SARKOFRANCE #02 BLOG POLITIQUE

RESEAUX SOCIAUX

Sarkozy au Congo

Le voyage n'était pas humanitaire, mais rémunéré.

Une conférence de plus,"embarrassante"  explique Mediapart. Nicolas Sarkozy a été une nouvelle fois payé par une banque anglo-saxonne pour une participer à une conférence sur la bancarisation en Afrique.

Sa spécialité...


 Nicolas Sarkozy a une longue histoire avec le Congo. Ou plutôt, le président Sassou Ngesso et sa famille. En 2009, il avait dépêché une délégation de parlementaires français complaisants observer le bon déroulement des élections présidentielles. Les opposants au président sortant boycottaient le dernier scrutin présidentiel. AREVA venait de signer un accord portant sur la recherche et l'exploitation de futures mines d'uranium sur tout le territoire.

Des instructions sont toujours en cours à l'encontre de quelques autocrates africains dont Denis Sassou Ngesso. Entre 2007 et 2012, le ministère de la justice avait multiplié les embuches procédurales contre la plainte des associations.




Cette fois-ci , Nicolas Sarkozy s'est rendu au Congo dans le cadre d'une invitation privée. Le thème de la conférence n'a pas grand rapport avec ses compétences. Ou du moins, on a peine à comprendre qu'il puisse être rémunéré quelque 100.000 euros pour un propos général sur un thème aussi précis qu'important, la bancarisation en Afrique.

L'ancien monarque n'avait pas été annoncé au programme officiel de cette journée de conférence tenue vendredi dernier, qui s'est ouverte et clôturée par un discours du président local. Sa présence a été confirmée par des proches.
"On assume complètement cette conférence. Ça fait deux ans que Nicolas Sarkozy donne des conférences payées".
Ce n'est pas tout. Il y avait aussi la "participation exceptionnelle" d'autres chefs d'Etat voisins : Mahamadou Issoufou,Président de la République du Niger; Alpha Condé,Président de la République de Guinée; et Daniel Ona Ondo, Premier ministre de la République du Gabon.

Un vrai mini-sommet africain !

De cette escapade africaine, on eut peu de retombées. Quelques médias locaux rapportèrent ces propos décisifs pour l'avenir de l'Afrique (sic!): "L'essentiel, c'est la question de la confiance. Car, derrière le mystère de la banque il y a nécessité d'un État fort et d'un système politique stable".

100.000 euros pour cela...

En France, la journée de mardi 29 juillet fut agitée par une nouvelle information d'ordre judiciaire assez vite démentie par le parquet de Paris lui-même: le Parisien affirmait qu'une nouvelle enquête préliminaire avait été ouverte sur le financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2012.

Ce fut l'occasion, pour quelques ténors de l'UMP, de réaffirmer combien ils refusaient de céder à la prise de contrôle de l'UMP par l'ancien monarque à la rentrée prochaine.


Immigration: ce que Hollande a fait, ou pas.

Il suffit de deux lois sur le sujet, présentées le 23 juillet en conseil des ministres, pour que la droite furibarde se réveille. Le Parlement est en congés, et la droite extrême regrette que le grand déballage xénophobe n'ait pu se dérouler au plus chaud de la rentrée. Il y a des élections à gagner. L'Etranger, surtout bronzé et musulman, reste tristement un ressort politique d'une droite républicaine sans ressort.

Pourtant, ces deux lois sont loin d'être des ouvertures laxistes.


La réforme de l'asile
Joli morceau... Les demandeurs d'asile sont comme un épouvantail pour la politique française. L'engorgement des bureaux de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) est souvent exhibé comme la preuve que la misère (politique) du monde conduit des hordes d'immigrés à débouler dans notre beau pays. En mai 2012, François Hollande commit l'erreur de laisser l'immigration, et la gestion de l'asile, dans le périmètre du ministère de l'ordre, comme si l'immigration était forcément source de désordre. Il y a des clichés qui ont la vie dure.

Car la situation était grave. En 2013, la France a enregistré 66 251 demandes, dont 45 925 pour la première fois par des adultes, 14 536 par des mineurs les accompagnants et 5 790 demandes de réexamen. En d'autres termes, il faut " sauvegarder la tradition française de l’asile."


