin, visite d'un hôpital militaire ensuite, défilé mardi. Fichtre !

Sarkozy espérait avoir terminé sa campagne de Libye avant que nos soldats ne défilent sur les Champs Elysées ce jeudi. Quatre mois après le début de l'intervention occidentale, le 19 mars dernier, les parlementaires doivent se prononcer sur la poursuite de la participation française.

En Libye, la situation est clairement enlisée : on a compris, de vraies confirmations en faux démentis, que le gouvernement français négociait directement ou pas avec la famille Kadhafi. Les rebelles restent accrochés à leurs positions (Benghazi, Misrata).  Et le dictateur n'a pas l'intention de quitter son poste, à Tripoli, puisqu'il reste soutenu par deux tribus locales et renforcé de mercenaires africains.

Sur la Libye, Sarkozy a tout raconté, et son contraire. 
Samedi 19 mars, il organisait pompeusement le « sommet de Paris » avec ses « alliés », dans la foulée de l'adoption, quelques heures plus tôt de la résolution 1973 par le Conseil de Sécurité. Cette dernière autorisait des raids aériens pour sauver les populations civiles menacées par les forces du régime. Fin février 2011, Sarkozy nous expliquait publiquement que Kadhafi devait partir. Fin avril, un mois après le début de l'intervention occidentale, Alain Juppé répète la vulgate sarkozyenne : « Kadhafi doit partir ». Bêtement, on croyait qu'il voulait renverser son ancien allié. Ben non ! Quatre mois plus tard, on nous expliqua que le gouvernement sarkofrançais souhaitait une simple mise à l'écart... Que de malentendus !

Lundi soir, Nicolas Sarkozy a quitté le Fort de Brégançon pour Paris puis Kaboul. Ce voyage secret et expresse en Afghanistan devait durer 6 heures. Il était là pour assoir son image de chef de guerre. La présence française en Afghanistan fait débat. Candidat, Sarkozy avait promis le retrait. Président, il avait réintégré la France au sein du commandement militaire de l'OTAN, et engagé, sans vote parlementaire préalable, un renforcement militaire français en Afghanistan. Lundi, un 64ème soldat français était tué en Afghanistan, cette fois-ci par accident.

Lundi soir, Charles Jaigu, l'envoyé spécial du Figaro à l'Elysée, nous avait prévenu : « Sarkozy endosse les habits de chef de guerre ». Il voulait jouer de la grosse voix. Mais la France est fauchée. Quatre mois d'actions en Libye nous ont déjà coûté 160 millions d'euros, une dépense imprévue au budget de l'année qui frôle les 186 millions d'euros d'économies attendues par le non-remplacement d'un militaire sur deux partant à la retraite...

Le budget 2011 de la Défense prévoit d'ailleurs 3 milliards d'euros de réduction de dépenses. Entre 2009 et 2015, l'armée a prévu de ses séparer de 54.000 postes sur 320.000 (dont environ 8.000 en 2011). La refonte de la carte militaire (qui a engendré de nombreux surcoûts de mobilité) a été présentée comme un effort de rationalisation. Il s'agissait en fait de faire des économies sèches et brutes. Rien de plus. De même, l'accord franco-britannique conclu à l'automne n'était que la mutualisation de certains programmes (expérimentation nucléaire, porte-avions, etc) de deux pays fauchés. .

Ce déplacement afghan, donc, n'était qu'affichage. Se montrer aux côtés de soldats casqués et armés, ça fait sérieux et présidentiel.

Mais on n'a que les guerres qu'on mérite.

En Afghanistan, la France joue les supplétifs. 
Quand Obama déploie 100.000 soldats,  Sarkozy complète de 4.000. Quand Obama annonce qu'il en retire 33.000 d'ici septembre 2012 le 22 juin dernier, Sarkozy suit dans les 24 heures pour annoncer également le repli français.

Le (petit) Monarque veut quand même jouer aux plus grands.

Sur place, Sarkozy s'est d'abord montré dans une base militaire avancée, à Tora. On lui avait dressé sa petite tribune, deux drapeaux et un panneau indiquant sobrement « Tora, Afghanistan, 12 juillet 2011 ». Un photographe de Paris match était là. Le général Emmanuel Maurin, en charge des opérations locales, lui expliqua que « l'insurrection » s'était radicalisée. Ce terrible constat n'empêcha pas Sarkozy d'annoncer le retrait d'un quart des effectifs français d'ici la fin de 2012... après le Grand Scrutin de mai. A Paris, sur Europe1, François Fillon avait choisi de s'accaparer une partie de l'évènement médiatique.

Le discours présidentiel était prêt.
Il fut rapidement mis en ligne et distribué aux médias français. Il prononça 6 fois en ces quelques minutes de discours, l'expression « Chef des Armées ».

« C'est un honneur pour le chef des Armées d'être aujourd'hui ici en Afghanistan, sur la base opérationnelle avancée de Tora, en Surobi. » Sortez les tambours ! Sarkozy parle grave et sérieux. N'oubliez pas, c'est LE président-chef des armées !

Il eut évidemment l'hommage obligatoire aux soldats morts pour rien dans cette guerre sans trajectoire, et s'imposa une minute de silence. Sarkozy, à Tora, devait être présidentiel : « Tous vos camarades morts au combat depuis 10 ans sont allés au bout de leur engagement

On ne sait plus pourquoi nos forces sont là-bas. Il paraît que c'est pour le Grand Combat contre les Talibans, l'obscurantisme et le terrorisme. Oussama Ben Laden a pourtant été tué, et au Pakistan de surcroît. Le jour même de l'arrivée de Sarkozy sur le sol afghan, l'un des hommes les plus puissants du pays, demi-frère du président Karzaï, figure de la corruption du régime et grand trafiquant d'opium, était assassiné. Sans surprise, Sarkozy suivit les Etats -Unis pour dénoncer l'attentat. Ahmed Wali Karzaï était aussi soupçonné, en 2009, par le New York Times d'être un agent de la CIA.

« Soldats, votre mission en Afghanistan est importante pour la paix et la sécurité du monde. »
Fichtre ! La sécurité du monde ? Le monde est-il plus sûr ? En 2001, l'attaque occidentale en Afghanistan visait à déstabiliser les Talibans, base établie et connue d'Al Qaïda. Mais en 2007, ou en 2011 ?

« En 2008, j'ai décidé d'envoyer des renforts. (...)  Mais, avant de prendre cette décision, j'ai demandé à nos Alliés de définir une nouvelle stratégie, fondée sur le transfert des responsabilités aux Afghans.  » Quelle nouvelle ! Rappelez-vous ce que Nicolas Sarkozy expliquait, fin 2007, pour justifier son revirement : « Nous ne quitterons pas l'Afghanistan parce qu'il en va de la solidité et de la pérennité de notre alliance et parce que c'est le combat contre le terrorisme ». En mars 2008, il officialise son rapprochement avec l'OTAN et le renfort en Afghanistan. En 2010, les forces française se redéploient hors de Kaboul.

