SARKOFRANCE #03

Blog politique depuis 2007.

29 août 2015

434ème semaine politique: les 10 clarifications de cette rentrée politique.



Le monde tremble des conséquences d'un krach boursier en Chine mais l'actualité politique française s'est recroquevillée. A la faveur de la rentrée, la clarification du paysage politique se poursuit, parfois dans le ridicule.



#1 Les silences de Macron
Il est jeune, il est beau, il est dans son élément. Macron est à Jouy-en-Josas, sur le campus d'HEC pour l'université d'été du MEDEF. Cette rencontre des dirigeants patronaux est toujours un grand moment de la rentrée politique française. Un lieu où nos politiques, de centre gauche ou de droite, aiment à lâcher les premières petites phrases.

A Jouy, on n'entend pas Macron s'indigner sur cette promesse non-tenue du MEDEF - un million de créations d'emploi que le président Gattaz exhibait sur un pin's l'an passé dans toutes ses apparitions publiques en échange de la plus grosse exonération de cotisations sociales de la décennie.

#2 L'échec du Pacte irresponsable
Au lieu de quoi, nous eûmes 0,1% de croissance ou de décroissance ici ou là, d'un trimestre à l'autre, et une progression continue du chômage depuis 3 ans. Même les créations de postes dans le secteur marchand sont ridiculement faibles: 27.000 au second trimestre 2015, "un mouvement qui ne s’était pas produit depuis 2011" rappelait Rebsamen cette semaine. Quel exploit ! A ce rythme-là, il nous faudra encore 37 trimestres pour atteindre la promesse de Gattaz !

La politique de François Hollande est un échec sur le terrain de l'emploi. François Rebsamen peut bien filer se cacher à la mairie de Dijon, et laisser vacant son poste de ministre du Travail.

#3 Le sarkozysme de Macron
A Jouy-en-Josas, le ministre de l'économie, ancien conseiller de Hollande à l'Elysée, préfère expliquer que la réduction du temps de travail si chère à la gauche plurielle des années Jospin était une mauvaise idée: "la France pourrait aller mieux, en travaillant moins, c'était des fausses idées". Des fausses idées ? Quelques 6 millions de Français ont leur temps de travail réduit de façon contrainte ! Un actif sur 4 est encore inscrit à Pôle Emploi ! Macron, comme l'ensemble des ténors de la droite et les représentants du patronat, n'ose pas, sur ce sujet, expliciter le fond de sa pensée: ce n'est pas la réduction du travail qui gêne, mais le seuil de calcul des heures supplémentaires. L'Allemagne voisine, toujours citée en exemple par nos commentateurs libéraux, a troqué son chômage précaire pour du travail partiel (et précaire): outre-Rhin, le temps partiel a bondi de 17% en 1999 à 26% des salariés douze ans plus tard. Les Allemands travaillent en moyenne moins que les Français, qu'on se le dise. Macron préfère les 35 heures imposées par la précarité aux 35 heures négociées par le partage du temps de travail.

#4 La division socialiste
A la Rochelle, où le Parti socialiste met en scène sa gauchitude de rentrée, on tousse, on grogne, on crie dans les rangs. Les socialistes s'indignent entre eux. Manuel Valls, son premier ministre, qui pourtant disait peu ou prou la même chose lors des primaires socialistes de 2011, le réprimande gentiment. Jean-Marie Le Guen, ministre en charge des relations avec le Parlement, vient "vigoureusement" à la défense de son collègue Macron. Le patron du Libération, Laurent Joffrin explique que "Emmanuel Macron n’est pas de droite" quand lui-même n’est plus de gauche. A droite, on applaudit. Le très sarkozyste Gérard Darmanin propose "l'asile politique" à Macron.

Tempête dans un verre d'eau ? Nous aurions tort de minorer l'affaire. Cette petite musique du "travailler plus", qui, prise collectivement, est d'une hypocrisie ahurissante, est encore jouée pour endormir les esprits.

#5 La scission d'EELV
La clarification des positionnements politiques se poursuit. l'approche du Grand Scrutin de 2017 l'accélèrera. Si EELV n'a pas encore explosé, elle en prend le chemin. Le parti né du rapprochement des Verts avec les partisans de Nicolas Hulot a perdu deux ténors du parti écologiste. Le sénateur Jean-Vincent Placé et de le député François de Rugy quittent le mouvement, mais pas leur mandat, à cause du "gauchisme" de leurs camarades. Dans quatre régions (sur 13), EELV devrait faire liste commune avec le Front de gauche au scrutin régional de décembre. Et cela agace ces "réformistes" qui ne rêvent que d'un strapontin ministériel en Hollandie.