La semaine dernière, le  successeur de Manuel Valls au ministère de l’intérieur a donc présenté son projet de loi relatif à la réforme de l’asile. Il avait été concocté par l'ancien titulaire, après "une large concertation conduite auprès de l’ensemble des acteurs concernés -élus, associations, Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), OPFRA, Cour nationale du droit d’asile (CNDA), Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et administrations", nous a-t-on prévenu. Le tout confié à deux parlementaires, l'une de droite mais centriste (Valérie Létard), l'autre de gauche, le député Jean-Louis Touraine.

Le gouvernement s’est abrité derrière les travaux de ces deux-là, ainsi que des nouvelles directives européennes adoptées en juin 2013 qu'il fallait transposer. Il y avait deux objectifs, répéter en long et en large: "renforcer les garanties des personnes ayant besoin d’une protection internationale ; statuer rapidement sur les demandes d’asile", avec un délai moyen visé à 9 mois.

Le gouvernement met en valeur quelques avancées: l'enregistrement plus rapide des demandes ; la présence d’un conseil lors des entretiens avec un officier de protection ; la meilleure prise en compte des "vulnérabilités"; la suspension généralisée des recours contre les décisions refusant l’asile (avec réponse dans les 5 semaines par un un juge unique de la CNDA).

Le texte prévoit également de nouvelles procédures d’examen rapide des demandes, "par ou sous le contrôle de l’OFPRA". En procédure normale, le délai de jugement imparti à la CNDA est fixé à cinq mois.

A l'inverse, il y a aussi cette précision, qui n'est pas neutre: "le projet de loi a également pour objet de rendre les conditions d’accueil des demandeurs d’asile plus justes et plus équitables, mais aussi plus directives". En d'autres termes, l'accélération généralisée des délais permettra aussi d'expulser plus rapidement. Autant dire les choses telles qu'elles seront.

Les associations concernées, tel le GISTI, s'inquiète notamment de la création de centres d'internement pour demandeurs d'asile. En langage officiel, on appelle cela "un dispositif d’hébergement contraignant permettant d’affecter le demandeur d’asile dans une autre région que celle où il se présente". Et le gouvernement de préciser: "en cas de refus de l’hébergement proposé, le demandeur perdra son droit aux allocations".

Pourquoi l'UMP râle-t-elle ?

En matière de protection des droits, le texte prévoit de "renforcer les droits du bénéficiaire de la protection en matière d’accès aux droits, de réunification familiale et de documents de voyage, éléments essentiels de l’intégration à la société française."

L'accueil des étrangers, version Hollande
Pour sa première année de quinquennat, on avait été surpris par l'ampleur des expulsions de clandestins. 2012 était une année débutée sous Sarko, terminée sous Hollande. Il était difficile d'attribuer à l'un ou à l'autre l'entière responsabilité de ces résultats.

Les forces de l'ordre n'avaient plus d'objectifs d'expulsions à satisfaire, mais il y eut davantage d'expulsions de clandestins qu'en Sarkofrance - 36.000 éloignements en 2012, mais à peine 27.000 en 2013: 27% de reconduites à la frontière en moins, 28% de régularisations en plus, le bilan de Valls était moins catastrophiques pour les tenants de la régularisation massive. Le nombre de naturalisations a même doublé - 100.000 en rythme annuel, contre moins de 50.000 avant. Mais des cas d'expulsions de famille choquent encore; des rétentions de bébés sont encore pratiquées alors que Hollande en avait promis la suppression.

Le projet de loi présenté la semaine dernière ne résout pas ces situations dramatiques. La dénomination du texte a failli faire plaisir.

En termes d'avancées, il généralise le titre de séjour pluriannuel pour l’ensemble des étrangers, après un an de séjour en France. On est loin du titre de résidence valable 10 ans voté en 1984, abrogé plus tard. La gauche d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui. Les saillies frontistes sur l'immigration responsables du chômage ou sur les difficultés d'intégration ont convaincu plus largement qu'à droite.

Le gouvernement rappelle qu'il y a aujourd’hui "5 millions de passages par an en préfecture, pour 2,5 millions d’étrangers titulaires d’un titre de séjour." Désengorger les préfectures, faciliter l'intégration, tels sont les conséquences attendus de la meusre.

Pour faire bonne figure, Cazeneuve prévoit aussi un "nouveau parcours d’intégration, marqué par un renforcement du niveau de langue requis et une redéfinition des prestations servies par l’Office français de l’immigration et de l’intégration." La Sarkofrance n'est pas morte. Combien de Français dits de souche sont incapables de parler correctement un langue nationale dont ils ont hérité la charge par le hasard d'une naissance ?