« Après avoir transféré Kaboul aux Afghans, j'ai voulu que la France assume une nouvelle responsabilité autonome, dans une zone cohérente et d'importance stratégique. C'est pour cela que nous sommes venus en 2009 en Kapisa, avec des moyens renforcés et des programmes civils. » Réécrire l'histoire, en Sarkofrance, est toujours crucial. A Kaboul, les attentats sont toujours aussi fréquents. En avril dernier, Gérard Longuet, ministre de la défense, a échappé à une bombe.


Le fameux « processus de transition » loué par Sarkozy n'existe pas. 
Il faut simplement partir, faute d'argent et de résultat, et si possible en faisant bonne figure. Notre Monarque eut quelques mots pour conforter les troupes : « En assumant cette mission, avec nos Alliés et les forces afghanes, vous, soldats français, vous empêchez que les terroristes se servent de ce pays comme base d'attaque ».  Il était grandiloquent, sans intérêt, presque drôle si le sujet n'était si grave : « Vous défendez des valeurs humanistes universelles. Vous êtes fidèles à l'esprit de ceux qui étaient là, dans les années 80, aux côtés des Afghans. (...) Vous faites que la France est digne de son histoire et de ses responsabilités de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU.» Il faut croire à la grandeur de la France, même si la France, isolée de l'Union européenne, reste petite et désormais fauchée. 

Lui qui a fait son service militaire, planqué quelque part en région parisienne (comme d'autres), Sarkozy aima s'adresser aux « Soldats »à de multiples reprises : « Soldats, c'est ma responsabilité de chef des Armées de vous donner des objectifs stratégiques clairs.  C'est la responsabilité du Gouvernement de vous donner les moyens de les atteindre. C'est le devoir de votre commandement de vous conduire au succès. Et c'est votre honneur de servir et défendre la France et ses idéaux.» A nouveau... sortez les tambours !

Résumons : les objectifs stratégiques sont clairs, mais officieux : on doit se casser d'Afghanistan au plus vite, car, moyens obligent, nous n'avons plus assez de budget et, corruption oblige, le pays est devenu depuis des lustres ingérable.

Soldats,

avez-vous compris ?

Sarkozy : une justice sans le sou pour un président absent

Avant de partir en vacances, les députés ont adopté deux lois emblématiques de cette fin de règne, symboliques de cette mauvaise gestion qui tente de concilier des objectifs contradictoires : au motif d'introduire des jurés populaires dans les tribunaux correctionnels, Sarkozy dégrade en fait la qualité des jugements à venir, et ne prévoit rien, dans le collectif budgétaire voté la même semaine, pour compléter les moyens nécessaires.

Ne cherchez pas d'explications du côté de l'Elysée. Sarkozy se cache, Sarkozy se terre. Il nous refera le coup du « J'ai changé/J'ai compris » quelque part au mois de janvier prochain.

Pour le moment, on subit. 

Une procédure judiciaire dégradée
La loi sur la participation des citoyens au fonctionnement de la justice pénale et le jugement des mineurs, votée le 6 juillet dernier, avait été présentée en procédure accélérée le 13 avril dernier par le gouvernement. Le Conseil constitutionnel a été saisi le 7 juillet. Grand moment, cette loi incarnait l'une des dernières promesses du Monarque, l'introduction des jurés populaires au sein des tribunaux correctionnels.

La participation des citoyens assesseurs aux juridictions pénales (tribunal correctionnel, chambre des appels correctionnels, tribunal de l’application des peines et chambre de l’application des peines de la cour d’appel) a été portée de 8 à 10 jours. Quel effort ! Elle a été complétée par un renforcement des critères requis pour l'exercice des fonctions de citoyen assesseur : possibilité de récusation d'un assesseur pour « des raisons objectives permettent de contester son impartialité, son honorabilité et sa probité », interdiction pour toute personne « ayant fait l'objet d'une condamnation pour crime ou délit figurant à son casier judiciaire ».

La nouvelle formation juridictionnelle comprend trois magistrats professionnels et deux citoyens assesseurs. (Article 2).

Députés et sénateurs ne sont pas revenus sur le paradoxe du projet initial : si les tribunaux correctionnels sont enrichis d'assesseurs civils, les cours d'assises (qui jugent les crimes et délits les plus graves) sont … simplifiées (Article 8) : le nombre de jurés est réduit à 3 (au lieu de 9 !) en première instance et à 9 (au lieu de 12) en appel, « pour juger les crimes punis de 15 ou 20 ans de réclusion criminelle, sous réserve que l'accusé ou le ministère public ne s'y oppose pas. » Seul progrès, les arrêts de cours d'assises devront être motivés à compter du 1er janvier 2012 (Article 7), et au plus tard dans les trois jours suivant la décision.

Une autre disposition fut moins commentée : la loi prévoit, dans son article 28, la création d'un « dossier unique de personnalité » des mineurs suspects ou condamnés, « afin de centraliser l'ensemble des éléments relatifs à la personnalité d'un mineur recueillis au cours des enquêtes dont il fait l'objet, y compris dans le ressort de juridictions différentes, ainsi que, le cas échéant, les investigations relatives à sa personnalité et à son environnement social et familial accomplies lors des procédures d'assistance éducative dont il a pu faire l'objet. ». Ce dossier sera placé sous le contrôle du procureur de la République et du juge des enfants. Seuls les parents et les avocats des dits mineurs y auront accès.

Un amendement proposé par Christian Estrosi – le nouveau « gaulliste social » - prévoit la faculté d'ordonner un stage de responsabilité parentale à l'encontre des parents ne répondant pas à une convocation judiciaire (article 36).

Un collectif budgétaire incomplet
Le 6 juillet dernier, la loi de finances rectificative pour 2011 était également adoptée. Ce type de loi est un correctif au budget initial de l'Etat. Malgré de nombreux aménagements du côté des recettes et un optimisme gouvernemental inégalé en matière de croissance économique, le déficit budgétaire est laissé inchangé à 91,6 milliards d'euros pour 2011. L'objectif médiatique de cette loi était d'instaurer « une fiscalité du patrimoine plus juste, plus simple et économiquement plus pertinente, grâce à un rééquilibrage global des modalités d'imposition des hauts patrimoines .» A minima, la loi prévoyait quelques redéploiements de moyens, centrés sur l'emploi et l'alternance.

