Chroniques (politiques)
Blog politique gauchisant d'un antisarkozyste à la retraite mais atterré. Du 6 mai 2007 au 17 juin 2012, ce blog s'appelait SARKOFRANCE
315ème semaine politique: Hollande contre les violents
le
18.5.13
La France est donc en récession. Quel choc, mais pour qui ? Ces déplacements de dixièmes de pourcentage de PIB en plus ou moins signifient-ils grand chose pour la réduction du chômage et de la précarité ? Pas vraiment. Il faut davantage, et plus massif, pour que notre PIB influe significativement sur ces fléaux. Cette "nouvelle" nous rappelle juste combien la situation semble enlisée. Elle n'est pas que gauloise. Tout la zone euro, hors l'Allemagne, est en récession. Et nos voisins d'outre-Rhin avaient bu la tasse plus fortement que nous au trimestre précédent. Mercredi, Hollande propose de mobiliser immédiatement le budget européen voté pour l'insertion des jeunes; et réclame à nouveau des capacités budgétaires et d'emprunt européen. Les autorités allemandes restent "réservées".
Devant quelques centaines de journalistes, jeudi 16 mai, François Hollande dénonce encore les politiques "austéritaires" européennes qui ont créé cette récession. Il vise un gouvernement allemand qui repasse devant les électeurs en septembre. Les sondages ne sont pas si favorables que cela à l'actuelle chancelière.
Dans cette longue conférence de presse, Hollande célèbre à sa manière sa première bougie. Il complète et répète le récit de sa première année - réformes bancaire, du travail, du crédit d'impôt; rééquilibrage fiscal, mariage pour tous, etc); lève quelques malentendus ou sous-entendus: le droit de vote des étrangers sera ainsi bien proposé au parlement, mais après les élections municipales de mars prochain.
A sa droite qui voulait de l'austérité, à sa gauche qui réclame de la relance, ses contraires qui s'annulent parfois ou si souvent, il oppose une fin de non-recevoir.
Il trace. L'intervention est "offensive". Lundi, Ségolène Royal plaidait pour une accélération de l'action pour cet an II qui débute.
Le lendemain, Jean-Luc Mélenchon réplique: il a la "confirmation de la conversion libérale de François Hollande". "Sur certains domaines, oui, il faut bien appeler les choses par leur nom." Et d'espérer une explosion sociale, avec son "parler cru et dru" habituel: "Je la souhaite oui, je ne la crains pas." Le Front de Gauche, paraît-il, fourbit ses armes contre la réforme des retraites. On préfèrerait des arguments, ils viendront: faut-il donc augmenter les cotisations de 20 milliards d'euros par an pour résorber le trou ?
Mélenchon a raison sur un point: "les gens ont peur", il y a de la "résignation". C'est un constat plus grave que le grand jeu de l'étiquetage - "plus à gauche", "pas à gauche", "pas de gauche" - qui finit par lasser faute de concrétisation.
Assez vite, l'inévitable sondage, 6 sondés sur 10 pas convaincus par la prestation. Finalement, c'est presque mieux que l'impopularité habituellement mesurée... On sourit.
Le délit d'offense au chef de l'Etat est abrogé. Si, si, c'est vrai, c'est fait. Nicolas Sarkozy adorait s'en servir, lui qui n'hésitait pas au si viril "casse-toi pov'con". L'amendement a été adopté, dans un projet de loi adaptant la législation pénale française à divers textes européens et étrangers. On applaudit, car il le faut. En mars, la commission des lois de l'Assemblée rappelait que "cette incrimination a cependant connu une résurgence durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy".
La place du Trocadéro, puis les Champs Elysées deviennent des lieux de batailles, fumigènes et casses, le temps d'une célébration footballistique qui dérape. Le Qatar voulait fêter devant la Tour Eiffel la victoire de son club PSG racheté à prix d'or. Des centaines d'Ultras et de casseurs pourrissent l'évènement. La droite oublie les casses similaires d'Amiens, de Montpellier, de Marseille. Elle réclame la tête de Valls ou du préfet. Pour le ministre de l'intérieur, c'est le premier véritable coup de chauffe sur un terrain où il se voulait irréprochable d'efficacité.