Par ailleurs, Hollande est pragmatique. Les phobies anti-migratoires sarkozystes ont décourager tout ce compte le monde de beaux esprits et étudiants doués de venir en France. Plutôt que les absurdes quotas par métier, le gouvernement Valls privilégie la création d'un passeport « talents », un titre de séjour valable jusqu’à quatre ans pour l’étranger et sa famille, qui constituera "le titre unique ouvert aux investisseurs, aux chercheurs, aux artistes et aux salariés qualifiés".

Ensuite, le texte assure aux journalistes, "pour la première fois", un droit d’accès dans les centres de rétention (CRA) et les zones d’attente. Un décret de juillet venait justement d'encadrer les accès des personnels associations dans les mêmes CRA: "Il est mis fin au droit d'accès d'un représentant d'une association à la demande de la personne ou de l'association concernée ou lorsque l'habilitation de cette association est retirée."

Enfin, ce projet de loi a évidemment son volet répressif contre l’immigration irrégulière. Qu'est-ce que Nicolas Sarkozy, obsédé par le sujet une décennie durant, avait oublié ?

Primo, l’assignation à résidence devient une mesure de droit commun en matière de privation de liberté des étrangers; secundo, le texte aggrave les pénalités dues par les transporteurs qui ne respectent pas leurs obligations de contrôle. Enfin, il "renforce les pouvoirs des préfectures en matière de lutte contre la fraude". On attend le détail.


377ème semaine politique: Hollande et le burn out collectif

C'est fait. Certains abandonnent.

Fatigués.

Les raisons sont multiples. La politique française s'affaisse. Ce n'est plus de la torpeur estivale.


Jean-Luc Mélenchon l'a annoncé le premier.
"À un moment il faut s’arrêter de courir. Parce que si on court tout le temps, on va finir par se mettre dans le vide"
Le propos surprend à peine. Le leader du Front de gauche est épuisé. Son mouvement, lancé en 2009, n'a pas eu le succès qu'il espérait. La dynamique n'est pas là. Des désaccords stratégiques sur le degré d'opposition au PS gouvernemental ont fait le reste. Mélenchon accuse aussi les médias de surjouer la carte du FN. L'hystérisation de la vie politique favorise les monstres de haine. Nos médias priorisent le spectacle sur l'explication.

L'épuisement politique est palpable ailleurs. Les extrêmes ont gagné. Ce pays reste hystérique, c'est une foire caricaturale et binaire.

Il y a d'abord ce gouvernement qui "gère", sans souffle ni élan; ça n'a pas l'air de le déranger. Le décalage entre les mots et les actes devient un gouffre. On n'ose plus évoquer l'économie. Dans les colonnes des Echos, Michel Sapin débat avec son collègue allemand sur le meilleur titulaire au poste de commissaire à l'austérité auprès de Jean-Claude Juncker. Moscovici est candidat. Et Sapin renchérit "nous faisons des économies absolument drastiques dans les budgets de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale".

C'est un cauchemar. Le chômage progresse encore, plus de 9000 sans-emplois supplémentaires le mois dernier. La croissance économique mondiale ralentit, mais notre gouvernement national appuie encore sur le champignon de l'austérité.

Hollande déprime-t-il ?
Même Hollande ne croit plus en la reprise. Il l'a confié lors du dîner annuel de la presse présidentielle le 21 juillet. Va-t-il changer son logiciel social-libéral ? Que nenni. Le pacte irresponsable de 50 milliards d'euros d'économies a été voté. 

Un projet de loi sur la "simplification" de la vie des entreprises déboule à l'Assemblée, pour deux jours à peine de débat. Car nos élus partent en vacances. On vient de publier leurs déclarations d'intérêt des 577 députés. On vote la "grande réforme territoriale" qui réduit, dès l'an prochain, le nombre de régions en métropole de 22 à 13. Les objectifs sont mal chiffrés - les premières estimations d'économies sont complètement farfelues d'André Vallini, le secrétaire d'Etat en charge du sujet, ont été heureusement oubliées (11 milliards... sic !).

Le 24 juillet, Manuel Valls est sur RTL, mais les Français sont ailleurs. Ce n'est pas Clémenceau, à peine Guy Mollet. Ses propos trop vides et sans élan sont peu repris. Qui écoute ?  La guerre à Gaza et ses centaines de morts civiles, un nouveau crash d'avion avec une cinquantaine de victimes françaises à bord, l'été qui s'installe mais les fins de mois toujours difficile (60% des ouvriers ne partent pas en congés), on a d'autres sujets de préoccupation que d'écouter le premier des ministres vanter "sa réforme" et "son cap".

