SARKOFRANCE #03

Blog politique depuis 2007.

4 mars 2015

Sarkozy pas content.

Que ce crépuscule est long et lent.

Il n'est même pas certain que Nicolas Sarkozy ait réellement pris la mesure de la giscardisation qu'il subit. Systématiquement rattrapé par son bilan, incapable de mesurer combien son propre comportement est inadéquat quand il va prendre quelques billets chez des émirats pour des micro-conférences, mal à l'aise dans le rôle du fédérateur d'une UMP fractionnée alors que son action ne valait que dans l'autoritarisme personnel, Nicolas Sarkozy souffre et le montre.

Mais a-t-il compris ?

Ces derniers jours, il fit la une d'un hebdo "people" avec Carla Bruni - on nous promettait qu'il allait se venger de ses ennemis de l'intérieur. Dans les colonnes du Figaro, il tente de vendre l'idée d'une politique alternative alors que ses propres députés applaudissaient (timidement) la loi Macron.

Sarkozy est pris d'effroi à l'idée que le FN le siphonne de l'intérieur. "Voter pour le FN au premier tour, c'est faire gagner la gauche au second" clame-t-il. Mais qui l'écoute ?
«Il nous faudra engager ni plus ni moins une révolution des esprits, débarrassée de tous les dogmes, afin de mettre l'entreprise, quelle que soit sa taille et dans toutes ses dimensions, au centre de toutes les décisions économiques du gouvernement»

Il a raison sur un point. Une "révolution des esprits" a eu lieu, paisiblement. Nicolas Sarkozy n'est plus l'objet de fascination médiatique ni l'idole d'une droite décomplexée. Il doute et fait douter.

La décennie 2002-2012 semble close.

Enfin.


28 février 2015

408ème semaine politique: comment Marine Le Pen nous affronte


On lui prédit la victoire. Marine Le Pen avance, souriante, vers son destin. On aurait pu parler d'autre chose, mais il n'y a que cela, le spectre d'une prise de pouvoir, un putsch sur l'intelligence, une victoire de l'hypocrisie. 

Un affront.


Nous sommes comme les spectateurs d'un film-catastrophe. Le scenario est sans surprise - Tout est prétexte à conter l'irrésistible progression du Front national, même l'information, pourtant anecdotique, que le FN soit parvenu après 40 ans d'existence à trouver 2000 candidats pour un scrutin départemental.

Comme dans un film-catastrophe, on connait la fin de l'histoire - l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen. On en devine aussi la mise en scène, qui va mourir et qui va survivre; le seul suspense réside dans le déroulement exact - comment ces personnages vont-ils être sacrifiés ? On sait déjà que les victimes seront nombreuses. La fascination est morbide ou voyeuriste devant une catastrophe annoncée.

Pour les prochaines élections, départementales cette fois, qu'importe l'abstention, on nous prédit le FN en tête. Le voici déjà couronné "premier parti de France". Si son score approche ou dépasse celui du scrutin européen, effectivement, le FN sera le premier des partis politiques français... encore en vie. Car qui se souvient qu'en 2014 le FN avait perdu deux millions de suffrages par rapport au score de Marine Le Pen à la présidentielle de 2012 ?

Le Front national s'est imposé dans les médias. Conter cette irrésistible ascension est un formidable feuilleton. Les chaînes d'information sont le relais de cette lutte à trois bandes - PS, UMP et FN. Quand Marine Le Pen braille que les estrades médiatiques lui sont fermées, elle fait sourire. Du 9 au 20 février 2015, le temps de parole consacré au Front National a représenté 55% sur LCI; 18% sur BFM, et 44% sur iTélé.

On aurait tort de penser que Marine Le Pen fait l'actualité immédiate. Il y avait bien sûr bien d'autres évènements semaine: Syriza qui fait voter son programme de réformes "euro-compatible" pour gagner quelque temps; le parlement allemand qui lui accorde ce fameux "sursis" à une écrasante majorité; des illuminés de Daech qui massacrent à coup de masse des chefs d'oeuvre millénaires de l'histoire perse et de la culture mondiale; Emmanuel Macron célébré dans un reportage d'Envoyé Spécial jeudi, Manuel Valls qui fait (gentiment) sanctionner les frondeurs socialistes dans les instances; Manuel Valls, encore, qui surjoue la bonne tenue de sa réunion sur le "dialogue social" avec des syndicats inaudibles ou fatigués; Manuel Valls, toujours, heureux mais modeste que les sans-emploi aient baissé leur nombre de 20.000 unités en janvier; Sarkozy qui donne des leçons de politique étrangère; le cessez-le-feu en Ukraine négocié par Hollande et Merkel qui est déjà rompu; Hollande qui se divertit 48 heures aux Philippines pour célébrer la défense du climat avec les actrices Marion Cotillard et Mélanie Laurent.

