samedi 25 juin 2011

216ème semaine de Sarkofrance : pour Sarkozy, tous les coups sont permis

C'est fait. Sarkozy a perdu la main. Il la reprendra peut-être. Mais ces derniers jours, il n'a rien vu venir, sauf peut-être la mise en examen pour viol de l'un de ses anciens ministres. Pour le reste, il n'a rien anticipé, ni la (nouvelle) crise grecque, ni ce rapport de la Cour des Comptes terrifiant sur les finances françaises, ni même ce rapport parlementaire qui flingue son story-telling sur la fraude sociale.

Mais qu'importe.... La campagne est bel et bien lancée. Et tous les coups sont permis. Mêmes les plus durs...

La Grèce, sinon rien.
L'Europe l'a échappé belle. Ou pas... En début de semaine, le monde tremblait à l'idée que la Grèce ne fasse faillite. Jugez plutôt : 350 milliards d'euros de dette pour un PIB de 230 milliards environ; un parlement qui, sous la contrainte de la rue, refuse de voter un plan de rigueur unilatéral. La veille, les ministres des finances de la zone euro n'avaient pu se résoudre à lâcher une nouvelle tranche de prêts à l'Etat hellénique sans davantage de contreparties de rigueur. Mardi, un nouveau gouvernement, toujours dirigé par George Papandreou, était investi en Grèce. Et vendredi, le conseil européen réunissait les chefs d'Etat de l'UE pour avaliser enfin quelques mesures de soutien.

La Grèce paiera, les Grecs aussi et surtout. Les autres Européens, fournisseurs de juteux contrats (d'armements comme la France) ou de prêts tout aussi profitables (comme les banques françaises, premières exposées en Grèce, avec 64 milliards de créances), lui prêteront à 6% ce qu'ils empruntent à 3,5%. Voici la solidarité européenne ! On oublierait presque que ces membres de la zone euro savaient depuis longtemps que les comptes de la Grèce étaient agréablement truquées pour mieux intégrer le pays dans la fameuse devise.

Sarkozy, d'ailleurs, s'est encore illustré, ce vendredi à Bruxelles, en matière de construction européenne. On le sait, l'une des grandes faiblesses de la zone euro est l'absence de gouvernement économique unifié alors que la monnaie est commune. A gauche, on réclame des « euro-bonds », des emprunts à l'échelle européenne. Mais à Bruxelles, le petit monarque français s'est déclaré sceptique sur l'idée d'un ministre européen des finances.

Au passage, un remplaçant de Jean-Claude Trichet a été nommé à la présidence de la Banque Centrale Européenne, un Italien du nom de Mario Draghi, favori de Berlusconi et de Sarkozy. Ce Draghi est un ancien de la banque d'affaires Goldman Sachs, celle qui conseillait l'Etat grec comment maquiller ses statistiques budgétaires à l'aube des années 2000. Draghi, actuellement gouverneur de la Banque d'Italie, a été vice-président de Goldman Sachs entre 2002 et 2006. Il a dû expliquer qu'il était arrivé après toutes ces magouilles.

Les scandales à venir
Nicolas Sarkozy l'a échappé belle. A moins qu'il n'ait eu du nez ou quelques informations privilégiées. En éjectant George Tron, son ministre de la fonction publique, du gouvernement fin mai, soupçonné depuis quelques jours alors d'agressions sexuelles contre deux employées municipales de sa mairie de Draveil, le Monarque s'évitait un gigantesque pataquès à venir. Cette semaine, le maire de Draveil a passé deux jours d'affilée en garde à vue - la durée maximum - avant d'être déféré devant le parquet d'Evry et mis en examen pour viol.

Autre scandale, l'affaire Tapie. Christine Lagarde, notre déjà ex-ministre des finances (elle fait campagne depuis près d'un mois) a défendu sa candidature, trois heures durant ce jeudi, devant le conseil d'administration du FMI. En France, le parquet a décidé d'ouvrir une enquête contre deux hauts fonctionnaires qui, sous les ordres de Mme Lagarde, aidèrent Tapie à obtenir ses millions d'euros d'arbitrage contre le Crédit Lyonnais...

