SARKOFRANCE #03

Blog politique depuis 2007.

18 avril 2015

415ème semaine politique: les mauvais suppléments de François Hollande.

 

Le président français déboule dimanche sur un plateau télévisé inédit pour lui, le Supplément, une émission animé par une journaliste conviviale et bonhomme, Maïtena Biraben, ce 19 avril sur CANAL+. Qu'avait-il à dire ?

 

Rien.

 

Pourtant, cette interview est essentielle.

 

A quelques jours du 3ème anniversaire de son mandat, François Hollande conserve une confiance inébranlable dans sa bonne étoile. Aussi inébranlable que les Français sont ébranlés, désabusés, résignés ou colériques. Il se prête au jeu d'une interview "décalée", comme pour mieux réclamer un supplément de mandat. La veille, Hollande inaugure l'Hermione, une réplique de la frégate de La Fayette. Un conseiller anonyme élyséen confie qu'Hollande aime la "proximité". Que c'est même son "ADN".  On attend donc beaucoup, beaucoup plus de cet entretien qu'un simple commentaire présidentiel sur les récentes propositions de son ami Claude Bartolone pour améliorer la vie politique et la motivation de la jeunesse (sic!). Beaucoup plus qu'une analyse courtoise des grands dangers du monde.

Après un pacte irresponsable qui a vidé les caisses publiques de recettes fiscales sans contreparties d'embauches ni d'efficacité économique, François Hollande laisse un gouvernement faire voter une loi hallucinante sur le renseignement.

Le tout dans la plus grande indifférence publique. 

La STASI ?
Les Français n'ont pas connu les affres de la surveillance de masse comme les Allemands de l'Est. La STASI, cette police politique du régime est-allemand, n'a été supprimée qu'il y a 25 ans, après la chute du Mur de Berlin et la réunification allemande. Cela explique pourquoi nos voisins d'Outre-Rhin n'osent pas renforcer les moyens de contrôle des citoyens dans les proportions que le gouvernement Valls a fait passer cette semaine. Les attentats de Charlie, début janvier, laissaient craindre un renforcement des lois de sécurité.

Jeudi 16 avril, l'Assemblée nationale achève l'examen expresse d'un projet de loi sécuritaire. Le 19 mars dernier, le gouvernement avait engagé une procédure accélérée pour ce texte. Le vote est pour le 5 mai, la veille du 3ème anniversaire de l'élection à la Présidence de la République de François Hollande. On se souviendra longtemps de cette coïncidence qui n'est plus que symbolique. Et de la rapidité avec laquelle le couple Hollande/Valls a fait passer un grave recul démocratique de la décennie.

La loi sur le renseignement  couvre toutes les techniques d'espionnage informatique que la technologie actuelle et future: captation, fixation, transmission et enregistrement de sons, d’images et de données informatiques; géolocalisation en temps réel, sondes (article 851-3) et même des techniques nouvelles tels les "dispositifs permettant de localiser en temps réel un véhicule ou un objet" (article L. 851-6); les "dispositifs mobiles de proximité" pour capter "directement les données de connexion" (article L. 851-7) dans un rayon donné (des "IMSI-catchers"), y compris, "de manière exceptionnelle" le contenu des correspondances (emails, etc); ou l'utilisation d'algorithmes d'espionnage  par la pose de "boîtes noires" chez les opérateurs pour détecter une "succession suspecte de données de connexion" (article L. 851-4), ces fameux "signaux faibles".

Premier grief, cette surveillance légalisée prend des proportions hors normes: son champ va bien au-delà de la lutte contre le terrorisme. Il comprend huit motifs, le terrorisme n'en est qu'un parmi huit - "la sécurité nationale, les intérêts essentiels de la politique étrangère, les intérêts économiques ou scientifiques essentiels, la prévention du terrorisme, la prévention de la reconstitution ou du maintien de groupement dissous, la prévention de la criminalité organisée et la prévention des violences collectives pouvant porter gravement atteinte à la paix publique". La loi autorise ainsi l'espionnage "préventif" de la moindre manifestation contre une mesure gouvernementale. Et que dire des intérêts économiques "essentiels" ?

Second grief, la loi renforce très peu et très mal le contrôle de ces opérations d'espionnage avec la création d'une Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR). Manuel Valls a refusé de placer cette surveillance de masse sous le contrôle de la Justice. Or la République est justement fondée sur cette séparation des pouvoirs - Exécutif, Législatif, Judiciaire. C'est au premier ministre de valider ces espionnage. La CNCTR n'a qu'un avis préalable et consultatif. Si ce dernier n'est pas suivi, elle peut ... saisir le Conseil d'Etat. On est rassuré. Quelques promoteurs du texte concèdent que rien n'est dit sur les moyens informatiques ou humains de la CNCTR pour contrôler effectivement les quelques milliards d'informations personnelles que nos services secrets vont désormais collecter.