Cahuzac nous emmerde. Soyons parfois vulgaires. Pourquoi donc accorder encore un quelconque crédit à l'ancien ministre du Budget convaincu de fraude fiscal ? Ce dernier a cru bon livré au Figaro ses états d'âme et de pensée sur l'état de la France. Le tout pour mieux minimiser sa propre déliquescence. Non seulement espère-t-il finalement se présenter en candidat indépendant à la législative partielle ouverte par sa démission, mais en plus le voici qu'il donne des leçons d'honnêteté: "c'est moins grave de mentir pendant quinze secondes devant 577 députés que de mentir depuis un an sur l'état de la France, comme le fait François Hollande... !" Et il a "choisi" de toucher ses indemnités de ministre... Mais que fait la police ?
Jérôme Cahuzac est notre prochain Eric Besson. Un gars traumatisé par l'opprobre violente de son propre camp qui du coup se rebiffe au point de franchir tous les Rubicons. Certaines choses mériteraient de se résoudre dans un cabinet d'analyse.
On glose beaucoup et trop sur un éventuel remaniement. Certains ministres sont certes cramés. Qui ne serait pas à moins ? D'autres résistent et combattent. Fleur Pellerin pilote la suite de ses assises de l'entrepreneuriat. Avec la bénédiction d'Aurélie Filippetti (Culture), Pierre Lescure a remis un rapport bien technique et volumineux sur l'avenir du financement de la filière culturelle. 80 propositions, une somme d'analyses et de constats, de quoi alimenter le débat, et quelques réformes.
Le débat politique s'est installé dans la violence.
Comment en sortir ? On pourrait en débattre. Vendredi, le Conseil Constitutionnel déclare intégralement conforme la loi sur le mariage pour tous. Et voici Frigide Barjot qui déboule chez BFM TV nous donner des leçons de constitutionnalité...
L'actuelle équipe au pouvoir n'a pas la violence verbale et politique de Sarkofrance. La gauche mélenchoniste assume de durcir le propos pour provoquer le choc des consciences. L'UMP cache son désastre et son vide par des outrances.
Ceci explique cela.
Ou presque.
Crédit illustration: DoZone Parody
Les priorités de la Commission européenne: "libéraliser" davantage l'énergie
le
17.5.13
Parfois, on se dit qu'il se dit trop de caricatures sur l'Europe, que le libéralisme désuet et parfois économiquement criminel propagé par certains des Commissaires bruxellois était une vue de l'esprit souverainiste gaulois.
Puis, parfois, on lit ce qui se dit et se propage, vraiment. Et on tremble.
La novlangue Barroso
Ce 8 mai, José Manuel Barroso écrit donc à ses collègues chefs d'Etat en vue d'une réunion le 22 mai. Il était fascinant de lire son argumentation. Et pour cause, malgré la novlangue utilisée à dessein, l'un des sujets de cette réunion est sensible, la libéralisation de l'énergie.
Le président de la Commission européenne, a cette étonnante de façon de justifier ce qui est pour certains, nombreux, l'injustifiable, à savoir davantage de libéralisation du marché de l'énergie.
L'argument tient en peu de choses, dans la grande tradition libérale, maintes fois récusée la réalité, que la "fragmentation" des marchés nationaux, les "blocages" souvent publics au plein exercice de la libre concurrence, empêcherait la baisse des prix et donc nuirait aux consommateurs.
La belle affaire ! Ce n'est pas une surprise, c'est encore mieux de le lire dans le texte.
Mais ce n'est pas tout. Barroso est évasif, mais on imagine: "nous devons continuer à renforcer la diversification interne et externe de nos approvisionnements." Argh... le fabuleux gaz de schiste est-il visé ? Certainement. Barroso encourage nos dirigeants à réfléchir à "une approche équilibrée à l’échelle de l’Union sur l’exploitation du potentiel des hydrocarbures non conventionnels." Les lobbies sont à l'oeuvre, plutôt que de penser à repenser le modèle et ses économies d'énergie. D'ailleurs, dans cette merveilleuse communication, le terme "économies" d'énergie n'est pas mentionné.
Quelle surprise...
Puis, parfois, on lit ce qui se dit et se propage, vraiment. Et on tremble.
La novlangue Barroso
Ce 8 mai, José Manuel Barroso écrit donc à ses collègues chefs d'Etat en vue d'une réunion le 22 mai. Il était fascinant de lire son argumentation. Et pour cause, malgré la novlangue utilisée à dessein, l'un des sujets de cette réunion est sensible, la libéralisation de l'énergie.