Par malheur, aucun moyen supplémentaire n'a été voté pour le ministère de la Justice, alors que cette réforme renchérit le coût des jugements d'une dizaine de millions d'euros par an (plus 35 millions d'euros d'investissements). Pire, la seule mesure affectant la Justice est l'instauration d'une  « contribution » de 35 euros que tout justiciable devra acquitter (sauf les bénéficiaires de l'aide juridictionnelle) sous peine de voir sa requête exclue de tout examen...

Côté recettes, cette loi allège l'impôt de solidarité sur la Fortune (article 1er), comme cela a été annoncé en mai dernier. Le barème est simplifié et revu dès 2011 : pour le plus grand bonheur de quelques trois cent mille ménages, le seuil d'imposition est relevé à 1.300.000 € ; jusqu'à 3.000.000 €, l'imposition est abaissée à 0,25 % sur la totalité du patrimoine net taxable, et, au-delà, à 0,50 % sur la totalité du patrimoine net taxable; pour « limiter les effets de seuils », la loi instaure un dispositif de décote et simplifie les modalités déclaratives des patrimoines imposables inférieurs à 3.000.000 €.

Pour faire bonne figure (électorale), le gouvernement a fait passer auprès des députés UMP quelques hausses d'impôts ici ou là : outre la suppression du bouclier fiscal (encore une promesse non tenue de Nicolas Sarkozy !), voici donc la liste des 6 nouvelles taxes ou hausses d'impôts que ce « collectif budgétaire » nous gratifie :
1. Relèvement de cinq points des taux applicables aux deux plus hautes tranches d'imposition pour les successions et donations en ligne directe ainsi que pour les donations entre époux ou entre pacsés (dès 2011) ;
2. Suppression des réductions de droits de donation liées à l'âge du donateur (sauf pour les donations d'entreprises après 70 ans) ;
3. Création d'une taxe sur les résidences secondaires des non-résidents (20% sur l valeur locative cadastrale);
4. Création d'une imposition des plus-values latentes lors du transfert par les contribuables de leur domicile fiscal hors de France (« Exit tax ») ;
5. Création d'un droit de timbre pour l'aide juridique fixée à 35 € (cf. article 54);
6. Augmentation de la taxation des contrats d'assurance de vie en cas de décès (de 20 à 25%).

Sarkozy silencieux
Nicolas Sarkozy n'eut aucun mot de commentaire, la semaine passée, sur ces incohérences. Dès vendredi, il était au repos. Les actualités d'Elysée.fr étaient désespérément vides.

Ce weekend, s'il avait besoin de quelques prétextes pour se montrer et afficher sa détermination à travailler jusqu'au bout, il n'avait que l'embarras du choix. Son agenda officiel, du 11 au 15 juillet, ne mentionnait aucune activité les 11 et 15. Le 12 au matin, on comprit qu'il avait pris son Air Sarko One, la veille au soir, pour aller rendre visite à quelques soldats français en Afghanistan.

Allez comprendre...

En Libye, c'est l'enlisement. Les tribus de l'Est n'iront pas jusqu'à Tripoli. En France, après avoir déclaré qu'il fallait que Kadhafi s'en aille, voici qu'on négocie discrètement depuis des semaines.

En Syrie, les ambassadeurs français et américains ont été convoqués par les autorités syriennes. En cause, leur déplacement dans la ville bientôt martyre de Hama jeudi et vendredi dernier. A l'Elysée, point de réaction. Sarkozy, qui aimait pourtant afficher sa stature internationale de Président-qui-assume, reste soigneusement en retrait. Au Monde.fr, un journaliste nous expliquait pourtant, lundi 11 juillet, que « Nicolas Sarkozy continuera à réformer et à se montrer "président jusqu'au bout" de son mandat, en se concentrant essentiellement sur la scène internationale et sur les sujets économiques et sociaux, affirme le conseiller de l'Elysée. »

On croit rêver.

C'est à Alain Juppé, voire à un quelconque porte-parole inconnu du ministère des affaires étrangères de commenter l'affaire syrienne : « La France rappelle sa préoccupation concernant le sort des habitants de la ville de Hama et sa condamnation des violences exercées en Syrie par les autorités contre les manifestants et la population civile ». Lundi, les ambassades de France et des Etats-Unis à Damas étaient la cible d'attaques. Trois agents français ont été blessés. Si la Syrie avait été l'Iran, notre Monarque aurait sans conteste interrompu ses vacances.

Sarkozy, lui, restait silencieux.

Allez comprendre.

Election 2012 : cette campagne électorale qui n'aura pas lieu

Cette campagne qui démarre pour le Grand Scrutin de 2012 a tout d'une compétition ratée à l'avance. On évite de parler du bilan de cette mandature, on agite des rumeurs, on divertit l'opinion, on s'absente du débat public.

A notre droite, un président qui ne veut qu'on pas qu'on parle de son bilan.
Il s'exerce à paraître calme, doux et cultivé. Ancien coureur (comme d'autres), il joue au futur papa attentionné qui couve le ventre arrondi de sa troisième épouse bloquée au repos pour cause de grossesse tardive. Sarkozy parle identité, racine, immigration, mondialisation. Il sillonne la France pour serrer des mains sélectionnées par son cabinet, et parler devant les caméras de son studio de télévision mobile. La plupart du temps, les médias ne retiennent qu'une phrase, la petite polémique qui nous sort de l'ennui. Car à chacun de ses déplacements, Sarkozy lit des fiches ou répète la même poignée d'exemples. A l'UMP, il a laissé le soin d'organiser des conventions, d'énumérer les propositions (40 pour la justice sociale, 23 sur l'immigration, ...) comme s'il fallait compiler un annuaire.

Parfois, le bilan de Sarkozy lui est jeté à la figure, mais il prend toujours soin de ne jamais le commenter directement. La semaine dernière, un mauvais rapport parlementaire, un de plus,  a été occulté par le bruit médiatique qui entoura la publication de l'enquête de la Cour des Comptes sur la gestion des forces de sécurité. Il est pourtant tout aussi important. Deux sénateurs, un de gauche, un de droite, se sont attachés à dresser un nouveau bilan de pôle emploi. Le rapprochement des Assedic et de l'ANPE est loué, tout comme la qualité du service. Mais le manque de moyens de pôle emploi est explicitement dénoncé : un conseiller doit gérer, en moyenne, 150 demandeurs d'emploi...