Circulez, il n'y a rien à voir. A ce rythme, en 2017, il n'y aura plus rien de pire à voter.


Démission politique
Sarkozy au pouvoir, la gauche toute entière serait dans la rue à protester contre ce recul des libertés publiques. Cette fois-ci, le paysage politique est fracturé. Ou absent. La démission politique est manifeste.

A l'Assemblée, le débat, pourtant raccourci, se déroule en effet dans un hémicycle désert à gauche comme à droite.

L'extrême droite se régale - tous les outils de contrôle des citoyens seront là et en place pour le jour de sa arrivée au pouvoir. Marine Le Pen ne dit rien, pas un mot. Tout juste laisse-t-elle sa nièce Marion s'inquiéter de l'espionnage des opposants politiques. Les sarkozystes et fillonnistes applaudissent mollement mais se réjouissent. Eric Ciotti parle d'"avancées positives" ; les centristes de l'UDI toussent et protestent. Hervé Morin, ancien ministre de la Défense, est direct: "ce texte n'est pas anodin, il revient à mettre des procédures d'exception dans le droit commun."

A gauche, l'opposition est virulente. Les quelques écologistes hollandais qui espéraient encore, la semaine précédente, trouver un strapontin ministériel à l'occasion d'un improbable remaniement gouvernemental sont obligés de taire leurs ambitions tant ce nouveau texte va à l'encontre de toutes leurs positions actuelles et passées. Les écologistes ont désormais toutes les raisons nécessaires, et bien d'autres encore, de rester dans l'opposition.

A l’extérieur de l’hémicycle, le texte rassemble large... contre lui: le défenseur des droits (Jacques Toubon), les syndicats de magistrats, la commission nationale de l’informatique et des libertés, les associations de défense des droits de l’homme, et même des acteurs de l’économie numérique s'alarment, crient et protestent. Un hébergeur français vient ainsi d'annoncer son prochain déménagement à l'étranger pour échapper aux obligations d'espionnage imposées par le texte.

A l'Assemblée, une poignée de socialistes vallsistes, emmenés par Jean-Pierre Urvoas, votent avec l'UMP pour faire échec aux tentatives d'amélioration du texte conduites par Christiane Taubira. La Garde des Sceaux n'avale plus des couleuvres, mais des boas constricteurs. On s'interroge sur l'intérêt qu'elle conserve à rester en place. L'énervement au sein même du gouvernement est manifeste. Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, dérape face à une députée EELV: "Moi, ce qu’il y a dans les articles de presse, par principe, je ne le crois pas". Sans rire... La bourde est rapidement effacée de la retranscription des échanges.
"Il est évident que les techniques de recueil de renseignement sont susceptibles de porter atteinte à la vie privée." Christiane Taubira, à l'Assemblée, le 13 avril 2015.

Pour faire bonne figure, Manuel Valls annonce vendredi un grand plan de lutte contre le racisme. On retient quelques millions d'euros supplémentaires pour des associations, et un toilettage des textes réprimant la diffamation et le racisme. Même SOS RACISME est déçu.

Hasard ou coïncidence, les résultats d'écoutes téléphoniques "traditionnelles" sur deux enquêtes explosives sont justement publiés dans la semaine par la presse. On y "découvre" que Claude sait beaucoup de choses sur le financement de la Sarkofrance. Et que les proches de Marine Le Pen auraient organisé un système de surfacturation de frais de campagne remboursés par l'Etat.

Sarkozy, tranquille ?
Pourquoi aurait-il besoin de brailler ? Manuel Valls fait voter une loi sur le renseignement qui complète utilement l'effroyable et inutile dispositif sécuritaire qu'il avait mis en place entre 2002 et 2012 quand il était ministre de l'intérieur puis Président de la République. Manuel Valls parachève son oeuvre, dans l'indifférence politique la plus totale. Sarkozy aka Paul Bismuth n'avait donc pas grand chose à dire contre le projet de loi sur le renseignement.