Le président de la Commission européenne, a cette étonnante de façon de justifier ce qui est pour certains, nombreux, l'injustifiable, à savoir davantage de libéralisation du marché de l'énergie.
L'argument tient en peu de choses, dans la grande tradition libérale, maintes fois récusée la réalité, que la "fragmentation" des marchés nationaux, les "blocages" souvent publics au plein exercice de la libre concurrence, empêcherait la baisse des prix et donc nuirait aux consommateurs.
La belle affaire ! Ce n'est pas une surprise, c'est encore mieux de le lire dans le texte.
"Les prix de l’énergie varient considérablement au sein de l’Union parce que notre marché est fragmenté. Du fait de la sous-exploitation des avantages de l’efficacité énergétique, les entreprises et les consommateurs paient plus que nécessaire pour leurs approvisionnements énergétiques. La solution au problème des prix élevés de l'énergie est en partie entre nos mains: achever notre marché intérieur de l’énergie et mettre en œuvre la législation existante.Tout est dit. On se le répète: "la solution au problème des prix élevés de l'énergie est en partie entre nos mains: achever notre marché intérieur de l’énergie."
(...) À cet égard, il est absolument essentiel de mettre en place un marché intérieur de l'énergie pleinement opérationnel, interconnecté et intégré. Ce marché, vital pour la compétitivité de l'Europe, ne doit pas être fragmenté."
Mais ce n'est pas tout. Barroso est évasif, mais on imagine: "nous devons continuer à renforcer la diversification interne et externe de nos approvisionnements." Argh... le fabuleux gaz de schiste est-il visé ? Certainement. Barroso encourage nos dirigeants à réfléchir à "une approche équilibrée à l’échelle de l’Union sur l’exploitation du potentiel des hydrocarbures non conventionnels." Les lobbies sont à l'oeuvre, plutôt que de penser à repenser le modèle et ses économies d'énergie. D'ailleurs, dans cette merveilleuse communication, le terme "économies" d'énergie n'est pas mentionné.
Quelle surprise...
Conférence: Hollande est-il trop lucide ?
le
17.5.13
Pour le véritable anniversaire de sa prise de fonction, jeudi 16 mai, François Hollande s'est (encore) frotté au jeu de la conférence de presse. Ministres assis à droite, journalistes devant et en rang, sur toute la profondeur du salon Murat, le président de la République s'est livré à l'exercice avec un plaisir palpable.
Il apparaît zen, souriant. Le ton est calme, sans provocation. Il y a quelques touches d'humour discret, sans insistance. La cravate bleue est rapidement de travers. Les journalistes sont évidemment nombreux. Bizarrement, Hollande semble presque ravi de pouvoir s'expliquer, comme si le propos direct et sans intermédiaire lui manquait. Les mots qui reviennent le plus souvent sont France, emplois, offensive, social(e), croissance, loi, ambition, entreprises, mouvement, simplification, réforme, confiance.
Sur le fond, la droite hurle, couine, et râle. Mais à gauche, ses autres opposants ne sont pas satisfaits ni convaincus sur quelques points centraux. Et pour deux raisons essentiels et prévisibles. Primo, la messe est dite. Certains ont basculé dans l'opposition et il en faudra davantage que quelques propos élyséens pour les retourner. C'est à eux de convaincre puisqu'ils ne trouvent plus rien à sauver d'un quinquennat qui ne fait que débuter. Secundo, Hollande, ce jeudi 16 mai, n'annonce aucun "changement de cap", la grande affaire qui passionne cette fameuse "gauche de la gauche" que Hollande qualifiera d'opposition quelque part dans son récit. D'autres attendaient que Hollande réussisse ses 60 engagements dès la première année. Certains pensent même qu'appliquer ses engagements serait en soi un changement de cap.
Verbatim et commentaires sur un exercice finalement lucide. Seuls les propos relatifs à la politique intérieure et européenne sont ici repris.
Evacuons l'anecdote qui agite le buzz politico-médiatique jusqu'au sommet du Parti de Gauche: "un remaniement, c'est possible, mais ce n'est pas aujourd'hui." Il y aussi cette autre "futilité" journalistique, une interrogation sur son contact de terrain avec les Français, comme si certains regrettaient les grands roadshows sarkozystes, il lâche avec le sourire: "je me déplace dans la rue sans que vous le sachiez, je rencontre des Français qui ne me disent pas que du bien."
Ce n'était pas une conférence pour convaincre mais pour expliquer.