Autre exemple, notre politique étrangère, le domaine réservé du Monarque. Un général de division, sanctionné l'an dernier pour avoir critiqué la poursuite de l'intervention en Afghanistan, a cette fois-ci fustigé le bordel libyen : « Il n’est pas impossible que l’ont ait confondu guerre et maintien de l’ordre. La puissance militaire a été utilisée comme une compagnie de gendarmes mobiles...».  Et il concluait que la « stratégie d'attente » de Kadhafi pourrait être bel et bien gagnante. Quelques conseillers confient que Sarkozy  aimerait boucler l'intervention en Libye pour le 14 juillet. L'affaire nous a déjà coûté 160 millions d'euros depuis le 19 mars. Rien que cela.

Sur ces deux sujets, ne cherchez pas de réaction de Nicolas Sarkozy. Il n'y en a aucune. On pourrait croire qu'il a autre chose à faire. Il ne fait pourtant rien. Tous les quatre jours, il file se reposer. Et pourtant, les sondages restent calamiteux. Dans son camp, ça frise parfois la panique. Samedi, Rachida Dati s'imaginait Présidente. Le même jour, Henri Guaino concédait que « désormais, chaque fois qu'un effort supplémentaire sera demandé aux Français, les plus riches n'en seront plus exonérés ». On croit rêver.

A notre extrême droite, une héritière tente un difficile numéro d'équilibriste. 
Partie très tôt (en campagne), montée trop vite (dans les sondages), Marine Le Pen a désormais 9 mois à tenir. Elle fléchit dans les sondages. Son programme économique, ridicule et imparfait, est désossé par quelques critiques vigilantes. Ses ambitions faussement sociales masquent imparfaitement le statu quo xénophobe. Et l'échec de Sarkozy qui lui avait chipé le programme sécuritaire du Front national, n'arrange rien.

En interne, elle continue la purge. Les partisans de Bruno Gollnisch sont « nettoyés » les uns après les autres. Le FN était une entreprise familiale subventionnée, il le restera.

Nathalie Kosciusko-Morizet, valeur paraît-il montante de la droite, a publié un ouvrage contre le Front national. On ne sait pas si la ministre de l'écologie a demandé leurs avis éclairés à Claude Guéant (qui disait comprendre que les Français ne se sentent plus chez eux), Laurent Wauquiez (qui voulait que l'assurance sociale ne bénéfice qu'aux étrangers ayant cotisé au moins cinq ans en France).

A notre gauche, la division à son maximum.
Les écologistes se sont dotés d'une ancienne juge pour porter leurs couleurs. En ces temps d'affaires, de corruption et de conflits d'intérêts au plus sommet de l'Etat, le choix pourrait paraître judicieux. Seulement, la candidate n'a pas confirmé qu'elle se désisterait si jamais les sondages donnaient Marine Le Pen au second tour. Jean-Luc Mélenchon est parvenu à arrimer les communistes, et écrasera sans doute les deux candidatures trotskystes. Même Jean-Pierre Chevènement est à nouveau candidat. 

Au Parti socialiste, les candidats restants ont quelque peine à marquer leurs différences. Le parti socialiste s'est pourtant doté d'un programme, mais aucun des candidats ne le défend plus que cela. Et pour cause, à l'exception de Jean-Michel Baylet (PRG), tous sont ... socialistes. Montebourg veut la démondialisation, Valls a choisi la droite, Royal le peuple contre les élites, Hollande la normalité, et Aubry... la détermination (?).

L'affaire DSK est presque derrière nous. Non pas que le scandale soit prêt d'être oublié. Mais, au moins, tout le monde est enfin convaincu que Dominique Strauss-Kahn a définitivement abandonné l'idée de jouer un rôle actif dans la campagne. L'atmosphère reste quand même nauséabonde. Le weekend dernier, Martine Aubry a dû mettre les points sur le « i ». Quelques umpistes, parfois très haut perchés, s'amusaient à colporter de sales rumeurs sur son compte. A défaut d'uppercut, elle a décroché son téléphone pour décourager quelques-uns des auteurs présumés : « J’ai des témoignages, je peux porter plainte contre ceux qui ont diffusé les rumeurs. »

L'UMP est-elle responsable d'agiter de sales rumeurs contre Martine Aubry ? Certainement pas, nous rétorque Copé : « L'UMP a bon dos pour tout, ce sont des méthodes absurdes et ridicules. Vivement que les socialistes s'occupent du fond.»

Bien sûr.


Les vacances commencent tôt pour Nicolas Sarkozy

C'est la loi du genre. Certains sujets captent l'attention plus que d'autres. En Sarkofrance, ces dernières semaines, l'affaire DSK a épuisé les commentateurs. On avait cru que les récents coups de théâtre du feuilleton new-yorkais avaient gêné le plan de communication du Monarque. En fait, ils ont surtout permis de masquer l'évènement marquant du mois :

Sarkozy est déjà en vacances. 

Officiellement, il ne part qu'à la fin du mois. Le dernier conseil des ministres est prévu pour le 1er août. A chaque déplacement de terrain, il nous explique qu'il bosse dur, qu'il a autre chose à faire que de commenter les sales affaires de Dominique Strauss-Kahn. En fait, son congé paternité a déjà commencé.

Vendredi 1er juillet, il était parti rejoindre Carla Bruni-Sarkozy, qui a « pris ses quartiers » au Fort de Brégançon. En août, elle ira trois semaines dans sa propriété du Cap Nègre. Les paparazzi étaient là pour photographier le couple présidentiel se baigner. Carla affichait sa « grossesse épanouie ». Et l'on répéta qu'elle attendait un garçon. La naissance est prévue pour les primaires socialistes. Tout juste notre monarque avait-il du s'afficher quelques heures durant, le samedi, au mariage princier de Monaco. Entre grandeurs, on se doit quelques politesses.

Jeudi 7 juillet vers 16h heures, Nicolas Sarkozy avait terminé sa journée officielle. Sa visite dans le Finistère n'avait pas intéressé grand monde. Aucun rendez-vous ne lui avait été calé ce lendemain. Son agenda est même vide jusqu'à mardi 12 juillet.

La semaine prochaine, il fera également le Pont du 14 juillet. Après les traditionnels défilés et garden party à l'Elysée, il n'a rien de prévu avant le 18 juillet. Pour Sarkozy, les vacances commencent tôt, très tôt. Faisons le décompte : sur les trois premières semaines de juillet, notre « Président de la France qui se lève tôt » se sera pointé ... 7 jours au boulot (et en comptant le mariage de Monaco !). Quel effort !

Sarkozy veut rester discret
Comme il est absent et silencieux, il est contraint de laisser d'autres s'exprimer. Et parfois, ça l'agace. Ses lieutenants, choisis ou auto-proclamés, font souvent trop de zèle. Mardi dernier, au traditionnel « petit-déjeuner de la majorité », ce rendez-vous politique hebdomadaire du clan présidentiel à l'Elysée où notre monarque cale les « éléments de langage » de la semaine, Sarkozy s'est « agacé » à plusieurs reprises. Il n'a pas apprécié les propositions de suppression de la durée légale du travail des libéraux Novelli et Copé. Il s'est énervé contre celles et ceux qui lui prêtent déjà un programme alors qu'il fait semblant de ne pas être candidat mais toujours président au travail : « Quand vous faites des propositions, ne parlez pas en mon nom ! Ne dites pas : “En 2012, Nicolas Sarkozy fera ceci ou fera cela !”»