Pour Hollande, on dit que le coup est bien joué, car rien ne vaut une division des écologistes. Pourtant, cette division est un pas de plus vers une candidature écolo politiquement plus homogène au prochain scrutin présidentiel.
Mélenchon a tort, la droite du PS est aujourd'hui majoritaire au PS. Et les frondeurs ne veulent pas quitter ce navire-là.

#6 La purge inachevée du Front national
A l'extrême droite, le FN poursuit sa purge familiale. Marine n'en a pas fini avec Jean-Marie. Ce dernier tient encore les cordons de la bourse du FN. Car la galaxie frontiste est d'abord un conglomérat familial: on connaissait "Jeanne" la filiale dirigée par Marine Le Pen qui facturait les candidats frontistes aux législatives leurs "kits de campagne". Il y a aussi la "Cotelec", une association présidée par Jean-Marie qui finance les frais de campagne des candidats.  Les représentants d'un diocèse invitent Marion Maréchal-Le Pen à partager sa jeune expérience politique. A Sciences-Po, une antenne frontiste est créée.

#7 Le faux changement de Juppé
A droite, Alain Juppé promet qu'il a "changé", lui aussi. Comme Jospin en 1995, ou Sarkozy en 2007. L'approche d'un Grand Scrutin précipite certains des prétendants  à ces moments de vérité. Il semble cependant que les électeurs aient aussi changé. Depuis quelques années, une fraction majoritaire d'entre eux se réfugie dans l'abstention, y compris pour des élections de proximité; laissant ainsi les urnes bourrées de votes frontistes. Juppé, donc, a "changé". Il a "envie d'être aimé". Il publie un livre sur l'école de nos enfants. Loin des éructations frontistes de son rival Sarkozy, il s'affiche serin et rassembleur. "J’ai appris la doctrine de la goutte d’eau : il ne faut pas faire déborder le vase en voulant trop en faire", confie-t-il à propos de la réforme des retraites de 1995. En revenant sur son bilan de premier ministre, vingt ans plus tard (une éternité), Juppé tacle aussi indirectement Hollande: "il faut annoncer clairement la couleur. L’erreur, en 1995, était de ne pas avoir annoncé la réforme des retraites avant l’élection".

#8 Le Bling-bling de Sarkozy
A droite, Nicolas Sarkozy n'a pas changé. Un site révèle l'organisation de la séance photo en Corse, publiée par Paris Match il y a 15 jours. Du vrai professionnalisme.

#FF @NicolasSarkozy pour son professionnalisme dans l’organisation des photos de ses vacances. http://t.co/wMSAX5iu9D
— Juan (@Sarkofrance) 28 Août 2015

#9 L'affaire Sapir
La Grèce aussi va clarifier son paysage politique, avec ses élections anticipées dans trois semaines à peine. Un scrutin provoqué par l'impasse politique née du Diktat des créanciers européens. Exaspérés ou effarés par l'échec d'Alexis Tsipras à desserrer l'étau austéritaire et le pillage des infrastructures publiques du pays via des privatisations imposées au profit d'entreprises étrangères, certains à gauche ont déraillé au point d'envisager toutes les alliances possibles contre l'euro, y compris avec le Front national.

Sur France inter cette semaine, un estimé économiste, Jacques Sapir, a ainsi bafouillé qu'il pensait que cette alliance des anti-euro se poserait à terme. Il n'osa prononcer qu'il la souhaitait: "J’ai dit à terme, et c’est une possibilité, et pas une probabilité, parce que nous ne savons pas quelles seront les évolutions que pourra connaître ce parti, ou un parti qui pourrait en être issu."

Qu'il en oublie combien le Front national "normalisé", sur aucun des sujets socio-économiques, politiques et culturels, ne défend autre chose que du clivage, de la discrimination et de la haine, est effarant.  Un autre économiste indigné, Frédéric Lordon, a rétorqué à Sapir qu'il a "perdu tout sens de l'histoire." Sapir se défend encore: "on ne fait pas un « front de libération nationale » avec ses seuls amis." Mais comment envisager de le faire avec ses ennemis ? On apprenait aussi que Chevènement rencontrerait Dupont-Aignan. La gauche souverainiste s'égare.

