23 septembre 2017

542ème semaine politique: le procès en illégitimité de Macron

 

 

Où l'on s'interroge sur le procès légitime en illégitimité  qui est fait à l'encontre des contre-réformes macronistes, sur la violence et les insultes du camp dominant, et sur ce qui va suivre.


Jupiter en porte-à-faux
Lundi, Jupiter parle enfin à l'ONU. C'est un peu le passage obligé de tous les présidents en recherche de légitimité. Jupiter a bien serré très fort la main de Trump en juin dernier, convoqué le Parlementà Versailles pour répéter un long discours, invité Trump au 14 juillet, fait la fête avec Poutine à Versailles (encore), et discouru sur l'avenir de l'Europe sur une estrade au coucher du soleil devant l'Acropole à Athènes, tout ceci n'est rien à côté d'un discours forcément "visionnaire" sur la paix et le bonheur dans le monde. Si Jupiter est grand, Macron reste petit. Il exhorte ainsi es collègues à se soucier du sort des réfugiés, il oublie ce qu'il fait dans son propre pays: "La protection des réfugiés est un devoir moral et politique dans lequel la France a décidé de jouer son rôle. En soutenant le Haut-commissariat aux Réfugiés partout où il doit intervenir, en ouvrant des voies légales de réinstallation au plus proche des zones de conflit, au Liban, en Jordanie, en Turquie, mais aussi au Niger et au Tchad, en défendant le droit d’asile et le respect absolu de la convention de Genève."

L'attitude de la France à l'égard des quelques réfugiés qui parviennent jusqu'à elle disqualifie le discours onusien de Macron. La France est même pointée du doigt par la Commission Européenne pour son retard à la relocalisation des migrants. Le ministre de l'intérieur Gérard Collomb n'a pas eu de mots assez durs et méprisants à l'encontre des migrants et des associations de soutien aux migrants. Bref, Macron sur l'estrade onusienne n'était pas légitime à dire ce qu'il a dit. 


Loi illégitime
Samedi 23 septembre, les opposants à loi Travail rassemble une jolie troupe - insoumis, syndicalistes CGT, FO, Sud, NPA, socialistes, écologistes, le cortège est fourni. C'est le premier grand rendez-vous de l'opposition, les prémisses peut-être de quelque chose. Quelques syndicats, plus divisés, avaient déjà rassemblé deux jours avant 132 000 personnes contre ce texte inique.  Au soir du jeudi, on entend des gens, éditocrates ou autres, s'empresser d'expliquer que cette "faible" mobilisation contre un texte de loi signifie que ce texte est bon pour le pays. Sur quel sujet Macron pourrait-il espérer rassembler autant dans la rue, à part peut-être sa destitution ?

La Macronista a la trouille.

C'est là l'un des problèmes les plus fascinants de cette présidence jupitérienne. Elle a tous les pouvoirs, d'écrasants pouvoirs, et pourtant elle doit justifier sa légitimité, encore et toujours. Car elle se sent illégitime. Macron a été élu contre l'une des plus stupides représentantes de l'extrême droite française. Il a été élu sur un chantage au fascisme. C'était d'ailleurs le pari de tous les prétendants à cette élection, se qualifier même de peu au 1er tour pour gagner le pompon, c'est-à-dire une victoire large et facile contre l'Immonde. Le surréaliste débat de l'entre-deux tours en a convaincu plus d'un que Marine Le Pen était bien l'idiote utile de cette élection, et de ce régime prétendument démocratique et désormais à bout de souffle.

Même des frontistes ont compris combien combien Marine Le Pen était inutile. Cette semaine, la farce présidentielle connait son épilogue. Florian Philippot, l'omni-présent porte-parole médiatique du FN, est dégagé de toute responsabilité. Marine Le Pen ne supporte plus sa "rébellion". Jeudi, il démissionne du FN. Philippot tente de tenir une ligne souverainiste, le gars se croit un destin. Il va terminer chez Dupont-Aignan.

"Il faut que le gouvernement fasse ce pour quoi il a été élu, c'est-à-dire transformer ce pays" explique Christophe Castaner. L'ancien député socialiste surnommé Simplet par ses camarades, devenu porte-parole du gouvernement, fait mine de ne pas comprendre. Il a tort, et il le sait. Macron a été élu pour faire barrage à Marine Le Pen. Sa dégringolade sondagière, inédite sous la Vème République, témoigne l'absence d'adhésion.

La souricière
Cela pose quelques questions: à quoi sert encore la Vème République ? Qui peut soutenir le mode de scrutin majoritaire à deux tours, un mode de scrutin que ce même Macron avait offert de réformer pour faire plaisir à un MODEM (qui est bien discret sur le sujet depuis l'élection de son groupe de députés) ? Pourquoi un parti qui obtient 30% des suffrages (sur plus de 50% d'abstentions) peut-il se sentir fonder à appliquer un programme méconnu sans négociation ni débat ? Comment ne pas comprendre que la politique désespère ? Personne n'accuse Macron ni ses supporteurs d'avoir bourré les urnes. Là n'est plus la question.

Il y a encore des gens pour penser que le vote d'une loi par ordonnance est démocratique sur de telles bases politiquement illégitimes. C'est totalement lunaire, c'est même dangereux. Un éditocrate déclassé, Michael Darmon, rappelle que la création de la Sécurité Sociale a été créée par ordonnance. Autre temps, autre régime.

Comparer la création de la Sécu avec une loi travail qui créé le contrat de travail le plus précaire que ce régime ait connu, la fusion/destruction des instances de représentation du personnel, le plafonnement des indemnités prudhommales même en cas de harcèlement sexuels, ou les "licenciements collectifs à l'amiable" est détestable mais symptomatique de cette novlangue. Pire encore, les conditions de congé maternité devraient être désormais décidées au niveau des entreprises. Et l'on s'inquiète enfin des conséquences néfastes de ce même texte pour les victimes de harcèlement sexuel en entreprise.