Sarkozy est peut-être en vacances, il ne fut pas avare en conseils à l'égard de ses ministres. « Cet été, ne partez pas trop loin. Quand on est ministre, on l'est du 1er janvier au 31 décembre.» Prenez exemple sur lui, un vol en Falcon, et hop ! De retour en quelques minutes à l'Elysée ! « Un ministre ne prend jamais de vacances. Il a seulement le droit de se reposer

Surtout, pas de polémiques !
Sarkozy aimerait qu'aucune polémique ruineuse n'handicape sa rentrée. Cela fait des mois qu'il se re-présidentialise. Ce n'est pas le moment de flancher ! On ne sait ce que l'actualité politique lui réservera. En matière judiciaire, les « petites » affaires, si elles restent nombreuses, sont bien maîtrisées.

Christine Lagarde a obtenu un sursis, puisque la Cour de Justice de la république a reporté sa décision d'enquêter sur son rôle dans l'affaire Tapie au 4 août prochain.

L'instruction sur les rétrocommissions dans l'affaire de Karachi progresse très lentement. L'extension du secret défense l'an passé porte enfin ses fruits. Ces derniers jours, cependant, deux nouvelles informations sont venues contredire la défense sarkozyenne. Primo, les juges sont allés perquisitionner le domicile d'un ancien collaborateur du Monarque. Chef-adjoint de cabinet quand Sarkozy était ministre du budget sous Balladur, l'homme était aussi un ami proche de l'un des deux intermédiaires des ventes de sous-marins au Pakistan en 1995. Secundo, Pierre Mongin, aujourd'hui président de la RATP, anciens chef de cabinet d'Édouard Balladur à Matignon, a confirmé que la vingtaine de millions de francs en espèces identifiées dans le financement de la campagne de Balladur en 1995 ne provenaient pas des fonds spéciaux. Et il sait de quoi il parle, puisqu'il gérait les dits fonds spéciaux...

Les fuites sont rares dans l'instruction relative à Eric Woerth. Tout juste a-t-on appris, cette semaine qu'il s'était sacrément intéressé à l'hippodrome de Compiègne quand il était ministre. Accusé l'an dernier d'avoir bradé le terrain à la Société des courses de Compiègne en mars 2010. D'après le Canard Enchaîné, il s'y est au contraire intéressé de très près. Le contenu de plusieurs documents saisis par les policiers publiés par l'hebdomadaire était éloquent. Malgré plusieurs courriers d'alerte ou négatifs contre la vente du terrain, adressé au cabinet de Woerth (dont certains évaluant l'hippodrome entre 11 et 25 millions d'euros), le dit terrain fut cédé par le ministre ... pour 2,5 millions d'euros. Quelle affaire !

218ème semaine de Sarkofrance : la semaine ratée de Sarkozy

A l'approche de la Grande Campagne de 2012, Nicolas Sarkozy adopte parfois d'étranges réactions. Presque chaque semaine, il frôle le ridicule, ou tombe dedans. La semaine dernière, sa visite d'un élevage de poulets, très drôle, fut sauvée par une actualité incroyablement favorable : de la désignation de Christine Lagarde au FMI au coup de théâtre dans l'affaire DSK, Sarkozy avait pu remanier son gouvernement et effacer la déclaration de candidature de Martine Aubry de l'agenda médiatique. Mais quelques jours plus tard, le Monarque ratait intégralement sa nouvelle séquence hebdomadaire, d'un hommage narcissique à Pompidou à la défense du littoral.

Lundi, Nicolas Sarkozy ne travaillait pas. Il était au Fort de Brégançon. Il faudra attendre 4 jours pour qu'un journal, le Parisien, publie un cliché faussement volé du couple présidentiel marchant vers l'eau. Carla le ventre arrondi, Nicolas la chemise ouverte.

Mardi, Sarkozy s'est pris pour Pompidou. Il était parti dans le Cantal, à Montboudif, prononcer un vibrant hommage pour le centième anniversaire de l'ancien président. En ces temps de crise monétaire (le Portugal venait d'être à son tour dégradé par Moody's), économique (notre déficit commercial atteindra un niveau record cette année), sociale (le chômage a grimpé de 152.000 personnes en un an), ou internationale (massacres en Syrie, combats en Libye), il y avait bien d'autres sujets que cet anniversaire dont tout le monde se fiche.

L'important, pour le candidat, était ailleurs : c'était l'occasion, pour Sarkozy, de se dresser l'autoportrait, celui d'un homme qui aurait « fait des fautes comme tout le monde », qui aurait remis « la France au travail », un homme cultivé qui « traversa des épreuves terribles, se battit contre les préjugés, contre la calomnie », passionné par « la vie quotidienne » qui « regardait toujours la politique comme une question de civilisation »; un homme « étranger à l'esprit de système ».

Jeudi, le Monarque tenait conseil. Il a quelques nouveaux ministres à conseiller. Pas question, leur dit-il, de prendre des vacances. Un ministre doit être toujours sur le pont. Pour sa part, le Monarque repart dès jeudi soir pour trois belles journées de repos. En juillet, Sarkozy adopte la semaine de 4 jours. Que les autres bossent ! Lui a tant donné !

Jeudi, Sarkozy regretta d'avoir laissé la Cour des Comptes aussi indépendante. Sur le coup, c'était une bonne idée d'ouverture que d'avoir placé Didier Migaud, ancien président (socialiste) de la Commission des Finances de l'Assemblée, comme premier magistrat de la Cour. Sarkozy pensait piéger son monde, en laissant un socialiste s'agiter sur quelques dossiers thématiques mineurs illustratifs de la "gabegie" des dépenses publiques. Malheureusement, la Cour est une institution moins malléable que cela. Quand elle parlait de la dérive de nos comptes publics, le Monarque faisait mine d'ignorer la critique. La Grande Crise de 2008 lui servait de prétexte admirable. Qu'importe si la Cour relevait que la dégradation du déficit budgétaire de 2007 à 2010 provient aux deux tiers des mesures fiscales de Sarkozy et pour un tiers seulement de la récession.

Jeudi dernier, le coup fut plus sévère. Une véritable catastrophe ! Une centaine de conseillers de la Cour des comptes avaient planché, des mois durant, sur la gestion et l'organisation des forces de sécurité. Le sujet est sensible, puisque la lutte contre la délinquance est l'ADN politique du Monarque. Et les conclusions, factuelles, de la Cour furent terribles.