Le coup de la Cour
Sarkozy n'avait pas vu le coup venir. Mercredi, la Cour des Comptes a publié son rapport sur la situation des finances publiques. Le constat est encore une fois sévère. On savait la situation peu brillante. Mais à force de répétition des mêmes arguments, on avait fini par s'habituer au story-telling présidentiel : Nicolas Sarkozy aurait été ce Très Grand Homme qui a sauvé la France du désastre ; la crise - la plus grave depuis la disparition des dinosaures - serait responsable de tous nos maux ; grâce à notre Monarque, elle aurait été moins grave qu'ailleurs en Europe ; notre redressement des comptes serait assuré, nos dépenses publiques maitrisées.

La Cour des Comptes rappelle combien tout cela n'était que bobards : L'aggravation du déficit et de la dette publics est bien structurelle : la crise (baisse des recettes, plan de relance, etc) ne compte que pour 38% du déficit. Si l'inflation des dépenses publiques a bien été contenue en 2010, c'est aux deux tiers grâce ... aux collectivités locales que les ténors de Sarkofrance se plaisaient à accuser de tous les dérapages.

La situation française est « plus dégradée que dans le reste de l’Europe » : malgré la reprise (moins forte qu'ailleurs), le déficit public français est resté supérieur aux moyennes communautaires, et l’objectif de maîtrise des dépenses publiques jusqu'en 2013 sera « difficile à atteindre » car le déficit actuel reste trop élevé, les mesures d'économies insuffisantes. Pire, la Cour des Comptes souligne que l'amélioration du déficit budgétaire en 2010 par rapport aux prévisions initiales est surtout du à ... une imprécision de l'outil statistique gouvernemental !

Quel coup dur !

Le coup des classes
Cette semaine, notre monarque croyait se réconcilier avec l'école, ses enseignants, ses élèves et leurs parents. En déplacement en province (Lozère mardi, Yvelines jeudi), le Très Grand Homme promit le gel des suppressions de classes primaires après sa réélection (septembre 2012) et la personnalisation des parcours scolaires au collège. Il fut photographié visitant des enfants et adolescents souriants.

Las... personne n'écoute plus. 1.500 classes seront supprimées à la rentrée prochaine. Sarkozy fait des promesses pour après, s'il devenait président en mai 2012. Il a juste oublié, sans doute, qu'il l'était depuis bientôt 5 ans. Ce mardi, il a répété qu'il continuerait, en 2012, à supprimer des postes de fonctionnaires, y compris dans l'Education nationale. Son ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, est empêtrée dans une triche au bac (la publication d'une épreuve sur 3, sur Internet, la veille de l'examen). Chatel refuse de faire repasser l'épreuve. C'est normal, il n'y a plus assez de professeurs disponibles !

Le coup électoral
Depuis quelques jours, Jean-François Copé avait réactivé une bonne polémique, minable à souhait. Le secrétaire général de l'UMP s'amusait à agiter la menace d'un gigantesque fichage politique que le Parti socialiste aurait décidé à l'occasion de ses primaires. Question fichiers, il s'y connaît le Copé. En cherchant bien, il trouvera bien celui des restaurateurs qu'avait utilisé son prédécesseur Xavier Bertrand pour envoyer un courrier d'auto-félicitation après la baisse de la TVA. Pendant les dernières élections régionales, l’UMP francilienne racolait les électeurs au téléphone et utilisait un fichier de police pour discréditer un opposant socialiste.


Mercredi, l'UMP croyait tenir son dossier  : un rapport parlementaire de la Mission d'évaluation de l'assurance sociale livrait quelques estimations sur l'ampleur de la fraude sociale. Début juin, le ministre du Travail et de la Santé s'était félicité des 458 millions d'euros (+20%) de fraudes sociales détectées par les Urssaf en 2010. Cette fois-ci, on nous parle de 10 à 19 milliards chaque année, quasiment le déficit de la Sécu ! Et nous eûmes droits, sur quelques journaux télévisés du soir, aux inévitables commentaires médiatiques sur ces assistés-fraudeurs.