Sur l'économie, Hollande assume ses réformes, même celles qui suscitent encore de multiples critiques à gauche. D'abord sur le pacte de compétitivité, il prononce l'expression honnie "l’allègement du coût du travail". Ensuite sur la "réforme du travail". Certes, il en soulignera les avancées. Mais aucun journaliste n'osera le questionner sur ce qui cloche.
Il évoque son déplacement de la veille à Bruxelles. La France est en récession, comme toute la zone euro, sauf l'Allemagne. Ses premiers mots agacent à gauche car: "Je me suis exprimé au nom d’un Etat qui a démontré sa crédibilité budgétaire, d’un pays qui a amorcé le redressement de sa compétitivité et qui a entrepris, par la négociation, la réforme du marché du travail." Mais il enchaîne vite sur un paysage financier européen enfin sorti des secousses spéculatives. Les problèmes sont ailleurs, Hollande reconnaît sa divergence avec l'Allemagne et fustige l'austérité:
"Ce qui frappe l’Europe, ce n’est pas la crise financière, c’est la récession : récession provoquée par des politiques d’austérité ; (...) récession qui menace jusqu’à l’identité même de l’Europe."
A gauche, certains devraient applaudir. A droite, on reproche encore à Hollande une rigueur insuffisante. "Notre économie est à l’arrêt depuis 5 ans. Pas depuis 6 mois, pas depuis 1 an : depuis 2008." Pourquoi faut-il rappeler ces évidences ? Parce que certains, partout, ont la mémoire aussi courte que l'hypocrisie immense.
Son annonce vient dès le discours introductif: il propose à l'Union européenne une initiative en quatre volets: la création d'un gouvernement économique, avec un président désigné pour une "durée longue". Hollande fait du Sarkozy avec cette idée qui transcende pas mal de partis mais qui n'a jamais vu le jour. Ensuite, un "plan pour l’insertion des jeunes" en mobilisant immédiatement les 6 milliards d'euros du budget européen dédié à cela. Aussi, la création d'une "Communauté européenne de l’énergie destinée à coordonner tous les efforts pour les [énergies] renouvelables"; enfin, ... les euro-bonds, idée déjà proposée par Hollande, récusée par Sarkozy, refusée par Merkel. Les temps seraient-ils plus propices ?
Sur la réforme fiscale promise pendant la campagne, et notamment la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu, Hollande rappelle le rééquilibrage fiscal de l'automne dernier aux détriments des plus riches. Il plaide aussi que les écarts entre les deux impôts se réduisent à fur et à mesure que les niches fiscales sont détricotées, une tâche qu'il avoue n'avoir pas terminée. Plus tard, il confier espérer stabiliser le taux de prélèvements obligatoires sur les ménages: "plus il y aura d'économies à faire, moins il y aura de prélèvement. L'idéal c'est de ne pas demander un prélèvement supplémentaire en 2014. Sur la TVA nous en resterons là." Il rappelle aussi qu'il faut bien faire contribuer les plus riches au redressement de la branche familiale, déficitaire de 2 milliards annuels: "En modulant les prestations familiales en faisant en sorte que familles les plus favorisées n'aient pas les mêmes que les autres et en faisant des économies sur certaines prestations qui n'ont pas les résultats escomptés." Et de toutes façons, imaginez donc qu'il ait annoncé une réforme fiscale, en sus de celle des retraites qu'il évoque brièvement. Qui croira que ce projet qui ne fut pas présenté n'aurait pas déclenché scepticisme et railleries des habituels critiques, de gauche comme de droite ?
Sur la réforme constitutionnelle, sa réponse est claire. Qu'elle que soit son ampleur - que Hollande aimerait large - il lui faut rappeler la règle républicaine que d'aucuns oublient bien facilement : "Là, je ne peux pas décider tout seul car ça serait déjà fait. Je suis pour que ça aille vite. L'opposition dit qu'elle s'opposera à toutes les révisions constitutionnelles. Nous allons soumettre ces textes au Parlement mais il faut une majorité des 3/5èmes." Et il promet: "le texte sur l'indépendance de la justice sera présenté prochainement au parlement." Il ajoute, sur un point essentiel et régulièrement reproché depuis l'été dernier, le droit de vote des étrangers sera soumis au vote parlementaire après les municipales, "afin qu'il n'y ait aucun malentendu ni suspicion."