Les Sages dénoncent les faiblesses du pilotage ( « manque de maîtrise des moyens budgétaires et humains à l’échelon local »), les résultats statistiques contradictoires (entre les statistiques de l'ONDPR et les enquêtes de « victimation »), la réduction des effectifs (« une augmentation des effectifs suivie d’une égale diminution » entre 2002 et 2010) et des moyens matériels consacrés à la lutte contre la délinquance (- 25% en 2010 sur le fonctionnement de la police après deux années de vaches maigres!); et, last but not least, l'inadéquation des allocations de moyens sur le territoire : certaines communes sont moins dotées que d'autres malgré un taux de délinquance plus important. La Cour fut également surprise de constater qu'un programme de 300 millions d'euros d'équipement en video-surveillance ait été décidé sans aucune étude préalable d'efficacité ; qu'à un instant T, seuls 5,5% des effectifs policiers étaient sur la voix publique.

A l'Elysée, on envoya les ministres et les responsables de l'UMP, un à un, répliquer dans les médias. Guéant accusa la Cour d'« un nombre important d'inexactitudes, d'erreurs d'analyse, d'oublis et d'appréciations manquant parfois d'objectivité » ; Copé a qualifié le rapport d'idéologique; Valérie Pécresse a récusé le droit à la Cour de juger d'une politique (ce qu'elle n'avait pourtant pas fait). Lionnel Luca, l'un des leaders du groupe groupusculaire Droite Populaire, au sein de l'UMP, dénonça la légitimité des Sages à s'intéresser à un tel sujet. L'homme venait d'abandonner ses mandats à l'UMP, avant de revenir contre la promesse de l'organisation d'une autre convention à l'automne prochain. Seul Patrick Ollier, ministre des relations avec le Parlement, et compagnon de Michèle Alliot-Marie, a applaudit  « un travail honnête (...)  et rigoureux ».

Nicolas Sarkozy était, lui, en déplacement à Crozon, pour quelques heures de visite expresse et une table ronde, évidemment filmée, sur la défense du littoral. Il avait le visage marqué, le corps encore agité de tics. Etait-ce de la rage contenue ? Il promit 6 parcs marins d'ici 2012. Il refusa d'accuser les agriculteurs locaux de toute responsabilité dans la prolifération d'algues vertes.Il lâcha une sale formule, dont il a l'habitude, contre les écologistes.  « Les intégristes... je ne sais pas si c'est l'effet médiatisation... mais on n'entend parler que d'eux.» NKM, sa ministre-alibi de l'Ecologie, assise à ses côtés, ne disait pas.

Jeudi 7 juillet, l'UMP de Jean-François Copé organisait une nouvelle opération de communication, une « convention sur les défis de l'immigration ». A peine 300 personnes s'étaient massées salle Victor Hugo à l'Assemblée nationale. Claude Guéant brilla par son discours, le ministre avait repris ses accents frontistes, jugeant « irresponsable » de pas « juguler » l'immigration... légale. Il faut des efforts surhumains, ce Guéant, pour tenter d'inquiéter l'électeur à propos de l'immigration. Le sujet est plus porteur que la sécurité, n'est-ce pas ?

L'UMP avait publié ses 23 propositions sur le sujet. Y en avait-il une originale ou novatrice, après bientôt 10 ans de gestion UMPiste ? Non. La langue y était de bois: « taxe sur les transactions financières pour financer le développement économique », « renforcement des contrôles », « renforcer les capacités des centres de rétention administrative », etc. Le climat fut pourtant houleux. Il y avait des relents du débat sur l'identité nationale. Quelques militants étaient visiblement exaspérés, prêts à siffler les plus modérés des orateurs.

En ces temps de Berezina, une fraction de la droite recomplexée par 4 années de mandature sarkozyenne s'est redécouvre « gaulliste sociale ». Christian Estrosi explique sur les ondes qu'il trouve sans intérêt les conventions de son ancien ami Copé. Jeannette Boughrab, secrétaire d'Etat à la jeunesse, confie sur i-Télé qu'elle arrêtera peut être la politique car elle préfère retourner dans son placard du conseil d'Etat. Et Henri Guaino essaye de trouver quelques crédits à la présidence Sarkozy dans ... la suppression du bouclier fiscal.

Saviez-vous que la France compte 12% de ménages surendettés supplémentaires cette année ? Il y a un an,Christine Lagarde nous vantait ses grandes mesures. Cette semaine, elle tenait sa première conférence de presse au poste de directrice générale du FMI. L'ancienne ministre n'était donc plus là pour commenter ces mauvais résultats de Sarkofrance. Certains attendent qu'un autre passé la rattrape. Dans l'affaire du Crédit Lyonnais contre Bernard Tapie, la directrice du FMI a obtenu un nouveau sursis. La Cour de Justice de la République, qui devait statuer ce vendredi sur l'ouverture ou non d'une instruction, a reporté sa décision au 4 août. L'un de ses membres (l'épouse du socialiste Pierre Joxe) s'est tardivement récusé et son remplaçant connaît mal le dossier...

Vendredi, le Monarque était déjà reparti en Falcon présidentiel rejoindre sa douce. On avait compris que certaines affaires ne le lâcheraient pas. « L'ami Guy », comme le qualifiait Sarkozy, avait finalement été mis en examen mercredi, pour « recel d'abus de confiance » et pour la détention de tableaux que la justice soupçonne d'avoir été volés. Guy Wildenstein, collectionneur d'art et grand ami du Monarque, est aussi responsable de l'UMP pour la Côte Est des Etats-Unis.

Plus grave encore, le domicile d'un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy lui-même avait été perquisitionné dans l'affaire de Karachi, mardi dernier. On ne l'apprit que vendredi.  Thierry Gaubert, ancien secrétaire général de la mairie de Neuilly, était chef adjoint de cabinet de Sarkozy au ministère du budget, de 1993 à 1995. C'était aussi un ami de Ziad Takieddine, ... l'un des deux intermédiaires imposés par le gouvernement Balladur dans la vente des sous-marins au Pakistan... Les juges Le Loire et Van Ruymbeke cherchent des preuves du financement politique illégal de la campagne d'Edouard Balladur via ces ventes d'armes. 

Ami sarkozyste, prépare-toi.

La campagne sera rude.


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Insécurité : la Cour des Comptes accuse, Sarkozy récuse.

Mois après mois, Nicolas Sarkozy doit se maudire d'avoir laissé une quelconque indépendance à la Cour des Comptes. Après un calamiteux rapport sur l'état des finances publiques le mois dernier, la Cour vient de sortir un long dossier de 241 pages sur l'organisation et la gestion des forces de sécurité publique.