Le hic, c'est que la mission parlementaire contredit, ici aussi, l'argument sarkozyen : primo, 80% de la fraude sociale provient du travail dissimulé (entre 6 et 12 milliards) et des  erreurs ou des omissions de calculs de cotisations (2 milliards). La triche (ou les erreurs) commises par des allocataires est estimée à 3 milliards d'euros au maximum. Secundo, les efforts déployés pour traquer la fraude ou les erreurs des entreprises restent dérisoires : 767 sections d'inspecteurs du travail (pour 18,3 millions de salariés), 220 contrôleurs et 1.550 inspecteurs pour vérifier les cotisations sociales de 40.000 établissements. A l'inverse, la traque aux assistés qui abusent dispose de moyens conséquents pour des résultats ... finalement maigres : en 2010, 264 000 contrôles sur place ont été réalisés pour détecter, finalement, 13 114 fraudes représentant 90 millions d'euros. 

La semaine prochaine, Sarkozy s'était calé une conférence de presse. Officiellement, il s'agissait de parler du Grand Emprunt et des « investissements d'avenir ». En réalité, il s'agissait de contrer médiatiquement l'annonce de candidature de Martine Aubry. Nicolas Sarkozy ne pense qu'à ça.

Sa campagne, déjà commencée depuis 18 mois, peut-être 4 ans.

Gouverner ne l'intéresse pas.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


vendredi 24 juin 2011

Quand la Cour des Comptes ne croit plus aux bobards de Sarkozy

  Jeudi 23 juin, on pouvait lire avec délectation et inquiétude le dernier rapport de la Cour des Comptes. Comme souvent depuis 2007, les conseillers n'étaient pas tendres avec le Monarque élyséen. Une nouvelle fois, ils contredisaient un à un les arguments du story-telling présidentiel.

Loin de là, à Washington, Christine Lagarde n'en avait cure. Cela fait près d'un mois qu'elle n'est plus avec nous.

Jeudi 23 juin, elle passait son grand oral à Washington, devant le conseil d'administration du Fonds monétaire international. Elle reste grande favorite pour succéder à Dominique Strauss-Kahn, et quittera donc sans doute son ministère des Finances le mois prochain, pour rejoindre le FMI. A moins que la récente enquête diligentée par le parquet de Paris, pour abus de pouvoirs sociaux, dans l'affaire Tapie/Adidas et qui vise deux des hauts fonctionnaires qui, sous ses ordres et recommandations, ont procédé au règlement arbitral du litige en faveur de l'homme d'affaires ne décourage certains de ses soutiens.

Pour l'instant, Lagarde tient la corde. Depuis des semaines, on murmure que Valérie Pécresse pourrait la remplacer aux Finances, même si Baroin, déjà au Budget, lorgne aussi sur le poste. Si elle file au FMI, Lagarde ira donc donner des conseils de redressement budgétaire aux pays du vaste monde.

En France, la Cour des Comptes s'inquiète justement de la dérive, toujours pas contrôlée, de l'endettement public. L'an dernier, par un tour de passe-passe comptable, François Baroin, son collègue du budget, et elle-même nous avaient fait croire que l'Etat faisait de sérieuses économies. En fait, ces dernières n'étaient que la non-reconduction du grand emprunt (intégralement comptabilisé l'an précédente) et du plan de relance.

Le rapport publié par la Cour contient quelques constats sans détour :

1. Le déficit public reste « très élevé et largement structurel »
La Cour rappelle que le plan de relance a pesé pour 1% du PIB en 2009, puis 0,3% en 2010. L'amélioration du déficit budgétaire en 2010 (versus 2010) n'a été que de 0,4% du PIB (de -7,5 à -7,1%). Côté dette publique, elle s'est alourdie de 98 milliards d'euros l'an dernier, pour atteindre 1.591 milliards en d'année, à 3,6% de taux d'intérêt en moyenne. Le grand emprunt pèse pour 35, l'aide à la Grèce pour 4,4 milliards, mais les remboursements de prêts des constructeurs automobiles et des banques l'ont compensée (6 milliards). L'aggravation est bien structurelle.