Provocations
Qu'importe, la veille de la manif du 23 septembre, Jupiter se met en scène devant les photographes: sur un joli bureau élyséen, entouré de l'ex-DRH de Danone Muriel Pénicaud et son Rantanplan gaffeur en charge de la com' élyséenne Christophe Castaner, Macron signe les ordonnances, elles ne seront ratifiées par l'Assemblée que dans quelques semaines: "Elles consacrent un engagement de campagne important et une réforme en profondeur, inédite, du marché du travail, indispensable à notre économie et à notre société" commente l'Elysée. Dans une novlangue assez incroyable, Jupiter prétend ainsi "refonder la philosophie de notre droit du travail, son état d’esprit, avec des effets profondément structurants sur l’emploi, en particulier pour les plus jeunes et les moins qualifiés." Même les journalistes et experts les plus dociles et/ou admiratifs du macronisme en marche n'ont pas trouvé la moins trace d'avancées pour les salariées, notamment les plus jeunes et les moins qualifiées. Pénicaud prétendait que cette loi faciliterait l'embauche en CDI, elle créé un nouveau contrat de travail, le plus précaire que cette Vème République ait connue. Elle facilite aussi les licenciements.


 La souricière se referme sur les hiérarques syndicaux conciliants qui avaient accepté la "concertation" du gouvernement jusqu'au bout: comme pour toute loi, la seconde phase est la rédaction des décrets d'application, ces textes qui précisent comment s'appliqueront la loi. Or le cabinet de Muriel Pénicaud a décidé de ne pas négocier ces décrets comme promis. Ils seront progressivement "dévoilés" d'ici la fin de l'année.

La belle arnaque.


#JeSuisNévrosé
Ce 23 septembre, une troisième manifestation s'organise donc contre cette loi Travail devenue quasiment réalité. Les attaques des sbires et supporteurs macronistes virent à l'insulte et la menace. Le jeune monarque lui-même a donné la consigne avant de partir à l'ONU à New York en début de semaine: "il faut être intraitable contre le procès en illégitimité que Mélenchon nous fait" ordonne-t-il à ses ministres, d'après le Canard Enchaîné. Publiquement, il complète: "je suis serein, la démocratie, ce n'est pas la rue". Un séminaire de recadrage et motivation des 308 députés macronistes lundi et mardi permet de faire passer les messages.

Le député non-inscrit Manuel Valls, qui s'est incrusté au séminaire LREM, traite Mélenchon de "factieux" (que représente encore Manuel Valls ?). Un député LREM de Paris, ancien de l'UDI, Sylvain Maillard, ose expliquer "que conceptuellement, ce que porte la France insoumise, c'est la fin de la République. Même s'ils nous proposent toujours une VIème République, une République idéale, les idées qu'ils portent, ce sont des idées de dictature."

Rien que ça. Sans rire ? 

Puisque Jean-Luc Mélenchon domine l'opposition, il est la cible principale des attaques. Les caricatures sont faciles. Un sondage est commandé par France Info et le Figaro et publié la veille de la manifestation du 23 septembre. On y apprend que Mélenchon, pourtant largement plus populaire que Macron, ferait un "mauvais président", qu'il serait "clivant", "agressif" et "pas sympathique". Pourquoi donc pensez vous que ce sondage-ci a été commandé, avec ces questions sans rapport avec l'actualité (la prochaine campagne présidentielle est prévue dans 4 ans et demi) ? Cherchez bien. Le décorticage de l'enquête tourne en boucle sur tous les médias. Le sondeur explique: "Il enchante la gauche, séduit les jeunes et les catégories populaires mais il est largement rejeté par toutes les autres catégories de la population." Sacrebleu ! Mélenchon  fait peur aux gens de droite et plus plus aisés ! Un vrai scandale... Le quotidien Libération embraye à son tour avec une une où Mélenchon est portraituré en dictateur de Corée du Nord et flanqué de ce titre: "le média, c'est moi!".

N'en déplaisent à ces mauvais caricaturistes, la manif du 23 septembre est un succès. Ce samedi, ils sont nombreux, 150 000 annoncent les insoumis, et simplement à Paris. Les affiches les plus diverses rappellent l'image que Jupiter donne de lui-même et de notre pays.

La loi Travail n'est qu'une étape. 
La loi de Finances 2018, prochainement examinée par le Parlement promet d'autres surprises. En sus du gigantesque coup de rabot sur l'ISF (3 milliards d'euros pour 350 000 foyers bénéficiaires) et de la réduction de la taxe d'habitation (le seul "cadeau" fiscal pour une majorité des ménages que la Macronista porte aux nues), le gouvernement devrait alléger la "taxe sur les salaires" des établissements bancaires (300 millions d'euros), instaurer une "flat tax" pour les revenus du capital(alors que ces derniers étaient précédemment imposés comme les revenus du travail grâce à ... François Hollande), et une forte baisse des APL.
Effrayé par la bronca qu'il a suscitée, Macron a finalement décidé de conservé 200 000 emplois aidés l'an prochain. Mais quelque 110 000 postes sont tout de même supprimés, pour l'essentiel dans le secteur non marchand. Il a aussi lancé son plan Logement. Un plan qui devrait réduire les aides au logement pour les plus précaires d'environ 60 euros (et non 5 euros) par mois.
De son côté, Collomb peaufine son projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme présenté dans une semaine à l'Assemblée.
Joli programme...

"Macron est à lui tout seul Blair et Thatcher dans une seule personne." Jean-Luc Mélenchon.

Ami macroniste, où es-tu ?