Claude Guéant, le ministre de l'intérieur et de l'immigration, était furax, sur l'antenne de RMC/BFM-TV, jeudi matin :  « Avec le vocabulaire qui est bien le sien, la Cour parle de bilan contrasté, mais depuis 2001 nous avons 500 000 victimes de moins, ce n'est pas contrasté, c'est un vrai succès de la politique gouvernementale.». N'y voyez aucun lien de cause à effet, mais le ministre va être opéré mardi « pour un pontage coronarien ».

Le problème des rapports de la Cour des Comptes est qu'il est assez facile de distinguer le factuel de la recommandation. Et les conclusions, factuelles, sont terrifiantes en la matière. D'ailleurs, les ténors de Sarkofrance (Guéant, Copé) n'ont pas critiqué les recommandations de la Cour... mais ses constats.

Quelle peine perdue !

Cela fait quelques années que l'on sait que les résultats de Nicolas Sarkozy depuis 2002 en matière de lutte contre la délinquance sont mauvais. Jusqu'à la campagne de 2007, Sarkozy avait pu faire illusion, grâce à une baisse des infractions contre les biens (plus nombreux que les violences aux personnes) et une agitation législative hors normes. Mais depuis 2008, l'augmentation du nombre de violences aux personnes, continue depuis 2002, est enfin apparue aux yeux de tous. Voici pour les résultats.

Le rapport de la Cour des Comptes apporte la pierre qui manquait à l'édifice : il s'attaque aux moyens mis en oeuvres. Et le bilan est terrible.

Pilotage inefficace
La Cour critique d'abord la définition des objectifs assignés à la police et la gendarmerie. Si elle reconnaît que les objectifs ont été « de plus en plus nombreux et précis au fil des années, complétés par une batterie de leviers d’action pour les atteindre », ces objectifs ont réduit toute marge de manoeuvre et d'initiative des services territoriaux. La lutte contre le trafic de stupéfiants a été ainsi « oubliée » des objectifs prioritaires avant un passé récent. Et elle a été orientée principalement vers «  l’interpellation des consommateurs sans amélioration significative des résultats en matière de revente ou de trafics » pour « rehausser le taux moyen d’élucidation ». En d'autres termes, Sarkozy trafique les statistiques...

La Cour fustige aussi l'absence d’objectifs et de systèmes d'information communs
entre ministères de l’intérieur et de la justice, et le « manque de maîtrise des moyens budgétaires et humains à l’échelon local ». Elle relève que les résultats statistiques sont contradictoires : « quasiment chaque mois depuis 2003, l'ONDPR enregistre une baisse sensible des atteintes aux biens, que les enquêtes de « victimation » conduite par l’ONDRP
conduisent à relativiser, et une hausse symétrique des atteintes aux personnes ».

De manière générale, la DGPN et la DGGN, note la Cour, « sont rarement en mesure de relier les évolutions statistiques des principales catégories de délits aux actions engagées par les forces de sécurité ». Faut-il rire de rage ou pleurer de découragement ? Sarkozy, depuis 2002, s'était fait le chantre de l'efficacité. On découvre, près de 10 ans plus tard, que l'homme fut incapable de lier objectifs et mesures de résultats... le B-A-BA de la gestion !!

Moyens rognés
En matière de moyens, la Cour dénonce « une augmentation des effectifs suivie d’une égale diminution » entre 2002 et 2010. Grâce à la loi LOPSI de 2002, la police avait augmenté ses effectifs de 1 037 agents, soit 2,1 % au cours de la période 2003-2009, pour atteindre 51.523 policiers fonctionnaires au 1er janvier 2010. Mais cette hausse a été intégralement effacée depuis. Pire, « compte tenu de la forte baisse du nombre d’adjoints de sécurité, l’effectif total de policiers (fonctionnaires et ADS) a reculé de 5,3 % au cours de la période 2003-2010 ».

Finalement, les moyens de la police ont également été dégradés, car les besoins des services ont été sous-estimés, et les efforts de rationalisation et de réduction des dépenses ont intégralement porté sur « les moyens nécessaires à l’activité opérationnelle et aux enquêtes judiciaires, au renouvellement des équipements informatiques (8 millions d'euros en 2007; 3 millions en 2010) et à l’entretien des locaux (16M euros en 2007; 9M euros en 2010) » . Hors loyers, la police a vu son budget de fonctionnement augmenter de 7,8% en 2007, pour baisser de 2,1% en 2008, rester stable en 2009, puis chuter de 25% en 2010 (sic !).

Par exemple - et le constat est factuel - la Cour mentionne que « les DDSP de nombreux départements, comme ceux du Rhône, Bouches-du-Rhône, Hauts-de-Seine et Seine-Saint-Denis, ont été dotées en 2009 d’un budget initial insuffisant pour couvrir les besoins de leurs services jusqu’à la clôture de l’exercice, même au prix d’une réduction sensible de leurs dépenses. »

Côté gendarmerie nationale, le bilan n'est pas meilleur : « les effectifs régionaux ont commencé à baisser en 2010 après avoir stagné (- 0,75 %) de 2006 à 2009. » Là encore, c'est un constat, pas un jugement.

Mauvaise gestion
Alors que le gouvernement Sarkozy demandait des contractions de crédits et d'effectifs, les conditions de gestion n'ont pas été adaptées : «  règles complexes d’organisation du temps de travail », « stock considérable d’heures dues aux agents » (non résolu à ce jour), prise en charge de tâches administratives par des policiers, « faible présence sur la voie publique » à cause de la multiplication des tâches périphériques... En fait, la Cour décrit une organisation de la police totalement obsolète et inefficace, à l'inverse de celle des gendarmeries, plus déconcentrée, davantage présente sur le terrain, grâce à leur statut militaire.

Mais qui donc a été ministre de l'intérieur, responsable de la police, depuis 2002 ? La Cour révèle donc combien le ministre Sarkozy a simplement omis de s'occuper de son propre ministère...

La Cour ne critique pas en soi la réduction des moyens. Elle pointe juste la faiblesse des résultats et l'absence de réorganisation en conséquence : «  la répartition territoriale des
effectifs de sécurité publique laisse subsister des inégalités importantes entre les circonscriptions, révélatrices de situations de sur-dotation ou sous-dotation au regard des niveaux de délinquance

Ainsi, à Paris, la répartition des policiers dans la capitale et de la petite couronne (qui dépend de la Préfecture de Police et représente près du quart des effectifs nationaux) « ne procède pas d’une évaluation rationnelle des besoins ». Relisez : la Cour critique l'absence d'évaluation rationnelle...