Il y a bien Laurent Wauquiez pour fustiger le "laxisme" du gouvernement. L'ancien jeune premier de Sarkofrance a encore débloqué. Il instrumentalise le viol et le meurtre d'une gamine de 9 ans près de Calai par un Polonais interdit de résidence en France. En fait, le criminel avait bien été expulsé à sa sortie de prison

Plus inquiétant pour l'ancien monarque, Claude Guéant commence à douter des avantages à rester loyal et donc discret. La semaine passée, son fils a passé quelques dizaines d'heures en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur le financement de la campagne Sarkozy de 2007. Le 15 avril, le Monde publie quelques extraits d'écoutes téléphoniques de l'ancien secrétaire général de l'Elysée puis ministre de l'intérieur de Sarkofrance. On comprend l'amertume d'un homme lâché par les siens et surtout pas Sarkozy. Et combien il sait des choses encombrantes. "Je sais quelques petits trucs quand même (...). On n'est pas ministre de l'intérieur pour rien." confie-t-il un jour de 2014 à sa fille.

Guéant était le négociateur des deals de vente d'armements et de logiciels de surveillance à l'Arabie Saoudite, et à la Libye entre 2005 et 2007; du compromis avec Tapie sur le Crédit Lyonnais récemment annulé par la justice, ou des rapports avec les autocrates de Françafrique.

Sarkozy peut se concentrer sur les primaires à droite. François Fillon déclare sa candidature officiellement. Sarkozy confie que l'affaire est pour lui pliée. Son ancien premier des ministres s'énerve.

Feuilleton frontiste
Le feuilleton frontiste se poursuit.

Vendredi 17 avril, Jean-Marie Le Pen devait s'expliquer devant un bureau politique après ses propos pétainistes et xénophobes de la semaine précédente dans les colonnes du torchon Rivarol. Le patriarche fait un malaise le jour même. De toutes façons, il avait renoncé se présenter en tête de liste aux élections régionales de décembre prochain en région PACA. Sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen, le remplace. La jeunette a les idées rances et nauséabondes de son aïeul. La bêtise et la haine n'attendent pas l'oeuvre du temps. Dans les colonnes de Valeurs Actuelles, elle minimise à son tour l'extermination des Juifs par les nazis pendant la seconde guerre mondiale.

Le Front national fait semblant d'être en crise. Le parti a le vent en poupe. Son faux psychodrame familial fait à peine illusion. Marine Le Pen franchit la dernière étape d'une (fausse) normalisation.

L'enquête sur les troubles financements du Front national progressent. On apprend du Monde quelques résultats de l'investigation ouverte depuis un an. Le schéma est édifiant. Pour les législatives de 2012, le FN avait contraint ses 559 candidats de commander leurs kits de campagne à la même agence de communication, RIWAL, fondée par un proche de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon. Jusque-là, rien d'illégal. Mais les juges ont découvert que RIWAL margeait à plus de 45% sur l'opération, quelque 2,4 millions d'euros de bénéfices sur 7 millions d'euros de dépenses électorales qui sont in fine... remboursés par l'Etat.

Trois personnalités clés de l'opération sont déjà mis en examen. L'enquête se poursuit. Des extraits d'écoute téléphonique sont publiés, comme cet échange d'Axel Loustau, trésorier de" Jeanne", le microparti Marine Le Pen, après une première perquisition :  "J’viens d’avoir Marine, elle est un peu agacée. Frédérique Chatillon, dirigeant de RIWAL, lui répond : « Elle est au courant de tout depuis le début… »
Marine Le Pen est au courant.




11 avril 2015

414ème semaine politique: Sarkozy, Le Pen, Hollande... Ils ont tous changé !!

Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et François Hollande ont bel et bien changé.


La preuve.



Sarkozy a changé.
Nicolas Sarkozy est un homme politique. On a déjà glosé, dans ces colonnes et ailleurs, sur comment l'homme avait agité, abimé, affecté la période politique récente. La Sarkofrance n'était peut-être qu'un symptôme. Et Sarkozy n'est pas seul. Mais cette semaine, il a pris peur.

C'est une phrase, un "Off" de trop que Nicolas Sarkozy affectionne tant, qui a tout déclenché. Le Parisien rapporte que l'ancien monarque a comparé François Bayrou au "virus du SIDA". Sitôt l'information connue, il a annoncé, sur Facebook, qu'il portait plainte pour diffamation. Lisez plutôt:
"Ayant pris connaissance avec stupéfaction et avec écoeurement des propos qui me sont prêtés et que je n'ai jamais tenus, dans l'article signé de Martine Chevalet paru dans l'édition du Parisien du 8 avril sous le titre + Les centristes divisés face à l'UMP +, j'ai chargé mon conseil, Me Thierry Herzog, d'engager immédiatement des poursuites judiciaires qui s'imposent du chef de diffamation contre l'auteur de cet article, le directeur de la publication ainsi qu'à l'encontre... de tous ceux qui ont reproduit ou reproduiront ces allégations mensongères".
Rien que ça.

