24 septembre 2016

Pourquoi les antisarkozystes devraient voter à la primaire de droite. (490ème semaine politique)

Source: Juan

 

La primaire de droite sombre dans le n'importe-quoi dès sa première semaine officielle. En cause, Nicolas Sarkozy qui bouscule et charcute les esprits pour convaincre. A gauche pourtant, certains se pincent le nez quand on leur demande d'aller voter à cette primaire primaire pour évacuer l'ancien monarque.

Sinon, Hollande tweete à la chanteuse Rihanna, en français. 

Ivre, il pensait être président.



Carla Bruni est gauloise.
"Le petit Français au sang mêlé" poursuit son offensive à la droite de l'extrême droite. Ces premières mesures concrètes, par ailleurs au nombre fatidique de treize, sont assez ignobles, ou hypocrites, ou inefficaces.

Pour l'ancien monarque, tout est permis tant que cela sert sa reconquête élyséenne. Au risque de favoriser, petit à petit, l'arrivée au pouvoir d'une extrême droite fascisante, Nicolas Sarkozy continue de creuser son sillon dans la boue. La primaire de droite n'en est qu'à sa première semaine, que son débat politique s'effondre. En cause, une petite phrase de Sarkozy, soigneusement pensée pour être sortie de son contexte; une formule pour faire mouche et alimenter les gazettes: "Nous ne nous contenterons plus d'une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l'assimilation. Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois." Nos ancêtres les Gaulois, la référence est lâchée. La crise identitaire de cette droite furibarde ressemble à de l'acné d'adulte: tardive, mal gérée, honteuse.

La polémique sur les Gaulois fait la semaine. Juppé raille Sarkozy, lequel est défendu par Morano. Lefebvre, ancien soutien sarkozyste devenu paria depuis qu'il a voté une loi Macron, s'indigne. Valls tape à côté. Il y a bientôt 30 ans, Mitterrand avait pourtant cette remarque grandiose:




Aujourd'hui, la politique est petite, minuscule, ridicule. Sarkozy enflamme, crie, braille, agite.Sarkozy ne rassemble pas, il divise. Il n'apaise pas, il inquiète. 

La dynamique de la haine et de la peur paye dans les sondages.

Face à lui, Alain Juppé tente de se redresser. Il suffit d'une enquête le donnant seul gagnant face à l'extrême droite en 2017 pour qu'il s'enflamme. Juppé, c'est "la droite apaisée". Vraiment ? Juppé défend un programme socialement violent, aussi économiquement irresponsable que la politique de l'offre conduit depuis bientôt 4 ans à l'Elysée. La comparaison des programmes, quand ils existent, des différents candidats de droite, révèle qu'ils sont ... à droite, très à droite. Socialement violents, économiquement absurdes, ils ne surprennent que sur les sujets sociétaux, sécuritaires et politiques. Fillon veut séduire les opposants au mariage gay. Sarkozy flirte à l'extrême droite. Nathalie Kosciusko-Morizet joue les potiches centristes.

Bref, face à Sarko, il n'y a pour l'instant que Juppé, et non pas Hollande. Ni même Macron.

Macron-compatible
Juppé pourrait prendre Macron à Matignon, et Valls à l'intérieur. Juppé est également compatible avec ce socialiste Jean-Marie Le Guen qui proposait, en mai dernier, de baisser la durée et le montant des allocations chômage. Juppé est compatible avec Rebsamen, désormais retiré des affaires gouvernementales, qui réclamait à Pôle Emploi de mieux traquer les fraudeurs. Juppé est compatible avec le commissaire européen Pierre Moscovici qui s'indignait du "trop d'impôts" dès l'été 2013, sabordant ainsi l'unique grande ambition de redistribution fiscale de cette équipe Hollande.

Multiplier les rapprochements évidents entre une partie du programme de Juppé et l'action de Hollande desservirait le maire de Bordeaux. Juppé n'est pas Hollande. Mais Juppé reste chronologiquement le premier rempart contre Sarkozy.