L'organisation des forces de sécurité elle-même pêche aussi. La Cour note que les réformes en cours sont insuffisantes.

- La suppression de la police de proximité a conduit Nicolas Sarkozy à multiplier la création de forces d'intervention spéciale, régionales ou autres. La Cour relève ainsi que « tant la police que la gendarmerie utilisent leurs unités de forces mobiles pour remplir des missions de sécurisation, de manière régulière voire permanente, à Paris et dans des départements réputés sensibles, en renfort des services de proximité ou des unités spécialisées prévues à cet effet ». Or, note la Cour, « ces missions occupent dans l’emploi de ces unités une place largement supérieure à celle du maintien de l’ordre ». Cet abus - la Cour parle d'« emploi croissant » - des forces mobiles présente « un surcoût sensible, par rapport à l’emploi d’unités classiques ». Et pourquoi ? Pour des raisons simples, factuelles et compréhensibles : à cause des « contraintes inhérentes au déplacement et au logement des CRS ou des EGM » (escadrons de gendarmerie mobile), mais aussi  de la «  réduction de leur disponibilité globale, peu compatible avec leur fonction première de forces de réserve, notamment en cas de nécessités de maintien de l’ordre ».

En bref, ça coûte plus cher et... c'est inefficace !

- L'allocation des moyens et effectifs de sécurité est opaque : « la répartition des effectifs entre les départements les plus touchés par la délinquance et les autres, non fondée sur des critères objectifs connus, continue de manquer de transparence ». Fichtre ! Pourquoi donc le gouvernement Sarkozy n'a-t-il pas établi une meilleure allocation des moyens alors que les statistiques de la délinquance sont régionalement connues ? Erreur involontaire ou démarche volontaire ?

- Dans les grandes villes, le nombre de policiers ou gendarmes (agents de terrain, administratifs, etc) semble indépendant des niveaux de délinquance. La Cour note que l'affectation des moyens et effectifs dépend plutôt du nombre d'habitants. Ainsi, à Marseille en 2009, alors que la délinquance avait augmenté, le nombre de fonctionnaires de sécurité a ... baissé. Et des villes moins insécures telles Nancy, Dijon, Orléans et Reims avaient la même dotation... Et ce n'est pas tout. La Cour livre quelques statistiques édifiantes, un panorama des villes de banlieue parisienne, « pauvres ET mal dotées » en moyens de sécurité :
« Au 1er janvier 2009, certaines villes paraissaient mal dotées au regard de leur niveau élevé de délinquance, notamment celles qui avaient moins d’un policier pour 400 habitants alors que leur taux de délinquance était supérieur ou égal à 90 ‰ : Juvisy-sur-Orge et Massy (Essonne), Le-Blanc-Mesnil, Epinay-sur-Seine, Aulnay-sous-Bois, Les-Lilas et Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Ivry-sur-Seine (Seine-et- Marne), Sarcelles (Val d’Oise). Les Mureaux (Yvelines), Rosny-sous-Bois et Villepinte (Seine-Saint-Denis) avaient même moins d’un policier pour 500 habitants. Bondy, Clichy, Stains et Pantin avaient moins d’un policier pour 400 habitants avec un taux de délinquance supérieur à 100 ‰, de même qu’Aubervilliers avec un taux de 136 ‰. Or, pour beaucoup, ces villes ont subi une baisse de leurs effectifs au cours de la période sous revue : Aubervilliers (- 1,8 %), Epinay-sur-Seine (- 2,0 %), Le Blanc-Mesnil (- 9,5 %), Les Lilas (- 2,0 %), Montreuil (- 4%), Pantin (- 9,5 %), Rosny-sous-Bois (- 2,8 %), Stains (- 3,4 %)»
Et à votre avis, quelles sont les communes mieux dotées ? Et bien citons la bourgeoise Raincy dont le député-maire est l'UMP Eric Raoult, prompt à donner des leçons comme « maire de banlieue de Seine Saint-Denis»; ou Gennevilliers et Puteaux (Hauts-de-Seine). Parmi les plus favorisées, on trouve La-Garenne- Colombes (Hauts-de-Seine)...

Sans commentaire.

La Cour reconnaît que « certaines des disparités relevées doivent être relativisées » par « le volume de l’activité consacrée à l’assistance judiciaire et au service d’ordre ». Mais ces facteurs ne suffisent pas à justifier de tels écarts car « les activités dites d’assistance, si elles sont contraignantes, ne représentent qu’une faible part du potentiel disponible (en moyenne 3,7 % en 2009 dans l’ensemble des CSP)

Police municipale, pis-aller
La Cour a d'abord remarqué que « l’accroissement au cours de la période 2002-2009 des effectifs des polices municipales a été beaucoup plus important que celui des forces de sécurité de l’Etat ».

Elle a ensuite relevé que les policiers municipaux « tendent à devenir des forces de substitution de la police nationale.» Le problème est simple : les statuts et les formations sont différents, et toutes les communes ne disposent pas des moyens de sécurité publique suffisant pour compenser le désengagement de l'Etat... « L’ Etat paraît s’ accommoder de cette situation au nom du principe de libre administration des collectivités territoriales, mais surtout faute de moyens pour exercer une action régulatrice

Video-surveillance, jamais étudiée
La Cour des Comptes rappelle que le gouvernement s'est engagé à subventionner 40% du programme de video-surveillance évalué à 300 million d'euros sur la période 2010-2012, 60% restant à charge des collectivités locales. Mais la conclusion est terrifiante : « il aurait été souhaitable, notamment du fait de l’importance des sommes en jeu, qu’une évaluation de l’ efficacité de la vidéosurveillance accompagne, sinon précède, la mise en oeuvre, de ce plan de développement accéléré ». Le constat est factuel : y-a-t-il, oui ou non, étude préalable au lancement du plan de video-surveillance ? La Cour apporte la réponse : c'est non. Une nouvelle fois, on découvre que Nicolas Sarkozy s'est lancé sans préparation. « La France se caractérise par la quasi- absence d’ enquête scientifique sur le sujet. »

La Cour n'a trouvé qu'une étude du ministère de l'intérieur, aux « résultats contradictoires » et sans « enseignements fiables ». Enfin, le contrôle sur les projets de video-surveillance reste imparfait et insuffisant. En particulier, « la Cour et les chambres régionales des comptes ont souvent constaté la faible professionnalisation des agents communaux chargés d’ exploiter les systèmes de vidéosurveillance de la voie publique, notamment de visionner les images ».

Finalement, ce bilan, factuel dans ses constats, est simplement un coup de grâce, le dernier coup qui manquait pour achever la crédibilité sécuritaire de Nicolas Sarkozy.



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