Nicolas Sarkozy est rattrapé par ses "Off". Cela fait plus d'une décennie que ça dure. Des journalistes privilégiés, auditeurs discrets ou critiques, supporteurs inavoués ou reporters indépendants, les ont consignés pendant une décennie quand Sarkozy cherchait l'Elysée puis l'obtint.  Ces OFF sarkozyens donnèrent plusieurs livres, faramineux en révélations. Ils concordaient tous. Ils livraient ce constat d'un homme à la parole libérée dans l'insulte et l'irrespect. Sarkozy parlait comme Le Pen et quelques autres.

Sarkozy a changé. C'est vrai. Il porte plainte alors qu'il laissait auparavant les "Off" les plus terribles rejoindre les "On" les plus effarants (du "casse-toi pov' con" au discours de Grenoble et toute la déchéance d'une fin de mandat indigne).

Sarkozy a changé.

Il a la trouille de ses propres "Off." Sa trouille est d'autant plus grande qu'il espère gagner du terrain au centre, sur les plates-bandes de son rival Alain Juppé. A un journal, il confie combien il en a trop fait avec "l'Identité nationale". Sarkozy est une girouette. 

Le Pen a changé. 
Il suffit d'une interview du paternel dans les colonnes d'un torchon historique de l'extrême droite où il déclare sa fascination pour Pétain et quelques autres déclamations xénophobes pour Marine Le Pen et ses sbires poussent des cries d'orfraie. OMG! Jean-Marie Le Pen avait encore "provoqué". Vendredi, Marine Le Pen déboule sur TF1 pour dénoncer les propos de son père, et confirme qu'elle a convoqué un bureau politique pour examiner les faits incriminés.

Ce psycho-drame, qui divertit un temps l'attention médiatique d'une affaire de financement illégal du FN , ressemblait à une mauvaise pièce.

La ficelle était grosse, la manoeuvre énorme.

Marine Le Pen a tout gagné. Sa "notabilisation" locale est en cours. Le FN a gagné une soixantaine de conseillers généraux. A la fin de l'année, il y aura les régionales. 2017 est hors de portée, mais 2022 un objectif de conquête présidentielle soudainement raisonnable. Il ne restait qu'une chose à faire, isoler brutalement les anciennes rancoeurs antisémites d'une extrême droite qui n'était pas remise du retour de la République en 1944. Jean-Marie le père rend ainsi service à Marine future présidente avec ce clash ultime. Il donne à la seconde une preuve supplémentaire et décisive de la normalisation du parti frontiste.

Le véritable séisme qui pourrait frapper le FN est l'accélération des enquêtes sur le financement illégal du FN. Les griefs de la justice sont nombreux -  emplois fictifs au Parlement européen, financement illégal de la campagne de Marine Le Pen en 2012, surfacturations de l'agence Riwal dirigée par un proche de Mme Le Pen, financement douteux du micro-parti personnel "Jeanne" de la présidente du FN - et les premières mises en examen sont tombées, dans la plus grande discrétion, pour faux et usage de faux, abus de biens sociaux et blanchiment, et financement illégal.

Nicolas Sarkozy est empêtré avec l'affaire Bygmalion, Marine Le Pen a son affaire Riwall.

Hollande a changé
Hollande a changé. Mais ne lui dite pas. Il croit l'inverse. Nul changement de cap depuis 2012 nous assure-t-on. Il suit son cap, convaincu de sa réélection en 2017 par l'effet magique d'un 21 avril à l'envers. Imaginez le prochain discours du Bourget, en janvier 2017, avec un Hollande célébrant le rétablissement des marges, la baisse du coût du travail et la cyber-surveillance efficace du pays.

Imaginez, puis comptez les bataillons.

Avec ses conseillers et quelques rafales de textos échangés avec Valls, il avait placé la semaine sous le signe de l'investissement après un lundi de Pâques quasiment familial. Quelques jours après ses propres maigres annonces à propos de la création d'un petit fond de prêts relais financé par des assurances, Hollande laisse Valls organiser une vaste conférence de presse... à l'Elysée.

Mais les vessies ne ressemblent même plus à des lanternes. "L'opération séduction" suffit pourtant à convaincre Martine Aubry de rejoindre la motion de la direction actuelle du PS plutôt que de soutenir les frondeurs dans la perspective du Congrès de Poitiers en juin prochain. Le Parti socialiste s'accroche tristement à son socle de 20% d'électeurs sans tenter de convaincre plus large.

