21 octobre 2017

546ème semaine politique: les premiers de corvée face à Macron

 

 

Où il est question d'une semaine inédite, où l'on balance enfin les porcs, et où les premiers de cordée enfoncent aussi les premiers de corvée.


La parole se libère, enfin.
Voici un ancien ministre et figure morale de la gauche, un ancien candidat rocambolesque à l'élection présidentielle, un député LREM tombeur de Florian Philippot, et même un intellectuel islamiste accusés tour à tour d'agressions sexuelles. Depuis qu'une journaliste française a osé appeler ses camarades de souffrance à partager sur les réseaux sociaux les harcèlements et agressions sexuelles dont elles ont été victimes sans oser l'avouer, plus de 160 000 messages sont postés avec des hashtags divers dont le désormais célèbre #balancetonporc.

La réaction de la gente masculine devant ce déferlement apparemment sans contrôle est ambivalente. Rares ont été les soutiens, rares sont les soutiens sans critique. Certains mâles geignent de l'amalgame (non, tous les hommes ne sont pas des agresseurs), ce qui est stupéfiant: pourquoi se sentent-ils spontanément visés  quand seuls les porcs sont sur le gril ?

D'autres ont peur de cette "folie". Quelques hommes de pouvoir sont pris en flagrants délits de malaise quand on leur demande s'ils dénonceraient des harceleurs: le ministre Bruno Le Maire refuse de dénoncer ("ce n'est pas dans ma nature"), avant de faire des excuses publiques. Son collègue de l'intérieur Gérard Collomb semble quasi-gâteux quand on lui pose la même question: "Oui, ça dépend… enfin, je veux dire qu’entre le fait de pouvoir flirter et le fait de pouvoir harceler, il me semble y avoir des différences".

D'autres hommes vont plus loin, plus grave, et publiquement. Une fraction de personnalités médiatiques fustigent la délation en masse alors que le nombre d'agresseurs nommément identifiés est ridicule: Raphael Enthoven ou Eric Zemmour sont deux illustrations opposées de cette défaillance masculine. Enthoven apporte son soutien mais fustige la méthode. Zemmour, lui, est fidèle à lui-même, immonde. Il ose une comparaison avec la dénonciation de civils juifs innocents pendant la seconde guerre mondiale.

Le président des riches ...
Source: Arnaud Mouillard
Dimanche, Jupiter passe à la télévision. Contre ce déferlement, il essaye de rester hors de la mêlée alors qu'il aurait fallu y plonger. Il réagit à peine. Cette posture jupitérienne est heureusement corrigée par sa secrétaire d'Etat à l'égalité entre femmes et hommes qui réagit avec compréhension. Elle promet une loi, avec, peut-être enfin, un allongement des délais de prescription contre les agressions sexuelles.

Macron à la télévision, cela devait être l'évènement de la semaine. Ses sondages sont de pire en pire, surtout auprès des classes populaires. Mais Jupiter parle enfin avec des journalistes. Les éditocrates de cette démocratie fatiguée nous promettaient du spectacle. Mieux, cette semaine, les deux finalistes de l'élection présidentielle retrouvent ensemble les plateaux télévisuels. Nous n'avions vu ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen depuis leur grotesque débat de l'entre-deux tours. Macron choisit TF1 dimanche soir. Le Pen s'effondre le jeudi suivant sur France 2, en faisant réaliser le pire score de l'émission depuis sa création.

Du jeune monarque, on entend la confirmation de ses convictions libérales: "Je ne crois pas au ruissellement mais à la cordée". Quelques experts ès libéralisme tentent de décortiquer cette nouvelle pensée de Jupiter, de la raccrocher à un "libéralisme de gauche". La "cordée" en serait l'emblème, là où le libéralisme de droite préférerait la rente. Lutter contre les inégalités d'accès, plutôt que les inégalités de fait, voici la nouvelle théorie de cette France du haut enfin rassemblée en toute cohérence dans la Macronista.

... face à l'idiote utile du Front national
Ce dimanche soir, Jupiter laboure aussi un peu les terres fantasmées de l'extrême droite et la droite furibarde quand il s'attaque aux clandestins: "Toutes celles et ceux qui, étant étrangers en situation irrégulière, commettent un acte délictueux quel qu'il soit, seront expulsés". Pourquoi donc cibler les clandestins délinquants ? Leur délinquance serait-elle en hausse ? Non, Macron réagit à l'attentat de Marseille, où un Tunisien clandestin a poignardé deux jeunes femmes. Est-ce donc la mère de toutes les réponses, la solution ultime au terrorisme ? Non. Mais il fallait s'abaisser à cette facilité pour tenter de remonter dans les sondages.

