SARKOFRANCE #03

Les 30 millions d'euros de Marine Le Pen

 

Marine Le Pen a des frais. Son parti national a le vent (sondagier) en poupe, de plus en plus d'élus, mais ce n'est pas assez. Le Front national a de grandes ambitions, gouverner la France, un jour, bientôt. Le voici qui procède à un emprunt russe, au moment même où certains oligarques ou proches de Vladimir russes font l'objet de rétorsions occidentales à cause de la situation ukrainienne.


Le Front national se dit national et Marine Le Pen, mais les deux sont allés chercher des fonds à l'étranger, en Russie. D'après Mediapart, ils ont obtenu, en septembre, "un prêt de 9 millions d’euros de la First Czech Russian Bank (FCRB)". Les fonds, ajoute le site d'information dans un article publié le 21 novembre 2014, ont "déjà été partiellement versés au parti à hauteur de 2 millions d’euros." Cette information a été confirmée par le trésorier du parti.

On s'interroge.  

1. Aucune banque française ne pouvait-elle assurer pareil prêt ? Le FN a-t-il essuyé tant d'échecs qu'il a du se rabattre sur cet emprunt russe pour le moins exotique ? C'est la thèse officielle du Front national. Marine Le Pen justifie aussi des frais à venir, et annonce des montants astronomiques: "Avec les départementales dans quatre mois, il y a urgence ! En tout, avec les régionales, c’est 30 millions. Nous disposons de 5 millions d’euros de subventions par an. Nous n’avons plus de biens immeubles. On est obligés de souscrire des prêts, dans des établissements français ou étrangers". 

Marine Le Pen cherche 30 millions d'euros, davantage que pour une campagne présidentielle, rien que cela.

2. Dimanche, deux jours après les révélations, Marine Le Pen a cru bon lancer une diversion. Ce fut un grand appel à une large alliance souverainiste voire même, surtout, un changement de nom  le cas échéant.
"Si un jour, il s'avère que nous arrivons à constituer avec d'autres partis politiques (...), on ne sait pas ça peut arriver, demain on peut décider de faire une grande alliance patriote parce que la situation de la France a continué à se dégrader."
Et la présidente du FN d'ajouter pour "prouver" qu'une stratégie d'alliances est possible, combien étaient nombreux les partis compatibles: "Il y avait le parti de M. Chevènement, il y avait le parti de M. Dupont-Aignan, il y a le parti de M. De Villiers, il y a des partis patriotes en France, et il pourrait être décidé demain que l'ensemble de ces partis se mettent ensemble pour pouvoir défendre la souveraineté de la nation et assurer sa sécurité et sa prospérité"."

3. Les réseaux russes de Marine Le Pen sont réels et anciens. En février 2014, Mediapart détaille les quelques contacts clés qui rapprochent Le Pen de Poutine. C'est glauque, à peine surprenant, et pas très "national". En septembre dernier, Marine Le Pen se félicitait du "modèle économique patriotique" de Vladimir Poutine.
  4. Marine Le Pen a son propre micro-parti personnel. Cette technique n'a aucun intérêt politique. Il n'est que financier. Cela permet de contourner les plafonds légaux de financement des partis politiques (pas plus de 7.500 euros par personne et par an), mais aussi de se constituer une cagnotte personnelle. Lundi soir, dans un documentaire d'investigation diffusé par Canal+, on pouvait voir une photo montrant le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen faisant un salut fasciste.

Rien que cela.







Ce que la présidentielle UMP nous a appris de Sarkozy

La campagne pour l'élection du président de l'UMP s'achève cette semaine. S'il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy l'emportera contre Bruno Le Maire et Hervé Mariton, cette campagne ouverte début septembre a souligné deux caractéristiques essentielles du candidat Sarkozy.



#1: Le manque de courage.
Observez la différence.


C'est la citation du weekend, celle qui résume le mieux où en est Sarkozy. L'ancien monarque s'est révélé moins courageux que ses rivaux à cette élection, et même qu'Alain Juppé, qui tint bon devant une foule hostile à Bordeaux la semaine dernière.
"Vous me connaissez, et je ne me laisse pas pour ma part impressionner par des mouvements de foule"
Alain Juppé. Bordeaux, 22 novembre 2014.

La citation est sans appel, et chacun peut comprendre à quoi elle fait référence.




Ce n'est pas la première fois que le courage de Nicolas Sarkozy est ainsi mis en cause. On se souvient des nombreuses occasions où il a cédé à la facilité ou la peur. Mais c'est sans doute la première fois où il a cédé en public, face caméra.