#10 La renaissance de la Bête immonde
Sapir n'écoutait pas Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances de Tsipras, qui démissionna ou fut démissionné au soir de la victoire du NON à l'Austérité au référendum grec du 5 juillet qui déclarait le 23 août dernier: "À ces deux occasions, dans les années 1930 et maintenant, les seuls bénéficiaires ont été les bigots, les nationalistes, les xénophobes, les misanthropes. L'œuf du serpent n'a pas mis longtemps à éclore dans de telles circonstances."

En Grèce, tout le monde surveillera le score des nazis, sauf sans doute Pierre Moscovici. Il a la tête ailleurs. Il poursuit la publication d'ineffables citations hors sol sur les réseaux sociaux, comme cette "hâte de travailler avec gouv. provisoire, maintien dynamique de réformes avant nomination nouveau gouv après 20 sept". Les premiers sondages donnent Syriza vainqueur, mais de peu.


Ailleurs dans le monde, l'actualité n'a besoin d'aucune clarification.

C'est un krach boursier, un vrai, un de plus, qui a ouvert la semaine. Fichue rentrée. Il vient de Chine. Un krach avant une correction économique qui serait un nouveau séisme. Dans un camion, en Autriche, les corps sans vie de 70 migrants. Dans la Hongrie voisine, le gouvernement réactionnaire fait installer des barbelés à sa frontière, en pleine Europe. Plus loin, en Syrie ou en Irak, Daech insulte l'islam et l'humanité de ses barbaries à répétition.

Bonne rentrée citoyen.



22 août 2015

433ème semaine politique: la rentrée positive de Hollande n'aura duré que 24 heures.

Il est revenu de vacances trop courtes. François Hollande voulait positiver. Vlam ! Un attentat déjoué, la crise chinoise et de nouvelles secousses politiques en Grèce le ramène à la réalité.

Vive la rentrée.



Positivisme

La France a évité un carnage, dans un train Amsterdam-Paris. Un homme armé d'une Kalachnikov a été maitrisé par trois Américains qui se trouvaient à bord, vers 17H45 vendredi 21 août. Le choix du train pour frapper ne doit rien au hasard.

Des milliers de Français prennent justement le train en cette veille de rentrée de vacances.
 

Pour Hollande, la rentrée est déjà un carnage. 

Les vacances furent courtes. Le gouvernement au complet s'était retrouvé deux jours avant en Conseil des ministres dans une indifférence publique polie. François Hollande, à peine bronzé, annonce qu'il veut des baisses d'impôts pour 2016,  et davantage d'écologie dans son programme. La campagne présidentielle est proche. Si les écologistes présentent un candidat, le candidat a peu de chances de se qualifier pour le second tour. La meilleure monnaie d'échanges avec les écolos serait l'adoption rapide du scrutin proportionnel mais pour l'instant, Hollande n'en est pas là.  Il veut "sur-positiver" pour tenter d'améliorer l'état des lieux de fin de mandat.

Hollande veut sur-positiver, mais la réalité est têtue. Bien sûr, on pouvait, on devait prendre pour quantité médiatique négligeable les agitations à propos de la Fête de la Rose à Frangis, organisée par les supporteurs d'Arnaud Montebourg. L'ancien ministre devenu directeur chez Habitat France, a invité un ancien collègue européen, Vanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec du gouvernement Syriza. L'invitation agace les socialistes, y compris dans le coin.

Hollande voulait sur-positiver pour faire oublier cette crise porcine qui a pourri les vacances du ministre de l'agriculture; ou le départ, non encore remplacé, de son ministre du travail pour la mairie de Dijon. Ou même ces excitations médiatiques entretenues par la droite furibarde à propos des migrants partout en Europe. Hollande pouvait sur-positiver puisque l'extrême droite était encore coincée par les déboires familiaux des Le Pen. Le patriarche s'est d'ailleurs à nouveau fait exclure du mouvement frontiste cette semaine. La droite n'allait pas mieux. Si Alain Juppé travaillait ses propositions politiques, on retenait de l'UMP/Les Républicains la saisie des biens immobiliers du couple Balkany par la justice, et le retard pris par l'enquête pour corruption qui vise Nicolas Sarkozy.

Bref, Hollande voulait, et pouvait "sur-positiver". Mais sa rentrée positive  n'aura duré que quelques heures.