Les gesticulations oratoires des uns et des autres pour tenter de grossir leurs différences politiques ne trompent personne, et certainement plus les électeurs. Mais Juppé incarne, comme d'autres, une certaine idée de la République qui fait défaut à droite. Certains supporteurs hollandais n'entendent pas cet argument pour de mauvaises raisons. Autant se l'avouer, ils ont peur d'une qualification de l'ancien premier ministre de Jacques Chirac.

Pourtant...

En 2011, le candidat Hollande a remporté les primaires contre Aubry, Royal et Montebourg grâce à une mobilisation qui dépassait largement le cadre socialiste... sur sa droite. Hollande était le "social-libéral" rassurant pour un centre-droit effrayé par les délires xénophobes et l'incompétence économique de Nicolas Sarkozy. Cinq ans plus tard, Juppé sera-t-il capable d'incarner la même alternative, cette fois-ci contre un double adversaire, Sarkozy en novembre, Le Pen en avril ?

Parce que le scrutin présidentiel apparaît fermé dans un duel final avec l'extrême droite, la primaire de droite prend une importance politique et démocratique hors normes.

A gauche, certains espèrent la victoire de Sarkozy dans cette primaire de droite. Parce qu'il parait que François Hollande sera ensuite le "vote utile" contre Sarko et Le Pen. Il n'en sera rien. Le Hollande de 2016 est aussi proche de Mitterrand en 1988 que Sarkozy pouvait incarner De Gaulle.

"L'exemple" Marisol Touraine
La ministre de la Santé est convaincue de travailler utilement pour les plus faibles. Cette dimension hors sol de l'ancienne strauss-kahnienne est curieuse.

La nouvelle sociale de la semaine est  effectivement le redressement des comptes de la Sécurité sociale. Si la courbe du chômage ne s'est pas inversée, celles des déficits oui. Marisol Touraine le claironne avec gourmandise sur toutes les ondes: "En 2017, le 'trou de la Sécu' aura disparu." Alléluia ! Pour la première fois depuis 2001, les comptes de la Sécu seront à l'équilibre... en 2017.

Il faut rendre à César ce qui est à César, et les premières mesures de déremboursements à ... Nicolas Sarkozy. Dans les premières mesures du quinquennat précédent, franchises médicales et déremboursements de soin ont été votés. Fin 2011, dernière année complète du quinquennat Sarkozy, l'ancien monarque avait laissé la branche générale de la Sécu en déficit de 12 milliards d'euros. La ministre de la santé se défend d'avoir conduit le redressement des comptes de la Sécu avec la même sévérité neo-libérale: "création du compte pénibilité, aux départs anticipés à la retraite, à l'augmentation jusqu'à 1.000 euros par an des prestations familiales pour les plus pauvres, à la généralisation du tiers payant, à la suppression des franchises médicales pour les plus modestes, à l'accès élargi à la CMU, à la hausse du RSA, à la prime d'activité" explique-t-elle aux Echos. Rappelons à la ministre l'autre face de son bilan: "grâce" à la réforme des retraites de Hollande qui porte à 43 ans de cotisations ininterrompue la durée nécessaire pour une retraite pleine et normale, même l'assurance vieillesse sera excédentaire (1,6 milliards d'euros). Depuis janvier, les mutuelles sont plafonnées dans leurs remboursements de santé. Nos hôpitaux publics vont fermer 22000 lits. Et dan sle dernier projet de loi de finances de la Sécu de ce quinquennat, on prévoit de prescrire encore moins, et notamment moins d'examens malgré le vieillissement de la population.

La Sécu va mieux, c'est vrai. Les pauvres, plus nombreux, se soignent moins. C'est vrai aussi.

Clap, clap, clap.

Comme d'autres, Marisol Touraine se rassure avec ce constat: "Vu le grand bond en arrière que nous proposent les candidats de la droite - retraite à taux plein à 70 ans, suppression du tiers payant, disparition des hôpitaux de proximité, etc. -, il n'y aura pas photo !

Ami anti-sarkozyste,  le combat reprend aux primaires de la droite.  

Après, il sera trop tard.