Marine Le Pen ne fait pas l'actualité immédiate, elle fait l'actualité tout court, même sans rien faire.

En façade, le Front national est devenu un gigantesque fourre-tout protestataire et contestataire. Que François Hollande évoque les "Français de souche", et Marine Le Pen dénonce une faute. N'y voyez aucune logique que celle de contester. Que Syriza, qui a lutté ferme contre les néo-nazis grecs, gagne l'élection législative, et Marine Le Pen applaudit. Ne cherchez pas une quelconque cohérence politique. Marine Le Pen est l'ennemi politique d'Alexis Tsipras. Mais elle a besoin de récupérer la moindre des contestations de l'ordre établi, et surtout européen. Le FN aurait gagné la bataille des idées. Il rassemble surtout les peurs, furent-elles contradictoires, et les fantasmes, furent-ils grossiers.

Quelques sondeurs lui facilitent la tâche et l'encouragent dans cette voie. Pourquoi s'en priver ? Cette semaine, OpinionWay promet que 60% des sondés détestent la gauche comme la droite. Il faudrait donc aimer l'extrême droite...

Le Front national a quand même un programme, un programme politique improbable, inconnu, incohérent. Qui, concrètement, saurait expliquer, ou simplement résumer, le programme du FN ? On retient que le FN réclame la sortie de l'euro, sans chiffrer ni mesurer.

Sur la fiscalité, sujet sensible et majeur en ces temps de crise des finances publiques, le FN se contente d'enfoncer des portes ouvertes et d'une langue de bois hors normes, plaidant notamment pour une fiscalité "mobilisée au bénéfice de la croissance économique, de l’emploi et de la justice, pour résorber les inégalités injustifiées".  Qui sait que Mme Le Pen aimerait défiscaliser le marché de l'art et le mécénat ? Le programme du FN sait être incroyable.

La seule politique compréhensible de Marine Le Pen serait la diplomatie. Et elle est terrifiante. De Vladimir Poutine à Bachar el Assad, on comprend que la politique étrangère frontiste serait autre chose qu'une normalisation avec quelques-uns de ces épouvantails. Carrément une histoire d'amour, de fascination... et d'argent.

Marine Le Pen, toute normalisée qu'elle est, n'a rien changé dans son discours. Il "suffisait" de lire les maux dans les mots. Dans un récent ouvrage, deux professeurs, Cécile Alduy et Stéphane Wahnich, se sont exercés à analyser des kilomètres de vulgate neo-frontiste. Et quelle surprise ! Rien n'a changé. Rien. L'extrême droite est bien là, lovée dans cette multiplication des mêmes expressions de l'extrême droite française qui n'a eu de cesse de trier la communauté nationale et chercher des boucs-émissaires.

Le Front national n'est pas ailleurs qu'à droite, à l'extrême droite de l'échiquier politique. Il est même en passe de siphonner l'électorat UMPiste. Les sondages, encore eux, prédisent qu'un gros tiers des sympathisants de droite veulent des alliances UMP-FN. A l'état-major de la rue de Vaugirard, on s'inquiète. Comment lutter ? Depuis 2002, Nicolas Sarkozy a légitimé un à un tous les fantasmes sécuritaires et haineux du Front national. Pour certains électeurs, il semble temps de quitter cette copie agitée et instable pour lui préférer l'original, fut-il encore nauséabond. Après Nicolas, Marine.

Marine Le Pen a la haine contre ses critiques, la haine contre quelques journalistes. Et en premier lieu contre ceux de Mediapart et de Canal+. Les premiers sont trop curieux sur les fonds russes et la cagnotte du micro-parti baptisée "Jeanne", où Marine Le Pen facture le Front pour quelques fonds, et fait travailler des proches, dont le pro-Assad et ex-Gudiste Frédéric Chatillon. Les seconds multiplient les affronts visuels.  Le Petit Journal a même gagné le procès intenté par Mme Le Pen, qui récusait l'accusation du Petit Journal à propos du passage à tabac d'un journaliste de France 24 par le service d'ordre frontiste lors du congrès du FN à Tours.