Valls, hors sol
A l'Assemblée, la loi anti-terroriste est durcie par les élus UMP et socialistes agissant de concert. Du blocage administratif de sites à l'interdiction de sortie du territoire à l'encontre de citoyens nationaux, l'ancien Sarkozy n'aurait pas renié ce texte phobique et inutile.

Mercredi, Bernard Cazeneuve publie ses deux lois sur l'immigration, discrètement, pendant l'été.
 a raison. La droite furibarde l'attend au coin pour mieux brailler de concert avec le Front national-socialiste. Sans surprise, les jumeaux sarkozystes du vacarme sécuritaire Eric Ciotti et Brice Hortefeux ont crié au laxisme. Le premier a dénoncé la "catimini", le second a surenchéri sur "l'explosion" de l'immigration clandestine. Le Front national réactive ses clichés contre les "immigrés-qui-volent-nos-emplois".

Dans les faits, la première loi traite de l'asile. Deux années de concertation avec le milieu associatif. Pourtant, la Coordination française pour le droit d’asile s'inquiète: pour désengorger les bureaux de l'OFRAP, on raccourcit les temps de préparation de demandes, et on multiplie les cas d'irrecevabilité.

La seconde loi honore une promesse de campagne, assouplir les conditions d'accueil des étrangers,  avec la généralisation du visa pluri-annuel, la création d'un passeport "talent", et l'extension des visas étudiants sur la durée de la scolarité. Mais on est loin, très loin, du réalisme généreux des années 80. Il y a tout juste trente ans, en 1984, une autre gauche instaurait le titre de résidence valable 10 ans malgré les braillements d'un borgne blond sur les estrades télévisuels.

Un autre temps.

Foire aux extrêmes
N'en déplaise à Hollande, le conflit israélo-palestinien s'est importé avec fracas dans l'actualité française. Son traitement binaire et caricatural, de part et d'autres, est une autre illustration de notre épuisement collectif.

Il est devenu impossible de débattre. Le gouvernement Valls adopte vite et mal une position timide face aux massacres commis à Gaza. Les bombardements "chirurgicaux" de Tsahal ont fait 800 morts en 15 jours. On attendait mieux que les déclarations lénifiantes de Valls sur le cessez-le-feu immédiat : "la France n'a qu'un camp, celui de la paix" (Valls, le 24). Sur Mediapart, Edwy Plenel décharge ses critiques au vitriol, sans nuances ni compromis: "vous égarez la France !" lance-t-il à Hollande.

Samedi 19, une manifestation pro-palestinienne est interdite à Paris. Le cortège se termine dans le chaos dans le quartier de Barbès: des scènes lunaires de guerilla urbaine, des commerces dévastés, l'antisionisme cède à l'antisémitisme dans les cris de certains manifestants. Une fraction de l'extrême droite, qui a conservé ses obsessions antisémites, se régale. Le lendemain, Valls ne voit que cela. Hollande commet l'erreur de convoquer des responsables religieux à l'Elysée. Où a-t-il vu que ce conflit était religieux ? C'est la foire aux extrêmes: les fascistes de la LDJ contre les rageux soraliens; le Likoud contre le Hamas.

Les extrêmes nourrissent toujours leurs haines réciproques.

Mercredi, une manifestation pro-palestinienne autorisée se déroule dans le calme. Valls joue enfin l'apaisement, mais tardivement: "les musulmans de France, c’est la France !" Mais vendredi, patatras ! Notre Cazeneuve national commet à nouveau l'erreur d'interdire un autre rassemblement prévu à Paris. Il évoque des "tensions". 

Le crash d'un avion d'Air Algérie, avec une cinquantaine de Français à bord, écarte à peine le sujet palestinien de nos couvertures médiatiques. Nul recueillement ni trêve, malgré la douleur des familles. A quelques centaines de kilomètres de là, Amsterdam donnait une autre image. Une marche blanche était organisée en hommage aux 193 victimes hollandaises du crash de la Malaysian Airlines abattu au dessus de l'Ukraine la semaine dernière.

Curieusement, Nicolas Sarkozy choisit cette nouvelle semaine hystérique pour un publi-reportage sur ses vacances forcément amoureuses avec Carla Bruni.

Le burn out est complet.







Crédit illustration: DoZone Parody

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