Manuel Valls, donc, était mercredi dans  le salon d'hiver de l'Élysée, flanqué de 7 ministres, pour parler investissement et activité "pour une croissance plus forte". Il promet 2,5 milliards d’euros sur cinq ans, sous forme d'une énième réduction d'impôt sur les sociétés. Et une nouvelle loi sur le dialogue social. Au passage, il oublie de mentionner, à défaut de détailler, les 4 milliards d'euros d'économies budgétaires supplémentaires. Tous les investissements réalisés entre le 15 avril 2015 et le 15 avril 2016, "pour dynamiser immédiatement l’investissement," bénéficieront ainsi d’une réduction d'impôt supplémentaire de 40 % du prix de revient de l’investissement. De soutien aux revenus modestes, il n'en est pas question à l'exception d'un renforcement des aides à la rénovation énergétiques pour ... 50.000 foyers modestes. La France compte 9 millions de pauvres et 3,5 millions de mal logés. Manuel Valls a quelques problèmes de mesure.

Après le Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi, puis le Pacte irresponsable - la plus forte exonération de charges sociales sans contreparties jamais accordées sous la Vème République, voici une nouvelle étape dans la politique de l'offre si chère à François Hollande. Une politique de l'offre parfaitement résumée par cette pirouette d'Emmanuel Macron, cette semaine: "L’objectif d’une hausse de la croissance, c’est de se redonner des marges de manœuvre qui feront l’objet de décisions qui peuvent venir".

La Palisse n'aurait pas mieux dit.

Quelques ministres tentent le service après-vente. Ainsi Stéphane Le Fol, ministre agricole mais surtout porte-parole d'un gouvernement aphone: "la gauche doit se réapproprier la valeur travail". Et la valeur "sociale" ? Le Foll complète d'une formule pour tenter de différencier son équipe de l'UMPFN: "Contrairement au Front national et à l’UMP, nous n’opposons pas chômeurs et travailleurs". L'argument est bien faible quand on mesure combien la lutte contre les précarités sont peu priorisées.

François Hollande réussit une seconde vente de Rafales, trente-six unités d'un coup que l'Inde commande. Vive l'industrie française, fut-elle de défense... C'est la relance ! Avec le baisse de l'euro, le commerce extérieur devrait livrer de meilleurs résultats cette année.

Valls n'a pas changé
Vendredi, Manuel Valls est au Portugal. Il tance la Grèce. Dans un entretien au quotidien portugais Diario Económico, il se fait le perroquet fidèle de la BCE et de l'euro-groupe: "pour que l'assistance financière puisse fonctionner normalement, le gouvernement grec devra définir rapidement une liste de réformes plus profondes. Il y a des progrès, mais elles sont insuffisantes". Il aurait pu se taire et laisser à d'autres plus vindicatifs comme Angela Merkel le soin de fustiger la Grèce agonisante. Il aurait du se taire depuis que la Grèce et l'eurogroup avaient conclu un accord temporaire.

En quelques semaines de gouvernement, Alexis Tsipras est parvenu à sortir son pays du "noeud coulant" de l'austérité. Il n'a pas reconduit les contre-réformes désastreuses de son prédécesseur conservateur. Il n'a pas cédé aux nouvelles demandes de réductions de dépenses publiques malgré l'imminence de quelques échéances bancaires. A force de diplomatie et de pressions, il a déplacé la pression vers Angela Merkel: vendredi, la Grèce devait rembourser 458 millions d'euros au FMI; on entendait claquer les genoux de quelques officiels européens. Ce petit monde craignait le pire, c'est-à-dire le défaut. Le stress était réel sur les marchés et dans quelques palais ministériels européens. Tsipras avait réussi son coup, la peur avait changé de camp. Deux jours avant la date, Tsipras s'affiche tout sourire avec Vladimir Poutine, histoire de faire croire qu'il a une alternative au diktat austéritaire qu'on veut lui imposer au sein de la zone euro. Dans les chancelleries européennes, les dents grincent, les sourires deviennent jaunes.

Et finalement, vrai-faux coup de théâtre vendredi, le gouvernement grec rembourse sans souci l'échéance attendue 458 millions d'euros d'emprunts. Même la Tribune applaudit.

Manuel Valls n'a pas changé. On attendait un Patriot Act à la Française après les attentats de Charlie. On s'en approche. Pour l'heure, le projet de loi légalisant sans mesure ni contrôle ni validation judiciaire un espionnage informatique massif de nos concitoyens déboule à l'Assemblée. Le Sénat de droite n'y a rien trouvé à redire. Après les lois sécuritaires de Sarkofrance, voici une nouvelle pièce au puzzle.

Que dira-t-on le jour où l'effroyable troupe du Rassemblement Bleu Marine s'emparera du pouvoir ? Elle n'aura rien à faire. Les outils seront là, en place et bien rôdés pour tirer le trait sur la République et ses contre-pouvoirs.