Le Front national reste le seul parti national chez qui des candidats officiellement investis sont pris la main dans le sac de leurs dérapages racistes, xénophobes, ou homophobes. A force de les épingler pour racisme, ces candidats rapidement exclus par des officiels frontistes faussement gênés font une belle collection. Ces candidats et militants haineux à l'encontre de la République, racistes et xénophobes sont légions, ils sont partout, ils sont et restent le coeur du Front national. On cache les chemises noires pour éviter de décourager l'électeur désorienté. C'est largement suffisamment écoeurant pour considérer que ce parti est anti-républicain.

Cette semaine, il y eut ce candidat frontiste en Ille-et-Vilaine qui tweetait sur Christiane Taubira moquée en singe ou des images de musulmans avec des cibles sur le front. Il y eut aussi Xavier Sainty, un candidat FN dans l’Allier, et ses délires antisémites pas même sanctionnés. Ce musée des horreurs paraît sans limite ni fond. Pas moins d'un quinzaine de "dérapés" frontistes ont été débusqués cette semaine.

Quand certains, de l'intérieur, effrayés par ce qu'ils voient, entendent et comprennent de la réalité du Front, le mouvement cherchent à les faire taire, vite et fortement. Fin 2013, deux militants frontistes toulousains avaient annoncé leur démission du parti en pleine campagne municipale à Saint-Alban. Ils dénonçaient les propos racistes et xénophobes entendus en section. Quelle fut la réaction du parti ? Une attaque en justice pour diffamation, une plainte dont le FN a finalement été déboutée cette semaine.






Marine Le Pen ne fait pas l'actualité immédiate, elle fait l'actualité tout court, même sans rien faire.







Crédit illustration: DoZone Parody

21 février 2015

Le jour où Valls a eu la trouille (407ème semaine politique)

 

Manuel Valls a eu la trouille, la vraie. On sait même à quelle heure il a vraiment eu peur. C'était mardi, en fin de matinée. Il venait d'avoir la confirmation que la loi Macron ne passerait pas à l'Assemblée malgré l'indulgence de quelques centristes de l'UDI.




Barbaries
L'Histoire ne se répète pas, elle se poursuit. C'est au Danemark, à Copenhague, en pleine conférence sur la liberté de la presse, qu'un autre illuminé est venu semé la terreur et la mort. Il a réédité devant une synagogue, tuant le gardien désarmé. Après la France, le Danemark. Trente mille personnes silencieuses et émues le surlendemain dans les rues de leur capitale.

Les barbares sont partout. Certains ne sont que des apprentis. La bêtise commence tôt. Dans le Bas-Rhin, on finit par attraper les 5 coupables, tous mineurs, qui avaient profané quelque 250 tombes juives. Plus au Sud, c'est une douzaine de tombes chrétiennes qui sont saccagées.

En Libye, une succursale de Daesch décapite huit moines cooptes égyptiens. L'Egypte riposte par les bombes sur son voisin libyen qui n'a plus rien d'Etat national après deux années de guerre civile.

En France, François Hollande se rend à Istres, dans une base militaire, pour une déclaration d'amour à l'arme atomique. Il lâche tous les poncifs sur le sujet, son discours fut un modèle du genre sur une stratégie militaire qui date des années 60.
"La dissuasion stimule nos efforts de recherche et de développement et contribue à l'excellence et à la compétitivité de notre industrie." François Hollande.
Manuel Valls fustige "l'islamo-fascisme". La comparaison n'est pas osée. L'islamisme a ceci de commun avec le fascisme d'antan sa volonté totalitaire extrême sur les individus. Valls est paraît-il "en guerre contre les dérives de l’islam". Le ministère de la justice annonce la création de 5 quartiers dédiés aux terroristes islamistes.

La police a reconstitué les échanges entre Amedhy Coulibaly, le meurtrier de Montrouge et de Vincennes, et les frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo. Certains cherchent encore "l'esprit du 11 janvier", ce jour de communion nationale dans les rues et hors les rues après le choc des attentats de Paris. La formule fait florès à longueur d'articles politiques à la pensée atrophiée par le commérage.

Esprit, es-tu là ?

On s'en fiche.

Trouille
L'actualité française parait dérisoire. Seule la montée paraît-il inexorable de Marine Le Pen, avec son discours faussement normalisée et ses idées rances, devrait réveiller les consciences et échauffer les esprits. Jeudi, la présidente du FN dévoile enfin son nouvel organigramme... sans surprise. Elle concentre tous les pouvoirs. Un parti, une cheffe...