Chaque ménage est endetté pour 59.000 euros en moyenne fin 2010.

2. Les dépenses publiques ont été ralenties... grâce aux collectivités locales. La Cour des Comptes se réjouit que l'inflation des dépenses publiques ait été contenue en 2010, ce qui « marque une nette inflexion par rapport à leur croissance tendancielle de 2,4 % par an constatée sur les années 1999 à 2009 ». Mais elle fustige un autre argument gouvernemental : hors grand emprunt et plan de relance, « la norme de croissance zéro du volume des dépenses n’a en réalité pas été respectée, malgré des charges d’intérêts inférieures aux prévisions ».

Au passage, elle accorde son satisfecit aux administrations locales : en volume, « les dépenses publiques locales ont diminué de 1,9 % en 2010 », ce qui explique les deux tiers du ralentissement de l'inflation générale ! On se souvient combien Sarkozy et les ténors de l'UMP ne cessent de fustiger le poids des dépenses des collectivités locales, régions ou départements, majoritairement gérées ... par la gauche.  Ils en seront pour leurs frais.

3. La Cour des comptes s'inquiète des choix fiscaux inconséquents du gouvernement ( les recettes ont été « réduites par des baisses d’impôts »). la critique n'est pas nouvelle. L'an dernier, la Cour dénonçait déjà l'aggravation des niches fiscales (comme la réduction de TVA sur la restauration). Cette fois-ci, elle critique le « coût élevé de la réforme de la taxe professionnelle », une mesure qui coûte 12 milliards en 2010, puis 4,3 milliards par an en rythme de croisière. Au final, le déficit structurel s'est aggravé de 3,7% du PIB en 2007 à 4,6% en 2009 et 4,9% en 2010  (hors plan de relance) : « L’effort structurel a lui-même été quasiment nul en 2010 ». Pour la Cour des Comptes, « la contribution de la crise au déficit est de 2,7 points de PIB (soit 38 % du déficit) ».

4. La situation française est « plus dégradée que dans le reste de l’Europe ». Le constat va à l'encontre de la vulgate sarkozyenne. « La reprise économique, plus forte qu’attendu, a entraîné, dans de nombreux pays, un surcroît de recettes publiques et, par conséquent, des résultats budgétaires légèrement meilleurs que prévus. » Sauf en France... « Le déficit public français est ainsi resté supérieur aux moyennes communautaires, comme ce fut presque toujours le cas au cours des quinze dernières années.»  Si l'on se limite aux déficits structurels, ces derniers « sont restés ou devenus plus élevés que celui de la France en 2010 dans les Etats européens qui ont dû demander une aide internationale (Grèce, Irlande, Portugal) ou qui ont entrepris une consolidation budgétaire vigoureuse (Royaume-Uni, Espagne).» En d'autres termes, la Sarkofrance est la prochaine dans le peloton des Etats en difficulté.

5. La Cour des Comptes n'achète pas le story-telling présidentiel pour 2011 et au-delà : l’objectif de maîtrise des dépenses publiques sera « difficile à atteindre », car les « crédits de certaines missions budgétaires s’avèreront insuffisants ». Au passage, elle note que la prévision de déficit public à 5,7 % du PIB en 2011 place la France dans une situation nettement dégradée par rapport à la zone euro hors France (3,9 % du PIB) et à l’Allemagne en particulier (2,0 %). Et de toute façon, un déficit à 5,7% du PIB sera « encore trop élevé pour enrayer la progression de la dette publique de la France ». Après 2011, la Cour est plus que dubitative : les prévisions de croissance sont jugées « trop favorables », et les mesures d'économies annoncées sont « insuffisantes ».

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