Ami républicain, ne désespère pas.

Pas tout de suite.







Crédit illustration: Croisepattes.

4 avril 2015

413ème semaine: comment Hollande, Valls et Sarkozy se préparent (mal) au Grand Scrutin

Deux ans avant le Grand Scrutin, l'équipe Hollande se met donc en branle. Elle manque de soutiens. Elle a négligé son service-après-vente. Elle s'est coupée de sa gauche sans élargir sur sa droite.  Plus à droite encore, onze proches de Nicolas Sarkozy ont été mis en examen pour une gigantesque fraude au financement électoral.


Le Grand Scrutin
Le Grand Scrutin est cette élection présidentielle qui reste le pivot du régime semi-monarchique dans lequel vit la France depuis 6 décennies. Toutes les attentions du personnel politique national sont rivées dessus. Entre deux échéances, la République s'agite sur ses élections intermédiaires. La dernière fut un désastre de plus pour l'équipe sortante. On enchaîne les bilans maintenant que la vague est passée. On attend la prochaine. Ainsi, le FN a-t-il confirmé qu'il attirait les votes ouvrier et rural; qu'il sait séduire les femmes malgré des positions sociétales totalement rétrogrades; que le Parti socialiste chipe des voix à l'UMP parmi les cadres supérieurs (sic!).

Le troisième tour du scrutin départemental a eu lieu. La mascarade paritaire a fait long feu. A peine une dizaine de femmes ont pris la tête des départements, pour 91 autres mâles et souvent cumulards. Les départements restent des Macholands. Même en Essonne, où le leader UMPiste local George Tron a finalement accepté de ne pas postuler après son inculpation pour viol (sic!), c'est un mâle quinquagénaire qui a été élu président.

Les deux tiers des présidences des conseils généraux sont désormais à droite, dirigées par l'UMP ou l'UDI. Le mode de scrutin aidant, le Front national n'a rien obtenu, rien gagné, rien compris tout bloqué qu'il est dans sa stratégie d'alliances. Le FN est un trou politique, dans tous les sens du terme. Son nombre d'élus n'a pas dépassé les 70. Avec un score départemental frôlant le quart de moitié des inscrits, on espérait mieux. Mais le FN a imposé le tripartisme dans les urnes. Jeudi, les écologistes ont réclamé le scrutin proportionnel. Sur le fond, c'est nécessaire, la démocratie craque quand elle éloigne le vote de la représentativité. Mais il faut s'attendre au choc. Marine Le Pen ne prépare pas 2017 mais 2022. 

Au Front national, Jean-Marie le patriarche joue son rôle de président du déshonneur. Il récidive. Le voici qui réitère ses propos sur les chambres à gaz qui lui avaient déjà valu une condamnation en justice.

Jean-Marie Le Pen n'est pas un détail au Front National.

Mediapart a publié quelques SMS envoyés par un responsable du Kremlin. Un pur bonheur ! Il y est question de soutenir financièrement et au plus vite Marine Le Pen, pour la remercier pour son soutien en Crimée. Le FN, est un vrai parti de l'étranger.
 
A Paris, les juges perquisitionnent les comptables du FN.

La scission
Les cotes de François Hollande et de Manuel Valls rechutent. Quelle surprise ! Dans d'autres sondages, on lit combien le départ de Manuel Valls serait souhaité. Mais de remaniement, il ne fut pas question cette semaine.

La fausse surprise de la déroute électorale de dimanche 29 mars, second tour des élections départementales, a provoqué d'étranges réactions. On a cru que Sarkozy parlait de lui en commentant les résultats de son rival: "C'est le mensonge, le déni et l'impuissance qui ont été sanctionnés".

François Hollande n'a rien dit, Manuel Valls a martelé qu'il ne changerait rien et qu'il attendait même que la gauche divisée et oppositionnelle de rallie à sa ligne pour sauver le pays du danger frontiste. Le gars ose tout. Face à lui, les plus virulents étaient à gauche. Cécile Duflot dénonce l'alignement sans discussion réclamé par Valls aux écologistes. Christiane Taubira, pourtant ministre de la Justice, dénonce dans les colonnes de l'Obs les "mots de la droite" trop utilisés par sa gauche de gouvernement, elle fustige et attaque: "la gauche, ce n'est ni le césarisme, ni le bonapartisme, c'est le débat et la diversité". Aux Echos, l'ancien ministre Montebourg devenu dirigeant d'Habitat dénonce "des politiques absurdes", qui "étouffent l'économie et portent la responsabilité de l'augmentation du chômage". Il prévient: "le Parti socialiste est sur la route du Pasok grec". Martine Aubry s'en donne aussi à coeur joie: "Il est insupportable qu'on dise, comme le premier ministre le soir du premier tour, que c'est une victoire car le FN n'est pas la première formation politique de France."