Son optimisme démonstratif était palpable lors de son premier déplacement de rentrée en Isère, avec Ségolène Royal. Un optimisme surprenant, comme si le président, pourtant bien informé, ne voyait plus la réalité notamment économique qui nous entoure. Hollande croit à une reprise qui ne vient pas - un maigre 1% de croissance peut être l'an prochain - alors que l'économie chinoise donne de graves signes de faiblesse. "La peur fait son retour sur les marchés financiers" titrent les Echos. Après le krach boursier chinois de juillet, le ralentissement économie du pays le plus peuplé du monde déprime les économies mondiales. Cette nouvelle catastrophe économique est un premier boulet, et pas des moindres, pour l'équipe élyséenne.

Ensuite, il y a la Grèce.

Secousses grecques

En Grèce, Alexis Tsipras a créé la surprise en démissionnant du gouvernement jeudi soir. Il a aussi fait frémir quelques créanciers européens.  Cette démission ouvre une nouvelle séquence incertaine. Tsipras démissionne parce qu'il assume avoir été contraint de dévier du mandat que les électeurs lui avaient donné en janvier dernier.

L'homme remet en jeu son mandat, après avoir échoué à renégocier la dette grecque. Sa majorité craque, un gros tiers de ses députés Syriza ne le soutiennent pas. Et 25 d'entre eux viennent même de rejoindre Unité Populaire pour le prochain scrutin. La Grèce vient de conclure un accord absurde, 86 milliards de prêts pour l'essentiel (80%) pour rembourser les précédents, adossé à un programme austéritaire qui ne réjouit que le gouvernement allemand et quelques eurocrates hors sol comme Pierre Moscovici.

Ce dernier a osé publié vendredi sur son blog, quelques minutes avant que l'actualité ne bascule dans la sidération avec l'attentat manqué du Thalys, un billet laudateur sur le programme de contre-réformes grecques: "les 10 raisons pour lesquelles le nouveau programme grec est une bonne nouvelle". Il faut le lire pour le croire.  Selon Moscovici, ce programme austéritaire va permettre de stabiliser les finances publiques grecques "de façon crédible, économiquement efficace et socialement juste", et de "booster" le marché de l'emploi grâce à la "modernisation" du code du travail . "Les privatisations vont aider à moderniser l'économie", écrit Moscovici. 50 milliards de cessions ont été imposées aux Grecs. En Grèce, les privatisations sont un dépeçage en règle du secteur public au profit d'entreprises étrangères: comme la concession des 14 aéroports régionaux à un consortium allemand, ou la vente du port du Pirée, troisième port mondial, à des Chinois.

La Grèce n'a pas fini de secouer l'Europe et son destin.

Bonne rentrée à toutes et tous.





20 août 2015

Tsipras, la leçon démocratique continue

Alexis Tsipras, premier ministre grec depuis le mois de janvier dernier, a annoncé sa démission le 20 août. Des élections anticipées auront lieu dans un mois, le 20 septembre.

Après sa tentative de renégociation contre les créanciers européens et internationaux, puis un référendum le 5 juillet dernier, et un accord qui s'apparente à un Diktat sous peine de faillite bancaire généralisée le 13 suivant, Alexis Tsipras aura fait preuve d'une intelligence démocratique que l'on peine à retrouver ailleurs en Europe, et notamment en France.

Tsipras démissionne parce qu'il pense qu'il pense qu'il n'a plus la majorité nécessaire et suffisante. Lors du vote du troisième accord avec l'Union européenne, et de son volet austéritaire, un tiers de sa majorité l'a abandonné, et il n'a du son salut qu'au soutien de son opposition. En France par exemple, la Vème République permet à François Hollande de passer en force avec l'artifice du 49-3 pour des lois sans majorité comme l'ineffable texte "Macron".

Tsipras démissionne parce qu'il sait, reconnait et assume avoir été contraint de dévier du mandat que les électeurs lui avaient donné en janvier dernier: "le mandat que j’ai reçu le 25 janvier a atteint ses limites". Quand avons-nous entendu cela en France depuis 40 ans ? Une seule fois, et le résultat fut funeste pour son auteur. En 1997, quand Jacques Chirac décida de dissoudre une assemblée trublionne. En France, le président Hollande a dévié de sa trajectoire initiale, personne même chez lui ne le conteste. Pourtant, il n'y eu aucune remise en jeu du mandat législatif.

Merci Alexis Tsipras.