On le questionne sur son impopularité, la responsabilité qu'il s'en attribue. "Je suis président au pire moment. Je n'ignorais rien de la situation." Ou encore: "Je ne demande pas à être jugé sur des sondages. (...) Je n'ai pas pris la posture facile de ne rien faire." Il ne s'étonne ni ne critique les interpellations dont il a pu faire l'objet, notamment à Dijon: "j'ai même fait supprimer le délit d'offense au chef de l'Etat. Ce n'est pas pour vous encourager à proférer des paroles désagréables." (sourires).
Lucide ?
Oui, à plusieurs reprises. "Tant que le chômage progressera, il sera difficile de redresser ma propre popularité." Plus tard, il complète, sur les 60 engagements, "pour le moment, nous sommes encore loin du compte". Mais "l'engagement le plus important, c'est la baisse du chômage, l'amélioration de leur vie... Il y a des engagements qui ne s'écrivent pas". Sur la violence du moment, "il n'y a qu'en France que le débat politique est aussi dur". Et de citer l'exemple d'Angela Merkel qui sera, comme lui, au 150ème anniversaire du SPD en Allemagne. En France, la récession est là, mais l'Allemagne a connu pire à la fin de 2012 (-0,6%). "Est-ce que je m'en félicite ? Non."
Un journaliste note que son discours dénote à gauche. Sur Twitter, Laurent Mauduit de Mediapart s'emballe ("Pas une inflexion! Pas un geste en direction du "peuple de gauche"! Rien! "): "Ce que je fais, la droite ne l'a pas fait. Je ne fais pas évoluer la gauche, je fais évoluer la France." Une gauche voudrait encore trouver la solution dans davantage de prélèvements (pour les retraites, contre les niches fiscales des entreprises, etc) plutôt que des économies qu'elle assimile à de l'austérité. La droite exige davantage d'économies plutôt que des impôts, qu'elle assimile à du matraquage dès lors qu'il s'agit de faire davantage contribuer les plus fortunés. La voie est étroite.
L'amnistie sociale, ce projet de loi voté au Sénat mais bloqué par le gouvernement à son passage à l'Assemblée, est un sujet chargé de polémique intra-gauche. Hollande temporise par le bon sens. Aurait-il menti à Mélenchon, "les yeux dans les yeux" ? Il livre sa réponse. "Par principe je ne suis pas favorable à l'amnistie, parce qu'elle favorise certains et pas les autres. C'est exact que M. Mélenchon m'avait présenté des situations. Pas besoin d'une loi pour cela."
Effectivement, il n'y a aucun "changement de cap". Hollande apparaît là comme pour expliquer, clarifier, prouver qu'il entend, témoigner qu'il comprend. Mais il n'infléchit pas. A gauche, certains seront déçus. Sur le pouvoir d'achat, Hollande répond ainsi par le rappel des quelques (maigres) mesures - allocations, etc - décidées depuis le début du quinquennat. "La meilleure façon d'augmenter le pouvoir d'achat, c'est de créer de l'emploi." Aucun journaliste n'évoque la situation des chômeurs en fin de droits, des "trop versés" réclamés par Pôle Emploi, des tentatives de suicides. Mais qui sont ces gens dans la salle ?
Pense-t-il à 2017 ? "Ce que je veux, c'est laisser une trace en 2017, pas une candidature."
"Le seul courage qui compte, c'est celui qui donne des résultats."
Il apparaît zen, souriant. Le ton est calme, sans provocation. Il y a quelques touches d'humour discret, sans insistance. La cravate bleue est rapidement de travers. Les journalistes sont évidemment nombreux. Bizarrement, Hollande semble presque ravi de pouvoir s'expliquer, comme si le propos direct et sans intermédiaire lui manquait. Les mots qui reviennent le plus souvent sont France, emplois, offensive, social(e), croissance, loi, ambition, entreprises, mouvement, simplification, réforme, confiance.
Sur le fond, la droite hurle, couine, et râle. Mais à gauche, ses autres opposants ne sont pas satisfaits ni convaincus sur quelques points centraux. Et pour deux raisons essentiels et prévisibles. Primo, la messe est dite. Certains ont basculé dans l'opposition et il en faudra davantage que quelques propos élyséens pour les retourner. C'est à eux de convaincre puisqu'ils ne trouvent plus rien à sauver d'un quinquennat qui ne fait que débuter. Secundo, Hollande, ce jeudi 16 mai, n'annonce aucun "changement de cap", la grande affaire qui passionne cette fameuse "gauche de la gauche" que Hollande qualifiera d'opposition quelque part dans son récit. D'autres attendaient que Hollande réussisse ses 60 engagements dès la première année. Certains pensent même qu'appliquer ses engagements serait en soi un changement de cap.