Jupiter apparait au final arrogant.  Il s'agace qu'on lui rappelle sa formule filmée, théâtralisée et sur-médiatisée sur le "bordel". Il réfute l'accusation de président des Riches, il assume ses provocations.

Après l'émission, il se dit frustré.

Et nous ?

Quelques jours plus tard, Marine Le Pen discute donc à son tour dans le poste, mais dans une belle indifférence. A peine 20% de ses électeurs du scrutin présidentiel se sont attardés à l'écouter, quel bide ! Elle bégaye une mauvaise défense pour justifier sa décision de s'auto-augmenter de 2000 euros par mois sur le budget du parti. Elle reste flou sur le sort de l'euro, aussi floue qu'il y a 6 mois.

 Son ancien meilleur ami Philippot se régale et se défoule, la vengeance est encore chaude: "Je n’ai pas du tout été surpris par le bide d’audience. Je crois que c’est le plus mauvais score de l’histoire de cette émission. Je crois qu’une page est tournée."

Les premiers de corvée
Pendant que quelques mâles s'inquiètent des répercussions d'une parole féminine qui se libère enfin, la présidence des riches fait passer au Parlement deux mesures des plus emblématiques de cette présidence finalement odieuse: la ratification de la loi sécuritaire (où les députés socialistes... s'abstiennent !) et l'adoption du paquet fiscal.

Ce paquet fiscal est une "offense", qualifie Jean-Luc Mélenchon à la tribune de l'Assemblée. La suppression de l'ISF et la création d'une "flat tax" à 30% (au lieu d'un impôt proportionnel sur les revenus) représentent une perte de recettes publiques équivalentes à 75 000 logements sociaux, ou 90 000 places en crèches ou encore 30 000 postes de personnel soignants à l'hôpital public, détaille-t-il. La "flat tax", rappelons-le, nous vient tout droit de l'héritage reaganien et thatchérien, elle est tout aussi injuste puisqu'elle consiste les revenus du capital (dividendes, plus-values de cession de titres financiers, intérêts de l'épargne) moins que les revenus du travail !

En novlangue macroniste, on appelle cela le "Plan Entreprise" (complété d'une réduction du taux de l'impôt sur les sociétés et de la pérennisation de l'inefficace et coûteux CICE de François Hollande en exonérations de cotisations sociales définitives et sans contreparties). Relire quelques tweets de l'actuel porte-parole du gouvernement quand la droite proposait exactement ce qu'il soutient aujourd'hui est cocasse, et indigne.


Cette double mesure enterre aussi la promesse du candidat Macron de ne pas baisser la fiscalité des revenus du capital. Au total, cette dernière va baisser de 4,5 milliards d'euros l'an prochain. Mardi, une centaine de députés de gauche réclame du gouvernement qu'il publie l'impact de cette décision, oubliant pour nombre d'entre eux que Hollande s'était résolu à perdre 1,3 milliards d'euros d'ISF en le plafonnant à la fin de son quinquennat. Après le bouclier fiscal version Sarkozy puis version Hollande, Macron achève de détricoter ce qu'il reste de fiscalité progressive sur les plus aisés de ce pays.

Cette politique de classe se comprend encore mieux à travers quelques exemples: les 100 plus gros contribuables à l'ISF vont économiser 1,3 million par an grâce à la mesure.
"Le but n’est pas de baisser globalement la fiscalité des revenus du capital mais de la rendre plus lisible et plus efficace" Programme présidentiel d'En Marche
Le président des riches l'emporte, sa double mesure de classe est votée par sa majorité godillot. Bruno Le Maire défend la double mesure au motif qu'elle sert l'investissement, il, répète sa "théorie de la création des richesses", il se félicite de la disparition d'un "totem idéologique vieux de 35 ans, qui était devenu inefficace et complexe". L'instauration de sa "flat tax" s'inspire de la politique libérale de la même période, mais Le Maire ne parle pas de "totem" dans ce cas-ci.

Les premiers de corvées le remercient.

Le lendemain du spectacle télévisuel présidentiel, le porte-parole Christophe Castaner répète les éléments de langage, et lâche cette petite saloperie digne d'un Wauquiez en pleine campagne contre le "cancer de l'assistanat": "L'universalité de l'allocation chômage, qui doit profiter à celles et ceux qui n'y ont pas droit […], implique aussi des droits et des devoirs , (...) c'est une forme de liberté, mais la liberté, c'est pour aller vers quelque chose, la liberté, ce n'est pas de bénéficier des allocations chômage pour partir deux ans en vacances."

Christophe Castaner est très certainement l'une des meilleures incarnations de cette Macronista.  Pourvu qu'il ne reste jusqu'à la fin du quinquennat. 

Ami(e) macroniste, ne pars pas.