jeudi 24 avril 2014

Après l'affaire Morelle

 

De cette affaire, on retiendra quelques conclusions, à froid.


1. Il est à peu près certain que d'autres cas similaires surgiront. Pas nécessairement à l'Elysée,  ou dans l'environnement si proche de François Hollande, mais ailleurs. Le spectre de jeu est trop large, tout comme l'envie de transparence et aussi de traque médiatique.

2. Tout se dépose avec la même intensité, il n'y a plus de tri entre les affaires et l'importance qu'on leur donne: les morts de Karachi et la consultation de Morelle pour un labo, les milliards d'euros d'équipements de surveillance vendus à Kadhafi par Sarkozy et le compte en Suisse de Cahuzac. La justice est habituellement une affaire de mesure en proportion de l'objet du délit. Dans le cas présent, on en doute à la lecture de certaines réactions sur les réseaux sociaux.

3. Cette affaire rappelle aussi qu'on mélange toujours nos gouvernants et la politique qu'ils mènent. Il ne s'agit plus seulement d'espérer que nos responsables soient des modèles. On s'imagine qu'une belle politique de gauche (pour rester dans les raccourcis politiques que certains maîtrisent encore) n'est possible qu'avec de purs honnêtes hommes, des vrais super-héros de l'action publique et de la vie quotidienne.
On se venge d'une politique de droite quand sont détectés des comportements jugés non conformes, avec une rage redoublée.   

4. La question du conflit d'intérêt n'est devenue que récemment un sujet de débat politique. La confusion privé/public ou le pantouflage public/privé existent en France depuis des lustres que les réglementations successives peinent à corriger même si des progrès sont établis. Il était évident que Morelle devait démissionner aussitôt que le conflit d'intérêt fut démontré.

5. Il y a dans l'affaire Morelle autre chose que cette seule histoire de conflit d'intérêt. L'application avec laquelle les goûts du conseiller présidentiel ont été décrits puis fustigés ne saurait surprendre (notez comment le journaliste rapporte qu'on surnommait Morelle "le petit marquis", l'un des ragots du coin élyséen).

En Sarkofrance, on moquait les pratiques bling bling de Sarkozy et ses proches qui d'ailleurs ne s'en offusquaient pas. Dans le cas de Morelle, la situation est de même nature, mais en pire. On ressort l'argument traditionnel que la richesse - ou, pire, les pratiques luxueuses - disqualifie de toute "gauchitude". Morelle, pourtant d'extraction modeste, ne saurait être totalement "de gauche" vu ce qu'il est.

Cette interprétation totalitaire du monde est tout simplement terrifiante.


mercredi 23 avril 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero2 : qui est riche en France ?

L'Observatoire des inégalités a mis à jour les seuils de pauvreté, de richesse et le niveau de vie des classes moyennes pour les principaux types de ménages. Faites vos comptes...



On est considéré "riche", en terme de revenu et non de patrimoine, quand on dépasse le double de la médiane de sa catégorie.

Ainsi, sont "riches" les personnes gagnant mensuellement plus de 2.917 euros (*) quand elles sont seules, 3.960 euros quand il s'agit de familles monoparentales, 5.693 euros pour les couples sans enfants, 6.842 euros pour les couples avec un enfant,  7.683 euros pour les couples avec deux enfants et 7.535 euros pour les couples avec trois enfants ou plus. A l'inverse, les catégories populaires (soit les 30 % du bas de l’échelle des revenus)  perçoivent par mois "au plus 1 183 euros pour une personne seule, 2 251 euros pour un couple sans enfant et 3 100 euros pour un couple avec deux enfants."

L'Observatoire prévient: "Toutes ces frontières sont critiquables".

 A bon entendeur...



(*) après impôts et prestations sociales.


Les remèdes irresponsables de la BCE

C'est une institution a-démocratique par essence. La Banque Centrale Européenne ne répond de rien ni à personne. Depuis l'adoption du Traité de Maastricht en 1992, la BCE est indépendante du pouvoir politique. 

Pour notre plus grand drame.