La scission de la gauche frappe aussi l'une de ses plus petites composantes, les écologistes. Les pro-gouvernements se rassemblent samedi à l'Assemblée nationale pour une "démonstration de force". On devrait sourire si la situation n'était pas si dramatique. "C'est le temps de l'affirmation de l'existence d'un pôle écologiste pragmatique et responsable qui défend l'écologie agissant à tous les niveaux" explique François de Rugy, l'un de ses promoteurs. Jean-Vincent Placé, un autre qui attend aussi son strapontin, assène qu'il est "très important que les écologistes soient au gouvernement" si Hollande "verdissait" un peu sa politique.

Quel rassemblement ?
Hollande réfléchit au meilleur coup pour se qualifier second au premier tour de la présidentielle de 2017. Voilà à quoi nous en sommes réduits, c'est bien le drame de la Gauche, Vrauche et Groite confondues. La première n'a aucune chance seule, elle n'a pas réussi à devenir une alternative de gouvernement depuis 2012. Mais la seconde a besoin de la première sans quoi elle n'est rien ou plus grand chose. Ce duo des contraires, comme dans une (mauvaise) comédie de Francis Veber, est donc contraint à l'entente sauf à assumer la disparition. Quelques-un(e)s au Parti socialiste, au Parti communiste, au Parti de gauche et ailleurs l'ont compris. Même Mélenchon a mis un peu d'eau dans son vin.



"Dans socialisme, il y a social" s'exclament quelques députés socialistes. Certes, et après ? 

Ni le parti élyséen ni ses opposants de gauche n'ont suffisamment compris ni mesuré l'écoeurement des électeurs. Dimanche dernier, malgré une campagne sans programme et trop concentrée sur Marine Le Pen, la moitié des inscrits se sont abstenus. La "majorité" hollandaise s'obstine à poursuivre une politique qui n'a porté aucun fruit, ni économique ni politique autre que de l'avoir privé d'une large fraction de ses soutiens désormais réfugiés sur sa gauche ou dans l'abstention. Hollande n'a même pas eu "l'efficacité" de rallier sur sa droite. Le MODEM est parti avec armes et bagages se fondre dans l'UDI alliée avec l'UMP sarkozyste. Alors Hollande travaille au corps un quarteron d'écologistes élus, effrayés à l'idée de perdre leur mandat de député ou de sénateur en cas d'opposition trop forte au locataire élyséen.

Contre Hollande, l'opposition de gauche, ferme ou molle, n'a pas su convaincre au-delà de son petit cercle. Le constat est tristement évident: il n'y a pas d'alternative autonome à gauche de Hollande capable de fonder une majorité. Pour 2017, l'affaire semble ratée. Pour 2022, ce sera le Front national ou la République.

Que les ténors et sous-ténors de ces deux camps, et leurs militants, ne comprennent pas l'urgence à négocier des compromis et une alliance reste l'un des mystères du moment.

Le S.A.V
Hollande masque bien. Il s'obstine."Notre économie redémarre." Il est convaincu que tout est là, tout est prêt pour que la situation économique du pays se redresse vite et fort: des taux d'intérêt très bas, un euro ultra-compétitif pour nos exportations, des crédits aux entreprises accélérés, des baisses de charges faramineuses obtenues grâce aux CICE et au Pacte de Responsabilité, qui font bondir les taux de marges des entreprises de 30% ce trimestre, bref, Hollande a tout donné, ... mais rien de vient. Ou si peu. Le chômage continue sa progression, c'est la fin de la trêve hivernale, et le MEDEF accumule les surenchères libérales.

Donc Hollande fait encore des annonces et beaucoup de Service Après-Vente de ses "réformes". Il se déplace. On se souvient des 150 micro-trips en province réalisés chaque année par Nicolas Sarkozy dès 2010. Hollande n'en est pas là. Cette semaine, il visite les forges de Trie-Château dans l’Oise, une entreprise de fonderie qui a bénéficié d'un prêt d'un nouveau genre lancé en 2013. On y voit un PDG ravi, un assureur ancien animateur des "Gracques" (*) tout content. Et le président s'affiche à côté de machines et d'ouvriers. Il n'a pas le ridicule de faire embaucher des figurants ni d'organiser d'interminables monologues lors de fausses tables rondes sur-éclairées comme son prédécesseur l'aimait tant. Hollande fait dans le classique. Une visite, quelques démonstrations, un discours puis retour au bureau.