L'adoption de la loi Macron ne fait plus aucun doute. Le jeune ministre l'a déjà annoncé avant même le vote ! Il s'est plié à suffisamment de lobbies, pendant quelque 200 heures de débats, mais a pris soin de tenir bon et ferme contre les syndicats et autres défenseurs de la vie sociale pour libéraliser encore davantage l'ouverture des magasins le dimanche. La "modernité" néo-réac de la disposition n'a échappé à personne. Pour faire passer son texte, malgré des joutes oratoires violentes au sein d'un hémicycle clairsemé, entre loyalistes socialistes et frondeurs socialistes, Manuel Valls a déclenché l'arme ultime, le recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution qui impose aux députés de voter pour s'ils ne veulent prendre le risque de faire tomber le gouvernement.

Il a eu la trouille. Sous ses airs bravaches, le premier ministre a manqué d'assurance. Mardi matin, il s'est inquiété du soutien défaillant de quelques députés socialistes pour le vote final de la loi Macron prévu l'après-midi même. Il sortait d'une mauvaise réunion, à huit-clos, avec les députés du groupe socialiste. Et du coup, juste après le déjeuner, il annule le vote et balance son recours au 49-3.

On se souviendra de ce jour, ce premier jour où Manuel Valls a eu la trouille. Sortir l'artillerie lourde contre son propre camp en dit long sur cette fin de quinquennat.

"Le 49-3 est une brutalité", prévenait François Hollande... en 2006.

"Chaque moment a sa vérité", complète Emmanuel Macron neuf ans plus tard sur France 2. "Ce qui compte, c'est la gauche qui avance". Son premier ministre est en parallèle sur TF1. Il affirme qu'il a fait preuve "d'autorité". On devinait qu'il tapait aussi du pied en martelant son argument. Le numéro sonne creux. Le public délaisse le show. Les audiences télévisées du premier ministre sont désastreuses.

Le recours au 49-3 aurait pu être la meilleure nouvelle de cette triste séquence, si l'opposition de gauche avait pu enfin se compter, et oser le vote de conscience. Car la loi Macron restera une tâche dans ce quinquennat. Pas la plus grave, mais l'une des plus stupides. En coulisses, le conseiller en communication de l'Elysée, Gaspard Gantzer, explique à qui veut l'entendre que cette loi est la dernière fâcherie qu'Hollande s'autoriserait avec sa gauche avant le Grand Scrutin de 2017. L'actuel président y croit encore. On murmure que cette loi serait en fait un piège contre ... Nicolas Sarkozy. Faire le programme de l'autre pour l'empêcher de remporter la prochaine élection présidentielle ? Il y a des baffes - et des sanctions - qui se perdent à l'Elysée.

Déchirements
Jeudi, fin du suspense. Les frondeurs rentrent dans le rang. "Les écologistes ne sont pas dans l'opposition" commente le vert François de Rugy

Où sont ils ? Nulle part.

Tout le monde a perdu. En dégainant le 49-3 contre leur propre majorité qui est pourtant numériquement écrasante, Valls et Hollande ont démontré leur fragilité politique. Quand aux frondeurs, ils ont raté une occasion, une de plus. Et le PS paraît déchiré.

Sur l'estrade de l'Assemblee, Manuel Valls braille qu'il va "continuer sans relâche à réformer". Et il fustige l'irresponsabilité des frondeurs. Le même jour, l'INSEE confirme que la France était en déflation en janvier. Les prix ont baissé de 0,4%. Dans quelques jours, on nous confirmera que le chômage a encore monté le mois dernier.

Qui est irresponsable ?

L'autre feuilleton, plus grave, plus sérieux, est la négociation de la Grèce avec le reste de son monde proche, c'est-à-dire l'Eurogroup. Lundi, c'est le clash, encore une fois. Cette réunion était pourtant présentée comme celle de "la dernière chance". Les crédits européens, du FMI et de la BCE à la Grèce expirent le 28 février. Pourtant, la Grèce, représentée par son ministre des finances sans cravate mais avec sourire, a une nouvelle fois refusé la prolongation "technique" du plan d'austérité, pour 6 mois, contre lesquels une majorité (relative) des Grecs ont voté voici 3 semaines. Le gouvernement grec s'obstine, fort heureusement, à vouloir que ces techno-libéraux de l'eurogroup reconnaissent ce que tout le monde sait et constate, l'échec de l’actuel programme.

Dans l'indifférence collective la plus générale, Nicolas Sarkozy annonce la création d'un "Comité des maires". Et il menace, encore, un journaliste.



Bonne semaine.



Crédit illustration: DoZone Parody