Verbatim et commentaires sur un exercice finalement lucide. Seuls les propos relatifs à la politique intérieure et européenne sont ici repris.
Evacuons l'anecdote qui agite le buzz politico-médiatique jusqu'au sommet du Parti de Gauche: "un remaniement, c'est possible, mais ce n'est pas aujourd'hui." Il y aussi cette autre "futilité" journalistique, une interrogation sur son contact de terrain avec les Français, comme si certains regrettaient les grands roadshows sarkozystes, il lâche avec le sourire: "je me déplace dans la rue sans que vous le sachiez, je rencontre des Français qui ne me disent pas que du bien."
Ce n'était pas une conférence pour convaincre mais pour expliquer.
Sur l'économie, Hollande assume ses réformes, même celles qui suscitent encore de multiples critiques à gauche. D'abord sur le pacte de compétitivité, il prononce l'expression honnie "l’allègement du coût du travail". Ensuite sur la "réforme du travail". Certes, il en soulignera les avancées. Mais aucun journaliste n'osera le questionner sur ce qui cloche.
Il évoque son déplacement de la veille à Bruxelles. La France est en récession, comme toute la zone euro, sauf l'Allemagne. Ses premiers mots agacent à gauche car: "Je me suis exprimé au nom d’un Etat qui a démontré sa crédibilité budgétaire, d’un pays qui a amorcé le redressement de sa compétitivité et qui a entrepris, par la négociation, la réforme du marché du travail." Mais il enchaîne vite sur un paysage financier européen enfin sorti des secousses spéculatives. Les problèmes sont ailleurs, Hollande reconnaît sa divergence avec l'Allemagne et fustige l'austérité:
"Ce qui frappe l’Europe, ce n’est pas la crise financière, c’est la récession : récession provoquée par des politiques d’austérité ; (...) récession qui menace jusqu’à l’identité même de l’Europe."
A gauche, certains devraient applaudir. A droite, on reproche encore à Hollande une rigueur insuffisante. "Notre économie est à l’arrêt depuis 5 ans. Pas depuis 6 mois, pas depuis 1 an : depuis 2008." Pourquoi faut-il rappeler ces évidences ? Parce que certains, partout, ont la mémoire aussi courte que l'hypocrisie immense.
Son annonce vient dès le discours introductif: il propose à l'Union européenne une initiative en quatre volets: la création d'un gouvernement économique, avec un président désigné pour une "durée longue". Hollande fait du Sarkozy avec cette idée qui transcende pas mal de partis mais qui n'a jamais vu le jour. Ensuite, un "plan pour l’insertion des jeunes" en mobilisant immédiatement les 6 milliards d'euros du budget européen dédié à cela. Aussi, la création d'une "Communauté européenne de l’énergie destinée à coordonner tous les efforts pour les [énergies] renouvelables"; enfin, ... les euro-bonds, idée déjà proposée par Hollande, récusée par Sarkozy, refusée par Merkel. Les temps seraient-ils plus propices ?
Sur la réforme fiscale promise pendant la campagne, et notamment la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu, Hollande rappelle le rééquilibrage fiscal de l'automne dernier aux détriments des plus riches. Il plaide aussi que les écarts entre les deux impôts se réduisent à fur et à mesure que les niches fiscales sont détricotées, une tâche qu'il avoue n'avoir pas terminée. Plus tard, il confier espérer stabiliser le taux de prélèvements obligatoires sur les ménages: "plus il y aura d'économies à faire, moins il y aura de prélèvement. L'idéal c'est de ne pas demander un prélèvement supplémentaire en 2014. Sur la TVA nous en resterons là." Il rappelle aussi qu'il faut bien faire contribuer les plus riches au redressement de la branche familiale, déficitaire de 2 milliards annuels: "En modulant les prestations familiales en faisant en sorte que familles les plus favorisées n'aient pas les mêmes que les autres et en faisant des économies sur certaines prestations qui n'ont pas les résultats escomptés." Et de toutes façons, imaginez donc qu'il ait annoncé une réforme fiscale, en sus de celle des retraites qu'il évoque brièvement. Qui croira que ce projet qui ne fut pas présenté n'aurait pas déclenché scepticisme et railleries des habituels critiques, de gauche comme de droite ?