Officiellement, elle agit contre l'inflation: "la principale mission de la BCE consiste à maintenir le pouvoir d’achat de l’euro, et donc la stabilité des prix, dans la zone euro. La zone euro comprend les dix-huit pays de l’Union européenne qui ont introduit l’euro depuis 1999".

Officieusement, elle agit comme elle veut. La preuve, à plusieurs reprises depuis l'immense krash boursier des années 2007-2008, elle a triché avec ses propres règles alors qu'elle si sourcilleuse du bon respect des conseils injonctions qu'elle assène aux différents Etats membres.

Effrayée par l'extension du "Credit Crunch" et une méfiance interbancaire généralisée, comme la propagation d'un feu en plaine asséchée, la BCE a créé des dizaines de milliards d'euros pour le marché interbancaire. Puis, en 2011/2012, pour "sauver l'euro", la même BCE a prêté quelque 1.000 milliards d'euros au taux de 1% aux banques privés de l'Union. Mario Draghi, l'ex-banquier de Goldman Sachs devenu patron de la BCE, a rajouté sa parole dans la balance pour calmer les spéculateurs: "la BCE est prêt à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l'euro."

En France comme ailleurs, la BCE ne prête pas aux Etats mais aux établissements financiers. Cela permet de maintenir une funeste et irresponsable pression sur les gouvernements. Chaque Etat déficitaire se trouve en effet contraint d'emprunter sur les marchés. Dans son récent ouvrage "Europe, les Etats désunis", Coralie Delaume expose très bien le mécanisme, tout comme les récents développements.

Aujourd'hui, la BCE ne craint pas l'inflation mais la déflation.
On en connait pourtant les causes: la prime à la déprime salariale partout en Europe et une croissance anémiée par une austérité dans le Sud de l'Europe. Les Européens n'achètent plus, sauf pas cher. Les entreprises produisent moins, surtout ailleurs, les banques prêtent mal, et plutôt aux grandes entreprises. La sauvegarde de l'euro en a renchéri le prix à un niveau si exceptionnel qu'il asphyxie les économies européennes. A la BCE, on commence à trouver cela presque dangereux. Christian Noyer, le directeur de la Banque de France, a même reconnu que ce renchérissement était "le revers de la médaille" du rétablissement de l'économie européenne."

Mardi 22 avril, Benoît Coeuré, l'un des membres (français) du directoire de la BCE, un Français, livre quelques nouveaux conseils dans les colonnes du Monde. Il y avait de quoi être effaré pour qui croit encore à l'Europe, enragé pour qui a décidé ou compris que ces gens-là sont ailleurs.

Primo, il est persuadé que la croissance revient suffisamment pour "prolonger l'effort":
"Les pays de l'union monétaire ont beaucoup réduit leurs déficits. Maintenant que la croissance revient, prolonger l'effort va permettre de faire baisser les ratios d'endettement public."
Secundo, il n'éprouve aucun regret ni état d'âme sur la situation dramatique du Sud de l'Europe. Quand on l'interroge sur le drame provoqué en Grèce ou ailleurs par les politiques austéritaires dictées par la "Troïka", ce trio néfaste composé du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, qui dicte les programmes "d'assènissement" dans le Sud de l'Europe, il ose la réponse suivante: "la plupart des pays ont fait le plus dur et commencent à en voir les fruits." Nul regret ni remort, alors que le FMI reconnaît y être allé un peu fort.

Son avis est partagé. En France, quelques éditocrates propagent volontiers l'idée selon laquelle ces programmes d'austérité ont bien fonctionné puisque les économies concernées renouent avec la croissance. Maintenant que l'espérance de vie a régressé de 2 ans en Grèce, tout ne peut qu'aller mieux !

Tertio, notre Français de la BCE ne trouve même pas l'euro si surévalué que cela
. Si les Français râlent, ils n'ont qu'à baisser leur coût du travail !  "La fascination pour le taux de change est une passion française, unique en zone euro" Et Coeuré de préciser: "l'union monétaire prise dans son ensemble dégage un excédent courant : la solution pour Paris est donc d'améliorer sa compétitivité, comme le prévoit d'ailleurs le gouvernement."

A bon entendeur...


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