A Bordeaux, l'ancien monarque a laissé Alain Juppé, maire de la ville, se faire siffler. Edouard Philippe, un soutien d'Alain Juppé a parfaitement résumé ce que cet épisode signifiait à nouveau sur Nicolas Sarkozy:
"Nicolas Sarkozy a montré la semaine dernière qu'il n'avait pas su résister à l'appel de la foule en promettant l'abrogation du mariage pour tous. Cette fois, il n'est pas parvenu à la tenir. C'est préoccupant quand on veut rassembler."


#2: La dérive à droite.

Hollande gouverne au centre. Il a tenté de "trianguler" ses adversaires de droite en leur chipant tous les éléments de langage et le coeur de l'action politique, et ce, sur tous les sujets socio-économiques. Sur Sarkozy, la manoeuvre a brillamment réussie, puisque l'homme s'est cru obligé de rester sur le même positionnement caricatural qui a fait son échec en 2012. A Bordeaux vendredi dernier, Sarkozy a ainsi enchainé devant des militants acquis à sa cause une succession de billevesées extrême-droitistes ou absurdes qui ne plairont au coeur furibard de l'électorat UMPiste. On pouvait ainsi rigoler, ou s'effrayer, de sa suggestion de supprimer 50% des compétences de l'Union européenne.

Et après ?

S'il l'emporte, Sarkozy devra ensuite abandonner certaines de ses outrances, à moins qu'il n'envisage de laisser l'UMP se radicaliser sur le terrain frontiste.


394ème semaine politique: le bal des hypocrites en Sarkofrance

François Hollande voyage, flirte et sourit. Alain Juppé plane dans les sondages. Manuel Valls agite les peurs djihadistes. Emmanuel Macron fait du Sarkozy sur les 35 heures. Sarkozy s'affaisse dans les sondages après sa couardise lors d'un meeting de militants UMP.


Les Djihadistes de l'intérieur
L'extrême droite et la droite furibarde en font encore un sujet d'excitation régulière. Immigration, djihadistes de l'intérieur, les clichés se succèdent pour entretenir les peurs.. Aux Etats-Unis, Obama propose de régulariser 3 millions d'immigrés. En France, quelque 45.000 clandestins, dont plus de 3.000 enfants ont été "retenus". Le terme est sobre comme du jargon administratif. Qui s'en émeut ? Personne. On expulse de plus en plus massivement. D'après cinq associations, la France a éloigné plus de 50.000 personnes en 2013.

Le gouvernement français ne commente pas. L'attention médiatique est détournée vers ces "Djihadistes de l'intérieur" qu'on exhibe régulièrement en têtes de gondole médiatique. Mercredi, c'est au tour de h, 22 ans "dijahdiste" de faire la une. On insiste sur son prénom occidental pour effrayer les foules sur "l'ennemi intérieur". Après Maxime de Normandie, voici Michael de Champigny. Mercredi, ce dernier aurait été reconnu parmi les bouchers qui ont égorgé des soldats syriens et même un otage américain la semaine dernière.

Le Califat islamique, qui s'est installé en Syrie et en Irak, est une affaire de bandits et d'assassins, avant d'être un sujet religieux. En déplacement à Beauvais, Manuel Valls en rajoute une couche: "nous savons le nombre de Français qui sont morts en Syrie, près d'une cinquantaine, donc nous connaissons ces dangers". La presse s'emballe, les commentateurs commentent. Vendredi, patatras, on n'est plus sûr et certain qu'il s'agisse du Michael dont tous nos médias nous ont dressé le portrait jusqu'aux détails les plus intimes.

Nicolas Dupont-Aignan dépasse les frontières du grostesque. L'ex-futur "Kennedy gaulliste" propose qu'on envoie nos djihadistes nationaux à ... Cayenne. 

Macron-Collomb
En France, Emmanuel Macron fait encore parler de lui. Sa future loi de "modernisation" va libéraliser le travail dominical. Et Macron répète combien il n'apprécie pas les 35 heures. Jeudi 20 novembre, il explique que "le cadre légal des 35 heures n'est pas suffisant, car les salariés, comme les entreprises, ont besoin de plus de souplesse". Et il reprend, mot pour mot, les arguments de Nicolas Sarkozy et consorts: "Finalement, qui serions-nous pour dire à quelqu'un qui le souhaite, qui a besoin de travailler plus que 35 heures par semaine, que c'est impossible ?" Macron sait parfaitement que les 35 heures sont une question de rémunération des heures supplémentaires et rien d'autre. Mais il ne le dit pas.