Sur la réforme constitutionnelle, sa réponse est claire. Qu'elle que soit son ampleur - que Hollande aimerait large - il lui faut rappeler la règle républicaine que d'aucuns oublient bien facilement : "Là, je ne peux pas décider tout seul car ça serait déjà fait. Je suis pour que ça aille vite. L'opposition dit qu'elle s'opposera à toutes les révisions constitutionnelles. Nous allons soumettre ces textes au Parlement mais il faut une majorité des 3/5èmes." Et il promet: "le texte sur l'indépendance de la justice sera présenté prochainement au parlement." Il ajoute, sur un point essentiel et régulièrement reproché depuis l'été dernier, le droit de vote des étrangers sera soumis au vote parlementaire après les municipales, "afin qu'il n'y ait aucun malentendu ni suspicion."
On le questionne sur son impopularité, la responsabilité qu'il s'en attribue. "Je suis président au pire moment. Je n'ignorais rien de la situation." Ou encore: "Je ne demande pas à être jugé sur des sondages. (...) Je n'ai pas pris la posture facile de ne rien faire." Il ne s'étonne ni ne critique les interpellations dont il a pu faire l'objet, notamment à Dijon: "j'ai même fait supprimer le délit d'offense au chef de l'Etat. Ce n'est pas pour vous encourager à proférer des paroles désagréables." (sourires).
Lucide ?
Oui, à plusieurs reprises. "Tant que le chômage progressera, il sera difficile de redresser ma propre popularité." Plus tard, il complète, sur les 60 engagements, "pour le moment, nous sommes encore loin du compte". Mais "l'engagement le plus important, c'est la baisse du chômage, l'amélioration de leur vie... Il y a des engagements qui ne s'écrivent pas". Sur la violence du moment, "il n'y a qu'en France que le débat politique est aussi dur". Et de citer l'exemple d'Angela Merkel qui sera, comme lui, au 150ème anniversaire du SPD en Allemagne. En France, la récession est là, mais l'Allemagne a connu pire à la fin de 2012 (-0,6%). "Est-ce que je m'en félicite ? Non."
Un journaliste note que son discours dénote à gauche. Sur Twitter, Laurent Mauduit de Mediapart s'emballe ("Pas une inflexion! Pas un geste en direction du "peuple de gauche"! Rien! "): "Ce que je fais, la droite ne l'a pas fait. Je ne fais pas évoluer la gauche, je fais évoluer la France." Une gauche voudrait encore trouver la solution dans davantage de prélèvements (pour les retraites, contre les niches fiscales des entreprises, etc) plutôt que des économies qu'elle assimile à de l'austérité. La droite exige davantage d'économies plutôt que des impôts, qu'elle assimile à du matraquage dès lors qu'il s'agit de faire davantage contribuer les plus fortunés. La voie est étroite.
L'amnistie sociale, ce projet de loi voté au Sénat mais bloqué par le gouvernement à son passage à l'Assemblée, est un sujet chargé de polémique intra-gauche. Hollande temporise par le bon sens. Aurait-il menti à Mélenchon, "les yeux dans les yeux" ? Il livre sa réponse. "Par principe je ne suis pas favorable à l'amnistie, parce qu'elle favorise certains et pas les autres. C'est exact que M. Mélenchon m'avait présenté des situations. Pas besoin d'une loi pour cela."
Effectivement, il n'y a aucun "changement de cap". Hollande apparaît là comme pour expliquer, clarifier, prouver qu'il entend, témoigner qu'il comprend. Mais il n'infléchit pas. A gauche, certains seront déçus. Sur le pouvoir d'achat, Hollande répond ainsi par le rappel des quelques (maigres) mesures - allocations, etc - décidées depuis le début du quinquennat. "La meilleure façon d'augmenter le pouvoir d'achat, c'est de créer de l'emploi." Aucun journaliste n'évoque la situation des chômeurs en fin de droits, des "trop versés" réclamés par Pôle Emploi, des tentatives de suicides. Mais qui sont ces gens dans la salle ?
Pense-t-il à 2017 ? "Ce que je veux, c'est laisser une trace en 2017, pas une candidature."
"Le seul courage qui compte, c'est celui qui donne des résultats."
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