Cette fois-ci, le chaland est invité à retenir que 500 millions d'euros ont été débloqués pour favoriser l'investissement "dès la semaine prochaine". Les chiffres se télescopent : 500 millions qui s'ajoutent 8 milliards de prêts aux fonds propres déjà effectués, sur les 14 déjà levés. Quatre-vingt fond créés depuis 2012, qui dit mieux ?



Mais nos médias n'en ont cure.

L'interminable grève à Radio France ou l'affaire de Villefontaine, dont l'extrême droite se régale, mobilisent le peu d'attention que les journalistes ont encore à consacrer à la chose publique. A Villefontaine, un directeur d'école, condamné en 2008 pour détention d'images pédopornographiques, mais réinstallé sans contrôle sous l'administration Sarkozy en 2011, a avoué jusqu'à une dizaine de viols de mineurs.  Depuis, "la parole se libère". Une poignée d'autres cas insoutenables se dévoilent. Pour la droite furibarde, l'occasion est trop belle pour enfoncer le clou contre la jeune ministre de l'Education nationale et accuser de "laxisme" Christiane Taubira. La politique-caniveau, c'est-à-dire celle qui consiste à propager des rumeurs, à affirmer sans démontrer, et à surfer sur les faits divers les plus glauques, a toujours de fervents promoteurs.

Jean-Luc Mélenchon aussi fait dans le SAV, mais du gouvernement grec d'Alexis Tsipras. La droite et la Groite sont toutes mobilisées pour faire croire que Syriza a déjà échoué en Grèce, quelques semaines après sa victoire de janvier. La vie politique est ainsi faite que ceux qui réclament des années de patience pour supporter leurs potions austéritaires sont curieusement impatients à dénoncer l'échec de leurs rivaux dès les premiers jours de leurs prises de pouvoir. En Grèce, Syriza n'a ni gagné, ni perdu. Syriza lutte en milieu hostile. Le 30 mars, Alexis Tsipras a proposé une liste de réformes non encore détaillées. Mais, comme le détaille très justement Mélenchon sur son blog, "on sait déjà ce qui n’y figure pas. Le gouvernement grec a d’ores et déjà annoncé que les mesures 'ne seront en aucun cas le produit d'une réduction des salaires ou des retraites'."

Sarkozy en prison.
L'ancien monarque va proposer au vote de son bureau politique les règles des futures primaires de l'UMP pour le Grand Scrutin. La qualification sera difficile. Mais les primaires UMPistes, comme celles du parti socialiste, seront ouvertes à toute la droite. C'est une petite révolution pour l'ex-parti bonapartiste. Les sondages mettent Sarkozy et Juppé au coude à coude. Sarkozy reste confiant. Mardi, il a sévèrement mouché un Copé qui récusait l'idée de changer le nom du parti.
"Il ne te vient pas à l'esprit qu'il y a des affaires judiciaires qui te concernent qui justifient qu'on change le nom ?" Sarkozy à Copé, le 30 mars 2015.
Car pour l'heure, la véritable affaire est judiciaire. Trois des proches dirigeants de la campagne de 2012 ont été placés en garde à vue puis mis en examen vendredi pour faux, abus de confiance, tentative d'escroquerie et financement illégal de campagne électorale. Il s'agit du député UMP Philippe Briand, à l'époque trésorier de sa campagne; du préfet de Lozère Guillaume Lambert, ex-directeur de de campagne, et prochainement révoqué de la Préfectorale; et de l'avocat Philippe Blanchetier, conseiller juridique. Au total, Mediapart recense 25 collaborateurs de Nicolas Sarkozy "aujourd’hui dans les filets de la justice pour des soupçons de délits financiers". L'ancien monarque n'est que "témoin assisté". La défense des sarko-fans est drôlatique ou ridicule. Alain Marleix dénonce ces magistrats qui "mettent moins d'empressement pour les pédophiles" que pour Sarkozy. Laurent Wauquiez fustige une "récupération" politique.

L'affaire Bygmalion, du nom de cette agence de communication fondé par deux amis de Jean-François Copé qui sous-factura des dizaines de meetings de campagne en 2012, n'a pas livré tous ses secrets. On cherche l'auteur principal... Quel suspense.

Nicolas Sarkozy plaide qu'il ne savait rien. Même à l'UMP, on raconte le contraire. L'homme qui prétend tout savoir, bien gérer et tout connaître, aurait été maintenu dans l'ignorance la plus totale par ses proches. Il n'aurait rien vu, rien deviné alors qu'au final ses frais de campagne ont dépassé du double le plafond légal.

Bref.

Le jour ne s'est pas encore levé.


(*) Bernard Spitz.