Reprendre l'ineffable vulgate de l'ancienne Sarkofrance est assez tétanisant pour qui croyait au changement. A-t-on un salarié empêché de travailler plus de 35 heures quand la plupart des plafonds d'heures supplémentaires ont été assouplis au-delà du nécessaire ?

Hier comme aujourd'hui, l'hypocrisie du débat sur la durée du travail est manifeste.

A Lyon, Gérard Collomb, maire "socialiste", propose "2 à 3 ans de période d'essai" pour les CDI. La révolution libérale est en marche. Bizarrement, le même ne propose pas la même durée de révocation ad nutum pour les maires.

Le patron du MEDEF réclame la suppression de l'ISF. Sans doute Pierre Gattaz pense-t-il que cela va améliorer la compétitivité nationale. Quelques heures plus tard, le comptable suisse de Serge Dassault, autre grand patron, détaille comment il a fait transiter secrètement jusqu'à 53 millions d'euros entre la France et la Suisse, au nez et à la barbe du fisc. La traque contre la fraude et l'évasion fiscale est plus efficace qu'avant.

Sarkozy-Juppé. 
A l'UMP, on approche de l'élection du chef, le grand jour est pour bientôt, le 29 novembre. Nicolas Sarkozy souffre.  Le weekend précédent, il avait cédé à une petite foule surexcitée d'opposants au mariage gay. Pour la première fois, il se déclare en faveur de l'abrogation de la loi. Une proposition absurde et surréaliste. Ses plus proches - Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nadine Morano - ne cachent même pas leur trouble. Bruno Lemaire, invité à la même réunion, a au contraire tenu bon sur ses convictions pro-mariage-gay. Sarkozy apparaît faible.

Deux jours plus tard, en meeting à Mulhouse, Sarkozy fait mine de découvrir de la polémique, le trouble et la honte. Il revient d'un périple à l'étranger, une conférence rémunérée par quelques banquiers à honorer. Sa popularité sondagière a encore chuté. Sarkozy plaide le droit au débat ("La politique, c’est aimer les gens et c’est aimer les convaincre"). Il occulte l'essentiel, qu'il a cédé, en public, contre ses propres convictions, pour faire plaisir à quelques militants UMPistes anti-mariage gay.

La politique est une affaire de courage. Sarkozy a été pris en flagrant délit de trouille clientéliste.

Dur.

Son principal rival, non pas pour l'élection à la présidence de l'UMP mais pour la présidentielle d'après, le dénommé Alain Juppé, surfe trop haut au firmament des sondages. Toute la presse a fini par s'en inquiéter... ou s'en amuser. Vendredi au musée du Quai Branly à Paris, Hollande, Juppé et les Chirac se retrouvent pour la remise d'un prix. Bernardette boude Alain qui sourit avec François qui fait applaudir Jacques.

France-Allemagne
La France aurait finalement quelques soucis avec Bruxelles. Il fallait reprendre la pièce de théâtre budgétaire. Une méchante commission, des gouvernements soumis, on connaît les protagonistes du spectacle. On devait se reposer une question: la commission allait-elle nous faire la guerre ? Combien de divisions ? Où se déroulera la première vraie bataille ?

Jeudi, un commissaire habitué des polémiques, Gunther Oettinger, qui est par ailleurs membre de la CDU d'Angela Merkel, publie une tribune assassine dans les Echos et le Financial Times: "la question de la rigueur avec laquelle la Commission européenne doit traiter la France en tant que pays déficitaire récidiviste est (...) importante." Il fustige la France en termes suffisamment durs pour que le PS sorte de sa léthargie et réclame sa démission.

Nos commissaires bruxellois seront-ils sensibles à la nouvelle campagne de la Fondation Abbé-Pierre. Son message est simple: "Désormais, avoir un emploi ne nous garantit plus d'avoir un logement !" Le marché du logement est en berne. Le niveau de construction est au plus bas depuis 9 ans.

Et Hollande ?
François Hollande revient d'Australie, où s'était déroulé un G20 indifférent. Le Petit Journal de Canal+ l'a filmé en train de flirter avec une jeune cadre de Thalès qui tentait de lui présenter la technologie maison.

Hollande termine la semaine à Lille. Samedi, il déjeune avec sa meilleure opposante de l'intérieur, Martine Aubry.

Sur le Net, on glose sur trois clichés volés du président avec l'actrice Julie Gayet, dans le jardin de l'Elysée. Et si le photographe avait été un sniper ?

Il faut de tout pour amuser et entretenir la galerie.